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Le palais ducal de Nancy

Des deux monuments dont le duc Raoul avait doté sa capitale, l'un, l'insigne église collégiale Saint-Georges (1), a été rasé jusque dans ses fondements ; Tautre , le Palais Ducal , amputé, dégradé, déshonoré, n'est plus que l'ombre de luimême, et personne ne reconnaîtrait, dans cet édifice si déplorablement mutilé, la triomphante maison ducale dont parlait avec un patriotique orgueil Edmond du Boulay ; le magnificum Palatium qu'admirait le voyageur Jodocus Sîncerus ; la résidence vraiment royale enfin, où Louis XIV et

(1) Voir ma notice sur la collégiale St-Georges, insérée an tome I®' des Bulletins de la Société d'Archéologie lorraine.

Anne d'Autriche se trouvaient plus commodément qu'au

Louvre.

U ressemble aujourd'hui à un cadavre dont on aurait détaché tous les membres et auquel il ne serait resté que le tronc. On ne voit plus rien, en effet, des bâtiments qui longeaient, d'un côté, les Cordeliers ; de l'autre , la Carrière, en s'appuyant sur Saint-Georges, et se reliaient par un vaste corpsde-logis ; rien de cette fameuse tour, merveille d'architecture, jusqu'au haut de laquelle pouvaient monter les caresses de la cour } rien du parterre que terminait la rampe décorée de statues, chefs-d'œuvre de Drouin ; rien du jardin qui s'étalait en amphithéâtre sur le bastion des Dames, et d'où la vue se promenait sur le riant bassin de la Meurthe.

Une seule aile du Palais qH encore debout ; mais la double façade de ce débris, si majestueux et si riche en souvenirs, n*a pas échappé complètement aux coups du vandalisme : elle a perdu : ici, les médaillons qui renfermaient les portraits de nos ducs ; là, la tourelle saillante dont l'empreinte se voit sur le mur ; ses énormes gargouilles, capricieuses fantaisies d'artiste, que rattachait l'une à l'autre un large cordon de pierre, maintenant brisé dans plusieurs endroits ; elle a perdu ses cheminées gracieuses, ses lucarnes avec leurs épis déchiquetés, et la crête qui surmontait le comble de sa toiture, pareille à une dentelle d'or (1).

Le Palais a subi, à l'intérieur, de non moins regrettables mutilations : la splendide salle d'Honneur, avec son riche plafond où brillaient, près du chiffre de Charles III, les croix et les alérions, emblèmes nationaux, n'existe plus ; c'est à peine si la Galerie des Cerfs, veuve de sa voûte où se mêlaient l'or et l'azur, porte quelques faibles traces des pein-

(1) CeUe crête, en cuivre doré, a été, dit-on, transportée à Vienne en Antricbe.

tures qu'avait rajeunies le pinceau de Bellange ; celte salle, jadis témoin de tant d'imposantes cérémonies, est devenue depuis longtemps un ignoble grenier à fourrage, tandis que les galeries inférieures sont transformées en écuries et qu'un épais badigeon couvre les belles sculptures de leurs chapiteaux.

Malgré ces dégradations dont ne sauraient trop gémir les amis des arts et des souvenirs historiques, on doit presque s'estimer heureux à la vue des portions si intéressantes du Palais qui ont eu le bonheur d'échapper comme par miracle à la destruction. D'une part, c'est l'ancien escalier de la tour de l'Horloge, resté à peu prés intact, et qui conduit à la Galerie des Cerfs. Plus loin, c'est fa splendide Porterie d'Antoine, type précieux et rare d'une époque qui vit s'accomplir une révolution dans l'architecture ; véritable frontispice d'une demeure princière, et bien digne de servir de passage aux cortèges pompeux qui suivaient nos ducs à leur entrée dans leur capitale ou les conduisaient à leur dernière demeure.

Derrière ce portail, rendu maintenant à sa magnificence primitive (1), se trouvent encore deux débris qui ont aussi survécu au temps et aux dévastations : c'est le porche et le vestibule qui l'avoisine, dont les voûtes ont conservé leurs elés historiées enrichies de portraits et de devises (2).

(i) Les reslaarations de la Porterie, commencées en iSiS, ont été terminées en 18^9. C'est M. Reber, artiste aîsacien, mort récemment, qoi les a exécutées. Quant k la slalue du duc Antoine, elle est l'œuvre de M. GioRNÉ ViARD, de St-Clémenl, pensionnaire du département de Fa Meurthe et de la ville de Nancy. L'inauguration de celle statue, sur le portail, avec le modèle en plâtre, a eu lieu pendant la i7^ session du Congrès scientifique de France, qui s'est tenue à Nancy, au mois de septembre 1850.

(2) Le porche servait encore, il n'y a pas longtemps, de magasin à la ville ; le vestibule était occupe par les lalriues des bureaux de la

Voilà ce qui reste de l'ancien Palais des ducs de Lorraine ;

préfectare. Ces deax locaax ont été cédés, le premier par la ville, le second par le département, au Comité du Musée historique lorrain^ qui les a fait restaurer et approprier, k Taide de fonds provenant d*ane souscription nationale, et y a placé provisoirement son Musée, dont l'ouverture a été faite au public le 25 août 1851. En commémoration de cet événement, le Comité a fait gnurer, sur une lame de cuivre, l'inscription suivante, où sont rappelés sommairement les faits qui se rattachent à la fondation du Musée lorrain :

Sous l'administration de mm.

Â. DB SiVRT, PRÉFET DE LA MeURTHE,

Lemoine, maire de Nancy, bt la direction de mm.

Châtelain, Morey et Yivenot, architectes, LA SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE LORRAINE

et LE COBOTË DU MUSÉE HISTORIQUE LORRAIN ,

représentés par les membres de leur bureau, mm.

Henbi Lepage, président,

Alexandre Gény, vice-président,

l'abbé Guillaume, secbétaire-archiyistb-trésorier,

ET Ch. de Saint-Germain, secrétaire du Comité,

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