‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 36 sur 84 · CHAPITRE CIMQUIËME. ICI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIMQUIËME. ICI

attristaient les abords du Luxembourg; aujourd'hui elles ont complètement disparu, et font place à des pavillons de surveillance et des parterres, clos sur la rue de Vaugirard, par une grille de cent soixante-quinze mètres de longueur; l'alignement sur lequel elle a été élevée a permis de doubler, dans cette partie, la largeur de l'ancienne rue, qui, aux abords du Petit-Luxembourg, n'avait que huit mètres environ.

Mais, outre les travaux d'embellissement et d'utilité dont il vient d'être question, la Chambre des Pairs en a fait exécuter sur ses propres ressources quelques autres, qui ne sont pas sans importance et sans intérêt, au nombre desquels il faut citer plusieurs bâtiments, grilles d'entrée et débouchés sur le jardin public, qui n*avait, en 1830, que huit issues et qui en compte treize aujourd'hui. Ces travaux exécutés, sur le budget particulier de la Chambre des Pairs, comprennent :

La grille d'entrée de la rue de Vaugirard en face la rue Férou, l'entrée pratiquée au commencement de la rue d'Enfer dans le voisinage de la place Sain t- Michel , sur l'emplacement où doit aboutir la rue Soufllot, l'entrée qui longe transversalement le jardin botanique; celle du Valde-(irâce , dans la rue de l'Est , et enfin , dans la rue de l'Ouest, les deux portes communiquant à la grande avenue de l'Observatoire.

D'anciens murs enlevaient au public la perspective des jardins particuliers attenant au palais et à l'hôtel de la présidence; les murs ainsi que d'anciens magasins ou ateliers en ruine et d'un aspect choquant ont disparu , et sont aujourd'hui remplacés par des parterres et des gazons entourés de grilles à hauteur d*appui. Au centre de ces parterres une vaste orangerie de cinquante-sept mètres de longueur sur quinze mètres a remplacé des hangars pro-

102 LE PALAIS Dl LIXEMBOIRG.

vîsoircs, insuffisants et mal clos, où, pendant l'hiver, dvpérissait la précieuse et rare collection d'orangere que possède la Chambre des Pairs. Les vieux bâtiments de la poste du palais menaçaient ruine et obstruaient l'entrée principale du jardin située en face la rue Molière; une grille d'entrée et un bâtiment de poste plus convenablement placé, ont fait oublier les masures auxquelles ils ont succédé. Une chapelle provisoire et incommode existait depuis longues années dans une des salles du rez-de-chaussée; el!e est aujourd'hui remplacée par une nouvelle chapelle, établie dans l'une des galeries du môme étage : décorée avec luxe par les soins de la Chambre des Pairs , elle a été terntinée et ouverte au public à la (in de l'année 1844 '.

Des remblais considérables terminés en 1840, sur une partie de la grande pépinière Ouest, ont permis, de ce côté, d'augmenter en largeur l'étendue des contre-allées de la grande avenue de l'Observatoire, et d'établir des quinconces aux deux extrémités de cette belle promenade. Suivant le vœu exprimé par la Chambre des Pairs, un travail semblable doit être exécuté aux dépens de la pépinière Est , actuellement occupée par le jardin botanique de la Faculté de Médecine. Les terrains, aujourd'hui en culture, de la grande pépinière, sont ouverts au public et destinés k former un vaste jardin, dont les allées couvertes seront, pendant le jour, livrées à la circulation. Un éclairage au gaz, qui a déjà reçu un commencement d'exécution , s'étendra à toutes les parties du parterre au-devant du palais. Enfin, d'autres améliorations, toutes dans l'intérêt du public, s'exécutent aujourd'hui (1845) et se poursuivent de manière à ce que, dans quelques années, le jardin du Luxembourg

' Vuir pour hi dcscriplion des prinlurcs de relie eliapelle la \oticc des objets d'ort.

CH.4IMTRE ClXQllKME. 103

et ses abords soient clans un état parlait (Fentretien et de conservation '.

Telle est Tliistoirc du palais du Luxembourg depuis sa fondation en 1615, jusqu'en 1845; c'est-à-dire, pendant une période de deux cent trente ans; elle m'a paru mériter, sous tous les rapports, d'ôtre oflbrte à la curiosité du lecteur.

Il est des monuments qui, par leurs belles proportions, leur éléjjcinte symétrie et leur aspect imposant, vous frappent tout d'abord d'admiration, sans qu'un autre sentiment vienne s'y mêler. II n'en est pas ainsi du palais de Marie de Médicis : au sentiment d'admiration que la vue de cet. édifice suflit pour éveiller en nous, se joint bientôt une émotion plus grave : c'est la pensée des scènes de joie et de deuil dont ses murs ont été successivement les témoins; c'est le souvenir de toutes ces grandeurs et de toutes ces souflrances qui y ont passé tour à tour. On songe a Marie de Médicis, livrée longtemps au doux prestige des grandeurs humaines, mais bientôt fugitive, et terminant sa vie sur une terre étrangère , dans un état voisin de l'indigence.

On croit entendre les plaintes douloureuses des victimes que la terreur entassa dans ce palais; puis les acclamations triomphales et les chants de victoire qui saluent le pacificateur de Campo-Formio, le héros de Marengo et d'Austerlitz.

Nous assistons par la pensée à ces grandes scènes du Sénat, où s'agit.iient les destinées de l'empire à l'agonie, écrasé sous les coups de l'Europe coalisée; puis à ces procès célèbres dont le retentissement a été si grand.

' Je n*ai pas pensé (jiic 1rs événements qui onl eu lieu nu palais du Luxeml)our(][, (le \HI]0 à 1845, dussent i^tre ici l'objet d*un chapitre particulier; il nn*a semblé au contraire que des faits encore récents et présents à notre mémoire ne doivent pas trouver place dans un ouvra<{e uniquement destiné à faire connaître on rappeler des événements qui sont déjà loin de nous.

lai LK PALAIS Dl Ll \EMBOLRi;.

La plupart de ces événeincnts sont déjà loin de nous; mais le palais de Marie , grand et majestueux comme à son origine , est là pour en perpétuer la mémoire.

C'est sous l'inspiration de pareils souvenirs que j'ai essayé d'accomplir la tâche que je m'étais imposée. J'ai vouhi éviter à l'homme du monde et à l'artiste , des recherches toujours arides et souvent difficiles, et réunir dans un cadre de peu d'importance ce qui pouvait faire connaître, aussi complètement que possible, un monument dont Tcxistence se rattache à notre histoire. Ai-je réussi? c'est au lecteur à décider. Qu'il me soit permis, toutefois, de me rendre à liioi-mâm^ cette justice que ces pages sont le résultat d'un travail consciencieux, et entrepris dans le but unique d'une utilité qui ne saurait être contestée. Une description de ce palais, au point de vue de l'art et de l'histoire, nous manquait, j'ai cherché à combler cette lacune; it m'a semblé que ma position particulière m'en faisait un devoir.

Mais ce travail serait incomplet si je n'y ajoutais, ainsi que je l'ai annoncé dans mon introduction, quelques renseignements historiques sur plusieurs dépendances du grand palais, que leur affectation au service de la Chambre des Pairs place nécessairement dans le cadre que j'ai dû me tracer.

Page 1