‹ Le palais du Luxembourg, origine et descriptionChapitre 39 sur 84 · L'HOTEL DU PEÏÏT-LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

L'HOTEL DU PEÏÏT-LUXEMBOURG

l'on soupçonnait Monsieur de vouloir imiter leur exemple. On sait que , sur cette rumeur, le peuple s'étant porté chez Monsieur, il se montra et répondit aux orateurs de cette députation tumultueuse, qui l'interrogeaient à ce sujet, qu'il n'abandonnerait jamais le Roi. En eflet, l'infortuné Louis XVI étant parti de Paris, dans la nuit du 20 au 21 juin, le comte de Provence quitta, presque en même temps, le Petit-Luxembourg, et gagna la frontière belge sous le nom de comte de Lille.

La chambre à coucher d'apparat de ce prince existait, à la suite du grand salon de réception , dans une pièce dont la décoration primitive a été altérée par deux colonnes formant alcôve; cette pièce n'a point été modifiée depuis.

L'hôtel du Petit-Luxembourg, pour ainsi dire abandonné sous le règne de la Terreur, devint, sous la constitution de l'an IV (1795), le siège provisoire du gouvernement directorial, qui n'avait pu s'installer dans le grand palais alors tellement délabré ', qu'un seul directeur. Barras, put trouver à s'y loger; les quatre autres occupaient, au Petit-Luxembourg , les appartements du rez-de-chaussée et du premier étage de l'aile à droite. Les audiences et les réunions avaient lieu dans le grand appartement de l'aile à gauche, où se font aujourd'hui les grandes réceptions du chancelier, président de la Chambre des Pairs. Le Directoire a siégé au Petit-Luxembourg depuis le mois de vendémiaire an IV (octobre 1795) jusqu'aux événements des 18 et 19 brumaire an VIII (9 et 10 novembre 1799).

Après la chute de ce pouvoir, auquel succéda d'abord le Consulat provisoire, Bonaparte et sa femme Joséphine Tascher de la Pagcrie , veuve du général Beauharnais , vinrent habiter ]e Petit-Luxembourg; ils s'y installèrent le

I V^oir lu description du palai» « p^^es 69 et 70.

LHOTEL DU PKTIT-LUXEMBOURG.

20 brumaire an VIII (11 novembre 1799). « La loi du 19 brumaire qui instituait le Consulat provisoire étant rendue, les trois nouveaux consuls, Bonaparte, Siéyès et Roger-Dueos quittèrent Saint-Cloud pour se transporter à Paris. MM. Siéyès et Roger-Ducos étaient déjà établis au palais du Luxembourg, le général Bonaparte abandonna sa petite maison de la rue de la Victoire * et vint avec sa femme , ses enfants adoptifs et ses aides-de-camp , dans les appartements du Petit-Luxembourg. Là, rapproché de ses deux, collègues , entouré des débris du dernier gouvernement et des éléments du gouvernement nouveau, il mit la main à l'œuvre avec cette intelligence sûre et cette activité extraordinaire qui avaient signalé sa manière d'agir à la guerre '. y»

Ainsi , c'est au Petit-Luxembourg qu'après avoir renversé la république directoriale , l'homme qui devait bientôt dicter ses lois à l'Europe, et finir misérablement sur un rocher, à deux mille lieues de l'empire qu'il avait fondé, prit pour la première fois la direction des affaires publiques; c'est de cette habitation, bien modeste pour un tel homme, que partirent les premiers décrets qui allèrent porter l'ordre et la confiance au sein d'une société livrée à l'anarchie et découragée par tant d'essais infructueux.

Le jour même de leur installation , les trois consuls s'étaient assemblés pour délibérer sur les affaires les plus urgentes; Siéyès ayant remarqué que, sans attendre celui de ses collègues, Bonaparte se hâtait de donner son avis, dit le soir à MM. de Talleyrand et Rœderer : u Nous avons un

* Cette maison existe encore au n<* 52 , telle qu'elle était au 18 brumaire quand Bonaparte cessa de Thabitcr. N*est-il pas regrettable que ce souvenir historique si plein d'intérêt n*ait pas été , par une souscription nationale , mis à l'abri d'une destruction presque inévitable et probablement prochaine ?

^ Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire , tome I , pages 5 et 6.

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