LE 25 AOUT
de cet édifice qui, au dire de Nicolas Remy (i), ne le cédait à aucun autre < en solidité de structure, commodité de loge* ment, salubrité d'air et embellissement de tout ce que la main de rhomme y a pu apporter. » Touchant, d'un côté, à la colgiale princière de Saint-Georges ; de Tautre, à l'église $pébre des Cordeliers, il formait, avec ces deux monuments, un majestueux ensemble qui explique l'admiration dont il était l'objet. Du reste, on peut s'en convaincre en jetant les yeux sur la planche de la Pompe funèbre de Charles III^ où est représentée la façade sur la Grande-Rue avec tous ses détails d'architecture ; et sur celles où Callot et Deruet nous montrent le Palais Ducal avec ses jardins et ses bâtiments, tel qu'il était dans la première moitié du XVIP siècle, c'est-àdire au temps de toute sa splendeur ^2).
Malgré la tradition constante et généralement admise, qui attribue au duc Raoul la fondation du Palais Ducal, je crois qu'il faut faire remonter à une époque antérieure au règne de ce prince la construction de cet «difice.
(1) Discours des choses €u3henues en Lorraine, depuis le decez du duc NicolctSy jusques à celuy du duc René, Pont-à-MoQSSon, par Melchior Bernard... 1608.
(2) Je parlerai plus loin de ces deax dernières gravures, qui occupent une place importante dans l'histoire du Palais Ducal.
Un manuscrit (1), malheureusement incomplet, conservé à la Bibliothèque publique de Nancy, et que j'ai eu occasion de citer dans ma notice sur la collégiale Saint-Georges, donne à entendre qu'il existait déjà, du temps de Ferry III, ou même de Mathieu II, un château sur remplacement de celui qu'habita Raoul ainsi que la plupart de ses successeurs (2).
Le manuscrit dont je viens de parler, commence par ces
mots : c palais une chapelle sous l'invocation de sainte
Catherine, peut-être à cause de la singulière dévotion de Catherine de Limbourg, sa défunte mère, à l'égard de cette sainte martyre. » Or, on sait que Catherine de Limbourg était femme de Mathieu II et mère de Ferry III.
On lit encore dans VEtat du temporel des paroisses (3), dressé, dans les premières années du XVIII® siècle, par or^ dre de Léopold, que Raoul, ayant le dessein d'établir une égUse de chanoines réguliers à Nancy, « choisit celte cha-
(1) Histoire du chapitre de Saint-Georges et de ses prévôts.
(2) Ce château ne saurait être celui dont il est parlé dans l'échange fait, en 1153, entre Drogon P^ el le dac de la Lorraine Mosellanique^ puisque le château de Drogon avait la ville au-dessous de lai : castrum de Nanceio, villam subter illud constructam, etc. (Voir ma notice sur la collégiale St-Georges, preuves^ p. iv«)
M. Noël, dans le 6® numéro de ses Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine, prétend que, du temps de Thiébant P', c'est-àdire de 1213 à 1220, il existait à Nancy deux châteaux, dont Tun fat brûlé par les troupes de la comtesse de Champagne. Ce château était-il situé, comme le croit M. Noël, sur remplacement de l'ancienne Tonderie ? était-ce le Sorupt, comiiie je Pai dit 1 ou bien était-il construit à l'endroit qu'occupa le Palais de nos ducs ? Toutes les suppositions sont permises y mais aucune n'est corroborée par des preuves.
(3) Archives du département.
pelie castrale (celle de Sainte-Catheriue) ou église faisant partie de son palais, et Térigea en coUégiate à Thonneur de Dieu, de la sainte Vierge et de saint Georges, laquelle il avait fait bâtir à ses frais. »
Outre ces deux documents, dont le caractère d'authenticité est, il est vrai, fort contestable, il en existe un qui mérite toute confiance, et où se trouvent confirmés, jusqu'à un certain point, les faits qui viennent d'être allégués : c'est le titre d'érection de la collégiale Saint-Georges (1). On y lit que Raoul fonde cette église dans une partie de son hôtel ou de sa maison {in quâdam parte hospitii nostri seu domûs nostrœ).
Ce titre est de l'année 1339 ; Raoul n'avait commencç à régner qu'en 1329, et encore sous la tutelle de sa mère, puisqu'il n'était âgé que de quinze ans. Est-il raisonnablement admissible qu'un si court espace de temps ait suffi à la construction d'un hôtel renfermant une chapelle, surtout si l'on considère que, de 1332 à 1339, Raoul eut à s'occuper de ses démêlés avec les bourgeois de Toul et l'archevêque de Trêves, et de sa guerre avec le comte de Bar?
On pourrait , à la vérité, opposer à cette assertion le passage suivant de la Dissertation historique sur Nancy (2), qui parait concluant au premier abord : < Le principal bâti-
(1) Voir la notice sur St-Georges, preuves^ p. v, où se troave reproduit le texte français de la fondation de la Collégiale.
(2) Dissertation historique sur la ville de Nancy, composée en 1619 )>ar M. le président de Rennel, augmentée et conduite jusqu'à Tannée 1752, par J.-F. Nicolas fils, citoyen de Nancy. Ms. de la Bibliothèque publique de Nancy. Cette Dissertation, désignée généralement sous le titre de Mémoire de M. de Rennel, a été composée, en réalité, par un chanoine de la Primaliale, dont on ne sait pas le nom.
ment de Nancy, c'est le Palais où demeurent les dues souverains de Lorraine, autant accompli que palais qui fût en Europe, pour ce qu'il contient. Le premier qui l'a commencé et rendu commode pour y loger y fut le duc Raoul ; quant à ses prédécesseurs, ou ils demeuraient à Neufchâteau, ou à Amance, ou à Châtenois, et plusieurs en France pour l'ordinaire. Néanmoins quelquefois ils résidaient à Nancy, comme Theodoric (Thierry).... qui demeuroit au vieux château
(1). Mais le duc Raoul iBt sa résidence en ce Palais où
Jean, son fils, et Charles II ont aussi résidé, mais principalement René II, qui.... y a établi du tout sa demeure et disposé le Palais pour lui et ses successeurs.... »
Le Mémoire auquel sont empruntées les lignes qui précédent, n'a été écrit qu'en 1619, et ne peut être, par conséquent, considéré comme aussi digne de foi qu'un document contemporain : ce qui le prouve, c'est que, sur plusieurs points, il n'est pas d'accord avec la Chronique de Lorraine. Il me semble donc qu'il ne faut pas lui accorder une importance trop grande, et qu'en ce qui concerne Raoul, par exemple, il faut se borner à admettre que ce prince rendit le Palais « commode pour y loger. »
Quoiqu'il en soit, il parait certain, d'après les témoignages que je viens de citer, que ce Palais, cette maison ou cet hôtel, comme on voudra l'appeler, est antérieur à l'année 1339. Il était bâti très-solidement et flanqué, par derrière, de tours dont on a trouvé les vestiges en détruisant le bastion des Dames pour former la terrasse de la Pépinière. Un mur, également flanqué de tours, partait de ce château et, tra-
(i) VAntiquum Palatium, bâti sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'hôtel de Ja Monnaie, et dont, en 1298, Ferry III abandonna une partie aux Prècheresses, pour y construire leur couvent.
yersant l'espace occupé aujourd'hui par la Carrière, rejoignait celles de la porte Saint-Nicolas, laquelle s'élevait à l'extrémité de la Grande-Rue (1). Une enceinte pareille reliait peutêtre le château à VAntiquum Palatium^ et complétait ainsi l'ensemble des fortifications de Nancy à cette époque.
D'après Fauteur de la Dissertation historique , Jean P' et Charles II faisaient leur résidence au Palais Ducal. Cette assertion, du moins en ce qui a rapport au dernier de ces princes, est, jusqu'à un certain point, contredite par la Chronique de Lorraine. On y lit, en effet , qu'après la victoire qu'il remporta sur les Messins en 1439, Charles enferma ses prisonniers dans la Grand' Maison (le bâtiment actuel de la Monnaie), et c print sa demourance en la maison où à présent le Clerc Juré demeure. > La même Chronique, en , racontant la venue de Jeanne Darc à Nancy, dit que le duc avait son écurie à l'endroit où s'élevèrent plus tard l'église et le couvent des Cordeliers : < Le Duc pour lors son écurie estoit où les piedz deschaulx sont à présent. >
J'ignore absolument quels travaux furent faits au Palais sous les premiers successeurs de Raoul, et quelle importance avait cet édifice. Il parait qu'il était déjà considérable ; car,
(1) Histoire des villes Vieille et Neuve de Nancy, par J.-J. Lionnoîs. Saivant cet historien^ le Palais de Raoal était placé à peu près dans Tendroit où était le bastion des Dames, u Lorsqu'on a démoli ce bastion, on a trouvé les restes des cuisines dans les tours qui flanquaient ce Palais. Il est probable qu'elles étaient environnées de fossés pleins d'eau, et que c'est là la cause et l'origine de la mare où les filles et les femmes de Laxou venaient battre l'eau la première nuil des noces de nos anciens souverains, n Cette servitude, dont il n'est, du reste, fait mention dans aucun document authentique, fut, dit le même historien, abolie par Renée de Bourbon, épouse d'Antoine, en reconnaissance du bon accueil que lui avaient fait les femmes de Laxou lors de son arrivée à Nancy.
dans le récit qu'il nous a laissé des fêtes qui furent célébrées à Nancy en 1443, pour les doubles fiançailles d'Iolande d'Anjou avec Ferry de Vaudémont, et de Marguerite de Lorraine avec le roi d'Angleterre, un écrivain digne de foi (1) semble dire que ces fêtes eurent lieu au Palais, où se trouvaient réunis en grand nombre des grinces, des seigneurs et de nobles
dames.
D'après ce que disent d'autres écrivains, on serait tenté de croire que l'étendue du Palais ne permettait pas d'y offrir l'hospitalité aux étrangers de distinction qui visitaient la capitale de la Lorraine. Ainsi, lorsqu'en 1457, une députation de Hongrois passa par cette vllle^ se rendant près du roi Charles VU, on fut obligé de les loger « en la maison Pelegrin. »
Vers le même temps, cinquante chevaliers français, de la garnison de Vaucouleurs, étant venus à Nancy prendre part à un tournoi auquel ils avaient été conviés, on les logea, dit Henriquez (2), « dans la maison de Jean Perrin, où sont à présent les Cordeliers. »
Quoiqu'il en soit, le Palais Ducal s'appelait anciennement
(1) M. de Villeneuve. Je dois ajouter cependant que le savant auteur de V Histoire de René d'Anjou se trompe en disant que les tournois offerts par René l^^ au roi Charles VII et aux gentilshommes de France et d'Angleterre, eurent lieu sur la Carrière. Ce fut seulement sous Charles III que la Rue Neuve fut aplanie et servit aux joutes. Jusqu'à cette époque, les combats chevaleresques se donnèrent, soit dans la cour du Palais, soit sur la place du Château, aujourd'hui la place des Dames. C'est là notamment que six des chevaliers français de la garnison de Vaucouleurs luttèrent contre six gentilshommes lorrains, auxquels resta l'honneur de cette journée. (La Chronique de Lorraine , qui raconte cette particularité, la fixe à l'année 1462.)
(2) Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine.
la Court, nom qu*il porta longtemps, et qui lui venait sans doute de sa destination même.
Le duc Nicolas étant mort subitement à son retour de France (1475), on prétendit qu'il avait été empoisonné (enherbé) par quelques-uns de ses serviteurs, et le peuple se précipita en foule dans le Palais pour punir ceux qu'il soupçonnait d'être les auteurs de ce crime, c Quant à la Court vîndrent, dit la Chronique, ne trouvèrent que le pauvre Duc, qui sur son lit de camp estoit, vestu d'une longue robe de velour noire, une barette sur sa teste, des bourgettes les pieds chaussiés, une espée tout du loing de luy... »
Ce fut dans la Court que René II, après avoir prêté serment à St.-Georges, vint s'établir avec la noblesse qui l'accompagnait, c Apres la messe dicte, les seigneurs dedans furent menez, là jBrent grande chiere avec les seigneurs de la chevalerie l'espace de quatre jours. »
Au mois de septembl*e 1475, lorsque le duc de Bourgogne passa par Nancy, conduisant à Dijon le corps de son père Philippe, René « luy presentit sa Court pour luy estre logié.... sy en la Court losgié ne se vouloît, on avoit desja pour luy ou pour le duc René, prîns le losgîs en la maison de Yatrin Maloix, que pour lors en Lorraine estoit recepveur. Le duc Charles moult remercia du présent que le duc René luy présenta; dict le duc Charles : Pour sy peu de temps qu'ay icy à demeurer, j'ay un losgis assé raisonnable^ je prendray en patience... >
Deux ans après, Charles-le-Téméraire entrait en triomphateur dans ce même Palais où il avait refusé l'hospitalité du trop confiant duc de Lorraine ; entouré de princes et de seigneurs^ ses vassaux ou ses alliés, il y présidait les Etats du duché, et adressait à ses nouveaux sujets les promesses les plus propres à tromper leur patriotisme. < Sa personne ea
la Court fut pris son logis. » Elle < estoit pour ses gens moult noblement préparée, toutes les chambres bien aomées et la cuisine bien apprestée. Le Duc et tous les plus grands dedans ladite Court fut mené à grand triomphe... Moult bien' la grande salle fut préparée; deux cheminées y avoit, les fit abattre; ung grand prétoire en ladite Salle fit dresser, tou!f tendus de drap de soye, la chaire au milieu toute couverte de drap d'or (i)... »
Je serais porté à croire, sans cependant oser l'affirmer, que la Grande Salle dont parle la Chronique, n'est autre que la Galerie des Cerfs; on trouve, en efflft, dans les comptes de cette époque, la mention d'une somme de six deniers, payée par le Cellerier de Nancy, « pour corde à pendre la corne de serfz qui sert de chandellier en la grant salle de la Court. »
Les officiers du duc de Bourgogne s'étaient logés dans le Palais : M. de Biévre, gouverneur de* Lorraine, se tenait dans la chambre de Parement; M. de Mohet occupait une pièce communiquant aux galeries ; les tentes et pavillons de Charles-le-Téméraire étaient enfermés dans le grenier à blé « devers la Grande Salle. >
(1) On trouve la mention snivante dans le (4 Papier des receptes et despences des offices de passageur et celerier de Nancy n poar Tannée 1475-1476 : u Fait despence de la somme de trente sept livres nuefz solz six deniers d'Artois, compté vingt patars poar livres, lesqaelz il a paies et délivrés selon le contenus des parties devisées... en une feuille de papier faisant mention des ouvraiges fais et des ouvriers qui furent mis en euvres par l'ordonnance et commandement du maistre d'ostel de monseigneur de Bourgogne pour préparer la salle où a esté tenue la journée des estas de ce pays de Lorraine en ceste ville de Nancy... n
Cest probablement dans cette même salle que René avait tenu les Etats au commencement de Tannée 1475, pour leur faire connaître les motifs qui Tavaient engagé a déclarer la guerre au duc de Bourgogne.
Mais, comiii» h 'fiwiri javail beauco^ ^buffert pendant le siège de Nanoy, on fui obligé (Ty faire de nombreuses réparations. On refît le tuyau de la cheminée de la chambre des Comptes, qui avait été renversé d'un <^p*de bombarde; on recûuvnt tout à neuf le toit du pelit grenier joignant la Gcme Salle < pour ce que tous ce lois estoit esté desrompu par les AUemans. > Divers travaux furent exécutés en la tour devers la maison de l'argentier, à la loge derrière la cour, à Tendroit de St.-Georges ; à la fontaine, à la grande cuisine joignant la montée de la Grande Salle, à la petite salie, à la chambre du cellerier, à c Tescriptolte, » à la grande salle dessus la cuisine, à la tour de la chambre des Comptes, au beffroi derrière St.-Georges; enfin, à la chambre de Parement, dont les trois grandes verrières avaient été « desrompues (1). >
Le Palais eut encore à souffrir pendant le double siège de Nancy par les Lorrains et les Bourgaignons. Aussi, lorsqu'àprès sa mémorable victoire sur Charles-le-Téméraire, René rentra dans sa capitale, qu'il venait de reconquérir pour la seconde fois, « en la Cour point ne peut losgier, parce qu'elle estoit toute désolée; en plusieurs lieux on avoit pris le bois pour chaulfier ceux qui en la garnison estoient. Ledict prince pour son logis eut la maison du prevost Arnoul (2). »
Il n'y demeura probablement que le temps nécessaire pour faire faire au Palais les plus urgentes réparations, et vint s'établir bientôt dans l'antique résidence de ses pères :
Dès qu'il se veit a doolx repos En son palais et domicilie, Entre vassaaix, clers et suppostz Fist son eslat beaa et facille (5).
(1) Registre précédemment cité.
(t2) Chronique de Lorraine.
(5) Cronicque abrégée par petis vers h^tains des Empereurs, Roys et ducz Daustrasie, etc.
Après avoir donné ses premiers soins à la réformation de la justice et de la police, René résolut c d'agrandir et embellir ses villes de quelques algnalez bastimens et édifices. Et commença par celle de Nancy, laquelle il fit premièrement paver tout à neuf, puis Taccrut de ce beau Palais où sesi^ccesseurs Dues se sont toujours losgez depuis luy (i).... >
Selon Fauteur de la Dissertation historiqucy René, c ruina ce qui étoit fait auparavant pour le bâtir superbement et avec beaucoup plus grande commodité que n*avoient fait ses prédécesseurs, > D*après la Chronique de Lorraine, c'est au mois de mars 150S, que c fut commencée la noble Mason au lieu de Nancy, par Tordonnance du bon et vaillant Roy René. > Un des motifs qui l'engagea à entreprendre ces travaux, fut, dit-on, de soulager son peuple qui avait beaucoup souffert de la famine l'année précédente.
Telles sont les notes, malheureusement bien succinctes, qui se trouvent dans nos historiens; Nicolas Remy nous apprend encore, mais sans entrer dans aucun détail à cet égard, que, du temps de René II, le Palais communiquait avec les Cordeliers et avec St-Georges : c venant aussi à remarquer la commodité qu'il y a d'aller à couvert dudict Palais à l'une et à l'autre desdictes églises. >
En l'absence d'une vue ou d'une description de la Court à cette époque, il faut se borner à cette simple mention, de laquelle il semble ressortir que le Palais embrassait alors, sur la Grande-Rue, l'espace qu'il occupe encore aujourd'hui.
Du reste, on aurait tort de prendre à la lettre le passage de la Chronique de Lorraine que je viens de rapporter: les travaux exécutés au Palais par ordre de René, ne datent pas seulement de 1502, mais remontent à l'année même où eut
(1) Nicolas Remy, ouvrage cité plus haut.
lieu la bataille de Nancy : dès le mois de février 1476, on s'occupa à faire des réparations dans Tintérieur des apparte* ments (1), et en 1477, on travaillait au c neuf ouvrage de la Court (2). >
En 1479 et 1480, de nouvelles réparations furent faites à Poccasion de la venue de la duchesse de Lorraine à Nancy. Dans le courant des anniées suivantes, on fit successivement la chambre des armures de Monseigneur (1481-1482), la chambre des Comptes et du Trésor avec leurs appartenances (1488-1489), une neuve chambrette pour la Reine, auprès de sa chambre c qui tend sur les galeries de bois du jardin (1493-1494), etc. Ces travaux furent dirigés par un nommé Jean de Forge, architecte ou maître des œuvres de la ville de Nancy, puis du duché de Lorraine.
Outre ces indications sommaires, on en trouve beaucoup d'autres qui, groupées ensemble, peuvent, jusqu'à un certain point, suppléer aux détails qui nous manquent, et donner une idée de l'importance qu'avait déjà le Palais Ducal sur la fin du XV* siècle.
Les appartements occupés par le duc se composaient de deux chambres et d'un retrait; d'une garderobe sur la petite
(1) Un chapitre des comptes du Cellerier de Nancy est consacré à la u despence poar les réfections et rentencions des chambres de Tostel... fautes an mois de feb?rier, mars, etc , mil iifj^ soixante el seize, n A dater de cette époque, les registres da Cellerier continuent à renfermer des chapitres spéciaux pour la dépense faite chaque année en Thôtel du dac, pour constructions, réparations ou entretien.
(2) Payé à Pelegrin, valet de chambre de monseigneur le duc (par mandement du 27 octobre 1477]..., c fr. (80 livres] que mondit seigneur a ordonné lui bailler pour convertir et emploier an nuefz ouvraige que mondit seigneur a ordonné faire présentement en la Cour de Nancey. (Comptes du Receveur général de Lorraine pour l'année 1476-1477).
cour; d'une autre chambre « en la tour hault, » peut-être la même que celle désignée comme étant « dans la tour dessus la vieille chapelle; » d'une cuisine de bouche « devant la fontaine de la cour; » d'une chapelle ou oratoire, que le célèbre Gérard Jacquemin, de Commercy, avait décorée de sculptures (1), et où se voyait un portrait de saint Grégoire, peint par maître Barthélémy (2) ; d'une armurerie ou chambre des armures, donnant sur la rue; de deux « escriptoires, » probablement des cabinets de travail, le premier sur le jardin, le second dans une autre partie du Palais, et chauffé par une petite chambre au-dessous; enfin d'une bibliothèque ou librairie, sur les rayons de laquelle, figuraient à côté des œuvres de Jean Gerson (3) et de Bocace, des Chroniques de Froîssart
(i) À Gérard Jaiqoemin , ymagier demeuraat à Tool, pour une Nanciade avec les armes de Monseigneur qu'il a ordonné mettre sous la tablette sur Tautel de la chapelle de Monseigneur... (Comptes du Receveur général pourri ^80-1 ^81.)
Je crois devoir ajouter k cette mention la note suivante qui se trouve dans le recueil des Lettres-patentes, sous la date du i^^ janvier 1486 : u Mandement sur le receveur général Antoine Varrin, portant cent cinquante escus (à raison de vingt cinq gros pièce) restans de deux cens escus à quoi le Roy de Sicile avoit marchandé à M^ Jacquemin Timaigier, M^ des œuvres du grand portail de l'église cathédrale de Toul, de faire et tailler l'image du Roy de Sicile avec ses armoyries en ouvrage eslevé et icelle asseoir audit grand portail. »
(2) Payé à maistre Berthelemy, painctre, huict florins d*or pour ung tableau où est paiuct St Grégoire qu'il a fait pour la chappelle du Roy... xvj fr. (Comptes du Trésorier général pour 1505-1306.) Ce maître Barthélémy est sans doute le même qu'un nommé Bartholomeus Vest, peintre allemand, qui se trouve plusieurs fois mentionné, mais sans aucun détail, dans les comptes du temps de René II.
(3) A messire Didier Tallart, qu'il avoit payé par ordonnance du Roy à maistre Jehan Grillot pour les CBUvres de maistre Jehan Gerson, les relieure et enlumineure d'icelles, dix frans. (Comptes du Trésorier général pour U92-1^95.)
(i) , des Histoires de Martii Anthoni Sabelli , et de Strabo , de Situorbis (â), » des bibles, des bréviaires, un diiirnal (3), la plupart copiés par François Elzvir (4) et Gilles du Bouchet (a), reliés par Pierre Jacobi (6), et enrichis d'enlumi-
(1) A Jalien Logearl , libraire à Bar, troys florins d'or pour les Chroniques de Froissard et ung floria pour uq aalre livre de Bo^ casse, (Comptes du Trésorier générai poor 1508-1506.) Le duc avait précédemment fait acheter, chez le même libraire, plusieurs o petits livres n dont on ne donne pas Tintilulé.
(2) An même, u pour Tachapt de deux livres, assavoir les histoires de Martii Anthoni Sabelli et l'autre nommé Strabo de situ orbis XV fr. (Comptes du Trésorier général pour 4501-1502.)
(5) A Petit Jehan Torfevre, demeurant à Nancey, la somme de dix florins d'or de Rin qae le Roy lay a fait bailler pour faire des fermil-
Ions d'or à ung diumal pour ledit seigneur xx fr. (Comptes du
Trésorier général pour 1505*1506.) Une autre mention du même registre nous apprend une particularité assez curieuse : m A Petit Jehan, pour enchâsser des lunettes pour le Roy, deux escuz au soleil... y fr. iiij gros, n
{i) A maislre Françoys Elzvir, escripvain, sur ce qu'il doit avoir pour faire le livre de Monseigneur, troys florins d'or... vj fr. (Comptes du Trésorier général pour l'iOl-l^OS.) Cet u écrivain n était sans sans doute venu de Provence à la cour du duc de Lorraine : u A Françoys Elzvir, que ledit seigneur Roy luy a fait donner pour s'en
retourner en Prouvence, dix florins xviij fr. iiij gros, n (1492-
(5) A Gilles du Bouchet, escripvain, pour la parpaie du livre qu'il a fait pour le Roy, oultre iiiju escus qu'il avoit receu par avant, icelluy livre contenant ciij caiers, dont il devoit avoir pour chacun cayer ung escu d'or... 1 fr. (Comptes du Trésorier général pour 1498-1499.)
(6) A messire Pierre Jacoby pour avoir relyé trois des livres dudit seigneur Roy, fait les lettres en l'un d'iceulx, deux florins d'or vallant îHj fr. — A messire Pierre Jacobi, prebtre, demeurant à St Nicolas, quatre florins d'or pour avoir blanchy, desgressé et relyé ung bréviaire en parchemin appartenant à Monseigneur. (Comptes du Trésorier général p^ur U92-1493 et 1505-1506).
nores par Jean Grillot, Pierre Gamier (i) et maître Georges (â). Des chaises de bois, sculptées par c rimageur > Jeaa Crocq (3), meublaient cette bibliothèque où René passait les heures de loisir que lui laissaient les soins de l'Etat. Ce prince, on le sait, c se plaisoit grandement à la lecture, non seulement de Thistoire mais aussi des livres de Philosophie et mesme de la saincte Théologie, des questions desquelles il respondoit es poincts les plus communs, presque aussi pertinemment que ceux qui en font profession ordinaire. Et aussi n'en estoit il peu contant et satisfaict en son esprit, ains en faisoit souvent parade, disant qu'un prince non lettré estoit un asne couronné (4).... > Les appartements de la duchesse, ou de Madame la Jeune,
(1) A Pierre Garnie^ flostre paînetre, que Iny estoit deu de reste sur ses gaiges qa*il a esté en nostre service, et poar enlumineore par Iny faide en aoe Bible en parehemîn glosée, que lay avons fait entaminer, ij^ x livres. — À troys enlumineurs de Paris qui ont prisée Ten- Inminenre et histoires faictes par ledit Pierre en ladite Bible, xl solz. — A messire Jacques Boucher, prebtre, demeurant à Bar, pour avoir relyé et doré nostre Bible glosée en parchemin en troys volumes, six florins^ pour ce viij livres x solz. (Comptes du Trésorier général pour 1485-1486.)
(2) A Georges, enlumineur de Monseigneur, pour achetter des couleurs pour enluminer ung livre que Monseigneur fait faire, six florins d'or... xij fr. (Comptes du Trésorier général pour 1491-1492.) Cet artiste touchait alors cent francs de pension par an pour ses gages. — A Rogier de la Case, pour or, azur et aultres couleurs qu'il a délivrées à Georges, enlumineur, pour enluminer les livres du Roy, cinq ducatz... xiij fr. iiij gros. (Comptes du Trésorier général pour 1492- 1493.)
(3) A Jehan Crocq, ymageur, pour avoir faictes deux chaires de boys pour le Roy, sept florins d'or... xiiij fr. (Comptes du Trésorier général pour 1495-1496.)
(4} Nicolas Remy, ouvrage précédemment cité.
comme on l'appelait, comprenaient, outre quatre chambres, dont Tune attenant à la salle de Parement, une petite chambrette < dessous la chapelle au jardin, » où elle mettait ses bagues et ses joyaux ; la chambre de ses oiseaux ; celle où elle s'occupait d'ouinrages de tapisserie avec ses dames et ses demoiselles d'honneur; sa garde-robe, son retrait, son oratoire, sa cuisine, son garde-manger, sa panneterie, sa sauce* rie et son échansonnerie.
La duchesse-mère (Madame la Grande ou Madame l'Andonne) avait aussi ses appartements séparés, ainsi que le duc de Calabre; ceux de ce dernier se composaient de deux chambres, d'une garde-robe, d'un retrait, d'un oratoire et d'une salle de billard.
Outre ces logements principaux, il y avait ceux des officiers et des domestiques : celui du héraut d'armes Lorraine^ qui était concierge du Palais; les chambres des maîtres d'hâte!, des diambellans, des secrétaires, des écuyers d'écurie , des dames d'honneur, du chapelain , du tapissier, etc., etc. Plus de cent cinquante personnes composaient la maison de René II (i), sans compter celles qui étaient attachées au
(1) Ôo voit, par les comptes da Reeevenr géoéral, pour 1^86-1487, que la maison de René II se composait de 10 chambellans , 3 écuyers dTécarie, 2 matires d'hôtel^ 2 écuyers tranchants, 5 échansons, 5 pannetiers , 30 gentilshommes de l'hôtel , 6 ecclésiastiques (aumôniers , chapelains, eonfesseurs), 2 secrétaires, 12 individus composant ce qu'on appelait la chambre (?alets de chambre, barbiers , huissiers d'armes, apothicaires, tailleurs, pelletiers, chausseliers» etc.)» 23 officiers de panneterie , échansonnerie , cuisine , saucerie , fruiterie, etc., héraut d'armes, poursuivants, huissiers de salle, etc.; 3 chevaucheurs d'écurie, 7 fauconniers, 16 domestiques, 27 capitaine et archers de la garde.
Les gentilshommes et serviteurs du duc de Calabre étaient au nombre de 33.
Parmi les chambellans de René II, figure un gentilhomme nommé llardouin de la Jaille^ qui remplissait déjà ces fonctions en 1471 • Il parait
service des princes et des princesses, et qui presque toutes habitaient le Palais. Il fallait donc que ce dernier fût considérable, car, en dehors de ses bâtiments de service, il comprenait encore : la chambre des Comptes et celle du Trésor des Chartes (1); les chambres du Conseil ; la Grande Salle; la chambre de Parement, qui, du temps de René II, était destinée à
qa'ii était spécialemeat chargé d'organiser les tooroois qai se donnaient a la coor du dnc. Une note des comptes du Trésorier général^ ponr i'i81-1^82y fait mention d'une somme de 155 francs (12^ livres) payée à messire Hardouyn de la Jaille, < pour partie de la despence qB*i[ a faicte en faisant faire la part dn combat à Nancy. Il avait offert à René U un livre sur les tournois, qui est imprimé dans Wlson de la Colombière, sous ce tilre : u Advis tres-considerable et tres-curieux^ touchant les combats en champ clos, présenté par Messire Hardouin de la Jaille, Chevalier, à René, duc de Lorraine et de Calabre, dans lequel plusieurs belles remarques sont faites, n {Le Yray Théâtre éCHonneur et de Chevalerie^ etc.)
(1) Les comptes du Cellerier de Nancy, pour 1^88-1489, contiennent un chapitre intitulé : u Despence pour avoir fait faire pftr ordonnance de Monseigneur la chambre des comptes et du trésor avec les appartenances en l'année de ce compte, ti On trouve, dans ce chapitre, entre autres mentions, le» suivantes : n Payé à Mengin Noyer (d'Ëssey) et Didier du Neof chas tel, pour la marchandie faite avec eux de faire tout à neuf la vis (l'escalier) de la chambre des comptes , Usv fr. — A eux pour l'huixerie bas (la porte d'en bas) de ladite vis à molure et à pilliers aux armes de Monseigneur, avec deux anges d'une part el d'autre, xx fr. n Le toit de l'escalier était couvert de tuiles plates venant de la tuilerie de Rrichambaut ; u le pommet, tf fait de feuilles de fer blanc, était surmonté d'un panon en or, aux armes du duc, peint par Jean le verrier.
Les comptes du Receveur général, pour i '481-1482, renferment la mention suivante que je crois devoir rapporter ici, parce qu'elle se rattache à l'un des artistes que je viens de nommer : u Payé k Mengin Noyer, masson, demeurant à Essey, iiij'^x iiij fr. xj gros sur certain ouvraige qu'il a fait de l'ordonnance de Madame en une petite chapelle commencée à faire à Saincl Tbiebaut devant Nancy, que madite dame avoit dévotion, h
(a tenue des assises (1); le jeu de paume ; de grands et de petits poêles qui servaient de lieux de réunion aux gens de l'hôtel; divers c escriptoires » ou cabinets de travail; plusieurs oratoires; la chambre de la Tour sur le jardin ; le befiroi où se faisait le guet de nuit sur la muraille du jeu de paume; les salles à manger, cuisines , aumônerie, cellerie, gelîniéres, charbonnière ; la maison et logis des lions et de leur maître, et beaucoup d'autres locaux plus ou moins importants, dont on trouve Fénumëration dans les registres de comptes de la fin du XV* siècle ; j'ajouterai enfin que le Palais comprenait, dans ses dépendances, deux jardins, le petit et le grand, appelé aussi te jardin des champs, et qui communiquait à la campagne par un pont-levis placé dans une tour carrée dont la porte était garnie de créneaux.
Ces notes, bien incomplètes, ne peuvent guère servir de légende aux vues du Palais Ducal, qui nous ont été conservées, mais elles permettent de constater l'ancienne impor^ lance de cet édifice, et de repousser, conune dénuée' de fondement, l'opinion de ceux qui en ont attribué la construction au duc Antoine.
A partir du commencement du XYI^ siècle, les travaux que René II avait ordonné faire au Palais , furent poussés avec plus d'activité qu'auparavant, et des sommes plus considérables y furent affectées : de 1501 à IIK)^, elles s'élevèrent à près de 26,000 francs qui, suivant les termes employés par le Receveur général, furent convertis < à l'ouvraige neuf de la maison dn Roy à Nancey (2). »
(1) Payé à Gollignon le clowetear pour demi cent cle crochetz qa*il a délivré aa tapissier poar alacbier la tapisserie ea la chambre de parement en la veaae du Roy aux assises teaues le xvij® jour dudit mois (juin), ij gros. (Comptes du CksUerier de Nancy pour 1495-1^96.)
(2) De 1501 à 151i, les comptes du Receveur général renferment
En quoi consista ce c neuf ouvrage, » qui fut continué par Antoine? Faùt-il admettre, avec l'auteur de la Dissertation^ que René fit démolir entièrement le vieux Palais pour le rebâtir superbement et avec plus de commodité ? C'est ce que j^gnore et ce qu'il est difficile de préciser. Les registres où l'on pourrait trouver des documents précis à cet égard, n'existent malbeureusement plus , et on en est réduit à des hypothèses plus ou moins admissibles.
J'ai précédemment nommé quelques-uns des artistes qui, dans la période dont je m'occupe, travaillèrent à embellir le Palais Ducal : il y en a d'autres que je ne dois point passer sous silence, parce que leur nom se rattache à l'histoire des arts dans notre g|^vince sous le règne de René II; tels sont les peintres Bertrand Maillet; Hugo, de Toul, qui avait < p^rtraict par deux fois » les armes du duc sur le portail de la cathédrale ; Bertrand, de Lunéville ; Jacques Moult, à la fois peintre et c imageur; » Hanss Serranch et Hans Wachelin, artisiQS allemands; l'enlumineur François Bourcier ,
un chapitre spécial inlitalé : h Despence poar le neaf ouvraige qne l'en fait présentement à Nancy, n Voici la mention du compte de 1801- 1502 : u Le Receveur fait ici despence de lii]*" (4,000) franz, xij gros ponr franc, qa'il a prins par ses mains des deniers de sa receple pour convertir à l'oovraige neuf de la maison dn Roy à Nancy et meismes des deniers des aydes de ceste année, dont il s'en fera recepte au compte desdits ouvraiges. n La même mention est répétée dans les registres suivants ; je me bornerai k indiquer le montant des sommes dépensées chaque année : lSOl-1502, ^,000 fr. — 1502-1503, 1,000 fr. — 150^-1505, i,600 fr. — 1505-1506, 7,500 fr. (7,000 livres) et 600 livres. — 1506-1507, 2,500 fr. (2,000 livres). — 1507-1508, 300 fr. — 1509-1510, 800 fr. — 1510*1511, 5,000 fr. (4,000 livres) et 2,800 fr. — 1515-151^, 1,400 fr. Il manque , comme on le voit, dans cette série, les registres de 1503-1504, 1508-1509, 1511- 1512, 1512-1513. Mais, pour 1511-1512, il y a un compte tout particulier, dont j'aurai bientôt occasion de parler.
— SfiT —
qui avait été envoyé à Paris aux frais du prinee pour y apprendre son art y les peintres verriers Pierre de Strasbourg, l'auteur des vitraux qui décoraient l'église des Cordeliers ; Jean, Honoré et Thouvenin, lequel refit à neuf, en 1481, la grande verrière de dessus le maitre-autel des Cordeliers de Mirecourtj les fondeurs Jean Lambert, et Laurmis, auquel fut confiée la c sépulture » de Ferry de Yaudémont ; les architectes Jean de Foi^e et Jacot de Vaucouleurs; enfin, les sculpteurs Pierre de Toul et Mansuy Gauvain ; ce dernier surtout, dont les œuvres subsistent encore, et sont Tobjet de notre légitime admiration.
im-iuL
J'arrive à la période la plus intéressante de l'histoire dir Palais Ducal, c'est-à-dire au règne du duc Antoine. Suivant Fauteur de la Dissertation^ ce prince c fit faire la Galerie des Cerfs avec la Porterie, et ajouter au Palais plusieurs pièces nécessaires. »
Je ne sais jusqu'à quel point la première partie de cette assertion est fondée, et il me semble qu'on a pris pour des constructions nouvelles de simples travaux de restauration et d'embellissement; il serait peut-être plus juste de dire, et je vais essayer de le démontrer, qu'Antoine fit refaire la façade du Palais sur la rue (1), décorer la Galerie des Cerfs, et enrichir de sculptures la Porterie à laquelle il a donné son nom.
Outre le passage de Nicolas Remy, que j'ai précédemment cité, et où il est dit qu'on pouvait aller à couvert de la Court à St-Georges et aux Cordeliers, une foule de notes consignées dans les registres du Cellerier et du Receveur général, établissent qu'il existait une communication entre ces trois bâtiments. Maintenant, où était cette communication? Les tribunes réservées au duc, tant aux Cordeliers qu'à St- Georges, se trouvant dans la partie supérieure de ces églises, il est plus que probable qu'on y arrivait , soit par des gale-
(1) GeUe sapposilion poarrait être aatorisée par la quantité considérable de pierres détaille employées en 1511-1512, et surtout par Fintitalé suivant d'un des chapitres du compte de ceUe année : it Charryaige de repoulx des foudemens des pilliers de la muraille au loing de la rue* n
ries , soit par des appartements situés aux étages supérieurs du palais (1).
Quelle était, d'ailleurs, cette Grande Salle où René II et Charles-le-Téméraire tinrent les Etats, et où fut passé, le 45 février 4508, Tacte relatif à Téinancipation d'Antoine (2) ? Ainsi que je l'ai dit plus^aut, j'ai tout* lieu de croire que cette salle était la Galerie des Cerfs, non seulement à cause de la corne de cerfs qui y servait de chandelier, mais encore à cause de sa qualification , qui s'applique parfaitement à cette vaste Galerie. D'ailleurs, aucune mention des travaux exécutés sous le duc Antoine, n'est relatif à sa construction ni aux dépenses, certainement considérables, qu'un ouvrage de cette importance eût occasionnées. J'ajouterai, toutefois, que je ne fais qu'émettre ici un doute, et non pas une affirmation (3).
(1) Il semblerait^ d'après les découvertes qai ont été faites lorsque l'on a restauré le vestibule donnant sur la cour des bureaux de la préfecture, pour y établir le Musée lorrain , qu'à une époque qu'il est difficile de déterminer d'une manière bien précise , mais qui très-vraisemblablement se rapporte an règne de René II , l'aîie du palais longeant la Grande-Rue > ne se prolongeait pas jusqu'à l'Eglise Saint-Georges. On a trouvé, en effet, dans le vestibule dont il vient d'être parlé, des ouvertures de portes et de fenêtres qui devaient avoir une destination quelconque , et donner sur un espace laissé vide entre le palais et la collégiale. Ce fait laisse le champ libre à une foule de conjectures. Mais il est à peu près impossible d'émettre , à cet égard , une opinion positive.
(2) Acte passé en la Grande Salle du Palais Ducal à Nancy, par les comtes, barons, chevaliers, baillis et autres nobles, les abbés, prieurs, collèges et gens d'église, ensemble les bourgeois et commun peuple du duché de Lorraine et de Bar, convoqués et assemblés, représentant les trois Etats desdits duchés, au sujet de l'émancipation d'Antoine, duc de Lorraine et de Bar. (Trésor des Chartes, lay. Etats généraux II , n® 61, et Cartulaire de Lorraine^ Liber omnium.)
(3) La qualification de Grande Salle fut donnée plus tard à la salie
Quant à la Porterie, elle est déjà désignée sous ee nom en i484 (1), mais uniquement, sans doute, parce que cette porte était l'entrée principale du Palais.
Quoiqu'il en soit, c'est bien Antoine qui peut revendiquer Phonneur d'avoir fait décorer et embellir ces deux parties si intéressantes de l'aoïcienne résidence de nos ducs ; il fit continuer et presser avec la plus grande activité les travaux commencés par son prédécesseur ; des ouvriers y furent occupés de jour et de nuit (2) , et le Receveur général de Lorraine fut chargé de tenir des comptes particuliers des c recettes et dépenses pour les ouvrages faits en la maison de monseigneur le duc. »
Malheureusement, ces registres, où l'on trouverait des détails précieux, n'existent plus ; le seul qui nous ait été con*serve est de l'année 1511-1512, et les renseignements pleins tfintérêt qu'il renferme, doivent faire regretter vivement la perte de ceux qui l'ont précédé ou suivi (3). ,
Des ouvrages considérables furent faits dans le courant de cette année, à en juger par l'énorme quantité de matériaux
^HoQiieur,sitaé6 da o6té des Cordelien^ mais qui na fat conslraite qae sons Charles III.
(1) Les comptes da Gelterier de Nancy, pour 1484-1488, parient d'one somme payée pour u ane verge mise à la lanterne de la Porterie et an chandelier dedans, n
(2) Le registre des recettes et dépenses ponr les oavrages da Palais (1811-it(12), fait mention d'une dépense de 6 gros m ponr six petits
cbandelliers k mettre chandoilles pour les massons à besongner de
nnyct. p
(^ Ce registre est intitulé : u Septième compte des receptes et despences faictes par George des Moynes, receveur gênerai de Lorraine, ponr les ouvraiges faits en la maison de monseigneur le duc à Nancey depuis le premier jour de janvier mil \^ et xj jasqaes au dernier joar de décembre mil v« et donze^ qu'est ang an entier, n
employés : on amena à Nancy, tant des carrières é» Pont- St-Vincent et de Maizières, que de celles de Flabémont, Monlenoy et Bouxières-aux-Cbènes, 43,371 pieds de pierres de taille ; trente marches, de la carrière de Belleville , plus yingt-six toises de payé, aussi de pierres de taille , tirées des environs de TAvantgarde.
Plusieurs ouvriers travaillaient , sous la direction de Tar* ehitecte Jacot de Yaucouleurs, au c parachèvement du por-^ tail du corps de maison de la Grande Rue, » et à un escalier qui se faisait au canton allant au petit jardin (1). On recouvrait tout à neuf un petit toit c dessus l'église St-Georges, entre la diapelle du duc et le toit de la chambre des Comptes (2) ; > on posait des verrières aux fenêtres de la chambre des Assises (3); enfin, Timageur Mansuy Gauvain taillait les
(1) Journée» de massons en molure, feuillaiges et autrement, assayeurs de taille, massons rencoutrans ladite taille.
Payé par le Recepveur h maislre Jaco> maislre masson audit oavraige, Loys Jehan et Didier et (llaadey ses yaletz, Thoavenin de
Gondé, Jehan da Boys, le Bagnelot, Arnoalt de , Grant Jehan le
Vêla, Labbé, Jacob, Didier d'Ëssey, Jeminet, Odart, son fils, Gaillaome de Brabant, Glande de Lay, Aabertin Vosgien et plusieurs autres massons pour leurs journées de la sepmaine commenssant au lundi Y® jour de janvier mil y*^ et xij, qu'ils ont ouvré audit ouvraige au taillier pierre de taille, massonner, assavoir les ung quatre gros, xiij blans, ilj gros, xj blans, x blans et vij blans, pour besonnier au parachèvement du portai du corp de maison de la grant rue, et besoingner k ung vix qui se fait au quanton allant on petit jardin, et aultres ouvraiges et en plusieurs lieux en ladicte maison, 40 fr. 5 g. 13 d. — Somme des journées de massons, 3,213 fr. 6 g. et demi.
(2) Payé à Jean de Bains, couvreur d'ardoises, la somme de cent
florins d'or, ij frans pièce , pour avoir recouvert tout à neuf ung
petit toict dessus l'église Sainct George , qui est eatre la ch^ppelle de Vonseigneur et le toict de la chambre des Comptes faict ea l'année mil v^ et dix (et autres ouvrages), 200 (f*
(3) Payé k Nicolas le verrier, de Nancey, pour deux eroisiées de
gargouilles de la façade du Palais, et sculptait la statue équestre du duc Antoine (1).
▼errieres qu'il a faictes es fenestres de la Chambre des Assyses yenant sur la rue aa loiog de Teglise Saincl George.... 5 fr. et demi.
(l)u Autre despence à Mansuy tailleur pour avoir taillié et fait le pourtraict de Monseigneur le duc qui est à cheval sur le portai de ladicte maison,
n Payé par ledict Rece?ear aodiet Manspy, ymageor, pour la marchandie faicle avec lai d'avoir esté aa lieu de Savonnieres en Partoys faire rayer des pierres de taille et taillié le poartrait de Monseignear qui est à cheval sur le portai de ladicte maison sur la grant Rue ainsy qu'il se monstre , du tout k ses fraiz.... pour ce Ixvj fr.
n Audict Mansuy que lui ont esté ordonnez pour ses journées et despeos d'aller avec les charreltons de Sainct Nicolas audipt Savonnieres en allant charger lesdictes pierres par appoinctemeut à lui fait iij fr.
n Audict Mansuy la somme de xij fr. que mondlct seigneur lui a fait donner pour et en recompense des perdes qu'il avoit fait en faisant ledict poartrait et ce pour une fois.... pour ce xij fr.
n Audict Mansoy pour avoir fait quatre gargoilles pour meclre ez chanlettes de pièces du corps de maison joindantà la grant Rue de ladicte maison et ce des pierres de provision à raison de trois franz la pièce • xij fr.
n Payé par ledict Receveur à Symon le charrelon et Jehan Wanier demenrans à Sainct Nicolas, pour avoir esté avec trois chers attallez et leurs chevaulx au lien de Savonnieres en Partoys et amené les trois grosses pierres de taille que ledict Mansuy avoit esté rayer en la poiriere dodict lieu pour -la representacion et pourtraict de mondict seigneur cy devantdicle onquel veaige ilz ont vacqoé, tant allant^ seionrnant que retournant par sept jours entiers, et ce pour leurs journées salaires et despens, par appoinctemeut h eulx fait... pour ce., x liij fr. et demi.
n A Claude Liebault, charpentier, pour l'appoinctement fait avec luy d'avoir fait une roullette de bois pour charrier et mener ladicte representacion depuis l'astelier ou les massons besongnenl jusques à la porte de ladicte maison pour monter et tirer hault ladicte representacion qu'il mis et assis dessus ladicte porte avec ses gens le tout à ses despens V fr.
n A Jehan le sellier esperonnier pour ung mors de bride qu'il a fait et attachié les bossettes et esperon du cheval de ladicte representacion • ••.•.••••../.••••.. ix gros, n
Ces ouvrages, et beaucoup d'autres moins importants, que je ne crois pas devoir indiquer en détail, s'élevèrent à la somme de 10,053 francs 5 gros 7 deniers.
C'est donc à l'année 1512 qu'on peut, avec certitude, fixer l'achèvement de la Porterie, que de récentes restaurations, exécutées avec art et intelligence, nous permettent d'admirer dans toute sa magnificence primitive.
Cette Porterie , dont une des planches de la . Pompe funèbre de Charles 111 donne une excellente représentation (1), offre un type curieux de Tarchitecture transitoire de Togive à la renaissance du XYP siècle. A ses ouvertures à plein cintre s'élèvent deux pieds-droits chargés d'arabesques et découpés à jour vers leurs extrémités. Dans l'intervalle qui les sépare se trouve la porte principale, au-dessus de laquelle est une niche spacieuse et profonde, à cintre légèrement surbaissé, et qui contient la statue du duc Antoine. La niche supérieure est occupée par les armes de Lorraine, sculptées dans le cadre ogival de deux tiges ornées de feuillages et richement fleuronnées au-dessus de leur jonction. Entre deux autres pieds-droits, terminés à jour comme les premiers, et au-dessous d'un fronton à demi-rosace, que surmonte encore la réunion fleuronnée de deux tiges , sont les bustes affrontés de René II et d'Antoine, sculptés en bas-
Somme de la despence » Mansoy pour la representaeion dessus la porte de la maison cxlij fr. iij g.
Je crois avoir prouvé, dans ma notice sur Mausuy Gauvain, insérée au tome II des Bulletins de la Société d'Archéologie, que la statue dont il vient d'être parlé, est bien celle d'Antoine et non le portrait de René II, comme Chevrier Ta avancé, contrairement aux traditions historiques et k la vérité.
(1) La Porterie a été dessinée et lilhogrâphiée d'une manière remarquable par MM. Châtelain et Tborelle.
relief. Les détails de cette décoration^ dont l'ensemble est aussi majestueux qu'élégant, présentent le fini d'une ciselure sur bols. La couronne du portail domine, de quatre mètres environ, la partie inférieure du toit. Ce portail est placé entre deux fenêtres garnies de balcons saillants, en demioctogones, découpés en architecture flamboyante et supportés par des figures grotesques.
A côté de la Porterie se trouve une petite porte surmontée des armes de Lorraine, soutenues par deux génies; au-dessus du tympan, elle est décorée d'une tlgefleuronnée, au haut de laquelle le sculpteur a représenté un singe habillé en Corde^ lier, et tenant des deux mains un livre ouvert. Cette représentation bizarre a donné lieu à diverses interprétations : suivant les uns, ce serait une petite vengeance de l'artiste, dont un religieux aurait critiqué le travail ; suivant Chevrîer, l'auteur de cette figure serait Charles de Lorralne-Guise, qui fut évêque de Metz, archevêque de Reims et cardinal. Malheureusement, la dissertation que nous promettait sur ce sujet le très-piquant écrivain de VHistoire de Lorraine, n'a jamais paru, et l'on ignore sur quelles preuves il se proposait de baser son étrange attribution (1).
(1) \oiei ce qae dit Ghevrier dans soq Histoire de Lorraine : Il Je donnerai , dans le 9® tome, une dissertation {*) snr le singe habillé en Gordelier, qu'on voit au-dessus de la petite porte... Charles de Lorraine-Guise en est Tauteur ; ce prince est le même qui fut évêque de Metz, archevêque de Reims et cardinal.
(*) Il Cette pièce aussi savante que badine (ajoute Chevrier dans une note), pourrait bien blesser la dignité d'un prince de Téglise romaine , mais je dirai hardiment qu'elle ferait honneur à tout autre homme. RuyTj chanoine de Saint-Dié , la lui dispute , et la date du XVIP siècle sur un manuscrit trouvé à Angers. Je discuterai cet objet dans son temps. «1
La dissertation annoncée par Chevrier, n'a jamais paru, et aucun pas-» page des ouvrages de Ruyr n'a trait h cette particularité.
La petKe porte dont je yiens de parler acquit, da temps de Léopoldy une sorte de célébrité en raison d'un épisode que je raconterai plus tard. Dans le récit qu'il fait de cet événement, Lionnois prétend que, depuis René II , les ducs de Lorraine avaient toujours entretenu nn ours à leur cour, en reconnaissance du service que le canton de Berne, qui porte Teffigie de cet animal dans ses armes, rendit à ce prince en pressant les Suisses de lui porter secours contre le duc de Bourgogne. Je ne veux pas révoquer en doute l'assertion, du reste peu importante, du savant auteur de VHistoire de Nancy; je dirai toutefois que rien ne la confirme. Du temps de René, il y avait, dans une partie du Palais , une sorte de ménagerie où étaient rassemblés des animaux de toute espèce, notamment une dvette, un léopard, des cerfs, des lions, etc.; mais il n'est nullement fait mention de Tours traditionnel , qui aurait dû cependant, en raison du souvenir qu'il rappelait, être Fobjet de soins tout particuliers. Plus tard, et suivant un usage qui s^est conservé longtemps dans notre pays, nn corbeau fut placé prés de cette petite porte.
En parlant des travaux d'art faits au Palais Ducal dans les premières années du règne du duc Antoine, je ne dois point passer sous silence la corniche, en forme de cable tordu, qui reliait l'une à Fautre les gargouilles sculptées par Mansuy Gauvaîn. Cette corniche, qui est restée à peu près intacte le long du cwnble de la Galerie des Cerfs, a été coupée, en beaucoup d'endroits, dans l'aile du bâtiment qui avoisine les Cordeliers.
Je dois mentionner également, comme se rapportant à la même époque, les médaillons placés à la voûte du porche et du vestibule adjacent. Ils sont an nombre de vingt et représentent, pour la plupart, des figures bizarres. Quelques-uns renferment des portraits, notamment ceux d'Antoine et de
Kené I"^. A l'exception de ce dernier, autour duquel on lit les mots : Renatys Cicilie. I. Rex , tous les autres sont en* cadrés par la devise d'Antoine : J'esperb, avoir en lettres gothiques d'une très-belle exécution.
D'aulres médaillons, dont on voit encore l'empreinte sur le mur, ornaient également la façade intérieure du Palais : ils ont été brisés,* soit lorsqu'on a établi les contreforts disgracieux qui déparent cette façade; soit lorsque, en 1751, on a agrandi les fenêtres de la Galerie des Cerfs (1).
En 1515, on refit à neuf le pont de bois « derrière l'Uostel au bout du fossel la haronniere, (2) » et l'on travailla à la c charpenterie de la coiffe de la vis carrée près du logis du concierge. > A en juger d'après le plan de 1698, cette vis ou cet escalier serait celui de la tour de l'Horloge, qui subsiste encore aujourd'hui, et qui était contigu au logement du concierge, situé alors à peu près sur l'emplacement actuel de la grande porte de la Gendarmerie, à l'extrémité de la galerie qui sert de magasin à la ville.
En 1515, on répara la galerie allant du Palais aux Corde- Uers, et l'on fit tout à neuf la fontaine de l'Hôtel.
L'année suivante, et sans doute à l'occasion de la venue de
(1) Cette particalarilé est indiquée dans une note marginale écrite sur an exemplaire de la Notice de Lorraine.
(2) Suivant l'auteur de la Distertation historique sur Nancy, cette ville avait, outre ses deux portes (celle de la Graffe et de St- Nicolas), deux poternes. Tune dite du Vieii-Âitre, sur remplacement d'une partie de la rue de la Monnaie, près de la place de Grève ; l'autre derrière la Court, u par où les princes sortaient par dessus un pont de bois pour s'égayer, principalement pendant ta mortalité. Cette seconde a , sans doute , été détruite lorsqu'on a édifié le bastion des Dames (1556). Il y avait encore, sous le règne de Léopold , un pont de bois à l'angle flanqué dudii bastion, par lequel la Cour allait à la prairie , mais il n'y avait plus de poterne. C'est aussi en cet endroit que fut placée la porte St-Louis (cooslruite par Louis XLII en 1635]. »
%enée dé Bourbon, épouse du duc Antoine, des travaux Airent faits aux étuves et aux chambres des filles, près du logis du concierge; aux « chambres du logis nouvellement faites pour M. le Seneschal ; » aux « vieilles galeries et cabinets d'alentour du vieil jardin; » Jean Contelesse, maître paveur de Nancy, posa huit toises et demie c de pavement dé pierres de roches > derrière la grande porte entrant à l'Hôtel ; Nicolas le verrier mit cinq pieds de verrières peiotes à récurie de la duchesse et peignit ses armes « en la chambre de son écurie ; > Robinet le menuisier fit un « bufiet à la taille d*anticque » pour l'appartement des filles d'honneur ; enfin, Hugues de la Faye, peintre du duc, décora de ses ouvrages le cabinet de Renée de Bourbon (1). Ce cabinet renfermait des c chayeres et des pourtraits » taillés par les menuisiers Jean Dallein et Antoine Philbert; et dans le petit poêle de la duchesse, était c un lit de camp taillé d'ouvrage plat et les molures étant avec rassemblement à mode d'Italie, » sculpté par A4am le Cygne (2).
(1) Despence pour la paincture du cabinet de ma dame. Payé par le Gelerier à Robert Gaerrart, marchaot^ demouraot à Sainct
Nicolas, pour viijc j quarteroo d*or qaMi a vendu et délivré à maistre Hugues, paiuctre, pour employer à paiadre ledit cabinet xvij fr. x g. et demy.
A lui pour une libvre de vermillon , xij {ç.
Pour une libvre et v onces de blanc de plomb, vilj g.
Pour UM libvre de vert de terre, vj g.
Pour une libvre de pymont, xij g.
A maistre Hugues pour avoir painct une planche aux armes de Madame, ij fr.
A lui pour autre ouvraige de pattes de papier, xij g.
Pour nng cent et demy d'or, xxviij g.
A lui pour ung quarteron de sinople, iv g.
A Jehan de Rains pour la façon des lettres et croix , ij fr.
Somme, xlvj fr. iv d.
(2) Comptes du Gellerier de Nancv nour 1517-1518. On voit, par
En 1518, des ouvrages de menuiserie furent exécuté» c en rédifice que l'on fait neuf sur le demy rond du jardin devers la poterne^ comme au logis de M. le grand maistre ^d'hôtel). »
En 4519, une somme déplus de ^,.000 livres fut affectée à la c despênfce faicte pour Tachevement des gaileries de ma dame, pour le jardin de Monseigneur et la fontaine nouvel* lemont faiete audit jardin (i). > Cette galerie, qui communi-^ quait au jardin, et sur laquelle aboutissaient les appartements de la duchesse, avait environ 200 pieds de longueur et 20 de largeur. La c traverse au plus près du loict, » était « toute de mairien et planches de sapin, les solmiers et filières à molures. » La chambre de la princesse, située à Fex-^ trémité de la galerie , était décorée de vitraux, portant neuf écussons à ses armes, peints par Nicolas le verrier. Ses armes étaient Clément figurées sur les deux panonceaux qui surmontaient le toit en ardoises de la galerie, et avaient été peintes par le verrier Honoré. Tous ces travaux furent exécutés sous la direction de l'architecte Jacob (ou Jaquot), concierge de Thôtel.
En 1521, des ouvrages considérables furent faits aux deux jardins et à la fontaine du grand jardin (2). Ce dernier était
Boe note da registre précédent, que des tournois eurent lieu u on pasqnis derrière Tostel n , et sur la place u dite le Chastel devant la halle. »
(i) Comptes du Trésorier général poar 1518-1519.
{9^ Despence faicte tant pour les deux jardins de Vhostelde Monseigneur, dehors et dedans, que autres ouvrages et réfections nécessaires en ladicte maison.
Tel est le titre d'un chapitre des comptes da Receveur général pour 1520-1521 ; la somme totale de la dépense s^éleva à 965 livres 11 sols 8 deniers. Dans cette somme sont comprises les dépenses faites pour ouvrages de charpentiers, menuisiers, serruriers, eloutiers , etc.;
hors de reiieeînCe da Pdais, peut-être derrière les Cordeliersy peut-être sur rempheeme&t oà Chfîstiiie de Dmemarck fit ooostroire plus tard le bastion des Dunes.
En i5â5, le duc Antoine adieta aox chanoines de St- Geoi|;es, moyennant 180 francs, une maison < séante en la neuTe nie derrière les frères liineors, » on était le tien jen de paame, et y fit fiiîre nn dicnfl poor ses dûens. On cons* troisit nn c coImnlMer de passerelz > derrière THêtel, auprès du jardin des Champs, et un édutfaud fut dressé dans la &ande Salle pour toiir les Etats et jouer des farces au Gras Temps (}e carnaval).
C'est à cette époque qu*il ecmunenee à être frut mention, d'une manière précise, de la Galerie des Cerfe ou de la Grande Galerie, comme die était paiement appelée.
fournitures de planches poor les treillis et berceaux ou allées du jardin , portes h ces allées ; plomb pour la coiffe de la fontaine ^ panons posés sur cette fontaine, charpente du toit de son pavillon, construction d'une loge en planches de sapin, dressée auprès des u lysses n derrière le Palais. Parmi les mentions contenues dans ce chapitre , se IrouYent les suivantes :
u Payé k maistre Claude , charpentier, demeurant à Nancy , pour la raardiandie faicte avec luy d'avoir fait la charpenterie du toict dessus le pavillon de la fontaine du grant jardin, xxviij livres.
n A Jehan de Bains , maistre couvreur de Thostel , pour avoir cou* vert tout k neuf d'ardoises la coiffe et toict dessus ladicte fontaine, fait toutes les plomberies d'anticailles^ beslions et dorure, iiij ^^ xij 1.
n A Jehan Loilyer de Nancy pour trois pintes d'huyile de seuruze qu'il a délivré audit Jehan de Rains pour servir aux painctures de ladicte plomberie^ xvj solz.
If A maistre Jaco , consierge de ladicte maison , pour deux quartes d'huylle de noix qu'il a délivré pour servir comme dessus, xxiv s.
If A maistre Jacques , monnoyer demeurant à Nancy , la somme de iiij >> xvj fr.... pour huict escussons de terre cuicte et esn^alilée de diverses couleurs aux armes de Monseigneur, qu'if a faictes, myses et assyses on grant jardin auprès d'antres escussons faiz l'an passé, Ixxvj L xvj s. »
Tandis que le c taillear d'images » ttansuy Gauvain, et c Timagier de terre > Jean de Sanlis, faisaient pour le duc des ouvrages qui ne nous sont pas connus, ce prince chargeait son peintre Hugues de la Faye, de décorer la Galerie des Cerfs (i).
Les mentions relatives aux travaux faits par cet artiste, établissent positivement que la galerie où ils furent exécutés , était déjà garnie de bois de cerfs, et, par conséquent, qu'elle existait antérieurement à l'année 4534. Mais, comment se fait-il qu'elle ne soit désignée sous son nom que depuis cette époque? Doit-on lui appliquer la désignation de Grande Salle, précédemment donnée à une partie du Palais, et où j'ai supposé que s'étaient tenus tes Etats sous René II et sous Antoine? Je n'ose rien affirmer; je dois dire, toutefois, qu'il y avait une Grande Salie vers St-Georges, située très-probablement dans le corps-de-logis qui s'étendait de derrière la collégiale jusqu'au Rond et au jeu de paume.
Quant aux peintures que fit Hugues de la Paye, rien n'indique quels sujets elles représentaient, ni si elles couvraient les murailles et la voûte. Il est néanmoins présumable que c'était, du moins en partie, des scènes de chasse; c'est ce qui semble ressortir de mentions postérieures, que j'aurai occasion de rappeler plus tard. Je dois ajouter que, si l'on en juge par quelques traces de peintures qu'on voit encore au-
(1) Payé à maistre Hagaes , painelre , la somme de cent frans poar acheter des coallears poar achever la gallerie qae preseolement Monseigaear loi a faicl paiadre. (Comptes da Trésorier général pour 1523-
Les comptes du Gellerier de Nancy, pour la même année, font mention de différentes sommes payées m à plusieurs charpentiers pour avoir dressé des échafauds en la grant galerie des cerfz qoe Honseignenr veuU foire paindre ; m — u k plusieurs massons pour avoir mis bas les iétes des cerfz de la grani gallerie. *»
jonrd'hoi dus It Gderie des Cerb, les eatbraures des croi* sées étaieol «nées d'éouBoas mu armet de LorraÎDe et de BoorboD.
On remarque égalonenl , sur le mur du fond de cette galerie , à droite en entnnl , une guirlande en feuillage et luta inscripiion, en grande partie eflacée, qui était destinée k rappder la Passiwi ou des épisodes de la Passion de Jésns- Gbrisl ; on y lit , en effet , les mois suivants : Quart. ... lo
CDSi FDST EH PiLÀTB Ll FAUL COnDBHPHB POUB Ul
LA CBOn PUIS PAYEHS.... ET EU LA CEGIX JeSCS PLOEAMT
En I $26, on reGt tout à neuf les plafonds du jeu de paume et on pava ce dernier de pierres de taille.
En 1527, François, le fondeur, refondit la cloche de la poterne de l'Hôtel, qui était rompue ; le menuisier Philippe de Haut posa une couche de chêne, < à tous paremens, i panneaulx et à draperie ■ en la garderobe avprès de la chambre de M. le Cardinal, et fit une cage de chêne & l'entrée de la porte de la Court, pour y mettre un corbeau ; enfin, Hugues de la Faye continuait & travailler à la Galerie des Cerfs (I).
L'annëe suivante, on Ôt unenouTcIIe fontaine dans le jardin du Palais. Elle se composait de sept gros pilliers de pierre de taille, sculptés par Jacob Menusier, de Toul , supportant un dême couvert d'ardoises et de plomb, terminé par une lanterne vitrée, et dont les arcs doubleaux étaient décorés d'^ cnssons armoriés. Six gargouilles en pierres de taille, liiiti's, de même que les éciissons, par l'artiste que je viens de rii>iii mer, étaient placées au-dessus des contreforts des pilliiT-' ii
11] ?Kjik H* Bbcdm, piialre, trcnu florioi d'or pour lrui~ <tiiI )»en d'or qa'il a faursy poor II (rsol (alerte da IIouvl;iiir<ir. (Compm du Tréwrier giairal pour 11130-1937.)
déversaient les eaax plnTÎales. La pierre employée dans ce monamenl, dont la dépense totale s'éleva à 1,495 livres 19 sols tournois, provenait des carrières de Pont-St-Vincent, de Flabémont, de Moncel et de Yic, et le bois de charpente de la forêt de Haye. La fontaine était, en outre, ornée de six colonnes de marbre amenées de Lombardie, et que Mansuy Gauvain avait été chargé de tailler, nettoyer et polir. On avait fait construire, c en ung petit coin de la tour de derrière le logis de M. le grand maître, > une fonderie et plomberie pour mettre en table le plomb destiné à cet ouvrage (1).
La même année, marché fut passé avec Fiacre, maçon à Nancy, t pour faire ung mur devant la fouriere de l'hoslel, derrière Feglise St George, prenant au mur du jeu de palmes jusques au mur de ladîcte église, du loing de Talée dudict jeu de palmes. >
(i) Un chapitre des comptes da Recevenr général pour 1527-1528, est inlitalé : u Despence pour la nouvelle fonlainne du jardin de Monseigneor ; n on y lit , entre autres , les mentions suivantes :
M Payé par le receveur à Jacobe Menusier demonrant k TonI, pour la façon et lailliaige de sept cbappiteaulx des gros pilliers portans le toict de ladicte fontainne , qu'il a fait et laillié des pierres de taille de provision dudit ouvraige> xiiij fr. valant xj livres iiij solz.
N A lui pour la taille et façon de six gargoulles desdites pierres de taille, qu'il a fait et taillié pour gecler les eawes à l'endroit desdits pilliers, xij fr. valant ix 1. xij s.
n  lui pour la façon et taille de deux escussons armoyez qu'il a fait et taillié qui sont au dessus de deux are doublez de ladicte fontainne, xij gros valant xvj s.
n  Mansuy , ymaigier , pour Pappoinctement fait avec lui d'avoir poly et nettoyé les six colombes que Ton a amené de Lombardie et qui sont assisses à l'entour de ladicte fontainne , ensemble les sourbasses et chappitelz, xxxvj fr. valant xxviij 1. xvj s.
n À lui pour avoir taillié les deux colombes , sorbasses et chappitelz de la pierre que l'on a amené de la poiriere de Vy, les nettoyé et poly, xxviij fr. valant xxij 1. viij s. n
II ressort de cette mentioii que, du temps du due Antoine, le jeu de paume était déjà sur remplacement qu'il occupait lors de Fincendie de 1627, et que le corps-<le-logîs qui reliait les bâtiments du fond de la cour du Palais à ceux de h Grande-Rue, servait, au rez-de-chaussée, de fourrière ou de bûcherie. Quant aux étages supérieurs, ils étaient occupés par la chambre des Comptes , la charobrette où se tenaient les clercs du Trésor, et par la salle St-Georges.
Dans le courant de cette même année, on fit venir de Châlons en Champagne un nommé Jean Chevallier, nattier, pour couvrir de nattes de paille la diambre de la duchesse de Lorraine.
En 1550, Mansuy Gauvain, qui était encore occupé à la fontaine du jardin, sculpta une cheminée de marbre pour le cabinet de Madame, et un charpentier refit à neuf c la porte et porterie sur le fossel, on chemin allant du jardin vers la porte la Craffe. >
J'ai dit précédemment que les représentations dramatiques avaient lieu dans la grande salle où se tenaient les Etats ; quelquefois, et sans doute lorsqu'on voulait y admettre un plus grand nombre de spectateurs, on les donnait dans la cour du Palais; c'est là que le dimanche, 23 juin 1532, fut joué le jeu de ShJob devant le duc Antoine.
A cette époque, on fit, c en la galerie du jardin de Monseigneur, > une nouvelle fontaine dont les ouvrages de sculpture furent exécutés par Mansuy Gauvain et Jean, son fils (1).
(1) Detpence pour la neufve fontainne faicte on jardin de Mon^ ieiffneur et par son ordonnance en ceste présente année.
Le premier chapitre est intitulé : u Rayaige et cbarroy de pieres de jaspe tirées ez poirieres de Hineoart^ HoDcel, Vy et autres lieux pour employer audit onvraige. n
Le second chapitre a pour titre : a Journées d'ymaigiers , massons»
L*aniiée soixante, le célèbre Ligier Ridiier, Âe St-Mihtel^ vint à la cour du duc de Lorraine et fit les « pourtraictures en terre » tant de ce prince que de la duchesse et de plusieurs autres personnages (i).
En 1555, des dépenses assez considérables furent faites pour c asseoir la fontaine de jaspe du jardin. > Maiisuy y vaequa onze journées, et Hugues de la Faye peignit c le plomb d'alentour le pied de la colonne > de cette fontaine.
tailleurs et aatres qai ont oavré à taillier roavraige de ladicle fontaine, n On y lit les mentions saivantes :
u A Jehan de Fer et Jehan Gradelet, massons demeurans à YendeoTre , poar chacun sept journées quMlz avoient ouvré en la maison de Mansuy pour commencer la taille dudit ouvraige, iij fr. qui valent Ivj s.
tf  Mansuy, ymaigier, pour iiij^xj journées qu'il a ouvré et vaequé à taillier, poltir et besongnier à Touvraige de ladicte fontaine.*.*, Ix fr* ix g. qui valent xlviij 1. xij s.
u A Jehan Mansuy , son filz , pour ilij^^ journées qu'il a vacqué à taillier, poUir et besongnier audit ouvraige.... , Ix fr. qui valent xlviij 1. N
Différentes sommes sont payées h d'autres maçons qui avaient a taillé et besogné n avec Mansuy ; ce sont : Jean de Fer, Jean Gradelet, Jean Roselot, Guny Bazelot, Didier Renault, Claude Ghaubaultet Jean de Gondrevllle.
M A Mansuy, ymaigier, et son filz, pour chacun v journées qu'llz ont vacqué, ouvré et employé à dresser, asseoir et mectre ensemble ladicte fontaine en la gallerie du jardin, vj fr. ij g. — A Mansuy, Jehan, son filz, et ses compaignoos, pour avoir deffaict, rosté et dessemblé ladicle fontaine, iij fr. n (Gomptes du Receveur général pour 1532-1555).
(1) Payé par le celerier à Jehan de Mirecourt, menuisier, demeurant Il Nancy, pour une grande layette en manière de coffre, de xv pieds de longueur et iiij pieds de haulteur, qu'il a fait et fourny de son bois sapin à mectre les pourtraictures faictes de terre , tant de Me le duc que Madame et autres faictes par maistre Liegier, ymaigier, viij fr. (Gomptes du Gellerier pour 1533-1534.) — Une autre note des comptes du Trésorier général pour i5iO>15^1 , fait mention d'une somme de 60 francs , payée u à M^ Legier, demeurant à St-Mihiel, en considéra* tion de quelque œuvre qu'il a fait présent à Monseigneur, n
On souda avec de rétain de ComoaaiHe « k plomberie de la grant vix, » et la chambre du grand escalier fut pavée de carreaux de terre plombés, jaunes et noirs (1536).
En 1557, un nommé Robert de Paris, qualifié de c prince des nattiers, > fut mandé de Reims à Nancy, pour natter la chambre de la duchesse et les cabinets du duc ; maître Hu* gués fit différents c ouvraiges de son mestier de paincterie » dans plusieurs appartements du Palais et c radouba » les peintures de la Galerie des Cerfs (1).
En 1538, Nicolas Graxien, verrier de Thotel, fit, d'après les dessins de cet artiste, une verrière c toute paincte, > de treize pieds et demi, c pour servir à un rond au bout de la galerie allant de la maison de Monseigneur jusques à Forafoire de l'église des Frères. > Nicolas avait aussi fait deux rosaces et quatre c pièces de verrières à ymages > pour l'oratoire de la duchesse, que décoraient également des peintures de Georges ou Georgin Gresset, et un bas-relief de Mansuy Cîauvain, représentant l'Apparition (2).
(1) A M*' Hugoes, concierge, poor coaleors et estoffes qu'il a fooray eo ouTraiges de soo mestier de paiaclre par lui faiz ez lieox cy après : en la chambre de Madame, deux franz , en la trafear de son grant cabinet, dix frans. Poor dorer deux grandes planches de noyer ondit cabinet, dix frans. A paindre huit ymaiges de terre cayte, douze frans. Plus h dorer et argenter de fines couleurs deux moyennes cheyeres (chaises) pour Madame, dix franz, et pour deux autres grandes cheyeres vernyes et brenyes , dix huit gros. Plus encore pour rcuiouber leê painctures de la galerie des Cerfz, vingt frans. (Gellerier de Nancy, 1536-37.)
(2) Je dois ajouter ici nne note qui aidera à compléter ma notice sor cet artiste. Malgré les nombreux travaux qu'il avait exécutés, Maosuy Gauvaio était resté pauvre ; aussi, n'ayant pas obtenu aossitèt qu'il le désirait le paiement du prix de l'ouvrage qu'il avait fait pour l'onhtoire de Renée de Bourbon, il adressa à cette princesse la requête soi* vante : < Plaise k vostre bénigne grâce , souveraine dame, faire payer
Des réjouissances eurent lieu à la cour, en 4559, à Foccasion du mariage de la princesse Anne, fille d'Antoine, avec René de Chàlons, prince d'Orange. Les noces avaient eu lieu à Bar; mais les jeunes époux vinrent ensuite à Nancy, où on leur fit une réception magnifique; on leur offrit le spectacle d*un tournoi et d'une c momerie (sans doute un ballet), > dont les machines furent exécutées par Timagier Martin Crocq.
Un artiste du même nom, Claude on Claudin Crocq, peignit, Tannée suivante, le cabinet que Ton fit, de l'ordonnance du duc, derrière sa chambre, c avec une galerie (en pierres de taille) prenant audit cabinet et à la grande galerie tendant sur le jeu de paume. »
De grands préparatifs furent faits, en 1541, pour la réception de Christine de Danemarck, qui venait d'épouser François , duc de Bar, depuis duc de Lorraine sous le nom de François P^ Un combat à pied fut donné, le soir, dans la cour du Palais, qu'on avait splendidement illuminée e^ garnie, dans son pouitour, de chapeaux de triomphe, retenus par des liens dorés, et d'écussons armoriés, peints par Claudin Crocq ; ce dernier avait également peint les murailles du jeu de paume, tandis que l'architecte Jean Paris, dit Thouvenin, dirigeait la construction d'une fontaine qu'on élevait devant l'échansonnerie , et dont la sculpture était
et contenter Tostre très humble sabiect Meosuy Gauwain, imaigier demearanl en ce lien de Nancy, d'ang tableau de.... (probablement T Apparition ; le mot est à demi-couTert par une tache d'encre) qu'il a faiel pour vostre oratoire, pour lequel il demande trente six frans qu'est au plus bas pris que luy est possible sans y avoir grosse perte, car le pouvre homme est endebté à plusieurs et nécessiteux , et n'a argent pour subvenir à ses nécessitez, à ce bon jour. Ce faisant il priera Dieu pour vous, tt (Pièces justificatives des comptes du Gellerier pour iS37- 1538.)
confiée à l'imagier Pierre Maret (ou des Marets), de Poni^ à-MoussoQ (i).
Dès l'année 1542, le crépi des murs du jeu de paume étant tombé en plusieurs endroits, on fut obligé de les couvrir d'un nouvel enduit 'et de refaire les peintures qui avaient disparu par suite de ces réparations. Ce fut Pierre de Francheville , peintre et verrier, déjà connu par ses tra* vaux aux Cordeliers et à St-Georges, qu'on chargea de cet ouvrage (2), ainsi que de repeindre la chambre c paincte en vert » où étaient les arbalètes du duc. On acheta près de Georges Ferry, marchand à Nancy, neuf aunes de drap vert, façon de Paris, « pour couvrir une table longue à faire un jeu de billart > pour la duchesse de Bar; enfin, une somme de 450 francs fut délivrée au peintre Claudin Crocq, pour plusieurs tableaux, dont les uns furent donnés par le duc et les autres mis au Rond (5).
(1) À Claude Croix, paiaetre de Monseigneur, et trois anltres paincires qui ont vacqué par xvj jours k paindre le jeu de paulme, ixxij fr.
A Jehan Paris dit Thonveniu, BI® des œuvres, xij fr. pour ses peines et vacations d'avoir fait et assys ung pillier de pierre de taille à molures avec ung chappiteau k l'anticque, et percé ledit pillier k mectre des cors de plomb et ung goulot de fer qu'il a fourny..*. pour servir k la fontaine de la court devant Teschansonnerie.
A M® Pierre des Maretz, ymaigier , pour avoir fait au mylieu de
ladite fontaine ung pillier garny de bassins, gargoulles, vazes, fneillaiges antioques, escussons, armoiries et autres enrichissemens , cent fr. (Comptes du Cellerier pour 1540-4541.)
(2) A Demenge Monturieul et Didier Régnier, massons, vj gros pour avoir crapy et enduyct en plusieurs lieux les murs du jeu de paulmes, où le vieil enduyct estoit rompu, et k Pierre de Francheville, painctre, xij gros pour ses peines et vacations d'avoir painct esdits lieux les murs dudit jeu de paulmes et fourny les couleurs noires et gryses réservé l'azur qui a esté délivré en la chambre des comptes.... (Comptes du Cellerier pour 1541-1542.)
Payé iiij<^ 1 fr. k Claudin Crock pour diverses parties et ouvrages
Si je reproduis cette dernière mention, c'est qu'il semble en ressortir que la fameuse tour, dont on attribue la construction au duc Henri II, remonterait à une époque beaucoup plus éloignée que celle qu'on lui assigne généralement. D'autres notes des comptes des premières années du XYII* siècle, et que je reproduirai plus tard, viendront peut-être encore à l'appui de cette opinion.
En 1545, Mansuy Gau\ain raccommoda de petites images et d'autres objets qui se trouvaient sur la cheminée de la c chambre dorée estant du Rond, » savoir : un saint Sébastien, trois déesses, un Dieu de Pitié, deux coupes et deux salières d'albâtre. En même temps, Claude Crocq et Medard Chupîn c redoraient et rabillaient • la Galerie des Cerfs (1).
Tels sont les principaux travaux qui furent exécutés au Palais Ducal sous le régne du duc Antoine. Si ce prince ne construisit pas cet édifice, il y ajouta plusieurs parties importantes, et, ce qui est mieux encore, il le décora de nombreux ouvrages de peinture et de sculpture, et le dota de cette magnifique Porterie, à laquelle il a attaché son nom. Durant
de son art, savoir plosiears tableaux.... dont Monseigneur a donné une partie et les autres ont été mis au Rond que Claudine a en garde. (Comptes du Receveur général pour lS41-iS42.)
(1) A Pierot le charpentier, pour quatre trastelz (tréteaux) de dix pieds de haulteur qu'il a faiet pour faire les allœufz des paintres pour enix en servir à repaindre et racoustrer la salle des Cerfs , iiij gros.
Payé par le Receveur ï Glande Grock et Medard Chuppin , painctrès, par mandement de Monseigneur donné à Nancy le xx^ jour d'avril (1545) , la somme de six vingt frans monnole de Lorraine , pour avoir refaict ce qui pour lors estoit nécessaire à refaire à la painctore de la Galerie des Cerfz de la maison de Monseigneur k Nancy , et foorny toutes étoffes , réservé Tor, Tazur et Thnilie.
Payé vingt deux frans ï Jehan de la Monnoye^ marchand demeurant à Nancy, pour or baUu en feuilles pour redorer et rabiller ladicte Galerie.
cette période de trente-six années, qui Tit grandir Timmortel auteur du Sépulcre de Saint-Mihiel, les arts prirent en Lorraine des développements remarquables : les peintres et les tailleurs d'images s'y multiplièrent, encouragés par la bienveillante protection du prince. Ce ne fut pas seulement le Palais Ducal et la collégiale St-Georges qu'ils peuplèrent de leurs chefs-d'œuvre : Pierre Maret, Mansuy et Jean Gauvain embellirent de sculptures la chapelle du couvent de Ste-Claire, à Pont-à-Mousson, où la pieuse Philippe de Gueldres s'était retirée loin du monde pour se consacrer tout entière à Dieu ; Pierrequin Fauterel et François Bourcier, l'enlumineur, peignirent le mausolée de René II aux Cordeliers de Nancy; Georges Millereau fit des vitraux peints pour cette église, tandis que Gabriel Salmon, de Lunéville, et Georges Gresset y suspendaient leurs tableaux, et que Hugues de la Faye et Medard Chuppin (i) enrichissaient le réfectoire des Frères Mineurs de cette Cène qu'on a longtemps attribuée à Léonard de Vinci. Enfin, à la même époque, vivait encore un peintre, nommé Jean le Courtoys, dont aucun d^s ouvrages ne nous est connu.
Malgré les documents nombreux qui se trouvent consignés dans les registres auxquels j'ai eu recours, il est vivement à regretter que pas un écrivain du temps ne nous ait transmis de détails sur cette époque si intéressante de l'histoire du Palais Ducal, et surtout ne nous ait laissé de description de cet édifice. Yolcyr, qui a si minutieusement décrit certaines merveilles du Parc d'Honneur (le duché de Lorraine) ; qui n'a pas dédaigné de consacrer quelques lignes au château que René II avait fait construire sur les bords de la Moselle, à
(1) Ea iS45, cet artiste, ainsi qne Claadin Crocq , fat envoyé en Italie, aux frais du dac François, pour s'y perfectionner dans son art.
Pont-à-Mousson ; Yolcyr ne dit rien de cette Court où il dat cependant faire sa résidence, et ou il écrivit probablement, sons les yeux du duc Antoine, le récit de la guerre des Rustauds (4).
Le héraut d'armes du Boulay est le seul qui, en racontant ies funérailles du « Prince de Paix, (â) » donne quelques mdications sommaires sur les cérémonies qui avaient lieu au Palais lors des pompes funèbres de nos ducs. « Le maistre des cerimonies du temporel , dit-il , feit assembler toute la noblesse et tous ceulx de la maison du feu Prince en la Grande Salle de la triumphante maison ducalle de Nancy à une heure après mydy, et à la mesme heure le maistre des cerimonies du spirituel feit congreger au couvent de sainct Françoys (les Cordeliers) tous les suffragantz, prelatz, abbez mittrez crossez, et crossez non mittrez, avec toutes les églises parrochialles, ordres mendians, escolliers, poures en deuil, et crieurs avec clochettes sonnantes piteusement , lesquelz il admena en la Grande court, puis les feit monter par la vitz du concierge et tourner par dessus les haultes galleries droict à la chambre qui est auprès de la grant'vilz,
(1) u Antoinef n dit M. Aog. Digot dans sa Notice sur Volcyr, qai a été inférée dans les Mémoires de la Société des Sciences , Lettres et Arts de Nancy , année 18^8 ; <4 Antoine , qai goûtait la facilité et fespril de son secrétaire , l'admit aux réunions littéraires qa'il avait eontome de tenir dans un appartement retiré de son palais, et Yolcyr, à qui la familiarité du duc permettait ce langage , appelle cet appartement u noslre chambre secrelte , propice k lilléralure , tant en latin comme en francois. tt (Y. Lhistoirc et recueil de la triumphante^.» victoire obtenue contre les Luthériens , etc.)
(2) La vie et trespas des deius princes de Paix, le bon duc Anthoine et saige duc Françoys,.», Ensemble les roy ailes et trèsexcellentes cérémonies observées et accomplies à letirs funérailles et enterrement....
OÙ lors esloit Monseigneur de Metz (l'évêque de Metz, un des fils du duc Antoine), premier Prince du grand deuil et toutes les dignitez des cerimonies ; devant laquelle chambre s'arresterent, et alors moy roy d'armes, vestu de ma cotte d'armes, et accompaigné desHeraulx, poursuivant et cloches d'armes, j'entray en la Grande Salle susdicte, où estoient ceulx du temporel, puis au meillieu de la grande viz, me mis entre les deux maistres des cerymonies qui estoient a la poincte de leurs estatz spirituel et temporel...., le chaperon en forme, lesquelz je commençay à appeler.... >
Il est difficile, d'après la gravure de Deruet et le plan de 1698, de suivre la marche du cortège dëorit par Edmond du Boulay : la seule supposition que je puisse hasarder, c'est que les corps ecclésiastiques montèrent par un escalier situé dans l'angle des bâtiments sur la cour, du c6té du choeur de l'élue des Cordeliers, et arrivèrent, en suivant les galeries de ce corps-de-logis, à une salle contiguë à la Galerie des des Cerfs, près du grand escalier de l'Horloge; et que le héraut d'armes, placé au haut de cet escalier, entre les maîtres des cérémonies , appela successivement toutes les personnes qui devaient faire partie du cortège. Mais ce n'est là, je le répète, qu'une simple supposition.
Aucun souvenir du régne de François P' ne se rattache à rhistoire du Palais Ducal. Ce prince, on le sait, avait à peine pris possession du trône, qu'il mourut, le 12 juin 1545. Ses funérailles, de même que celles du duc Antoine, furent décrites par Edmond du Boulay ; mais cette description ne renferme aucune particularité qui mérite d'être reproduite
L'auteur de la Dissertation historique dit, en parlant des travaux qui furent exécutés au Palais sous le duc Charles III : c Notre grand Charles mit en ordre et rétablit ce qui était ruiné et orna ce qui était déjà établi, y enfermant plusieurs choses nécessaires et corrigeant ce qui était hors de propos. »
Je vais essayer d'indiquer en quoi consistèrent les arrangements, reconstructions et additions faits dans le Palais par Charles III.
En 1545, différents ouvriers furent occupés à c dresser et ériger une carrière nouvellement faite entre les deux murailles derrière le couvent des Frères Mineurs avec une lysse, galeries, portes et autres choses servant à ladite carrière. > Celle-ci s'appelait la carrière de M. de Metz ; les jeunes princes y coururent la bague l'année suivante. Les pages de la cour se livraient à cet exercice dans la grande allée du jardin.
Un chapitre des comptes du Receveur général, pour 1545- 1546, est consacré à différents ouvrages de charpentcrie faits
au jardin du Palais pour y construire des treillis et des berceaux. Ces ouvrages furent exécutés par Jean La Bicque (i). Didier Pillot, charpentier à Nancy, alla couper, à cet effet, dans la forêt du Fay d'Âmance, c cent trois pièces de bois mesrien, > qui furent amenées à Nancy par corvées.
(1) Despence sur Vouvraigedes treillis , cherriotz et harriaulx de charpenterie du jardin de la maison de Monseigneur le duc à Nancey.
Le xvij® jour de juin l'an mil Vc xlvj, par les excellences de Madame (la dachesse régente) et Monsieur de Mets a esté fait marchié touchant ledit ouvraige à Jehan la Ricqae, charpentier demourant à Nancey> en la manière que s^ensuyt , assavoir que ledit Jehan la Ricque est tenu foire les quatre allées à berceaulx selon que le lieux le requiert et aux conditions cy après dedairées , et contiennent environ quarante toizes.
Item faire de dix piedz en dix piedz les maistres posteaulx et entre chacune espace de x pieds deux fenestres de chacun costé et quatre colompnes d'un costé et d'autre desdites fenestres , et le desoubz des appuyés à quatre quaires pour asseoir la taille d'embas.
Item la première assiette tout embas sur la massonnerie sera et asseoira une pièce de bois portant embassement en une autre pièce de bois portant molure et servant pour les appuyés, et au dessus desdits fenestraiges sera une autre pièce de bois servant de corniche sur laquelle se asseoira le berceau et rondite desdites quatre allées , lequel berceau sera par parquetz quarrez de telle largeur et haulteur que le lieu requerra.
Ilem au devant des huicl boutz desdiles quatre allées sera Touvraige à la meisme ordonnance que le patron apporté de Sainct Epvre le porte et contient quant au fait de charpenterie seulement , et dolent avoir chacune allée xiiij piedz ou environ dedens œuvre et la haulteur à Tadvenaot du lieu.
Item est tenu ledit Jehan la Ricque de à ses fraiz et despens meclrc en charroy la quantité de cent et trois pièces de bois chesne abbattues on Fay d'Amance....
Item est assavoir que avant Tassiette desdits oovraiges, l'en fera faire des pelis muretz de costé et d'autres desdites allées, sur lesquelz se asseoira tout Touvraige...
Et pour faire et parfaire ledit ouvraige , est accordé qu'il aura la somme de huict cens frans monnoye de Lorraine.
En 1547, le comte d'Âumale et le comte d*Ânîen tinrent à la cour de Lorraine, et, à l'occasion de leur arrivée, des Hces furent dressées et une loge faite à la carrière derrière les Cordeliers, pour y courir la bague. Cette carrière devait être située, soit sur l'emplacement du jardin des Frères Mineurs, qu'on voit indiqué dans la planche de Deruet; soit sur celui d'une des cours intérieures du Palais ou sont figurées, dans la même planche, les douze loges (les latrines] et la tour du Trésor des Chartes..
En 1949 , on recouvrit la galerie allant en Toratoire des Cordeliers et on y fil une lucarne « couverte et revestue de plomb estammé d'estain^ enrichie d'une vasse et d'aultres ouvraiges. » On c racoustra le pont de la poterne derrière la Court , pour y passer plus seurement. * Jean Humbert, potier de terre, demeurant à Epinal, dressa c en la salette près le jeu de paulme , où mangent les^ excellence» de Madame et Monseigneur de Yaudémont , un fourneau à huiet pans avec eollombes , le tout tant clacques que collombes esmaillié de blanc d'azur et aultrement enrichi , pour enrichissement duquel fourneau ledit Humbert a fourni environ 200 petis carreaulx pareillement esmaillés de blanc d'azur. • Un autre potier de terre , Fredrich Lallement , de Nancy, fit aussi un fourneau de claques vertes pour la deuxième garderobe près la chambre de Madame. Plusieurs ouvriers étaient^ en même temps , occupés à niveler la carrière derrière les Cordeliers , € pour courir (la bague) à la venue de M»' le Cardinal ; > à dresser, dans la Grande Salle , des échafauds et une barrière, c pour donner passetemps à Monseigneur à s'esbattre à l'espée avec les gentilshommes , » et à fermer de planches le c jardin des Serisiers derrière la Court , au bout près la grosse muraille. » Enfin, deux charpentiers, Jean Gargantua et François , faisaient c des fosses en la Court pour attacher
et ficher les trois mayes qui ont esté portés à Monseigneur et à mes damoyselles le premier jour de may , attacher et lyer ieeulx mayes devant les chambres de Monseigneur et de mes damoyselles (i). » Cette cérémonie se faisait au son du fifre et du tambourin, et les musiciens qui y prenaient psa*t recevaient de la part du prince une large gratification (â).
Pendant quelque temps encore , je n*aurai à rappeler que des particularités de peu d'importance : les événements politiques qui s'accomplissaient alors , joints à la peste qui affligeait la capitale, ne permettaient guère aux régents de Lorraine de songer à embellir le Palais; mais , en revanche , ils faisaient mettre en état de défense les places fortes de la province. Balthasard Paduano, ingénieur et fortificateur, était , à cet effet , appelé dltalie ; Ambroise Prineipiano , capitaine de la fortification du comté de Bourgogne et ingénieur de Dolle , était chargé de visiter les villes de La Mothe et de Pont-à-Mousson, et t d'aviser sur le fait des fortifications de Nancy. > U était secondé , dans cette dernière partie de sa mission , par un autre fortificateur italien , nommé Anthonio de Bergamo.
Néanmoins, quelques travaux d'art furent exécutés au Palais vers cette époque : maitre Jean de Gorze , qualifié de ' peintre de Monseigneur (sans doute le comte de Yaudémont, l'un des régents de Lorraine), peignit le petit cabinet de Ma-
(1) Gomples du Gellerier de Naocy pour 15^-1549.
(2) Oo trouve y dans les eomples du Trésorier général pour 1567- 1568, la mention d'une somme de cent frans délivrée au capitaine Triconville 14 pour les distribuer aux fiffres et tambourins, de Nancy pour avoir etiz plantez ung maiz dedans le cbasteau dudit Nancy au premier jour de may, n
dame (i) ; Claudin Crocq et Medard Cbuppin racoustrèrent les peintures de la Galerie des Cerfs (2) ; le menuisier Jean Damyen tourna six balustre&de pierre < pour asseoir au dessous du fourneau ordonné à faire empres la chambre de Madame; > enfin, Didier Colier, recouvreurde l'hôtel, enrichît de difiërents ouvrages de plomberie la lucarne du cabinet de la duchesse Christine de Danemarck (5).
(1) A maistre Jehaa de Gorze , painctre de Monseigneur, la somme de xxxvij fr., à savoir xxv fr. pour avoir paioct en vert en huille et destrempe le petit cabinet de Madame, fait nouvellement en la chambre de rappotieairerie d'une part , et xij fr. pour avoir painct la Incarne dudit cabinet , doré de fin or de ducat les armoyeries de mondit seigneur avec les enrichissemens à Tëntour.
(2) A Denys Dieu, marchant demeurant à Sainct Nicolas, xxix frans ij gros, assavoir xxvj frans viij gros pour dix libvres d'azur que lediot Denys Dieu a vendu et délivré à W* Mydas (Médart) et Claudin, painctres^ pour empPoyer à racousireret repaindrelapaincluredelasalledes Cerfs en Thostel de Monseigneur, au prix de xxxij gros la livre , et pour deux autres livres d'azur an pris de xv gros l'une „ xxx gros.
A Jehan de la Monnoye, marchant demeurant à Nancy , pour deux cens d'or battu qu'il a vendu et délivré à M^ Mydas, painctre, pour employer à racouslrer la painclure de la salle des Cerfz , au prix de ifj frans le cent...
A Didier Loilyer ^ demeurant à Nancy, pour iiij quartes huille de nois qu'il a vendu et délivré a maistres Mydas et Claudin, painctres de Monseigneur, pour employer à racoustrer etremectre à poinct les painctures de la salle des Cerfz, à raison de xvij gros la quarte, v frans vij gros.
(5) A Didier Colier, recouvreup de fhostel Monseigneur, pour avoir plombé et bordé la lucarne à deux jours estante on cabinet de Madame dedans la chambre de l'appoticairerie , y avoir fait un chappeaa de tryumphe avec les armes de Monseigneur, plusieurs testes de lyon, ung balustre et l'enrichissement d'alentour, comme ladite lucarne se demontre , où il a employé vj*^ Ixix libvres plomb, à raison de vj deniers l'une , XX fr. ilj g. vj d. (Comptes du Cellerier de Nancy pour 1550- 1551.)
L'année suivante, Pierre Coyn, recouvreur des haults ouvrages, remit le tuai (tuyau) de la cheminée en briques de la Porterie, fit un dôme au-dessus, et la peignit en ocre. Cette cheminée est sans doute celle qui était voisine de la porte d'entrée du Palais, et qu'on voit parfaitement figurée dans la planche de La Ruelle^ qui représente ta façade de cet édifice sur la Grande Rue.
En 1555 , de nouveaux travaux furent faits , tant à llntérieur qu'à Fextérieur de la Galerie des Cerfs (i) , au jeu de
(i) A Jehan^ poUier d'estatD...» pour sixlibvres soldares qo'il a vendu., poar solder les chaaleUes de pierres couvertes de plomb de la gallerie des Cerfz... xviij deniers.
 Pierre Coyn , reconvreur en l'hoslel Monseignenr^ quatre frans douze deniers pour liij journées qu'il a ouvré., à recouvrir et boucher toutes les gouttières de dessus la salle des Cerfz...
A Démange Beurre, fonlenier, Martin Beurre et Claudin Deltrecourt, charpentiers... trois frans deux gros pour neuf jours et demy quMlz ont ouvré en la maison mondit seigneur à faire quatre grans tresleaulx pour servir aux painclres à repaindre la salle des Cerfz...
A Jehan Jacquot dlct de la Honnoie... pour ung cent d*or battu fo'il a délivré k maisires Medart et Claudin, painctres, pour employer à racoustrer la gallerie des Cerf^.. vj fr. x gros.
A Didier Loilier, demeurant audict Nanceiy pour deux quartes d'huylle de noix qu'il a vendu et délivré pour repaindre la salle des Cerfe... iij fr. iiij gros.
A Pierron, recouvreur] des haultz onvraiges , et plusieurs
anllres qu'ilz ont ouvré et fourny chacun de leur mestier.... à solder les chanleltes de dessus la gallerie des Cerfz.... xxij fr. j gros xiiij deniers. (Comptes du Cellerier de Nancy pour 1552-1555.)
A Denys Dieu... pour deux cens d'or fin qu'il a vendu et délivré à Medart et Claudio, painctres de Monseigneur...^ pour racousCrer la gallerie des Cerfz... vj fr.
Les comptes de l'année suivante renferment encore celte mention : « Payé deux gros quatre deniers à un manouvrier pour avoir porté les iresteaolz et planches qui ont servy aux painclres en rabillant la gallerie des Cerfz. n
paume et à la c chambre de verre où souloH loger Mst le Cardinal. 9
On travaillait encore, en 1555 et 1556 , aux restaurations de la Galerie de» Cerfe , et l'on acheta, à cet effet , une certaine quantité d'or et d'azur qui fut délivrée à Crocq et à Chuppin (1); Jean de Paris, jardinier du château, plantait dans le jardin des arbres et des rosiers qu'on avait fait venir de Provins.
En 1557, des échafauds furent dressés dans la Grande Salle pour y jouer < la Yendition de Joseph ; » on recouvrit et on remit en état le < couronnement de la Tour de Paradis > le dessus du jeu de paume , le toit de dessus le Rond , ceux de la galerie allant à l'oratoire des Cordeliers et de la chambre de la Tapisserie dessus la Galerie des Cerfs. C'est au-dessus de cette dernière , mais j'ignore à quel endroit, que se trouvait la Tour de Paradis , dont il vient d'être fait mention , et dont la destination m'est inconnue, de même que l'étymologie de son nom.
Un nommé Claudin de Hault , c ymagier » à Nancy , fit , en 1559 , deux têtes de lion pour le bassin de la fontaine du jardin de la Court, et plusieurs manouvriers furent employés à faire < la neuve carrière à courir les grands chevaux en la Neuve Rue; » on commença, en même temps , la construction des écuries pour les grands chevaux, c derrière la maison de feu M® Jacques la Mesche , cîrurgien, • et l'on refit à neuf le chenil des chiens du prince et la chambre à mettre les toiles ou les filets de chasse, situés tous deux au foubourg St-Dizier (les Trois-Maisons). Un artiste , qui acquit plus tard une grande célébrité, mais qui, à ce qu'il parait, n'était
(i) En 1857, ces deux artistes u besognaient de leur art n an dià^ teau de Soirapt.
eneore qu'ub ouvrier obseur, le fondeur Jean de Clialigny , fil c un angelot de cuivre pour la fontaine de la grande cuisine. >
Vers la fin de cette année, Charles III, accompagné de son épouse, Claude de France, vint dans sa capitale, où on offrit aux jeunes époux le spectacle d'un tournoi qui eut probablement lieu sur la Carrière. Les lices y furent dressées par les soins de Georges Briseur, contrôleur général des ouvrages et fortifications de Nancy. Cette fête guerrière semble être la première qui ait eu pour théâtre la Carrière : suivant Fauteur de la Disiertation historique , cette place , dont la vue a été gravée par Deruet et par Callol, avait été construite en 1556, par les ordres de Christine de Danemarck et de Nicolas de Lorraine , comte de Yaudémont , pendant la minorité de Charles IIL
n parait que ce dernier, dès son retour à Nancy, s'occupa immédiatement de faire faire au Palais des réparations et des constructions nouvelles , devenues nécessaires peut-^tre en raison du grand nombre d'officiers attachés à sa personne, et de celui des gentilshommes qui formaient sa cour. Un chapitre des comptes du Receveur général pour 1560-1561 , est consacre à la dépense faite « pour la rétention et entretenez ment de la maison de nostre souverain seigneur, et pour plusieurs nœufs bastimens faicts eu icelle pour la commodité des losgis. >
Malheureusement , rien n'indique en quoi consistèrent ces < neufs bastiments , > ni dans quelle partie du Palais ils furent construits; tout ce qu'on sait, c'est que les travaux exécutés cette année , coûtèrent , y compris un oratoire en memenuiserie de bois de chêne, dressé aux Cordeliers,^par Balthasard Moutot , de Lunéville , la somme de 2,288 francs 8 gros 16 deniers. On couvrit de drap vert et on plaça « en la
galerie prés de la sallette , » une table longue « pour jouer Monseigneur » au billard. Des courses de bague et de lance eurent lieu , cette année , dans la cour du Palais et en la « quarriére de la Neuve Rue , » à l'occasion de la venue de < Ms' le Cardinal, M^" de Guyse et autres princes. »
Charles III ayant résolu, en ib6i, de faire reconstruire le jeu de paume du Château sur le même plan que celui du Louvre, envoya à Paris un ingénieur de Nancy, nommé Claudin Marjollet (1). Dès que celui-ci fut de retour, les travaux conmiencèrent et furent poussés avec une très-grande activité, sous la direction de Nicolas Chaubault (2), architecte ou maître des ouvrages du duché de Lorraine. On amena, à cet effet , et on déposa sur la Carrière, 10,655 pieds de pierres de taille, tirées des carrières de Ponl-St-Vincent ; 1,080 pieds de pierres de < parpignon », destinées aux « escotoires des galeries ; » vingt-six longues marches extraites des carrières de BelleviUe; on employa, pour tailler ces pierres, des ouvriers, tant de Nancy que de St-Nicolas , Lunéville , Gerbéviller et Pont-à-Mousson ; les ouvrages de maçonnerie furent faits par Gérard Godon et Christophe Haller, maçons de
(1) A Claudia Marjollel ^ de Nancy ^ la somme de soixante quatre frans sept gros , pour remboursement de pareille somme quMl a frayée et desbourcée allant à Paris et retournant audit Nancy prendre mesure du jeu de paulme du Louvre audit Paris pour faire celuy dudit Nancy de mesme forme... (Comptes du Trésorier général pour 1S60- 1861.)
 Claudin Marjolet , ingénieux , pour cent dix huict journées qu'il a vacqué au jeu de paulme, à raison de xij gros par jour.,., c xviij frans.
(2) Payé par le Cellerier à M''^ Nicolas Chaubault, M<^^ masson, pour iiij*» xvj (96) journées qu'il a vacqué au service de Monseigneur durant le temps .que Ton a besongné au jeu de paulme fait en la Court, qu'est à raison de xij gros chacune journée.... iiij*^ xvj fr.
St-Nicolas (1); la chaux fut tirée des chaufours de Yandœuvre, de Yillers et de Brabois; les tuiles plates pour la toiture et les briques pour le pavé, des briqueries deBrichambaut et du faubourg St-Nicolas ; les bois de charpente et de menuiserie, de la forêt de Hey. Ce fut un nomme Didier de Vie , peintre , demeurant à Nancy , qui fut chargé de peindre les murailles du jeu de paume. Elles étaient en noir, avec les chiffres du duc en or (2). Les travaux de diverse nature , exécutés depuis le 1®' janvier 1560 jusqu'au dernier décembre 4S6i , coûtèrent environ 7,700 francs (5). A la même époque, on couvrit tout à neuf, de tuiles pla-
(1) Â Gérard Godon el Ghristoffle Haller, massons demearans à St- Nicolas, pour.... avoir fait la qaaDtité de quatre TÎQgts treize toizes un quart de muraille de roches qu'ilz ont massonné audit jeu de paulme fait neuf en Thostel de Monseigneur.^., et quatre \ingts une toize soixante neuf pieds un quart et demy de carriaux de pierre de taille quMlz ont assys pareillement audit jeu de paulme... y°... iiij^> xv fr.
(2) A Didier de Vy, painctre demeurant à Nancy, la somme de cent cinquante frans sur et à tant moins du marché qu'il a accordé de tout noircir et pdindre en noir tout le jeu de paulme avec les chiffres d'or el le si bien faire qu'il soit au grey de monsieur de Haussonville, grant maistre.... (Gompte'que rendt Jean Friche, celerier de Nancy, de la receple et despence par luy faictes des réfections et réparations de la maison de Monseigneur le duc à Nancy, depuis le premier jour de j[an- ▼ier l'an mil v<: soixante jusques par tout le dernier jour de décembre Tan mil y' soixante ang. — Un chapitre spécial de ce registre est consacré à la despence pour le jeu de paulme fait en la maison de Monseigneur, n)
(5) Par mandements du duc Charles III, donnés à Nancy les il et 31 octobre 1561, et le 5 décembre suivant, trois sommes sont allouées k Jean Friche , cellerier de Nancy : 1^ 5,000 et 2,000 fr. u pour convertir et employer à l'édifice , construction et fabrication du jeu de paulme , n et ^ 1,000 fr. u pour les convertir au parachèvement du dit jeu de paulme. n (Comptes du Trésorier général pour 1560- 15610
4es , < la fouriere des fagotz près lé jeu de paahne , » et on fit, pi^ de la diambre de Madame , tendant sur le jardin de la Court , un cabinet assemblé à douze parquetz revestus de molures. > Cet ouvrage coûta 2,725 francs.
En 1562, une nouvelle somme de 8,926 francs fut affectée aux c édifices, réparations et«utresi)uvrages commandés estre faits au chasteau de Nancy en la présente année (1). > Une partie de ces bâtiments était destinée à servir de logement à M. d*Haussonville , grand maître de 1 hôtel , qui se maria à cette époque , et dont les noces fur^t Toccasion de pompeuses réjouissances. Un tournoi eut lieu de nuit sur la Carrière , qui avait été brillamment illuminée , et où la cour se rendit par un pont mouvant jeté sur les murailles du jardin du Palais.
Dans le même temps , on posa c un couronnement de plomb sur la galerie du jeu de pelotte , » on cimenta < la haulte tour du Rond ; » Claude Crocq et Medard Chuppin peignirent 81 aunes de toile large , façon de Barrois , pour « servir de traveure en la chambre du grant a ix ; » enfin , plusieurs ouvriers furent employés à crépir, enduire et blanchir < les murailles ez neufz édifices faictz en la Court , tant ez galeries , jeu de paulme , que derrière le logis du concierge (2). »
En 4565, différents travaux furent exécutés en la chambre dorée ; Pierrot , le recouvreur, « recouvrit double la toiture du Rond , où sont plusieurs meubles de Monseigneur, » et uncf somme de 264 francs fut payée i la veuve de feu Chaubault, maftre maçon de Lorraine, < pour la façon et fourniture de la galerie respondante sur la Neuve Rue , tant pour
(1) Comptes da Trésorier général pour 1561-1562.
(2) Comptes du Cellerier de Nancy pour 1561-1562.
1^ modelions, piedestallcs, argades, escoutoires, avec le pavé et UDg petit escallier pour monter sur la vix au bout de la grant haulte gallerie dessus le jeu de pelotte. »
La galerie construite par Nicolas Chaubault régnait peutêtre le long de la façade du jeu de paume, du côté de la Carrière ; ou c'est peut-être celle qui couronnait un petit bâtiment, attenant à celui dont il vient d'être parlé, et qu'on voit indiqué , sur la planche de Démet , comme faisant suite aux log^nents dépendant de la collégiale St-Georges.
En 4563 , à l'occasion des fêtes du carnaval , et pour les noces de M'*® de 'Mouchy, dame d'honneur de la dudiesse dé Lorraine, il y eut des combats à pied et à la barrière dans la Grande Salle ; on courut la bague dans la carrière du jardin, et les jeunes seigneurs s'amusèrent à construire, dans la cour du Palais, un château de neige , dont ils simulèrent l'attaque et la défense.
Un nommé Claude Willon , dit l'Enfariné , c maître tailleur en l'art de maçonnerie , » succéda , en 4564 , à Nicolas Chaubaut, dans l'emploi de c maitre maçon et maître livreur es duché de Lorraine , comté de Vaudémont , bailliage des Vosges et marquisat du Pont-à-Mousson , > et ce fut lui qui, dès lors , dirigea les travaux du Palais. Ces travaux furent, du reste, peu importants dans le cours des années suivantes : iis se bornèrent à quelques réparations dans la « chambre au-dessus de la chambre des Comptes , devers St-Georges, où l'on met les papiers , > et dans le cabinet de la chambre du pavillon de Son Altesse , où le menuisier Nicolas Lanticque posa c un plancher assemblé en forme de parquet avec croix de Jhenisalem, molure , panneaux et montant assemblé à onglet dessus et dessous (1564-1565). »
En 1565, un grand nombre d'ouvriers furent employés c à reculer et transporter le rempart de la Neuve Rue tout join-
dant la muraille de la Neuve Rue et courtine dudit lieu. « Celte année , < un bastillon fut fait en la Court » pour le baptême de la princesse Christine , fille de Charles III , laquelle épousa plus lard un des fils du grand duc de Toscane. Les cérémonies du baptême eurent lieu dans la « grande salle sur St-Georges, » de même que c les festins » du carnaval. A la suite de ces réjouissances , il fallut < besogner sur les toitures et rabiller partout où avoit esté gasté tant de Fartilierie que de feu geste durant le bastillon et les festins du gras temps. » On fit aussi un pont t pour passer Son Altesse par dessus le fossel où passe le ruisseau du faubourg St-Nicolas en la prairie allant aux Grands Moulins. >
De nouvelles fêtes eurent lieu au Palais , en 1567 et 1568, pour la venue du Cardinal de Lorraine , des ducs de Guise et d'Aumale , du Roi et de la Reine de France , et pour le c baptisement » des princesses Claude et Anne, filles de Charles III , qui moururent toutes deux peu de temps après leur naissance.
En 1569^, une somme de 700 francs fut allouée à Claude Crocq et Medard Chuppin < pour le racoustrement » de la Galerie des Cerfs (1).
L'année suivante, et pendant que le duc était à la cour de France, le comte de Yaudémont, lieutenant-général de Lor-
(i) A Glande Crock et Medard , paiotres , la somme de qaatre cens fraos, monnoye de Lorraine , et ce sur payement de la somme de sept cens frans qn'ilz ont convenu de marché avec monsieur de Melay, grant maistre, pour le racoustrement de la gallerie des Cerfz^ le tout à leurs frais et despens, fors et excepté quinze livres d'azur pour besongner à huille et six livres en destrempe, et le surplus leur sera payé après ladicte besongne faicte.... (Comptes du Trésorier général pour 1568- 1569. — Le compte de Tannée suivante mentionne le paiement de la somme de 300 francs^ qui restait due pour u le racoustrement n de la Galerie des Cerfs.)
raine , fit exécuter au Palais des travaux considérables : on rehaussa le corps-de-logîs tendant sur le jardin et on reconstruisit la salle située dans le prolongement de la Galerie des Cerfe (!)• Cette salle , appelée , tantôt la salle Neuve, tantôt k Grande salle Neuve et la Grande salle du côté des Gordeliers, est parfaitement représentée , sous le nom de salle d'Honneur, dans une des planches de la Pompe funèbre de Charles IlL Ses murailles sont tendues de pans de tapis* série (2), mais son magnifique plafond « fait en berceau, lambrissé et peint en parquet, » est complètement à découvert; sa corniche est chargée d'arabesques aussi légères que gracieuses, et les divers compartiments qui le composent, sont décorés, dans leur pourtour, d'ornements de diverse nature; le centre est occupé par un cadre en ovale qui renferme , alternative-
(1) Un chapitre des comptes da Trésorier général pour 1569-1570, a poar titre : u Bespence en deniers foarniz à Joseph Friche , cellerier de Nancy , emploiez à la paye des ouvrages nœufz faicts an chasteaa dudit Nancy durant Tannée da présent compte... n La première mention porte : u Le trésorier gênerai faicl despence de six milz frans monnoie de Lorraine , qo'il a foorny et délivré content k Joseph Fri«> che^ cellerier de Nancy , pour emploier à la paye des bastimens et oavrages de la salle (salle uoenfve, grande salle noeafve) et da rehaulsement du corps de logis tendant sur le jardin da chasteaa dadit Nancy.... n Les antres sommes payées à Joseph Friche, sont de 6,000, 400, 6,000, 1,200 , 6,000 , 400 et 1,500 francs.
(2) H. de Bomast a joint à son Nancy une vue de cette salle, -dessinée par M. Thorelle, avec cette légende : u Salle des Cerfs, telle qu'elle existait sous les ducs, et telle qu'aux tableaux près, on pourrait la rétablir, pour recevoir un musée lorrain, n II y a , dans ces quelques lignes, une double erreur, que je crois devoir relever dans Tintérèt de la vérité historique. D'abord, cette salle n*est pas la Galerie des Cerfs : les doubles C qui décorent le plafond , prouvent que sa construction doit être attribuée à Charles III et non pas à Antoine ; d'un autre côté , la relation de la pompe funèbre dn premier de ces princes, relation que
ment, on alérion aux ailes éployées c d*or en champ de gueules, < et une croix de Lorraine d'or en champ d'azur» » entourée d*un double C que surmonte une couronne (1).
Les peintures du plafond de cette salle furent faites par un peintre de Ste-Menehoud , nommé Denis Saulcy (2) , et
j'aurai oecasioo de citer plus tard, fait ooe disUnclion très-précise entre la salle d'Honneur (celle qu'a fait reproduire H. de Dainast) et la salle Funèbre (la Galerie des Cerfs), dont la voûte, aussi bien qae les morailles, était entièrement couverte de drap noir. Je n'insiste pas davantage sur ce point ; l'erreur involontaire commise par l'auteur du Nancy , a été reconnue par lui-même.
Quant à ce que H. de Dumast a pris pour des tableaux, ce sont des pans de tapisserie, dont le premier, placé, non point contre la muraille, mais contre une espèce de paravent , représente Moïse sauvé des eaux. Je trouve, à ce sujet, dans les comples du Trésorier général pour 1565- 1566, la mention suivante : u Payé vingt cinq frans à Frantz, tapissier de Son Altesse , pour reste de la fourniture qu'il a faicte en la tapisserie de Y Histoire de Moyse, n La relation de la Pompe funèbre dit , d'ailleurs^ expressément , que u la salle d'Honneur fut tendue dans tout son contour par deux très-riches tentures de tapisseries rehaussées d'or, d'argent et de soye , représentant les histoires de Moyse et de saint Paul, n
(1) Lionnois ajoute, en parlant de la salle d'Honneur : u Cette salle, que le roi de Pologne a fait démolir, et dans laquelle Louis XUI ren* dait ses audiences, s'y trouvant aussi commodément que dans son Louvre, avait 135 pieds de longueur, 50 de largeur et 30 de hauteur....; elle avait une galerie de pierre à entrelacs, que les officiers de l'Hôtelde-Ville firent démolir pour celle qu'ils offrirent au duc François HI à son entrée, w
(2) À Denis Saulcy, peinctre de Sainte Menuchon, la somme de cent frans, mounoie de Lorraine, qu'il a pieu à Monseigneur luy octroier en don de grâce especialle en considération de ce qu'il a heu tombé et heu une cuisse toute froissée en besongnant en la grande salle ^ix chaslcau de ce lieu.... (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
par Medard Chappin (1), et peut-être aussi par Jacques Heuriet , de Toul (2).
La saUe Neuve, sur remplacement de laquelle Léopold fit construire plus tard le théâtre de la cour, fut spécialement afiectée, depuis sa construction, aux représentations de toute nature qui avaient lieu dans Fintérieur du Palais : comédies , ballets, combats à la barrière, etc. C'est là que se donna, notamment , le célèbre combat de ce genre , qui fut offert, en 1627, à la duchesse de Chevreuse, et pour lequel, comme 6n le verra plus tard , fut déployée une si grande magnificence. Cette salle, beaucoup plus large, beaucoup plus ornée que la Galerie des Cerfs, convenait bien mieux à ces sortes de spectacles ; il était bien plus facile de placer, de chaque côté, des gradins pour les spectateurs , tout en laissant aux acteurs la place qui leur était nécessaire.
En 1571, on fit plusieurs c réfections et ouvrages > au jeu de paume; on construisit deux saulvoirs ou viviers derrière
(1) Despence en deniers deuz pour estoffes restons à payer pour la paincture de la Neufve sale. Payé par le Cellerier k W^ Bastien Bonnet, marchant demeurant k Nancy, la somme de dix frans six gros pour trois grosses feuiiles d'eslain polie poar faire les chiffres en la versare de ladicle neofre sale, k iij fc. vj gros chacune grosse , et cinq frans pour quatre libvres or clinquant pour faire les boulions en icelle sale, k XY gros la libvre, le tout délivré k M^ Medard, painclre, le xx<^ jour d'octobre mil t» soixante treize.... xv fr. vj gros. (Comptes du Cellerier de Nancy pour 1 575-1 57i.) — A Medard Chuppin , peinctre de Monseigneur, la somme de cinquante frans ordonnez luy estre delivrez k Tachapt de certaines couleurs et aultres drogues que mondit seigneur luy avoit commandé faire pour son service. (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
(2) A Jacques Hcnriet , peinctre demeurant k Toul , la somme de quatre viogtz frans k luy ordonnez pour subvenir k Pachapt de certaines couleurs et aultres semblables drogues de sa proffession , que Monseigneur luy a eu chargé pour son service. {Idem.)
— este logis du concierge ; on mura la fenêtre de la prison , et l'on garnit de layettes et d'armoires le Trésor des Chartes , pour lequel le peintre Didier Richier, dit de Vie, avait coloré de noir et verni deux tableaux en bois faits par Pierre Grandin, le menuisier. On commença, cette année, la construction des écuries qui régnaient du côté de la Carrière (1) , le long du rempart, et dont une rue, encore existante aujourd'hui, a tiré son nom. Ces écuries furent bâties sur un emplacement qbi appartenait au sieur de Boulain , et que le duc fit racheter de lui par M. d^Ourches , son maître d'hôtel , moyennant une somme de 1,200 francs.
Plusieurs ouvriers furent employés, en 4572, & < relier la muraiDe du pavillon de Son Altesse du côté du jardin ; » on c racoustra > les toits de la salette entre la (xalerie des Cerfs et la chambre Neuve ; on pava avec de petits carreaux, tirés de la briquerie de Saint-Jean, c la chambre où Monseigneur mange , qui tend sur le jeu de paume ; » et le peintre Jean Bleyer de Bariscord dora c quatre grands chandeliers pendants en la Galerie des Cerfs (2). i
En 1575, les recouvreurs c besognèrent sur la grande salle du costé des Cordeliers et sur la toumelle regardant sur la rue au bout de ladite salle ; > on fit un toit de cuivre sur le
(1) An Gellerier de Nancy Joseph Frische la somme de trois milz deux cens frans monnoye de Lorraine , pour subvenir k la despence des ouvrages des novelles escoyeries commandées estre dressées en la Rne Nenfve de Nancy. (Comptes da Trésorier général poar 1570^ 1571.)
(2) A Jean Bleyer de Bariscord , peindre demeurant à Nancy , la somme de cent douze escus d'or soleil , au pris de quatre frans trois gros pièce , vallans quatre cens soixante seize frans monnoie de Lorraine , pour par Iny avoir doré quatre grandz chandeliiers peodans en la gallerie des cerfz du chasteau de Nancy.... (Comptes du Trésorier général pour 1572-1573.)
petit cabinet du duc, et on couvrit aussi de cuivre < la plateforme de la grand vis de la Court. » U y eut, cette année, à l'occasion de la venue du roi de Pologne, un combat à Tépée dans la < salle des Etats; » et l'on célébra, en grande pompe, le baptême d'une des filles de Charles III , la princesse Elizabeth, qui fut mariée, en 4594, à Maximilien, duc de Bavière.
Le deuil succéda bientôt à ces réjouissances : la duchesse Claude de France mourut au mois de février 4574, et le héraut d'armes Edmond du Boulay (i) fut chargé de présider aux funérailles de cette princesse , comme il avait présidé à celles des ducs Antoine et François. On n'a point de récit de cette pompe funèbre, mais on peut y suppléer par les notes nombreuses consignées dans les comptes du Cellerier de Nancy (2). On y voit que le corps et Teffigie de la duchesse furent d'abord placés dans la Neuve salle, qui était toute tendue d'une tapisserie d'or et de soie ; le corps fut ensuite porté dans la Galerie des Cerfs, d'où l'on avait enlevé les têtes des cerfs, et qu'on avait entièrement tendue de drap noir. Vers cette époque, un nommé Bernard, peintre du Roi, faisait c certaines peintures pour le service > de Charles III, et ce prince achetait , à Bruxelles et à Anvers , des tapisseries sur Tune desquelles étaient t dépeints les actz des Apos-
(i) Udc somme de 24 francs 6 gros est payée k u Jean de la Valée^ cloche d'armes de Monseigneur, pour le desroy du S*" da Boalay, premier Hérault du Roy , ayant logé en sa maison pendant qu'il vaquait à dresser les cerimonies et pompes funèbres de feue Madame, n
(2) Un chapitre des comptes du Cellerier de Nancy , pour 1S73- 1574 , est consacré à la u despence en deniers pour les trespas, funérailles et enterrement de feue ma dame. » Les différentes sommes dépensées à cette occasion s'élevèrent à 886 francs S gros i deniers.
ires, » et sur l'autre « les douze mois de l'an , d'or^ d'argent et de soie. »
En 1576, le sculpteur Florent Drouin « fit et dressa » une cheminée dans la grande salle (probablement la salle Neuve) du Château (1) , tandis qu'un autre artiste , nommé Jean Paoul y qualifié peintre de Madame , faisait < aucunes peintures » pour le duc. La même année, on fit faire, au-dessus de la grande tour du Palais , < une chambre de Trésor pour mettre chartes , papiers et autres titres (2). » Le Trésor des Chartes était situé près de la chambre des Comptes , dans le corps-de-logis voisin de St-Georges ; ce n'est que plus tard qu'un bâtiment spécial fut affecté à cette destination.
Le 4 août 1577 , on posa , probablement dans la tour du Palais , une horloge que venait de fabriquer, à la demande du duc , M* Arnould Oberlinder, horloger allemand. 'Didier Rîchier peignit le cadran ou, comme on disait alors, la montre de cette horloge , dont la cloche avait été achetée à l'évêque de Toul pour 159 francs 4 gros 8 deniers. La même année , Jacques Beaufort , contrôleur des fortifications de Nancy , fit « convertir et mettre en nature de jardinage une place Joignant le Château , où Monseigneur a fait faire une
(1) Payé la somme de trois cens vingt francs k Florent Dronyn , scnlptear de Monseignear, pour ses peines et vacations d'avoir fait et dressé la cheminée en la grand salle da chastean de Nancy. (Comptes da Trésorier général pour 1576-1577.) Dans nne note précédente , (1571-1572) u Fleurent Drouyn n est qualifié architecte de Tévéché de Metz.
(2) Compte d'Anthoine de Nay, receveur du domaine de la chastettenie de Nancy, du 1^'^ janvier 1576 an dernier décembre 1577. Les dépenses faites pour cette u chambre de Trésor, ti ne s'appliquent qu'a des dispositions intérieures et à l'achat de différents objets , tels que papier, écritoires, cornets , pommes tournées et argentées à mettre ficelle^ règles en fer, compas, ciseaux, poudrières, etc.
carrière pour piquer ses grands chevaux. > On posa aussi 48 toises de pavé au-devant du Palais , et deux sculpteurs italiens , Jean Paulo Lothelio et Auther, firent, dans Tintérieur des appartements , différents ouvrages de leur art.
Des fêtes brillantes furent données par Charles III , en 1579 , à l'occasion de l'arrivée du duc Casimir, de W' de Retz et du cardinal de Yaudémont. On courut la bague dans le jardin de la Court et à la Neuve Rue ; des combats à Tépée , à la pique y au tronçon', à la masse et au fléau eurent lieu dans la cour du Palais , dans la c salle allant à Saint- Georges » et dans la < grande salle. » Le sculpteur Florent Drouin fit quelques-unes des machines pour ces combats , conjointement peut-être avec un sculpteur italien , nommé Archange Toueur. En même temps on refit tout à^ neuf le pavé et la toiture du jeu de paume , laquelle fut peinte par Jean Comtesse (i) ; on bâtit une loge pour les orangers du jardin, une fourrière derrière la grande cuisine, et on acheva de construire les nouvelles écuries de la Carrière (2).
(i) Payé sept vingt frans à Jean Comtesse, painctre, demearanl à Nancy, pour avoir imprimé d'haille poar la première fois et puis après noircir toute la toicture dudit jeu , toutes les murailles à l'entour, les pilerons et escoutoires des galleries comme i! a esté ja noircy par cy devant.
(2) Par marché fait avec M^ Thierry Marchai , maître maçon , il lui est accordé une somme de 100 francs a pour les besongnes cy après declairées pour les neuves escueries , savoir : de parachever la grande porte devant la neuve escuerie de bonnes et belles pierres de taille de hanlteur et largeur qu'il lui a esté monstre et de tel model et enrichissement qu'il est porté par le portraict que M« Medard en a fait de Tordonnance de Monseigneur, pour laquelle porte , armoirie de dessus et enrichissement qu'il fera faire par le petit M<> Gérard de St Mihiel ou par Jessé (peut-être Jessé Drouin^ dont il sera fait mention plus tard).
«I Sera tenu ledit W niasson de faire une aultre grande porto rusticque du derrier desdicles escueries suivant les portraict , armoiries et
En 1580, Thierry Alix, conseiller au conseil privé du duc et président des Comptes de Lorraine, c dressa , mit en ordre et bon état » les chartes et papiers du Trésor, dont Jeanne Petit, yeuve de Jean Janson, relia les précieux cartulaires.
En 1582, Charles m acheta de Richard Chauvenel, marchand à St.-Nicolas, et fit placer dans ses appartements c un orloge doré enrichi d'un globe, astre, signe et mouvement. »
Les comptes de l'année suivante nous apprennent que le prince avait à sa cour «n géant , qui , moins heureux que le nain du roi de Pologne , n'a pas eu le bonheur de passer à la postérité. Il s'appelait Antoine Franpoint, et jouissait d'une certaine importance , car le duc ne dédaigna pas d'en faire faire le portrait , conjointement avec ceux du comte de Yaudémont et des princesses, par un peintre allemand , nommé Jost de la Court.
Diflerents travaux furent exécutés , en 1585 , à la porte c faite à triangle , » qui servait à aller du jardin c en la carrière du bout de la Neuve Rue; i à la chambre où écrivaient les clercs du Trésor; à la loge des lépreux , c de devant l'église St.-Georges , » que Ton refit tout à neuf ; à la c neuve chambre de la grosse tour d'entre le jeu de paume et la carrière ; » enfin, marché fut passé avec Claude Chevillon, Jean
enrichissement porté par icelloy , poar laquelle porte lay a esté kecordé la somme de cent cinq frans. n (Comptes do €ellerier pour 1578-1579.)
Payé vingt quatre frans à Benedict Âmbroise , ingénieur, pour aller aux forges de ïfoyenvre pour faire forger certains bareaux de fer pour servir aux neuves escueries de Monseigneur. (Comptes du Trésorier générai pour 1578-1579.) '
Les travaux de la fourrière coulèrent 729 francs 5 gros 12 deniers, les ouvrages du jeu de paume 529 francs 12 deniers , et ceux de la loge des orangers ; 217 fr. (Cellerier.)
la Brun et Jean de Yirton, maçons et taifleurs de pierre, demeurant à Nancy , en présence de maître c Fleurent Drouin le Yieulx , » chargé de diriger les travaux , c touchant Tonvraige de taille et massonnerie qu'il convient^faire pour le rehaussement du corps de logis du costé de l'église des Cordeliers , que Son Altesse prétend faire rehausser en l'année prochaine 1586. > Ce bâtiment devait avoir onze croisées c de mêmes hauteur et largeur que celles du corps de logis de devers le jardin , et de même épaisseur que les murailles à présent de trois pieds ; » huit J^icames de même façon ^ue celle de ce corps-de-logis; vingt cheminées < avec le cadre et double corniche de taille, le cadre fait de briques ; » trente-deux portes de taille, tant à placart qu'autres; i etc. La dépense totale fut évaluée à 7,944 francs.
Le bâtiment dont il est ici question, est sans doute celui qui reliait entre eux ceux de la première cour et ceux qui donnaient sur la rue, aboutissant â l'escalier de l'Horloge, â l'endroit où se trouvait la salle Neuve ou d'Honneur. Une note des comptes du Cellerier (1587) dit que ce nouveau corpsde-logis était < sur les offices et galeries allant à la Galerie des Cerfs , » et que le troisième étage touchait à la c neuve salle. » C'est bien à cet endroit que le plan de 1698 place les cuisines et offices du duc.
 dater de 1587, le grand escalier conduisant à cette Galerie commence à prendre le nom qui lui a été conservé jusqu'aujourd'hui^ c'est-à-dire qu'il est appelé < le gros avix de l'Horloge. »  cette époque , Charles HI ajouta aux divers animaux qui formaient la ménagerie du Palais, une licorne ^ qu'il acheta d'un nommé Peter Efferhardt pour l'énorme somme de 60,000 florins ou 50,000 francs, monnaie de Lorraine.
En 1 589 , on fit un c cabinet et prie-Dieu » pour M"'^ de
Yaudémont c sur l'escalier qui descend de sa chambre derrière les remparts ; » on blanchit la cheminée de la c chambre de Paradis, où est de présent l'estude de M^*^ de Metz; » eniSn, différents travaux furent exécutés au bâtiment « où loge présentement M^ de Salm , au quartier des saulvoirs. i La cour des saulvoirs, viviers ou réservoirs de poisson, était située derrière la portion du Palais où se trouvait la salle Neuve , entre les bâtiments qui étaient adossés aux Cordeliers et ceux qui, partant de Tangle de Tescalier de l'Horloge, rejoignaient le corps-de-logis du fond de la première cour.
Il est fait mention , à partir de 1590 , d'une Galerie des Peintures au château de Nancy ; cette salle, dont la situation n'est que vaguement indiquée, semble, toutefois, avoir été placée au-dessous du jeu de paume. C'était là que Charles III, ami et protecteur éclairé des arts , réunissait les tableaux qu'il faisait faire aux artistes lorrains et étrangers auxquels il prodiguait ses libéralités ; ce fut là , sans doute , qu'il mit la toile où Moyse Bougault l'avait représenté armé jusqu'aux genoux, et différents portraits de princes, qu'il avait commandés au célèbre Claude Henriet, dit de Châlons.
En 1592 , les noces du colonel Orphée (probablement le fameux Orphée de Galéan, à qui on attribue les fortifications de Nancy) furent célébrées à la cour avec beaucoup de pompe. Cette même année , trois milliers 500 d'ardoises furent employés à la toiture du Palais, qui, d'après ce qui semble ressortir de plusieurs notes précédentes, était couvert de tuiles plates, au moins dans quelques-unes de ses parties.
En 1595 , deux marchands de Verdun fournirent encore dix neuf milliers 500 d'ardoises , pour c l'entretenement et couverture du chasteau. > En même temps , on garnissait de c gros miroirs i achetés à un nommé Barthélémy Jacquemin, verrier à c Sainct Gury (St.-Quirin) , > et Gérard
Gaulhier, peintre de St.-Nicolas , décorait d'ouvrages de son art le cabinet de M^' de Yaudémont (i).
Des fêtes extrêmement brillantes eurent lieu , l'année suivante, à la cour de Lorraine , à l'occasion du carnaval et du mariage de la princesse Elizabeth , fille de Charles III , avec Maximilien , duc de Bavière. On donna , sur la Carrière et dans la salle Neuve , des carroussels , courses de bagues , combats à pied , et un ballet dont les machines furent faites par Florent Drouin et peintes par Jean Bariscord, Jean Comtesse , Claude Henrlet et Charles Cbuppin. Les princesses y parurent vêtues de robes de soie , brodées de fil d'or, d'argent et de clinquant , dont les étoffes avaient été fabriquées par des ouvriers de Reims, de Paris, de Genève et de Milan, que le duc avait fait venir à grands frais et s'établir dans sa capitale.
C'est peut-être à l'année 4595 qu'il faut fixer la construction du bâtiment spécial destiné à recevoir le Trésor des Chartes de Lorraine, et dont la situation est parfaitement indiquée dans la gravure de Démet et dans le plan de 1698. Les travaux en furent dirigés par Nicolas la Hierre , c conducteur des ouvrages de maçonnerie de Son Âllesse (2). » En même temps, Robert Mesnard, « tailleur de marbre, »
(i) Payé neuf oeos fraos k Gérard Gauthier, peintre à St Nicolas^ pour besogne par lui faite au cabinet de Mf ^ de Vandemont, fonraiture d'or, d'acier et antres choses à ce convenables. (Comptes du Trésorier général pour 1593.)
(2) À Nicolas la Hlere , conducteur des ouvrages de massonnerîe de S. À., la somme de 64iS fr. un gros pour journées d'ouvriers et fournitures qu'il a employées k l'érection du ciment et couverture de dessus le Trésor de S. A. (Ck)mptes du trésorier général pour 1595.) — Au même , 25 fr. u pour payer l'huille qu'il a faict venir et estant nécessaire d'employer aux reffections et couverture de la platte forme du Trésor. (Comptes du Trésorier général pour 1596.)
faisait, pour la fontaine du jardin, deux colonnes de marbre, tiré des carrières du haut de Ste.-Barbe , près Nancy; et Hector iSarent , jardinier du duc , transplantait les arbres et autres plans du jardin c hors de la ville, derrière le Château , en un nouveau jardin que S. Â. lui avait permis de faire, en la place où le sieur de Bonceil avait fait sa pre^ mière briquerie. »
En 1596 , Robert Mesnard posa deux nouvelles colonnes de marbre à la fontaine du jardin , ainsi qu'un bassin , aussi de marbre , < taillé et poli avec quatre masques es environs et un petit balustre au milieu. »
On refît tout à neuf, en 4598, la galerie allant de la Court en l'oratoire des Cordeliers , avec huit doubles fenêtres rondes, onze portes de pierres de taille et 459 pieds de cordon à la muraille de ladite galerie. On y travaillait encore en 4600 , et , à cette époque , on couvrit de cuivre c le dessus de la tour du Trésor , afin d'empêcher la pluie d'y pénétrer et d'éviter le danger des titres et papiers. » La duchesse de Bar donna, cette année, un ballet, pour lequel le sculpteur Florent Drouin fit c une machine en forme de fontaine et jardin » dans laquelle estoient douze cheises et y assises Madame (la duchesse de Bar) et unze tant princesses que damoiselles estantes de sa suytte. i Outre ce divertissement, la cour assista & la représentation de plusieurs comédies qui furent jouées par des comédiens français, et à des exercices de souplesse, que deux bateleurs exécutèrent devant le duc. Pendant ce temps , Claude Henriet travaillait , avec Rémond Constant et Moyse Bougault , < à rabiller les peintures efiacées » de la Galerie des Cerfs (1), et Jean de Nirendorff, dit
(1) Â M^ Claude Henriet , paioctre à S. Â.^ 439 frans 7 gros pour plusieurs matériaux qu'il at fouruy et journées qu'il a vacqué avec Re-
Harmant, armurier de Son Altesse , faisait quatre fourneaux de fer et les posait « au-dessous de la galerie des peintures, où sont les orangers. »
En 1601 , Nicolas la Hierre , « maistre et conducteur des bastimens de Son Altesse , » fit ériger, en la chambre de la duchesse de Bar, c un cabinet artificiel, suspendu et advancé du dedans du jardin de la Court. » Ce cabinet fut décoré de sculptures par Florent Drouîn (1). Toussaint Mareschal et Lambert Charles, tous deux maçons, furent chargés, moyennant une somme de 1,225 francs, de c desasseoir et rasseoir de hault en bas , à leurs frais et despens , » les pilliers de pierre contenant les arcades de la galerie du Château. >
mond Constant et Moyse Boagault, paincires de Nancy , et nng senritear^ trayaillanU en la Gallerie des Cerfz k rabiller les painctures effacées de ladicte gallerie.
Il paraît que les dégradations fréquentes des peintures de celte Galerie provenaient de rbumidité qui y régnait pendant Thiver. On trouve, en effet, dans les registres du Cellerier de Nancy , pour 1601, la mention d'une somme de 6 francs payée à la concierge du palais M pour six bichetz de cendres qu'elle a heu achepté pour mectre sur le pavé de la Gallerie des Cerfe affin de garder qu'il ne soit pas gasté par le charbon que l'on a esté contrainct de mectre par tout pour assurer la frescheur et humidité provenant du desgel durant eest hiver, n
On trouve encore , dans les mêmes registres, les mentions suivantes :
M Â Thomas Boulangier , maistre de la Ck)rne de bœuf, la somme de dixhuict frans dix gros buict deniers pour deux cordes un quart de bois pour la Chambre , six corbeilles de charbon et une douzaiîie de fagotz à la Court pour la salle des Cerfz.
Il  Hardy, potier d'eslain, la somme de dix frans ung gros pour... souldure... pour solder les cbanleltes de cuivre de dessus la gallerie des Cerfz... n
(1) A M® Fleurent Drouin, sculpteur, demeurant à Nancy, 1,472 fr. 6 gros pour faire et parfaire les ouvrages convenus de faire au cabinet artifficiel que M"^^ la duchesse faict faire an chasteau de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1601.)
Jacques Bellange et Jacques Danglus furent 'appelés , en 4602 , à enrichir le cabinet de la duchesse de Bar de divers ornements de peinture , et , entr*autres , de douze tableaux , dont six devaient représenter des sujets de l'histoire romaine, et les six autres des < devises » au choix de la princesse (i) ; on mit, dans ce cabinet, une tapisserie de cuir doré, faite par Jean Ragache , < tapissier de cuir doré, » demeurant à St.- Nicolas , et c un Ut de repos de noyer, façon d'Italie , avec quatre pieds tournés, quatre colonnes et deux layettes (tiroirs) qui se tirent l'une par devant et l'autre par le pied , fermé tout à l'entour de panneaux. » C'était l'ouvrage de Jacques Lallemand , menuisier à Nancy.
Pendant que Bellange et Danglus décoraient les appartements de la duchesse de Bar, Jean de Wayembourg, « peintre du duc, > dorait les bordures de cinq portraits de grandeur naturelle, qui se trouvaient dans la galerie des Peintures du Palais , et représentaient le Roi et la Reine de Navarre, M'*® Catherine de Rohan, les rois François P' et François II. Cette galerie renfermait encore des portraits du duc de Ferrare , du connétable de France et de la princesse de Condé , et c un grand tableau que Son Altesse avait envoyé
(1) On trouve , dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier générai pour i*annnée 1602 , le marché fait par le contrôleur de rhôtel, moyennant la somme de 1,080 francs, avec Jacques Bellange et Jacques Danglus , u pour peindre et dorer le cabinet qui regarde sur le jardin proche la chambre de Madame , comme s'ensuy t , sçavoir : y feront et poseront douze tableaux , six desquels seront d'histoires romaines, les six autres de devises au bon plaisir de Madame, plus trente six placcars en oval qu'ilz feront faire h leurs fraiz avec des chiffres dorez ; doreront d'or de ducalz le lambris et planché dudit cabinet, les châssis et ventilions des feneslres dehors et dedans, ensemble les portes avec devises, selon que Madame ordonnera, et le tout enrichir de feuillages de mirthe. n
de Paris, représentant h réception et bienvenoc de la Royne mère en France; > enfin , des portraits du pape, du cardinal de Florence , du Roi , de la Reine et de l'Infante , lesquels avaient été achetés à Antoine de Lenoncourt, abbé de Beaupré, moyennant la somme de 491 francs 8 gros (1). En même temps, c trois grands tapis velus, façon de Turquie, > étaient placés dans le garde-meuble du Rond , d*où on les tirait , dans les occasions solennelles, pour décorer les appartements du Palais.
Tous les travaux que Charles III avait fait exécuter au Palais Ducal, tous les chefs-d'œuvre des arts et de Tmdustrie qu'il s'était plu à y rassembler, devaient en avoir fait, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur, une magnifique résidence; aussi , lorsque le Roi et la Reine de France y vinrent en 1605, durent-ils se figurer, comme plus tard Louis XIY,
(1) Pièces JQstificaUves des comptes du Trésorier général poar 1602. On voit , par quelques notes jointes à celles que je viens de reproduire , que Jean de Wayembourg avait fait un u portrait de S. A., de grandeur naturelle, n qui fut délivré à M. Raynbault; u cinq petits portraits du roy Henry, de M. de Guise, du cardinal de Guise, du duc de Mayne et de feue Madame , «i lesquels furent envoyés ë la duchesse de Bavière ; deux portraits de M'"^ la princesse et un grand portrait de Son Altesse; il fit, enfin, pour les ambassadeurs de Bavière, k Toccasion du mariage de leur maître avec la fille de Charles III , deux portraits de S. A., ceux de Ms*' le Marquis (du Pont), du cardinal, de Ms** de Vaudémont , de la princesse , de la duchesse de Bavière et de M^e Catherine , fille de Charles III (abbesse de Remiremont et fondatrice des dames du St.-Sacrement de Nancy).
Jean de Wayembourg, dont le nom est a peine connu parmi ceux des artistes lorrains, mourut en 1603, et vers la fin de cette année, on paya à sa veuve , Arrambonrg de Bar, le prix de plusieurs portraits qu'avait précédemment faits son mari, savoir : u cinq peintures, une de la grandeur du naturel , de S. A., une semblable de M™^ la duchesse de Clèves, une à moitié de ladite dame , une grande et une à moitié de M"^ la princesse, ti
qu*ils n'avaient pas cessé d'habiter le Louvre. Le séjour que firent ces augustes hôtes a la cour de Lorraine , fut marqué par les réjouissances ordinaires, c'est-à-dire qu'il y eut courses de bagues à la Rue Neuve» ballets et combats à l'a barrière dans la Neuve salle du Palais.
An mois de février 1605 , des comédiens espagnols représentèrent devant le duc, en la salle SL^Georges^ une pièce, imitée sans doute des anciens mystères, et intitulée c la Pénitance de la Magdalaine. » C'est dans cette salle que furent aussi faites, vers le même temps, les cérémonies du baptême des enfants du comte de Vaudémont. On posa , cette année , un pavé c devant la salle des Suisses^ pour y tenir les assbes à l'advenir. »
Rien n'indique la situation de cette dernière pièce. Quant à la salle St.-Georges , elle était bien certainement, ainsi que le désigne son nom, dans le voisinage de la Collégiale, et dans le même corps-de-logis que la chambre des Comptes. Son emplacement est , du reste , parfaitement figuré dans un plan dressé vers 1710, et qui se trouve à la bibliothèque publique de Nancy. En comparant ce plan avec celui de 1698 , on peut présumer que la salle St.-Georges , qui touchait au Rond et aux appartements du duc, régnait au-dessus d'un corps-de-garde et de la chambre des Comptes , située alors au rez-de-chaussée.
En 1606 , Jacques Rellange fut chargé par M. de Rourbonne, grand maître de l'hôtel, de repeindre en huile la Galerie des Cerfs. Les peintures faites par cet artiste , que plusieurs biographes ont improprement appelé Thiéry Rellange, représentaient, le long des murailles et au-dessus des portes, les divers épisodes d'une chasse au cerf, tandis que, de chaque côté de la cheminée , étaient les < figures de trois per-