‹ Le palais ducal de Nancy (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · SI · texte numérisé non relu

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sonnages (1). » Cette note est la plus explicite de celles qui concernent la Galerie des Cerfs, et ne laisse aucun doute sur la nature des ornements qui décoraient cette salle. Outre ces ornements, on y voyait deux tables très-précieuses, Tune de marbre, admirable par sa longueur et sa largeur {marmù^ reanif longitudine et laiitudine admirabilefn)^ l'autre d'argent doré , trës-artistement ornée de iBgures et d'emblèmes (plurimis artifUnosissimè insculptis figuris omatisstmam)^ chefs-d'œuvre d'art, avec des vers latins sous chacun (2).

La duchesse de Bar étant venue à Nancy dans le courant de cette année (1606) , il y eut des carrousels et un ballet

(i) Le marché fait avec Beliange , le 7 mai 1606, porte que cet artiste s'engage , moyennant la somme de 1,200 francs , à u repeindre à haille n la Galerie des Cerfs, » consistante ladite besongne à repeindre vingtz qoarreaux de la chasse du cerf , qui sont peintz contre les murailles de ladite gallerie , un grand quarreau aussy de ladite chasse au bout de ladite gallerie en entrant , un demy quarreau pareillement de ladite chasse, qui est sur les deux portes de ladite gallerie , et trois fi« gures de personnages eslans , l'un du costé de la cheminée dMcelle et les deux autres de Tautre costé. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy.)

(2) Jodoci Sinceri Itinerarium Galliœ, — On trouve , au sujet des deux tables dont parle avec tant d'admiration le voyageur Jodocus Sincerus , les mentions suivantes : u Payé 280 fr. à Jean Lallemand pour une fermeture d'assemblage qui se brise en deux pour la table d'argent doré de S. Â. (Receveur du domaine , 1606.) — a Payé 56 fr. 1 g. 8 d. a Nicolas Michauld , marchand à Nancy , pour dix aulnes et demy de fustaine d'Angleterre pour faire une enveloppe aultour de la table de marbre et agathe qu'est à la gallerie des cerfz. ti (Comptes du Cellerier pour 1620.) En 1617 , le duc Henri II fit encore venir de Paris deux nouvelles tables de marbre pour meubler le Palais : u Payé â Jean Bourbonnais , maître des caresses de Nancy à Paris , 152 fr. 3 gros pour payement de la voiture de deux tables de marbre adressées de Paris en ce lieu pour nostre service.

(Comptes du Trésorier général pour 1617.)

pour l'entrée duquel mi fit un c chariot trîumphal , » que peignirent et dorèrent Jacques Bellange et Paul Hannequin.

On peut voir, par la gravure de Deruet et la vue du Parterre, de Callot, qu'il dépendait du Palais deux jardins; l'un était contigu aux bâtiments de la première cour ; l'autre, plus élevé que celui-ci y en était séparé par une rampe ou galerie en pierre; il était placé sur la partie des remparts qu'on appelait le bastion des Dames. S'il faut en juger par une note des comptes du Trésorier général pour 1607, ce dernier jar*din aurait été construit par Charles III , dans les dernières années de son règne (1). Je dois ajouter que ce prince faisait entretenir ses jardins avec beaucoup de soin, et qu'en 1604, il avait envoyé à Paris et à Fontainebleau, l'un de ses jardiniers c quérir et prendre des modèles et instruments propres à son art. »

Jacques Danglus fut chargé, en 1607, de faire « deux peintures à l'effigie de Son Altesse, » et Bellange peignit de nouveau le cabinet attenant à la galerie des Peintures (2). L'année suivante , le même artiste fit , pour la nouvelle duchesse de Lorraine , plusieurs tableaux qui furent envoyés à Mantoue, et Charles Desrué, horloger à Nancy, c rabilla i l'horloge du Château.

Ici s'arrête la plus longue à la fois et la plus brillante période de l'histoire du Palais Ducal. Charles III avait digne-

(1) Payé 500 fr. à Hector HareDt, jardinier au chasteaa^ pour Taider aux frais qu'il a supportés pendant l'année 1605 à Tayancement du jardin que Son Altesse a fait dresser sur le bastion des Damesi derrière le chasteau.

(2) A Jacques Bellange , iOO fr. pour avoir racommodé et painct de nouveau en buille le cabinet joindant la galerie des painctures de Son Altesse> avec une grande aumaire qa*est en iceluy et le semer de meuffles dorez. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy.)

ment continué FœuTre d'Antoine : non seulement, ainsi qu'on vient de le voir, il avait augmenté sa Court de plusieurs constructions importantes , mais il Tavait embellie de nombreux ouvrages d*art de toute espèce; il l'avait doté de la magnifique salle d'Honneur et de^ cette galerie des Peintures , où il se plaisait à rassembler les oeuvres des artistes lorrains ou étrangers qu'il appelait près de lui et qu'il comblait de ses bienfaits. Aussi vitron, dans le cours de son règne, les peintres, les sculpteurs, les graveurs, les architectes, les fondeurs, se multiplier comme par enchantement et venir, par l'éclat de leur renommée , rendre plus brillante encore l'auréole de gloire du prince qui travailla si puissamment & développer la dviiisation lorraine, et mérita le surnom de Grand , que la postérité lui a conservé.

Et comme si ce n'était pas assez pour lui d'avoir fait éclore, pendant sa vie, tant de chefs-d'œuvre, la plupart malheureusement perdus pour nous , il devait encore , après sa mort, contribuer à l'érection du monument artistique le plus précieux pour notre histoire, et principalement pour celle du Palais Bucal. Je veux parler de la Pompe funèbre, de La Ruelle, que j'ai déjà plus d'une fois citée , et dont certaines planches représentent l'intérieur de diverses salles et la splendide façade de l'ancienne résidence des ducs de Lorraine.

La Ruelle n'a pas borné son travail à ces planches , si utiles à consulter, il les a fait suivre d'une relation , aussi complète qu'intéressante, des cérémonies toutes royales qui avaient lieu lors des funérailles de nos ducs. Je n'ai pas l'intention de reproduire , même en partie, le récit. de cet historien; j'en extrairai seulement les détails qui se rattachent plus intimement au sujet que je traite.

Le corps , après avoir été embaumé , fut placé dans la

chambre de Trépaâ , ainsi appelée parce que c'était là que |e duc était mort. Cette salle était tendue d'une riche tapisserie de haute lisse, rehaussée d*or, d'argent et de soie, représen^ tant l'histoire de saint Paul. Le plancher était couvert d'un grand tapis de Turquie , et le cercueil , revêtu de trois draps mortuaires, dont le premier d'or frisé d'or, bordé d'hermine mouchetée , reposait sur des tréteaux dressés à la place du lit. D était surmonté d'un dais, aussi d'étoffe d'or et de soie.

Le corps resta dans cette chambre depuis le 14 mai jus« qu'au 8 juin suivant, qu'il fut transporté dans la salle d'Honneur (la salle Neuve). Cette immense pièce, la plus vaste du Palais après la Galerie des Cerfs , et où , suivant Lionnols, Louis XIII rendit ses audiences pendant son séjour à Nancy (i) , était tendue tout à l'entour de deux « très-riches et très-excellentes tapisseries, rehaussées d'or, d'argent et de soie , l'une figurée de l'histoire de Moyse , et l'autre de celle de saint Paul. Au haut, de cette salle (du côte des Cordeliers), fut dressée une large estrade, sur laquelle on plaça le lit d'honneur avec l'effigie du prince, couverte de magnifiques habillements. Contre l'estrade , à droite , du côté de la rue , fut également dressé un grand autel, et , auprès, la chapelle du prince. En face de son lit d'honneur, également sous un dais, étaient sa table et son fauteuil pour le couvert, qu'on servait chaque jour, à dîner et à souper, comme de son vivant.

La salle d'Honneur resta ouverte depuis le 9 juin jusqu'au 14 juillet, puis l'effigie fut transportée dans la salle Funèbre ou de Deuil, préparée en la Galerie des Cerfs , dont on re-

(1) Cest sans doute dans une des audiences solennelles données par Louis XIII dans la salle Neuve , qu'eut lieu , entre ce prince et Callot^ la scène que rapportent tous les biographes du grand artiste, ei qui fait tant d'honneur k son patriotisme.

trancha cinquante pieds environ , près de la cheminée , par une tendue de drap noir ; depuis ce retranchement c furent ôtées toutes les tètes des cerfs, et les deux côtés , ensemble toutes les fenêtres avec le bout vers la porte, » couverts d'un drap noir, sur lequel étaient placés, à distance, de grands et de moyens écussons d'argent.

Le grand autel fut dressé près du retranchement, du côté de la cour, et, vis-à-vis, du côté de la rue, fut placée la cha* pelle de feue Son Altesse. En travers de la Galerie était une barrière gardée par des archers, pour contenir la foule.

L'office divin fut célébré dans la salle Funèbre , les 15 et 16 juillet, matin et soir, comme il l'avait été dans la salle d'Honneur. Le premier convoi de l'enterrement à l'église St.- Georges, eut lieu le 17, à deux heures de l'après-midi.

On avait, dès la veille, réglé le rang que devaient occuper les différents corps, ecclésiastiques et séculiers, c L'édit funèbre du premier convoi » s'était fait , dans la cour du Palas, par le Roi d'armes , accompagné des hérauts et poursuivants , suivis des vingt crieurs et sonneurs de clochettes , qui sonnaient à trois reprises avant la publication du héraut Lorraine.

Le convoi se fit le lendemain. La porte principale de l'Hôtel avait été , de même que celles des Cordeliers et de St.- Georges , tendue de drap noir.

Les bourgeois et les pauvres habillés de deuil , ainsi que les archers de la ville, entrèrent dans le jardin du Palais par la porte du côté de la Rue Neuve, pendant que le chef des cérémonies temporelles, suivi du Roi d'armes, des hérauts et poursuivants , se transportait dans la salle d'Honneur, où s'étaient rendus les gentilshommes désignés pour porter les pièces d'honneur.

En même temps, les écuycrs des grande et petite écuries,

eondoeteurs des chevaux d'honneur, bardés pour bataille, secours et service , les faisaleat barder et eaparaç(mner dans la êalle des Suisses.

Vers deux heures , les cinq' princes du grand deofl , c adextrës de Messeigneurs leurs adextrans » et accompagnés des princes et des ambassadeurs , se rendirent dans la salle d'Honneur et jetèrent de Teau bénite sur le corps. Puis vinrent Tévèque de Toul et tout le clergé , qui récitèrent les prières et oraisons et jetèrent de l'eau bénite.

Alors y. les chambellans enlevèrent le corps de dessous le Ut d'honneur et l'apportèrent dans la cour^ devant le grand escalier de r Horloge; là , il fut placé, avec le lit d'honneur et l'effigie, sous un ciel de drap d'or frisé d'or, que portaient les baillis de St.-Mihiel, d'Allemagne, du Bassigny, du comté de Yaudémont, de Ghàtel-sur-Moselle et de Hattonchàtel.

Le Roi d'armes appela ensuite l'un après l'autre , leur dé- «gnant l'ordre qu'ils avaient à suivre, tous ceux qui devaient faire partie du convoi.

Le cortège, composé de plus de trois mille personnes, sortit par la Porterie y fut conduit « à mont la Grande-Rue, » jusqu'à cdfô du Four Sacré , tira droit à la place St.-£pvre , passa pfflT celle du Vieux-Change, descendit celle des Comptes, rentra dans la Grande-Rue et gagna l'église St.-Georges.

Eu sortant de cette église , c les rangs marchèrent par le milieu des haïes des torches droit à l'Hôtel, où étant les premiers desdits rangs entrés , ieeux et tous les autres venant après jusqu'à messieurs de la noblesse , tournèrent à gauche sous la Galerie des Cerfs, auquel endroit l'on avait fait fendre la haie de torches, rangée de ce côté-là, derrière laquelle ils se mirent tous dans la cour; mais les sieurs de la noblesse continuèrent de passer par le milieu des deux baies des torches, disposées dans ladite cour, pour reconduire en la salle

de Deuil, préparée en celle de SL^eargeê, Biesseigneurs les princes du grand deuil, i

Lorsque les cérémonies funèbres furent terminées aox Gordeliers , et après qu'on eût enlevé de dessus la fosse où était inhumé le {Mince , les pièces de souTeraineté, et fait la proclamation solennelle du nouveau duc , celui-ci se rendit dans la salleUe joignant la salle SL^GeorgeSy où était préparée une table couverte d'un riche tapis et surmontée d'un dais ; on y déposa les pièces de souveraineté, savoir : la couronne, le sceptre, la main de justice et l'épée. Le même jour, les principaux officiers de la maison du duc se réunirent dans la salle SL-GeorgeSy et le grand maître d'hôtel, montant sur l'estrade qui y était dressée, annonça aux assistants que leur maître étant mort, Qs n'avaient plus d'état, et, posant sur sa tête nue, le bâton, signe de sa dignité, il le rompit, en baisa les deux bouts rompus et le jeta au milieu de l'appartement.

Le Roi d'armes monta à son tour sur l'estrade et cria : Silence, silence, silence I Le très-haut, très-puissant et sérénissime prince , Monseigneur Charles troisième du nom , soixante-troisième duc de Lorraine et trentième marcftis , duc de Calabre, Bar, Gueldres, marquis du Pont-à-Mousson, comte de Provence , Yaudémont , Blâment , Zutphen , etc., notre débonnaire et souverain prince, est mort , le Duc est mort, le Duc est mort, sa maison est rompue, chacun se pourvoie I

Ces extraits sommaires de l'ouvrage de La Ruelle, ne peuvent donner qu'une faible idée de la pompe qui présidait aux funérailles de nos ducs, et en faisait une des plus magnifiques cérémonies que l'on pût voir autrefois en Europe; ils suffisent, néanmoins, pour faire connaître quelles étaient les salles du Palais qui avaient une destination particulière dans ces occasions solennelles. La décoration intérieure de ces ap-

portements , qui est minutieusement décrite dans l'ouvrage que je viens de citer, témoigne du luxe qui régnait à la cour de Charles III; à cette cour qui, suivant un écrivain contemporain (1), était c autant grosse et accomplie qu'aucun prince chrétien (pour grand qu'il soit) puisse souhaiter. »

(1) Georges Aulbery, secrétaire de Charles III {Vie de ^. Sigisbert.)

ïm-mL

Un voyageur qui avait visité la capitale de la Lorraine dans les premières années du XYIP siècle , et avait été admis , sans doute , à pénétrer dans Tintérieur du Palais , rend ainsi compte des impressions qu'il avait ressenties : « Dans la Ville Vieille , dit-il , est le magnifique palais {ma-' gnificumpalatium) des ducs de Lorraine. On a coutume d'y montrer la chambre du duc lui-même , où vous arrivez par une galerie que décorent les portraits d'une foule de rois et de princes. Par un autre côté , vous êtes conduit dans une salle (ou vestibule, atrium) où vous voyez deux tables trèsprécieuses, l'une de marbre...., l'autre d'argent doré... (1). Vous êtes mené ensuite dans une pièce où l'on vous déroule et vous montre, en nombre inmiense {immani numéro) ^ des tapisseries infiniment précieuses et d'une magnificence plus que royale {magnificentiœ plus quàm regiœ). Là vous verrez une figiu*e humaine sculptée en bois , dans laquelle tous les muscles et les tendons sont mobiles, formant un ensemble cousu de parties très-fines et très-délicates. Près de là , sur un bastion, est un jardin (ou verger, viridarium) des plus agréables (2). »

(1) Il a été précédemment parlé de ces deax tables (p. 81).

(2) Jodoci Sinceri Itinerarium Galliœ , etc. Amsielodami M I>GILV. (Bibliothèque de M. l'abbé Marchai et tradaction de M. de Dumast.)

Jodocus ne parie , dans ce récit succinct , que des parties du Palais qui , soit par elles-mêmes , soit par les objets curieux qai s'y trouyaient placés, avaient le plus excité son admiration , c'est-à-dire la chambre du duc , la galerie des Peintures, qui y conduisait, la Galerie des Cerfs, et enfin le Rond ou Garde-meuble , qui renfermait, à profusion, de riches tapisseries amenées de Flandre ou fabriquées à Nancy par les ouvriers étrangers que Charles III avait attirés dans sa capitale.

Un autre historien , qui avait rempli , pendant plusieurs années , les fonctions de secrétaire auprès de ce prince , et qui, par conséquent, avait habité le Palais, nous a laissé, de cet édifice, une description qui complète celle de Jodocus, et donne une idée bien plus grandiose encore de cette ancienne résidence princière.

c Les ducs de Lorraine, dit Georges Aulbery dans sa Vie de St. Sigisbert (1617), ont fait de long temps leur demeure ordinaire à Nancy, en un Palais duquel la beauté et somptuosité a toujours témoigné la grandeur de ses possesseurs. J'auray autant de tesmoins qu'il y a de personnes qui ont veu ledit Palais, qu'H ne se peut veoir maison de prince plus logeable que celle à présent d'un Duc de Lorraine.

» Son assiette est en un lieu plain et égal , et est composé de quatre grands corps de logis en quarré de trois estages de haut , et chacun d'iceux estant fort éminent, aiant encore de fort commodes logements par dessus, le tout des mieux percé à jour : et. est basty entièrement de pierre très dure taillée et cizelée. Toute la couverture est d'ardoises, aiant le faiste enrichy de petites couronnes piramidales de cuivre doré.

» Au dedans il y a une cour quarrée d'environ cent pas communs d'angle à autre , et tout autour se voient des galeries hautes et basses basties sur petites arcades soubs les-

quelles les suivants la Cour se peuvent promener à couvert. Dans ceste cour se faisoient anciennement et se font encores quand on veut les tournois , courses , combats de barrière et autres exmxiees de Noblesse.

9 Le maistre corps de logis dndit Palais , avec un autre naissant d'iceluy par dehors d'un costé , joint à une belle et grande galerie de proportion égale de l'autre , enceignent un parterre enfermé d'iceux en quarré , et vont aboutir à un grand et fort bastion, dit le bastion des Dames, duquel ledit Palais est couvert au levant , et sur lequel bastion se voit aussy un des plus plaisant et fertile parterre qui se puisse souhaiter, où vous voiez des cabinets en esté à l'espreuve des raions du soleil , avec un grand rang d'espalllers travaillez en porUques, aiant en veue une grande prairie , la rivière et les bois. Ce bastion-parterre est de l'estendue de cent soixante pas communs en sa longueur et d'environ quatre vingt et huit en sa largeur; on y va à couvert par lesdictes galerie et corps de logis , et y peut on monter aussi par trente deux marches depuis le parterre d'embas auquel se voient des rares compartiments. Vous y voyez des orangers portans fruits , des oliviers et autres rares plantes empruntées des provinces lointaines.

» 11 se trouve audit Palais trente appartements, chose, presque încroiable, et qui se void en peu de maisons roîales. U y a aussy huit grandes galeries et plusieurs belles et somptueuses sales. Entre autrel il s'en y void une qui contient cent trente-cinq pieds de longueur, cinquante de largeur et trente de hault (1); la voulte de ceste sale est faîtte en berceau lambrissé et peint richement par tout , là où on peut

(1) Ces dimensions sont aussi celles qne La Ruelle donne à la salle d'Honoeur (salle Neuve),

commodément combattre à la picque et à toutes autres sortes d'armes, à pied.

» Ce qui manque à ce Palais est qu'il a faute de parade et de place en sa principale entrée , estant couvert par les maisons de la ville, desquelles si on en avoit abattu à proportion de sa quamire, ce seroit un des beaux Palais du monde.

» Au prospect dudict Palais, entre levant et midy, se voit une place (la Carrière) , longue de trois cent pas communs , et large de plus de soixante , qui est bordée en sa longueur de maisons tellement égales de frontispice qu'elles semblent n'estre qu'un seul hostel. Là sont les escuieries du Duc toutes voultées, et s'y peuvent fort commodément dresser et domter ses chevaux. Là se font aujourd'huy (1617) fort commodément les joustes, tournois et courses de bague. >

Tel était le Palais Ducal sous le règne d'Henri II, c'estràdire à Tépoque de sa plus grande splendeur. Suivant l'auteur de la Dissertation historique sur Nancy ^ ce prince y iSt faire le Rond, où étaient les riches tapisseries et autres meubles de la Maison, y fit conduire les fontaines du parterre d'en bas et mettre les statues.

Je crois avoir démontré , par les notes nombreuses précédemment reproduites, que la construction du Rond remonte à une époque plus éloignée que le règne du successeur de Charles III, et que, depuis longtemps, il servait à renfermer les meubles précieux du Palais, notamment les magnifiques tapisseries dont on tendait les appartements les jours de grandes cérémonies. D'ailleurs , aucune mention des dépenses faites par le duc Henri, ne concerne l'érection de cette superbe tour, qui dut coûter cependant des sommes considérables.

En revanche , comme on le verra bientôt , l'assertion de

rhistorien que je viens de citer, est vraie en ce qui concerne les statues de la rampe du parterre.

En 1609, Henri II fit faire, c au-devant de son cabinet, » sans doute dans une des cours de Thôtel, c une carrière pour courir la bague et piquer les chevaux. » La même année , des comédiens donnèrent une représentation dans la salle St.-Georges (1). Un nommé Marceloffe, meunier à Bitche, fut admis à présenter au duc c un orloge en bois de sa façon, » qu'on lui acheta et qui fut placé dans une salle du Palais.

En 1610, on érigea < une maison aux fourrières devant le quartier de Mp" de Yaudémont, pour le jardinier de l'hôtel. » Les dépenses de cette construction s'élevèrent à la somme de 2,908 francs 5 gros, sur les lesquels 1621 francs furent délivrés à l'architecte Nicolas La Hierre c pour la maçonnerie qu'il avait fait faire audit bâtiment, savoir : une porte ronde neuve mise en une petite muraille pour séparer lesdites maison et fourrière contre le Rond où sont les meubles de Son Altesse. > Le logement du jardinier était donc, comme l'indique cette note, contigu au garde-meuble. A cette époque, le sculpteur Jessé Drouin fit quelques travaux dans le cabinet de la Duchesse (2).

Des ouvrages considérables furent faits, en 1611 , par Jacques Bellange, à la salle Neuve (5) et à la galerie neuve

(1) Il y eD eut également en 1610 et 161 i.

(2) A M* Jesse (oa Jessé) Droain, sculpteur demeurant k Nancy, dix francs pour avoir desposé ung oratoire de pierre de marbre on de coolear, da commandement de Madame , qu'esloit en son cabinet. (€k>mptes du Clelleier pour 1610.)

(3) Le comptable met en despence sur le trésorier général la somme de 900 francs que le comptable auroit délivré Tan dernier an sieur

sur le jardin; il enrichit les corniches et moulures de cette galerie d'arabesques et autres fantaisie», et représenta sur les lambris c les histoires de la métamorphose d'Oyide. (i) » La même année , on posa, dans la galerie des Peintures, c un orloge de la sorte et façon de celui qui est au temple de Strasbourg (2), » et Gille de Lisle, ingénieur et mathématicien, cimenta c de ciment à feu ou mastic, > l'un des réservoirs du Palais (3).

Belange sor les peintures quMI fait en la neave salle da château. (Comptes (lu Gellerier pour 161i.)La salle doot il est ici fait mention, ne doit pas être confondue avec celle a laquelle on donnait précédemment le nom de salle Neuve, car elle est appelée quelquefois la «aile neu^^e 9ur la rue Neuve. (Payé 17 fr. à un charbonnier à qui le serviteur du sieur Belange avoit acheté deux chalTes de charbons pour brûler pendant rhiver en la salle neuve qu'il peint sur la rue Neuve en Thostel de S. A.) Il est probable qu'elle ^tait située dans le corps-de-logis donnant sur le jardin , du côté de ta Carrière , et dans le voisinage de la galerie neuve, que Bellange décora aussi de peintures en 1611.

(1) A Jacques de Bellange, peintre a S. A., 4,000 fr. qui luy sont esté accordés pour peindre en huille tout du long du lambris du plancher de la gallerie neuve sur le jardin de Thostel de Nancy , y représenter les histoires du la methamorfoze d'Ovide , enrichir les corniches et molures de moresques et autres fantaisies. (Comptes du Trésorier général pour IGll.)

(2) A Isaac Habrecht, orlogier demeurant à Strasbourg, la somme de 1,250 fr. pour un orloge de la sorte et façon de celuy qu'est au temple judit Strasbourg, et mis en la gallerie des peintures du château de Nancy. {Idem,)

(5) A Gille de Lisle, ingénieur et malémalicien demeurant k Nancy, 500 fr. pour avoir cimenté de ciment à feu ou mastic Tun des réservoirs de la Court... Ledit de Lisle s'est obligé et a promis d'entretenir ledit réservoir, en ce qu'il a fait , par l'espace de dix ans qu'il prétend demeurer en Lorraine et plus sy ledit réservoir se crevé, d'autant que le pavé du dessus n'est cimenté ny aullrement assuré. (Comptes du Cellerier pour 1011.) — En 1615, on établit deux pompes au puits du jardin, selon l'invention qu'en avait faite cet ingénieur.

Les comptes de 1612 ne font mention d'aucun ouvrage exécuté au Palais; le duc Henri s'occupait alors à faire ajouter de nouveaux bâtiments au château de Lunéville, et il chargeait un nommé Jean Lyot, dit de Tassy, c M^ archi^ tecq (1) et tailleur de pierre, > de lui dresser, à cet effet» plusieurs plans parmi lesquels il put choisir celui qui lui conviendrait le mieux.

En 4615, on construisit, derrière les Cordeliers, c joignant ks neuves fourrières de l'hôtel, » un bâtiment pour y mettre les carrosses de la cour; Jean Francequin (2), marbrier à la Yille-Neuve, fit une cheminée de marbre noir pour le cabinet de la duchesse, lequel il pava, l'année suivante, en carreaux de marbre noir, tiré, par moitié des Pays-Bas, et par moitié de la côte Ste.-Catherine.

n y eut, en 1614, un combat à la barrière dans la saUe St.-Georges, dont on fut obligé de c couper la traveure » pour donner passage aux machines qui figuraient dans ces sortes de spectacles.

On commença à travailler, vers la même époque, à l'un des ouvrages d'art qui contribuèrent le plus à l'embellissement du Palais Ducal : je veux parler des statues de la rampe du Parterre. En 1616, marché fut passé, parle grand maître de l'hôtel, avec Siméon Drouln, pour, dans l'espace de deux ans et moyennant la somme de 2,500 francs, c tailler, mettre et poser au jardin derrière l'hôtel quatorze statues de

(1) C'est la première fois que cette qualificatioa est employée.

(2) Jean FrancequiD ou FraDcisqain exécuta, k la même époque, coujoialemeat avec le sculpteur Jean de Tremont, diverses u pièces d'ouvrages d'architecture et sculpture n dans Téglise des Minimes de Nancy. (Comptes du Trésorier général pour 1613.)

pierre, ayant chacune sept pieds et demi de hauteur, avec leurs niches et pieds d*estalz convenables (1). >

Ces statues n'étaient donc pas, comme on Ta cru long-* temps, l'œuvre de Florent Drouin , mais peut-être du frère de cet artiste, que Lionnois appelle Simon, et qui sculpta (1650), pour l'église des Carmes, un magnifique autel dans la chapelle où était inhumé Elysée d'Haraucourt, gouverneur de Nancy. Elles n'avaient pas non plus, comme le dit l'historien de cette vilie^ ^té commandées à Drouin par Charles III; c'est bien au duc Henri qu'il faut reporter cet honneur (2). Suivant Lionnois , ces statues représentaient les principales divinités de la fable. Lorsque Stanislas eût fait démolir le Palais commencé sur la Carrière par Léopold, d'après les dessins de Boffrand, ces beaux morceaux de sculpture, que rien ne protégeait , furent mutilés par les enfants et tombèrent bientôt en ruines; on les employa alors comme du moellon dans les fondations du bâtiment de l'Intendance. Ainsi, ces chefs-d'œuvre d'un artiste lorrain allèrent, avec tant d'autres chefs-d'œuvre qui décoraient le Palais Ducal et la collégiale St.-Georges, servir de matériaux à des constructions nouvelles, qu'ils auraient pu, qu'ils auraient dû être appelés à embellir (5)!...

(1) Comptes du Trésorier général pour 1616.

(2) Je dois ajouter , toutefois , que ces statues sont figurées sur le plan de Nancy , dressé en 1611. Peut-être les niches étaient-elles déjà construites à cette époque , et La Ruelle crut-il pouvoir y mettre les statues qu'on se proposait d'y placer ?

(3) C'est dans l'intérieur même du Palais , u sous la galerie neuve du jardin, » où on lui avait arrangé un atelier, que Siméon Drouin tailla ses statues. Henri II voulait , sans doute , pouvoir suivre des yeux le travail de son h sculpteur ou tailleur de statues de pierre en bosse ronde, n

Dans le courant de cette même année 4616 , il y eut, à la cour, un ballet dont Bdiange peignit les machines ; on plaça, dans la galerie des Peintures (1), deux portraits des princes, faits par Claude Gheveneau, peintre à Nancy, et Thorloger Charles pesrué fit diflëroits ouvrages de son art à rhor> loge du Palais.

En 4617, Nicolas et Jean Ferry, potiers de terre, demeu* rant à Vie, dressèrent, dans le petit cabinet de la duchesse, c un fourneau déterre blanche peincturée, avec ses colonnes, comidies, armes de Son Altesse et de Madame et autres enrichissements. » Ce fourneau était supporté par quatre petits piUiers de pierre de taille , qui avaient été faits, fournis et posés par un tailleur de pierres de Nancy, nommé Jean Maillard. Différents tableaux furent achetés, cette année, sans doute pour en décorer la galerie des Peintures, à Claude Libal , c imagier i ou c marchand de pourtraitz peintz et en taille doulce. >

(1) Cest probablement daos cette galerie^ véritable masée docal , qae fureat placés différents tableaux que le comte de Vaudémont avait achetés PauDée précédente, savoir : le portrait à mi-corps de ce prince et deux figures de fantaisie , l'one d'un vieillard , Tantre d'une vieille, faits par Thiéry VignoIIes, peintre à Nancy. — u Trois tableaux d'enlumineure sur parchemin vélin, n représentant les figures d'A* pollon^ de Bacchus et de Mercure , ouvrage de Pompée de Bouzey , peintre à Nancy. — Un grand tableau a auquel est peinte Thistoire du triumvirat , n acheté à M. de Cescaud , secrétaire du Roi. — Un tableau h auquel est peinte la Nativité de Notre Seigneur sur une lame d'argent, enrichi d'ébène à Tenlour, n acheté à la veuve de Jean Parmentier , de Nancy. — Deux autres tableaux représentant u l'embrasement de ta ville de Troye et le jugement de Midas ^ n achetés à la veuve de M. Bonnet, secrétaire des commandements. — Enfin, Jean de St.-Paul, peintre à Nancy, avait fait aussi, pour le comte de Vaudémont , un arbre de ligne de la maison de Salm. (Comptes de la Hutterift , trésorier et receveur général des finances du comte de Vaudémont, pour Tannée i6i5.)

En 1618, ie cardinal de Guise, ainsi que les ducs d'Epernon «et de Croy, étaient au Palais Ducal : on y refit à neuf la vieille galerie de bois allant du quartier de Ms** de Vaudémont au jardin ; on disposa un petit parterre à fleurs dans le jardin du bastion des Dames , et plusieurs travs\^x de menuiserie furent exécutés « au grand cabinet de Madame, sous la Galerie des Cerfs (1), » dans lequel on mît une grande armoire de chêne.

Suivant M. Noël (2), la galerie qui régnait sous celle des Cerfs, était, dans Torigine , c un vaste estaichier^ espèce d'écurie où Ton attachait les palefrois des personnes reçues à la cour. » Cette écurie recevait le jour par la galerie qui lui était contiguë , donnant sur la cour, et non par la rue, comme aujourd'hui, car, ainsi qu'on le voit sur la gravure deDeruet, des boutiques, ou plutôt des échoppes, gar- DÎssaient complètement toute la façade du Palais sur la Grande-Rue. Si la galerie dont il vient d'être parlé, et qui sert aujourd'hui de magasin à la ville, eut jamais la destination que lui attribue M. Noël , il est certain que cette destination était déjà changée en 1618. A Tavènement de Léopold, cette partie du Palais était occupée par les logements du portier, du concierge, et par des chambres pour les officiers de l'hôtel.

. En 1619, on répara les théâtres de la salle Neuve et de la •salle St.-Georges; on travailla, encore au cabinet de Madame, sous la Galerie des Cerfs, et le duc fit lambrisser une bibliothèque qu'il avait commandé lui être accommodée en son bâtiment neuf du Château. Le bâtiment dont il est ici parlé ,

(1) Comptes da CellerierpoaFl6i8.

(2) Lettre publiée dans le Patriote de la Metirtfœ,*àvi i9 juta

était situé du côté de la Carrière, prés du jeu de paume (1), et c'est dans sou iatérieur que se trouvait la salle Neuve peinte par Bellange.

On fit, en 1620, diverses réparations, dont la dépense s'éleva à 5,052 francs 5 gros 8 deniers, à l'occasion de la venue de Tarchiduc Léopold, de Tévèque de Verdun, des ducs de Croy , d'Angoulème, de Béthune , et de M. du Préau , ambassadeur de France.

Les comptes des années suivantes ne renferment aucune particularité qui mérite d'être mentionnée; on y voit seulement qu'en 1622, les Etals se tinrent dans la salle St.-Georges, et que les appartements occupés par le prince de Phalsbourg (1625) étaient placés vis-à-vis la rue St. -Michel.

En 1624, un combat à la barrière eut lieu dans la Grande salle Neuve, et l'on représenta une comédie dans Tantichambre de Madame; une loge fut construite au jardin, c pour resserrer les orangers, lauriers et genêts d'Espagne; » enfin, plusieurs artistes, parmi lesquels Rémond Constant , Chrétien Guenaire, Deruet et Nicolas Chuppin, furent employés à différents ouvrages de peinture, de peu d'importance.

L'année 1624, qui avait commencé par des fêtes, ne s'était pas écoulée qu'Henri II descendait dans la tombe , emportant les regrets de tout son peuple. Ce prince, à l'exemple de Charles III , s'était plu à embellir sa résidence (2) ; de même que son illustre prédécesseur , il avait attiré ,

(1) Od Pappelle quelquefois (1627) u le neuf quarlier regardant sur le tripot, n

(2) Les dépenses u pour bastimens, réfections et autres ouvrages fails an chasteau, n de 1609 a 162i, inclusivement, s'élevèrent à la somme de 60,908 francs un gros, non compris les parties de reconvreurs, briquiers, paveurs, de marchands de chaux et de sable, les achats de meubles et autres parties. Cette somme se répartit , par

par ses bienfaits , de nombreux artistes à sa cour : on y vit , outre les trois Drouin , les sculpteurs Jean Ricbîer , Didier Michel et Jean de Tremont; les architectes Nicolas La Hierre, Didier Desjardins et Jean de Tassy; les graveurs Alexandre Vallée et Démange Crocq; les fondeurs Antoine (i) et David Challigny; les peintres Thiéry Vignoles, Jean de St.-Paul , Claude Cheveneau, Pompey de Bouzey, Rémond Constant , Claude Deruet, et, enfin, l'immortel calcographe Callot (2), dont la gloire suffirait à Tillustration de sa patrie.

année, de la manière saivanle : 1609, i,572 fr. S g. 4 d. — 1610, 1,88S fr. 12 d. — 1611, 1,798 fr. 3 g. -t d. — (L'année 1612 manque.)— 1615, 5,855 fr. — 16U, 5,765 fr. lid. — 1615, 5,291 fr. 6 g. 6 d. — 1616, 5,152 fr. 11 g. — 1617, 5,412 fr. Jk g. 12 d. — 1618, 2,818 fr. 5 g. A d. — 1619, 3,265 fr. 3 g. 8 d. — 1620, 3,032 fr. 3 g. 8 d. — 1621, 6,389 fr. 7 g. 11 d. — 1622, 1,394 fr. 1 g. i d. — 1625, 5,251 fr. 13 d. — 1624, iOfiU fr. 5 g. i d. (Comptes da Cellerier de Nancy.)

(1) Je crois devoir reproduire ici deux mentions, qui, bien qn'étrangères à l'histoire du Palais Ducal, sont intéressantes à cause des artistes qu'elles concernent : u A Antoine Challigny, fondeur, 80 fr. pour un benoisiier avec sa chaîne et guepillon de cuivre, enrichis des ouvrages de relief, mis et attaché contre un des pilliers de la chapelle sépulcrale de feue S. A., pour jeter de l'eau bénite sur le caveau dans lequel son corps repose, n

(2) A Jacques Callot, tailleur de taille doulce en eau forte, 40 fr. pour avoir fourni deux planches de cuivre, et sur chacune dMcelles taillé une inscription latine faite et dressée par le sieur de La Ruelle, secrétaire d*état, contenant les an, jour et heure que le feu duc Henry 2*^ du nom est decedé, ensemble les ans, mois et jours qu'il a vécu et régné, avec un éloge à sa louange, Tune des dites planches de cuivre ayant été soudée contre le cercueil de plomb et l'autre clouée contre le cercueil de bois de feue S. A., pour servir de mémoire à la postérité. (Comptes du Trésorier général pour 1624.)

On trouve, dans les mêmes comptes, sous la date de 1626, la mention suivante : « A Jacques Callot, sculpteur en taille douce, 2,000 fr. que S. A., par effets de sa libéralité, lui a octroyé en don pour lui donner moyen de continuer sa demeure dans ses pays où il auroit esté arrcsté par feue S. A. n

im-im.

Puisque j*ai prononcé le nom de Callot, je dois peut-être, avant d'aller plus loin, dire quelques mots d'une œuvre exécutée par cet artiste , et qui, par le sujet qu'elle traite , se rattache intimement à l'histoire du Palais Ducal. Je veux parler de la vue du Parterre, dédiée à la Duchesse de Lorraine, et portant la date du 15 octobre 1625 (1). Cette gravure représente ce qu'on appelait le parterre d'en bas, et le jardin du bastion des Dames, communiquant l'un à l'autre par la magnifique rampe décorée de statues. On y voit que le premier parterre était séparé de la seconde cour du Palais par un mur à hauteur d'appui, et qu'on y arrivait par un large escalier, de quelques marches seulement. L'artiste a animé son paysage par une foule de personnages de toute espèce , et il l'a embelli en plaçant, à droite et à gauche, des bâtiments, pièces d'eau, bosquets, etc., qui n'ont jamais existé que dans son imagination. Il nous l'apprend, du reste, luimême, dans ces vers tracés au bas de son estampe, et adressés à la Duchesse :

(1) An haut de ceUe gravure sont les armes de Lorraine , supportées par UQ aigle éployé ; autour flotte une banderolle, sur laquelle oo Ut : Parteiirb dv palais de Nancy^ taillé en eav forte et dedi£ A MADAME LA DVGHESSE DE LORRAINE. L'aigle est posé sur Une autre banderolle portant ces mots, en plus petits caractères : Par lacque Callot son treshu: sert et sujett le 15 doct, 1625. Enfin, tout au bas de la gravure, à droite, on lit : lac, Callot excudit Nanceii, et au milieu : Israël Siluestre ex, cum priuil. Régis,

Ce dessein façonné des honneurs des printemps ^ Eniolivé d*oh%etz de divers passetemps; Cest nostre aage, Bladame, on les douceurs encloses Nous sont a niant de fleurs, ou Rosiers précieux Qui pousseront sans fin des doux-flairantes roses Dont Todeur aggréra aux hommes et aux Cieux.

En 1625, divers travaux furent exécutés c au quartier du neuf bâtiment, du côté de la Neuve Rue ; » on fit c tout à neuf un pont de pierre sur le bord des fossés de la ville, derrière la Court, là où était un vieil pont de bois ruiné; > on démonta c les trois maistres poteaux de la lanterne de rhorlog(*, trois croix de Bourgogne qui étafent entre deux, six espieux en haut avec six en bas, > etc.; et l'on mit de nouvelles pièces de bois de chêne à la place de celles qui étaient pourries; enfin , plusieurs ouvriers furent employés pour le service du duc, en l'hôtel de Salm, c pour la chambre qu'il avait ordonné y être faite pour mettre ses titres. »

Dans les derniers jours de l'année i62S, Charles IV, en faveur de qui le prince François venait d'abdiquer, fit son entrée dans sa capitale , après avoir passé sous un arc de triomphe qu'on lui avait dressé entre le Sorupt et Nancy, et dont Charles Chuppin avait peint les décorations (1). Les réjouissances commencèrent aussitôt à la cour du nouveau duc, où accoururent (1626) une foule de dames et de gen-

(i) On trouve, dans les comptes du Receveur du domaine de Nancy pour 1625, la mention d'une somme payée à plusieurs charpentiers, u pour la chapelle faite entre la ville et la maison de Solrup, le jour de rentrée de S. A. > — u  M^ Charles Chuppin, peintre, 80 fr. pour avoir peint ladite chapelle de rouge et parsemé les pilastres, piedestalles, corniches et dosnie an dessus d^alerions d'argent, croix de Lorraine, doubles C et couronne d'or.... n

tilshommes aussi avides de plaisirs que dlntrigues. Les premiers qui arrivèrent furent ie prince de Florence, M*"^ de la Valette, M. et M°^ deMarillac, le duc et la duchesse de Chevreuse. Charles IV les fêta tour à tour au château de Sorupt et dans son Palais , où Ton avait fait à la hâ(e diverses réparations (1).

L*année suivante , Tafllucnce de nobles étrangers fiiibien plus grande encore à la cour du duc de Lorraine : on y vit, en même te.ups, les ambassadeurs du pape, de l'électeur de Cologne, du roi d'Angleterre, de l'archiduc d*Aulriche, du duc de Mantoue , du prince de la Petite-Pierre , du comte Palatin , de la reine-mère de France, etc. Charles IV réso^ lut d'offrir à ces illustres hôtes un spectacle qui leur donnât une haute idée de sa magnificence. C'est à cet effet qu'eut lieu, au mois de février, dans la salle Neuve (2), la plus

(1) La dépense de ces réparatioDS s'éleva, ea 1626, à la somme de 5,485 fr. 8 g. 2 d.

(2) Oq a prétcodo qae le combat k ta barrière eot tiea daos la Ga- I erie des Cerfs, et que c'esl celle dernière qui est représentée dans deux des planches de Callot qui accompagnent le récit de ce combat. C'est là une erreur sur laquelle Tes notes suivantes ne peuvent laisser aucun doute : u A Drouin, sculpteur, cent francs pour reffecUonner une grande figure et asseurer Tautre qui est de part et d*autre de la cheminée de la grande salle du costé des Cordeliers. — A Claude Jean, cordier, 26 fr. 9 gros, pour avoir fourni du cordeau pour les chandeliers de la Neuve salle, pendant le combat de la barrière, — Â Claude Menginot, tourneur, 6 fr. 8 gros, pour huit grandes polies de bois k mettre contre la traverse de la Neuve salle pour pendre les huit grands chandeliers. >

Je me borne k ces mentions, auxquelles je pourrais en ajouter beaucoup d'antres. Toutes les notes que j'ai reproduites prouvent, jusqu'à la dernière évidence, qu'aucune représentation n'eut jamais lien dans la Galerie des Cerfs, mais dans la salle Neuve et dans la salle St.- Georges, qui étaient moins longues, mais plus larges que la Galerie, et, par conséquent, bien plus propres à recevoir des gradins pour les spectateurs, tout eu laissant une place suffisante aux acteurs.

vaste et la plus spleûdide du Palais, le fameux combat qui lut chanté par un poëte contemporain (1), et dont les machines furent peintes par Deruet et gravées par Callot (2). Le prince de Phalsbourg, M. de Macey, les sieurs de Vroncourt, Tillon et Marimont, M. de Coulonge, le duc de Calabre, le comte de Brionne, le prince Henri de Lorraine, le marquis de Moy et Charles IV lui-même , prirent part à ce combat , pour lequel on dépensa des sommes considérables (3).

Ces réjouissances furent troublées par un triste événement, qui fut comme le présage des malheurs qui allaient fondre sur la Lorraine : le feu prit tout-è-coup daiis la partie des bâtiments du Palais avoisinant la collégiale St.-Georges ; voici ce que raconte, à ce sujet, un témoin oculaire (4) : c L^incendie arrivé en ce tems-là à Nancy, dans le palais du

(1) Combat à la barrière, (aict en coar de Lorraine, le ié febvrier en Tannée présente 1627. Représenté par les Discours et Poésie du sieur Henry Hambert. Enrichy des figures du sieur Jacque Callot, et par luy mesme. Dédié à Madame la Duchesse de Cheuvreuse.

(2) Au sieur CaNot ta somme de cent fr. pour avoir fait toutes les graveures des machines servant au combat de barrière de S. A. — A Claude Desrné, peintre, mille fr. pour avoir peioct les machines de diverses inventions et desseings que S. A. a fait faire pour servir au combat a pied qu'elle fit faire au mois de février de cette année. (Comptes du Trésorier général pour i627.)

(3) Un chapitre des mêmes comptes est consacré à la u dépense extraordinaire faite en l'hôtel de S. A. n Celte dépense s'éleva à la somme de 57,736 fr. 3 gros 3 deniers.

{i) Les jiLstes et véritables Eloges de la Maison de Lorraine, par le R. P. Donat^ Tiercelin , confesseur du duc Charles IV. Ms. infolio, sur papier, écriture du XVIII^ siècle (bibliothèque publique d'Epinal, armoire 2, n^ 145). Ce volume appartenait à D. Calmel, qui y a joiut plusieurs notes marginales.

duc, fat bientôt estimé le pronostique de la funeste et grande guerre qui arriva depuis. Il arriva par le moyen d'une chandelle allumée et attachée à un petit cabinet de planches par le mari de la lavandière de la duchesse douairière. Tout le bâtiment neuf du duc de Yaudémont, le jeu de paume et autres parties du palais de la (1) de la Carrière, furent entièrement brûlés , les cloches de St Georges fondues, et on eut peine de sauver le trésor de l'État et celui de la Chambre des Comptes.

9 Le feu était si étendu et la flamme montait si haut , qu'elle rendait loin de la ville une très grande clarté, jusqu'au milieu de la nuit. Tous les habitans des villages voisins coururent pour le secours, mais les portes ne leur furent pas ouvertes, les gardes y furent doublées, les officiers de l'arsenal commandés de s'y rendre par la garde de l'artillerie et des poudres; les compagnies des bourgeois armées et mises ez principales avenues de la ville, tandis que les autres, avec les religieux du couvent , sauvaient ce qu'ils pouvaient de la furie du feu, travaillaient à l'éteindre et empêchaient qu'il ne poussât plus loin. Il en vola pourtant des flammes jusqu'au clocher de St Epvre, et comme elles commençaient à y faire dégât, on appréhenda pour toutes les rues voisines et même pour toute la Ville Vieille. Mais un laquais du marquis d'Ha-

raucourt monta en haut et fut assez heureux pour les éteindre.

9 Le duc était cependant dans la Carrière , en robe de chambre et entouré de gardes et de la noblesse qui était pour lors en cour , et toutes les princesses s'enfuyaient à pied à la

(1) Quoiqae le manuscrit que je viens de citer soit d'une très-bel (e écriture, il est évident qne plusieurs mois y ont été mai copiés , notamment celui que j'ai remplace par des points , et qui n'offre aucune espèce de sens.

Ville Neuve, et suivant le St Sacrement qu'on portait en procession par les rues, pour apaiser le Ciel. »

Plusieurs personnes furent blessées pendant ce désastre , entre autres le nommé Roch Lallement, jardinier de THôtel. On s'était empressé d'enlever les objets précieux qui se trouvaient dans les bâtiments voisins du théâtre de l'incendie : les tableaux de la galerie des Peintures furent transportés à la hâte dans les galetas de l'hôtel de Salm , puis conduits dans la maison de Deruet, sans doute pour que cet artiste y fit les restaurations dont ils avaient besoin; enfin, dans le but de parer à un accident du même genre , on fit remettre en état les seilles de cuir, les échelles et les haches qui étaient placées dans une des fourrières du Palais.

Toutes les parties de cet édifice, situées dans les environs du jeu de paume , furent plus ou moins endommagées, notamment les appartements du duc et de la duchesse, la galerie des Peintures et la salle des Assises (sans doute la salle St.- Georges), qui y communiquait; une petite salle joignant le Rond , fut brûlée , et les verrières de ce dernier brisées, le feu en ayant fait fondre le plomb.

Charles IV prit des mesures pour faire disparaître au plus tôt les traces de l'incendie; il affecta (1628) aux réparations les plus urgentes une somme de i ,275 francs, produit de la vente de 1,100 sacs de blé de la recette de Nancy. Claude Richier, maitre maçon, refit les corniches de pierre de taille qui étaient sur la galerie de la salle du côté du jardin; le verrier Jean Martin remit du plomb neuf à seize grandes croisées du Rond, lesquelles étaient toutes rompues; maitre Âulbin, briquier et blanchisseur, arrasa le dessus des murailles brûlées de la salle St.-Georges ; on refit à neuf < le bâtiment et hallage à mettre les orangers et autres arbres au derrière du château ; » Guillaume François et le sieur Dar-

demie, tous deux ingénieurs flamands , travaillaient , celui-ci à la réparation des fontaines; le premier, à < la structure d*une machine à retirer les eaux , érigée sous l'une des arcades de la galerie donnant sur le jardin ; » enfin , le peintre Nicolas Cliuppin peignait les plafonds de la sallette du duc et de celle de la duchesse et les enrichissait d'alérions, de croix de Lorraine, de Jérusalem et de filets d'or et d'argent (i).

Les travaux exécutés au Palais, à cette époque, le furent, sans doute, sous la direction d'un nommé Jacques Bugeau , maître maçon et architecte, demeurant à Nancy, à qui Charles IV avait fait faire « certains dessins des portes de la Ville Neuve. »

En 1629, on ressouda le plafond de la lanterne du Rond , on rabllla les cheminées au quartier des Ambassadeurs, et une somme de 300 francs fut payée à Georgin , maître maçon, < pour avoir démoli le premier étage de la galerie des Peintures, jusqu'au-dessus des croisées de ladite galerie ; un des deux derniers étages du neuf bâtiment qui regarde sur le jeu de paume, jusqu'au bas des barres de portes; les deux derniers étages du quartier là où logeait M^^ le duc ; avoir mis bas les galeries de pierres de taille qui étaient du côté du parterre, et mis la taille en provenant au-devant de la ga^ leria de Bellange. » Cette galerie est probablement la salle Neuve du quartier neuf, que cet artiste avait décorée, et à laquelle on avait donné son nom, ainsi qu'à la Galerie des Cerfs,

(1) La quittance de Nicolas Chappio porte qu'il a reço cent francs tt pour les deax planchers, les avoir peints en couleur brune obscure dorée et argentée tant en allerion que croix de Lorraine, Jérusalem et des fillets d'or et d'argent, iceux planchers a la sallelle de S. Â!^ aussi celle de Madame an dessus de la sallette de S. Â., avec les ventilions aussi peints en couleur brune et doré de fln or. w

qui est souvent appelée la salle des Cerfs de Bellangc (i). Quoique la peste commençât à sévir dans plusieurs villages de la Lorraine, et menaçât Nancy, les fêtes n'en conti-* nuaient pas moins à la cour de Charles IV, où se trouvait toujours M^ de Chevreuse. Il y eut , dans le courant de 1629, un nouveau combat à la barrière dans la Grande salle, un carrousel et un ballet , dont Claude Deruet fut encore chargé de peindre les machines.

L'année suivante, et à l'occasion de l'arrivée de Gasjlon d'Orléans , frère du Roi , de nouvelles et brillantes fêtes furent données au Palais. Etrange contraste avec la désolation qui régnait de toutes parts ! Des carrousels et des courses de bagues et à chevaux dessanglés eurent lieu sur la Carrière et dans la cour du Château, où l'on tira un feu d'artifice, qui avait été préparé par Gabriel Geoffroy, « faiseur de feux artificiels, > demeurant à Nancy. En même temps on continuait à réparer les bâtiments qui portaient encore les traces de l'incendie de 1627 : Nicolas Chuppin peignait c en brun rouge » les landrages, balustres et supports de la galerie que l'on avait faîte , allant du quartier du duc au jardin (S); Jean Martin, verrier de l'hôtel, posait des carreaux peints au

(1) On Yoil figarer, à celle époqae, à côté de Bellange^ Le Clerc (Jean), u chevalier de Sl.-Marc^ peintre de Ms^' ; ti Martin Colielli et Jean Capchon, peintres à Nancy; Claude Simonin, sculpteur à la Ville- Neuve ; Antoine Richard, peintre et doreur ; le graveur Jean Racle ; Jean Yaldor, a illumîneur et graveur en taille douce ; tt Tarchitecte Toussaint Marchai, qui dirigeait les travaux de u Tétang à truites h que le duc faisait construire dans le val St.-Barlhelémy, près de Champigneules ; enûn, le peintre verrier Jean Martin restaurait les vitraux du chœur des Cordeliers, et Callot gravait et faisait imprimer u les tables généalogiques de la maison de Lorraine, n

(2) Celle galerie avait 200 balustres qui avaient été faits par Claude Messirc, tourneur à Nancy.

cabinet de Son Altesse ; on faisait une fausse galerie de planches là où était la salle des Peintures , qui avait été brûlée ; enfin, des estrades furent dressées dans la selle St.-Georges pour la tenue des Etats, et des ventilions mis à la c salle où Ton tire des armes. >

En 4632 , un nommé Jean-Baptiste Landry, peintre, fut chargé d'entretenir les peintures de la galerie allant au jardin ; on remit, dans la bibliothèque du Château, les livres appartenant au duc, et qui avaient été transportés à Thôtel de Salm lors de l'incendie ; le sieur Jean-Baptiste (Battisa Andrei), peintre et concierge en l'hôtel de Malle , nettoya , réfectionna et remit en état toutes les peintures de la salle Meuve et de celle au-dessus. Diverses réparations furent faites à la galerie allant aux Cordeliers, au quartier de M. le Cardinal, dans la chambre des Suisses, et dans celle c où loge celui qui enseigne à danser les pages. »

En 1635, on couvrit à neuf la toiture de la carrière couverte, et Jean Cheveneau fit difierentes peintures au cabinet de Madame et à la salletle de Son Altesse (i), c à l'arrivée du Roi à Nancy. »

Pendant le temps dont je viens de parler, de graves événements politiques s'étaient accomplis : l'imprudence de Charles IV, autant que la haine de Richelieu contre ce prince, avaient attiré sur la Lorraine les armes de la France. Nancy était assiégé, et le duc , ne pouvant espérer conserver cette

(1) Payé 36 fr. à Jean Cbeveaeau , peintre demeuraot à NaDcy, pour avoir peint les portes, châssis des feneslres, aomaire^ lambry et traveare du cabinet de Madame , que Ton a fait joindanl un grand cabinet^ peinct les balustes et treillys de la galerie par où l'on y va. — Au même, u 2^ fr. pour avoir argenté six croisées pour mettre à la salle de S. George, la sallette de S. A. et en celle de Madame, à Tarrivée du roi à Nancy. (Comptes du Receveur du domaine de Nancy pour 1653.)

ville, à la défense de laquelle il n'avait point pourvu, signait le traité de Charmes et remettait pour quatre ans sa capitale entre les mains du Roi.

Louis XIII y fit son entrée solennelle , le 25 septembre 1655, accompagné de ses officiers de guerre et des principaux seigneurs de sa cour ; mais il ne voulut pas loger au Palais Ducal, ni même entrer dans la Ville-Vieille, « pour sûreté de sa personne. » Il descendit à la Ville-Neuve, dans la maison du sieur Rousselot, laquelle avait été disposée à la hâte pour le recevoir. Le Roi ne resta que trois ou quatre jours à Nancy, et quitta cette ville, avec la Reine, pour retourner à Paris, laissant le maréchal de la Force en Lorraine avec une armée de 20,000 hommes, et après avoir institué M. le duc de Brassac gouverneur de la capitale.

Quoique Charles IV eût conservé le droit d'y tenir sa cour, la douleur de n'en être plus le maître, l'empêcha d'y demeurer longtemps. Au bout de quelques semaines, il se retira à Mirecourt, puis, de là, à Besançon, abandonnant la conduite de ses Etats au Cardinal, son frère (19 janvier 1654). Les circonstances politiques forcèrent bientôt ce dernier à renoncer à sa dignité ecclésiastique, et il épousa, à Lunéville, la princesse Claude, seconde fille du duc Henri II. Ce mariage, qui contrariait les projets de Richelieu, était à peine accompli, que le maréchal de la Force crut devoir arrêter les nouveaux époux ; il les fit conduire sous sûre garde au Château de Nancy, ainsi que la duchesse Nicole et la princesse de Phalsbourg.

Le Palais Ducal avait bien changé de destination : ce n'était plus alors cette résidence princière où les prédécesseurs de Charles IV s'étaient vus entourés d'une cour aussi nombreuse que brillante ; comme au temps, de triste mémoire , où le duc de Bourgogne trônait dans la demeure de nos sou-

verains, ce Palais était maintenant garde par des soidats étrangers; un gouverneur nommé par la France, habitait ses salies d'honneur, tandis que les princes et les princesses de la maison de Lorraine étaient retenus prisonniers dans leurs appartements. Le duc Nicolas-François et son épouse résolurent de se soustraire à cette intolérable situation. La duchesse Claude parvint à sortir du Palais sous le costume d un page, la veille du i^' avril 1654, et, le lendemain, le duc s'échappa par uneporte donnant sur l'escalier du Rond, laquelle, depuis cinquante ans n'avait pas été ouverte. Peu de temps après^ la princesse de Phaisbourg fut assez heureuse pour pouvoir également s'évader du Palais, à l'aide d'un stratagème. Quant à la duchesse Nicole, elle demanda et obtint de se retirer à la cour de France.

Lorsqu'en 1641, Charles IV eut signé le traité de St.- Germaîn, que son peu de durée fit appeler la Petite-Paix, on avait espéré que ce prince pourrait rentrer dans sa capitale, et l'on avait même, pour célébrer son retour, préparé les dessins des arcs de triomphe sous lesquels il devait passer. C'est même à cette occasion (1) que Deruet grava la vue du Palais, que j'ai eu plus d'une fois occasion de ciler, et qui est, à coup sûr, la page la plus intéressante de l'histoire de ce monument (2).

(1) Voir ce qae dit k ce sujet M. Beaupré dans ses Recherches sur les commencements et les progrès de l' Imprimerie en Lorraine,

(2) Âa haut de la planche de Deruet, se voit une large draperie tombant des deux côtés, dans le milieu de laquelle est Técu de Lorraine, supporté par un aigle éployé posé sur une banderolle flottante qui porte ces trois mots : Le Palais Ducal. Au bas de la gravure, dans un cartouche, sont aussi les mots : A Son Altesse. Enfin , ajoute M^ Beaupré, au-dessus de cette planche, on lit, en caractères d'imprimerie , parfaitement semblables à ceux qui ont été employés

Dans le cours des vingt et une premières années qui suivirent roccupalion de Nancy par les troupes françaises, c'està-dire de 1653 à 1654, le Palais Ducal, privé de ses princes et de la brillante noblesse qui formait leur cour, ne se peupla plus de ces chefs-d'œuvre des arts dont se plaisaient à l'enrichir Charles lU et Henri II; c'est à peine si les intendants chargés de l'administration financière du pays , consacrèrent quelques sommes à la réparation des bâtiments qui menaçaient ruine, ou à l'entretien des toitures (1).

poar le texte du Triompfie de Charles IV (dont je parlerai pins Ioîd), trois stances évidemmeol composées poar entrer dans ce livre. En voici quelques vers :

Grand Prince c'est assez soubs un ciel étranger * Faire toujours d'un camp une demeure errante , Revenes, c'est assez loger Soubs le pavillon et la tente.

Il faut vous reposer de vos travaux guerriers A Tombrage de vos laurierst Ce superbe palais, ce pompeux logement , Où régnoienl la justice et la magnificence , Reprendra tout son ornement De l'éclat de votre présence.

(1) En 1635 , on pava le devant de la grande porte , on cimenta la tour du Trésor , et Ton mit des vitres neuves à la Galerie des Cerfs. — En 1655 , on fit quatre prisons au Palais. — En 16i0 , on répara les trois arcades sous la galerie de pierre du côté de l'Horloge , ainsi que la plupart des toitures , qui menaçaient ruine. — En 1641, on refit la m porte qui sort de la Court pour entrer dans la ruelle des Cordeliers ; n on raccommoda la couverture de enivre rouge qui était sur le Trésor , et on y posa u un couvre avec cyment deslrempé en Phuille ; n on refit la toiture n des douze assiettes de la galerie qui va au Rond; n enfin, on conduisit à Pont-à-Mousson la magnifique table d*argent qui ornait la Galerie des Cerfs. Dans les années suivantes, des réparations furent faites à la toiture de ceUe galerie et à celle du Trésor (1645); k la salle St.-Geor-

C'est en 1654 seulement qae les travaux recommencèrent, et que le Palais put se croire revenu aux temps de son ancienne splendeur. Des peintres, des sculpteurs, des doreurs, furent employés, sous la direction de Deruet, à décorer la c chambre principale, Talcôve y érigée et le cabinet joignant. » Ces appartements étaient ceux qu'occupait le maréchal de la Ferté Sennelerre, gouverneur de Lorraine, et on y déploya tant de magnificence, que sa chambre prit, dés cette époque, le nom de chambre doi'ée. Les dorures avaient été faites par Thiébaut Convelle, Jean Biaise, Jean Grégoire et Gaspard Colliquet (i) ; les peintures par Antoine Lhernette, Jean Callot, David Prot et Jean Bonnart (2); Charles Chassel avait

ges, aa pavillon où logeait le sieor Jean CalIot, concierge de Phôlel [iQii); an quartier des ambassadeurs, du côté du vivier (1645) , "et à la galerie de bois au-dessus de Torangerie du jardin (1646).

(1) A Thiébaull Convelle, maisfre doreur, et à Jean Biaise, son compagnon, 780 fr. pour u argenter avec argent fin tous les panneaux du lambris de la chambre de i'allecauve, comme aussy argenter et vernir en couleur d'or toutes les mollures et corniches baultes et basses qui s'y trouveront avec les portes des deux costés.... » — Aux mêmes et à Jean Grégoire, 560 fr. u pour les dorures, lambrissages et fournitures qu'il convenoit faire au cabinet auprès de la chambre principale du Gbasteau, en laquelle est érigée Tallecauve, jusquesau plat fond, n Plus, 500 fr. pour u des cadres en compartiment taillés tout à neuf audit plat fond pour mettre aux carreaux entre les poultres, tous taillés en feuillages et le tout doré en couleur d'or d'argent verny, avec une neuve ponltre pour faire la division desdits comparlimens, et neuf culs de lampes pour mectre a l'entour dudit cabinet, tout taillés en feuillages aussy dorés, u — À Gaspard Colliquet, maistre fourbisseur, 18 fr. 6 gros M pour avoir doré les boutons et attaches des vitres et la clef d'une des portes de la chambre de ladite allecauve. n

(2) A Antoine Lhernette, peintre, 200 fr. pour, entre autres choses, u avoir grisé le tour de la chambre de Ms'' le maréchal de dessous les tapisseries... Et pour les ventilions des deux croisées, avoir doré des filets partout où il s'est trouvé estre nécessaire, d'or de ducat, et ausst

sculpte, pour les cheminées, des figures de Venus et de Cupidon (i); Antoine Grata y avait posé des pavés de marbre , et de marqueterie (2); les menuisiers Antoine Roy et Claude Gerdolle avaient fait les lambris, qui étaient de sept pieds de haut et enrichis de c molures en forme de petit cadre dans chaque carreau. » Mais la majeure partie des ouvrages de peinture fut exécutée par Deruet, qui, sans compter une foule de figures de fantaisie, représenta, sur les panneaux,

toutes les fareilies tant desdils ventilions que les châssis des fenestres... An même 20 fr. m poar avoir peint et grisé la cheminée d'une grande chambre à rentrée de l'alcauve, proche la galerie qui va au jardin. » — A Jean Callot, héraut d'armes et concierge du château, 80 fr. u pour quelques ouvrages de peintures en détrempe et paysages au nombre de douze , qu'il a faits en une chambre voisine a celle qui est dorée, et servent d'embellissement à ladite chambre an dessus des tapisseries. Il — A David Prot^ Lhernelte et Jean Bonnart , peintres , 400 fr. « pour avoir fait et appliqué les fleurs et roses qui sont sur le lambris de la chambre principale du château , et verdi la porte de ladite chambre, n

(1) A Charles Chassel, sculpteur, 525 fr. pour u une Venus posée sur la cheminée de la chambre principale du palais dans une coquille avec deux pigeons au dessus et deux Cupîdons aux deux costés, le pied d'estal portant la coquille et les foudres aux deux costés, et doré entièrement le tout, n

(2) A Antoine Grata, maitre marbrier et sculpteur, 250 fr. u pour un pavé de marbre et marqueterie à faire à neuf au cabinet auprès de la chambre principale en laquelle est érigée Tailecauve. n — On voit, d'après le rapport fait par Claude Collignon et Claude Mayeur, maîtres sculpteurs, que les ouvrages à exécuter dans ce cabinet, consistaient à y u faire sept parquets, faire et poser le cintre avec leurs bordures de marbre et entrelas tant de marbre blanc que de noir, et outre ce deux bandes de marbre de couleur avec une ovalle au milieu de marbre blanc, n

c Tembrasement de Sodome, Tamour d'Adonis el Vénus, le Ravissement de la femme d'Hercule, > etc. (i)

On ne se borna pas à' ces travaux d*art ; des meubles, des tapisseries, des étoffes précieuses, achetés à grands frais, chez Humbert, Husson et Claude Charles, marchands à

(1) Voici les mémoires fournis par Deruel loi-même, écrits par lai et revèuis de sa signature. Ils m'ont semblé mériter d'être reproduits en entier et textuellement :

Il Mémoire dese que jay faiei pour la chambre de Monseigneur le Marechalle.

n Premier neuf tablau crotesque pour le plafon de Talcove. — Puis douze tablau crotesque représentant les douze moy. — Puis troy tablau crotesque de parte daotre de lalcove. — Puis quatre tablau crotesque sur de la toile el le reste du boy pain en crotesque tout alantour des tablau de boy de Sainct Lucie. — Puis deux tablau de crotesque sur de la toile au desus du lict. — Puis les renfondrement des deux croysée painte en crotesque haute et bas. — Puis les huict voiect des deux croysée pain en crotesque des deux qnoté. n

(I Mémoire du surplus des ouvrage que jay faict pour la diet chambre de lalcove.

n Premier un tablau dun chariot de la victoire pain en huile 15 pistol.

n Un autre tablau reppresentant lambrasement de Sodome pain en huile 7 pistol.

tf Un autre tableau de Tamour d'Adonis et Vénus pain en huile. 5 pistol.

n Un autre tablau sur un planché dun ravicement de ki famme dercul pain eh huile 4f pistol.

n Un autre article de troy petict tablau sur des pla fon représentant des figure marine sur cheminé painte en huile 5 pistol.

n Encor troy autre petict tablau sur des pla fon crotesque en coquilage pain en huile 2 pistol.

n Puis la frise encrotesque qui tome tout alantour de ladict chambre 5 pistol.

fi Puis les roset doré qui torne tout autour

n Puis deux tablau crotesque faict à la place de ceux de boy de S* Lusie.. 2 pistol.

n Puis sept peti tablau crotesque au chevé du lit. ...... 5 pistol.

Nancy, vinrent embellir les appartements du gouverneur français, qui cherchait à imiter la magnificence de nos ducs, mais qui, par sa dureté, faisait cruellement sentir aux Lorrains le poids de la domination étrangère. Je dois ajouter,toutefois, qu'il sembla se préoccuper beaucoup de l'entretien du Palais Ducal, car des travaux assez considérables y furent exécutés, presque chaque année, durant le cours de son administration. On répara successivement le manège de la carrière couverte, l'orangerie, la grosse tour où l'on mettait les meubles (1654), le grand bassin de pierre de taille du jardin (1655), et l'on refit à neuf la grande galerie de bois qui conduisait du Palais au Parterre (1660). Plusieurs peintres décorateurs, parmi lesquels Jean Biaise, dit La Poincte, Antoine Lhernette et Jean Ragache, furent employés à des ouvrages de leur art, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des appartements, et principalement dans la chambre Dorée.

1) Pais quatre pelr tablau Grotesque au pla fon de sur la cheminé • • » • 1 pislol.

f» Puis les painture des verier (probablement verrières). . . 1 pistol.

u Mémoire de 1 ouvrage que jay faict au cabinet de Monseigneur le Marechalle.

n Premier huict porte sieng painte (cinq peintes) des quoté et troy qui ne le sont que dun le tout font sinqnante deux panaux. — Puis douze pilastre qui en sont les séparation tout pain en crolesque et des plas de fruict. *— Plus un frise tout a lantour du cabinet sur de la toile que jay fourni ou il y a trente et une boutelle et des fleure de dan et trante deux crotesque a lantour. — Puis un grande large corniche qui torne tout alantour du cabinecl enrichie de meneu crotesque. — Plus le§ quatre vantilon pain des deux quoté qui font sezze panau en crotesque. — Puis ce que jay pain sur le vaire des vitre. — Puis pour le pla fon qui est composé de quatre grand parquet en chacun treze crotesque séparé et jay fourni les toile et les chacy. — Et ay fourni tous les roset doré aux nombre de trante quatre. — Pour tout ce que desur 50 pistol dor. n (Pièces justificatives des comptes de Nicolas Henry, receveur du domaine de Nancy, pour l'année 1654.)

En 1664, un nommé Marc Simonin, maître fourbisseur, ayant présenté requête à l'effet d'obtenir la place sur laquelle était ci-devant bâtie la boutique du fourbisseur de la cour, c faisant la première proche, la petite porte du Château, > cette place lui fut octroyée, à charge d'y faire construire à neuf une boutique et de l'entretenir à ses frais. Il ressort de cette note et d'une antre qui lui est antérieure, qu'à cette époque, une partie des échoppes adossées au Palais, le long de la Grande-Rue, et qui sont figurées sur la planche de Démet, étaient déjà ruinées. Ces échoppes étaient occupées par les ouvriers ou marchands plus spécialement attachés à la cour.

Au mois de septembre 1663, Charles IV, à qui le traité de Marsal avait rendu la jouissance de ses Etats, était rentré dans sa capitale Les Lorrains, aussi généreux que fidèles, oubliant les fautes de leur prince pour ne se souvenir que de ses malheurs, le reçurent avec de grands transports de joie. Charles en fut vivement touché, et parut, dès lors, ne plus vouloir songer qu'à vivre en paix et à rétablir ses finances, c Outre les divertissements de la chasse, il voulu^ encore faire revivre ceux des bals et des comédies, des mascarades et des carrousels, tant pour réjouir le peuple, lui faire oublier les maux passés et supporter plus patiemment les présents, pour les impôts dont il les surchargeait, que pour occuper les jeunes cavaliers dans l'exercice des armes, et récréer les dames, se mêlant lui-même, nonobstant son âge, à toutes ces galanteries avec plus d'adresse et de vigueur que pas un de sa cour ; et comme il remarqua que les dames de qualité n'étaient pas en grand nombre^ la plupart n'osant encore paraître à la cour, pour n'être pas bien remises des misères que la guerre leur avait causées, il permit aux petite» damoiselles de la ville de paraître au bal (i)... »

(1) Mémoires du marquis de Beauvau.

L'année suivante, et quoiqu'il touchât à ses soixante-trois ans, Charles épousa M""^ d'Apremont-Nanteuil, qui n'en avait que treize. Cette union, si disproportionnée, et dont le duc lui-même rougissait, se célébra, le soir, dans la chambre de Caillette, son argentier. Toutefois, Charles, par un reste de pudeur, n'osa pas loger sa nouvelle épouse au Palais; elle n'y venait que pour la nuit, habitant le jour la Malgrange. Mais, au bout de quelque temps, le duc, fatigué de cette contrainte, annonça publiquement son mariage, et la jeune duchesse vint s'installer à la Court, après avoir fait son entrée solennelle à Nancy, dans un superbe carrosse à six chevaux et au bruit du canon.

Pendant le court intervalle de paix et de tranquillité dont jouit la Lorraine (de 1663 à 1670), Charles IV fit faire quelques ouvrages au Palais : César Clérey (1664) et Jean Lhernette (1667) décorèrent de diverses peintures le cabinet du duc et l'alcôve de M»"* de Vaudémont; on répara les glacières des jardins (1666), les toitures de la salle St.-Georges, de l'orangerie (1667) et du Trésor (1668); enfin (1669), des travaux assez considérables furent exécutés dans les appartements du comte de Vaudémont (1).

Pendant l'hiver de 1668, la cour de Lorraine eut, comme autrefois, le spectacle de carrousels, de tournois à selle dessanglée, de bals, de ballets, de mascarades et de comédies. De nouvelles fêtes y furent données, en 1669, pour l'arrivée du prince de Vaudémont, qui venait d'épouser, à Bar, M**®

(1) Une somme de 3,421 fr. i gros est payée, par ordre de S. À., à plusieurs ouvriers qui ont travaillé dans l'appartement de Ms^ le comte de Vaudémont ; on y Yoit figurer Jean Larnet ou Lhernette , Claude Glerey et autres peintres , pour une somme de 970 fr.^ et Jean Grégoire > maître doreur, pour 490 fr.

d'Elbœuf (i). Au milieu de toutes ces réjouissances, Charles IV ne restait pas étranger aux événements politiques qui s'accomplissaient en Europe : au lieu de chercher à consolider la paix, dont son |)euple avait un si pressant besoin, il nouait des intrigues avec les ennemis du Roi et levait des troupes, sous prétexte de les mener au secours de Tempereur, mais, en réalité, pour les conduire aux Hollandais, qui étaient alors en guerre avec la France. Ses projets furent découverts, et le marquis de Fourille, mestre de camp général de la cavalerie, reçut ordre de se saisir de sa personne, et marcha en toute hâte sur Nancy. Mais le duc, ayant été prévenu pendant qu'il était au conseil, leva subitement la séance, et, feignant de se rendre à la chasse, a'enfuit à toutes brides sur la route des Vosges et alla chercher un asile dans le château de M"* des Pilliers.

Fourille, que ses guides avaient égaré dans la forêt de Haye, arriva au galop à Nancy, vers midi (le 26 août), espérant surprendre le duc à table. Il commença par se saisir de la porte Notre-Dame, investit le Palais, et fit occuper toutes les issues de la Ville-Neuve. Le régiment des dragons bleus de la Forêt se mit en bataille sur la Carrière. Les autre» places et les carrefours furent également remplis de troupes qui obligèrent les bourgeois à rentrer dans leurs maisons.

La jeune duchesse de Lorraine prenait alors les eaux à Pont-à-Mousson. Fourille, trouvant les portes du Palais fermées, fit crier à des personnes qui se tenaient sur le balcon de la salle des Cerfs, qu'on eut à les ouvrir ou qu'il les ferait enfoncer. En effet, il fit apporter des haches qu'on rangea devant la porte, en attendant la réponse des princesses de Vaudémont et de Lillebonne , qui étaient dans le Palais.

(1) Mémoires du marquis de Beauvau.

Un moment après , un officier étant venu lui dire que la porte du coté de la Carrière était ouverte, on Ty conduisit. Les princesses étaient presque vis-à-vis sur la galerie ; M"® de Lillebonne rentra précipitamment dans les appartements ; mais la princesse de Yaudémont, qui connaissait Fourille, lui reprocha vivement sa violence. Ce dernier entra néanmoins dans le Palais , qu'il fît fouiller partout et où il logea les chevaux de sa cavalerie. Les princesses demandèrent et obtinrent la permission d'en sortir pour se retirer à la Visitation. Mais on inspecta leur carosse et on maltraita leurs domestiques.

Quelques jours après (1®' septembre), le maréchal de Créqui arriva en Lorraine avec une armée de 26,000 hommes, et entra dans la capitale sans aucune résistance. Non content d'exercer des rigueurs contre les places de la province, qui étaient dans l'impossibilité de se défendre, il livra le Palais Ducal au pillage ; on en enleva tous les meubles, avec les titres et papiers tant du Trésor que de la Chambre des Comptes , lesquels furent chargés sur dix-huit chariots et conduits à Metz , ainsi que les canons et les armes qui se trouvaient à l'arsenal, y compris la grande coulevrine (i), de vingt-deux pieds de long, et qui passait pour la plus belle pièce de l'Europe. On enleva également le magnifique cheval de bronze destiné à supporter la statue de Charles III, et ce chef-d'œuvre de Chaligny fut mené comme en triomphe à

(1) D'après des renseignemeDts que j'ai jtoul liea de croire exacts, il paraît qne celte coulevriue n'existe plus, du moins qu'eu partie. Elle a servi, dit-on, au commencement de la première révolution, à des expériences pour l'artillerie , et a été successivement diminuée dans sa longueur , afin que l'on pût arriver à la solution de ce problème : à savoir si l'impulsion donnée au t)oulct par la poudre est plus forte dans une pièce longue que dans une courte.

Paris, au mois de mai 1671 . Le maréchal de Créqui alla plus loin encore : < Afin de joindre le mépris de la po^sonae du duc à tant d'outrages, il voulut même loger dans sa chambre et coucher dans son propre lit (1).... »

Deux ans après (1673), Louis XIV, se rendant en Alsace, dont il voulait réduire quelques places, s'arrêta à Nancy et logea au Palais Ducal, c lequel, dit M. de Beauvau, contint si commodément toute la Cour du Roy et de la Reyne, que leurs majeslez avoiierent que le Louvre n'étoit pas plus habilable (2). »

Charles lY ne rentra plus dans ce Palais, qu'avaient habité ses prédécesseurs, et où les ducs de Lorraine s'étaient vus remplacés par les Rois de France et par leurs gouverneurs. Ce prince, qui avait tout sacrifié à sa passion de la guerre, avait trouvé la mort dans un camp, le 16 septembre 1675, laissant ses Etats et sa capitale sous une domination étrangère. Son règne, si malheureiDc pour notre pays, aurait dû être cependant une de ses plus brillantes époques de gloire , car

(1) Voir les Mémoires du Marquis de Beanvan » et tons nos historiens. — M. de Beaavau dit, en parlant du cheval de hronze , u qu'il lui fut plus fait d^honneur à son arrivée à Paris , que les tîrecs n'en rendirent jamais à celny de Troye , le Roy ordonnant luy-même qu'on l'allàt recevoir avec trompettes sonnantes, et qu'on le plaçât solennellement sous Tare de Triomphe qui a esté construit à l'entrée du FauK- Boùrg S. Antoine, pour mémoire de celle (l'arrivée) de la Reyne Régnante , en Tannée de son Mariage ; ce qui toute-fois n'eut point d'effet , s'élant encore trouvé trop petit pour la haute élévation du portique.... n

(2) Durival {Introduction à la description de la Lorraine et du Barrois) dit que Louis XIV appelait le Palais Ducal « une graude , vieille, commode maison. «>

il vit naître ou grandir une foule d*artistcs dont quelques-uns, comme Claude Gelée , ont rendu immortels et leur nom et celui de leur patrie (1).

(1) Oq doit citer, parmi ces artistes, Loais Berman, élève de Claude Gelée ; Charles Mélia , F. Legraod , Jean-Georges Gérard d'Ëpinal , Nicolas JaqaÎQ , César Bagard , Charles-François Hardi, Jean-Baptiste Collignon , Claude et François Spierre , Charles Chéron , Jean Bérain , Crocq, Racle et Vautrin, tous peintres, dessinateurs, sculpteurs ou graveurs, qui acquirent une brillante réputation.

Pendant que Charles Y essayait de se consoler de la privation de ses Etats , en remportant , presque chaque jour, à la tête des armées impériales, des victoires que Fhabile pinceau de Charles Herbel reproduisait aussitôt sur la toile (i), la Lorraine continuait à être occupée par les troupes françaises, et le Palais de nos ducs à servir de résidence aux gouverneurs de la province.

Dans la période de vingt-deux années qui s'écoulèrent depuis Tavénement du successeur de Charles IV jusqu'à la paix de Ris^ick , qui rendit le trône à Léopold , je n'ai trouvé , dans nos historiens , aucune particularité relative à

(i) Charles Herbel , héraut d'armes de Lorraine , né k Nancy en i656, suivait Charles Y et peignait ses batailles. Dix-huit des toiles d'Herbel furent exposées pour la première fois lors de l'entrée de Léopold et de son épouse à Nancy (10 novembre 1698). Léopold , dit Durival, rassembla depuis d'habiles maîtres pour refaire en grand les tableaux des batailles de Charles V , u et c'est d'après les originaux que les GobelinSy envoyés par Louis XIV, firent^ dans la ville de Nancy, ces admirables tapisseries qui font aujourd'hui l'ornement du palais impérial à Vienne, n Je n'oserais pas contredire les assertions de l'exact et savant auteur de la Description de la Lorraine , mais je dois dire qu'il ressort d'une foule de notes puisées dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier général de Léopold , que les tableaux d'Herbel furent copiés en grand par du Rup , Slartin^ Guyon et Jacquard, et reproduits en tapisserie par un nommé Charles Mitté, tt tapissier ordinaire de S. À. R. n Guyon faisait u les ciels, lointains, arbres, plantes et terrasses n de ces tableaux.

— iU —

rhistoire du Palais Ducal ; quaut aux regislres dans lesquels il aurait été possible de puiser quelques renseignements à cet égard, il n*en existe point pour cette époque : on dirait, au silence des écrivains, à Tabsence de tout document, que la Lorraine a cessé de compter parmi les nations.

Toutefois, il semble assez probable que ce fut, soit dans cet intervalle, soit dans les derniers temps que Charles IV passa dans sa capitale , que la salle Neuve fut transformée

en un théâtre , qu'on appelait la salle des comédies ou des comédiens de la cour. En 1683 et 1684, les rhétoriciens et les humanistes du collège de Nancy y donnèrent plusieurs représentations, et y jouèrent, notamment, c une action théâtrale de Saint Alexis >, à laquelle assista M. de Bissy, évéque de Toul (1).,

Enfin, le 17 août 1798, Léopold rentra dans sa capitale, et quelques mois après (10 novembre) , y ramena la princesse Elisabeth-Charlotte d'Orléans, qu'il venait d'épouser à Bar. Parmi les fêles qu'on offrit au duc à son arrivée , il y eut (le 28 août) , dans la Grande salle de la Cour, la représentation d'un drame en trois actes, par les élèves du collège des Jésuites de Nancy (2).

Serait-ce aussi à l'occasion de l'arrivée de Léopold , que fut dressé le plan du Palais, qui accompagne les Essais sur la ville de Nancy ? c'est ce que j'ignore ; mais je crois cependant devoir dire ici quelques mots de ce curieux monument , moins remarquable que la gravure de Deruet , dont j'ai précédemment parlé , mais plus instructif, peut-être, à

(1) Voir mes Etudes sur le l^héâtre en Lorraine et sur Pierre Gringore , iasérées dans les Mémoires de la Société des Sciences , Lettres et Arts de Nancy , année 1848.

(2) Etudes sur le Théâtre en Lorraine , etc.

cause des détails qui y sont indiqués et de la légende qui raccompagne (i).

Ce plan y que je ne puis malheureusement reproduire , donne la distribution du Palais au rez-de-chaussée. La galerie attenant à la Porterie et régnant sous la salle des Cerfs, renfermait le logement du portier, des chambres pour les officiers de Thôtel, et le logement du concierge^ ou plutôt d'un des concierges , à côté duquel, prés de l'escalier de la tour de THorloge, étaient les fours. Dans le prolongement du corps-de-logis donnant sur la Grande-Rue , et à peu près depuis la porte actuelle de la Gendarmerie jusqu'à l'église des Cordeliers , étaient les cuisines et offices du prince de Lillebonne, lesquelles se continuaient dans une partie des bâtimens longeant l'église, et venaient aboutir au bâtiment du balayeur, à de nouvelles chambres pour les officiers de l'hôtel et aux cuisines et offices du duc. Ces dernières occupaient en outre tout le rez-de-chaussée du corps de logis qui , partant de l'escalier de l'Horloge , rejoignait les constructions faisant face à la Galerie des Cerfs ; il formait un des côtés de la grande cour du Palais. Derrière les cuisines était une petite cour de forme irrégulière, où se trouvait un réservoir pour le poisson. Le côté de la grande cour, opposé à celui dont il vient d'éire fait mention , renfermait la Chambre des Comptes , brûlée en 1627, et un corps-de-garde conligu au Rond. Derrière celui-ci étaient encore , dans le corps de logis donnant à la fois sur la cour et sur le jardin, des chambres pour les officiers, un passage ouvrant issue sur le parterre , et le logement du contrôleur de l'hôtel. Le jeu de

(2) Cette légende est postérieure aa plan , car il y est déjà parlé de la bibliothèque publique, qui, comme je le dirai plus loin , ne fat établie dans la Galerie des Cerfs qu'en 17£»i.

paume était dans le prolongement de ce corps-de-logis , derrière St.-Georges , et se terminait par une galerie ayant vue sur la Carrière.

Les deux ailes des bâtiments qui encadraient le parterre, renfermaient , à gauche, les offices et cuisines du comte de Yaudémont , le logement du concierge , lequel avoisinait la tour du Trésor des Chartes et les douze loges ou latrines, le long du mur de la ruelle qui séparait le Palais des Cordeliers ; à droite du parterre étaient Torangerie , les remises pour les carrosses et la manufacture des tapisseries de la Couronne. C'est remplaceddent qu'occupe aujourd'hui Thôtel de la Préfecture.

Léopold et son épouse passèrent presque toute Tannée 1C99 à Paris; on fit néanmoins des travaux au château de la Cour y car c'est ainsi qu'on appelait alors le Palais , pour plus de 6,000 francs. Une partie de celle somme, dont l'emploi n'est que sommairement indiqué, fut affectée peut-être à la décoration du théâtre, où jouaient les comédiens que Léopold entretenait à grands frais à sa cour (1). On verra tout à l'heure que celte salle avait un amphithéâtre, un parterre et des loges pour les spectateurs (2). Les rhétoriciens

(1) Les comptes du Trésorier général pour 1699 , font mention d'ane somme de 50^722 fr. 2 gros 8 deniers , monnaie de Lorraine , ou 45,166 livres 15 sols i deniers , payée aux comédiens pour neuf mois de celle année. Celle dépense forme un chapilre spécial inlitulé : Il Dépenses en deniers pour les comédiens, n

(2) Les dispositions intérieures de celte salle sont parfaitement indiquées dans un plan manuscrit du Palais Ducal , qui se trouve à la Bibibliolhèque de Nancy, et qui, h en juger par les parties de rédifîce qui y sont figurées comme encore existantes ou comme détruites, doil avoir été dressé de 1705 à 17i5. On y voit que le théâtre de salle Neuve était placé du côté de la Galerie des Cerfs , dont cette salle était sépa-^ rée par deux pièces, une desquelles était destinée, sans doute, à recevoir

— larda collège des Jésuites y jouèrent, en 4700, deux tragédies : Celse et Marthésiey première reine des Amazones.

Ainsi qu'on peut en juger par une relation qui nous en a été conservée (i), des fêtes nombreuses et brillantes eurent lieu à la cour pendant le carnaval de 1702 ; ce ne fut c qu'une suite continuelle et qu'un enchaînement agréable de plaisirs. Le carnaval y commença la veille des Roys. Ce jour-là il y eut un souper des plus magnifiques, auquel Leurs Altesses Royales firent l'honneur d'admettre quarante dames et quarante cavaliers.... Il y eut un roy et une reyne avec tous les grands et bas officiers de leur cour. Chaque cavalier eut sa dame, et chacun fit les fonctions de la charge qui lui était échue. S. A. R. (Léopold) y fut le grand-maitre des cérémonies*

les machines dont on se serYail lors des ballets ou des représentations dramatiqnes.

Le plan dont je viens de parler représente le Palais au premier étage ; il lui manque malheureusement une légende qui fasse connaître la destination des divers appartements ; quelques parties seulement , comme la Galerie des Cordeliers on Passage, les cuisines du commun^ une des cours de service , sont indiquées par ces mots écrits sur l'emplacement qu'ils occupaient. On y voit très-distinctement que le Rond communiquait d'un côté aux appartements du duc , situés dans le corps de logis formant la face de la cour parallèle à la Galerie des Cerfs, et de l'autre à la salle St.-Gcorges ; sa rampe, dont la pente était si douce que les voitures pouvaient y monter, était bien certainement l'escalier d'honneur du Palais.

Je dois ajouter, à propos du Rond, qu'il figure, ainsi que les statues de la rampe du parterre, sur le plan de Nancy, dressé en 1611. Mais le dessin n'en étant d'une exactitude rigoureuse , ni sur ce plan ni sur les autres dont j'ai parlé, il est difficile d'assigner une date précise ou même approximative à la construction de cette partie si intéressante du Palais Ducal.

(1) Relation envoyée à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince Charles de Lorraine , Evéque d'Osnabrug , touchant les plaisirs de la Cour de Lorraine pendant le Carnaval.

» Huit jours après, on tira le roy noir de la manière qu'on avoit.tiré le roy blanc... Depuis ce temps-là, il y a eu tous les jours appartements ou comédie ; les dimanches et les jeudis on a eu régulièrement le plaisir de l'opéra et celuy du bal. L'opéra qu'on y a représenté est intitulé les Fêtes de la Malgrange.... Les filles d'honneur, les dames et gentils^ hommes de la cour , avec ceux de l'Académie , étaient les acteurs et les actrices de cet opéra, où M"® de Bassompierre, âgée seulement de six à sept ans, y dança d'une manière à

charmer tout le monde....

> M. le prince François étant parti pour Cologne, S. A. R. donna le divertissement de la chasse au chevreuil à plusieurs gentilshommes étrangers. A son retour , on joua l'opéra : il y eut une si grande foule de monde, que les loges, Vamphithéâtre et le parterre furent remplis....

» Le 22 (février), les PP. Jésuites firent représenter une tragédie par leurs écoliers sur le théâtre de la Cour, dont Leurs Altesses Royales furent si satisfaites , qu'elles la firent encore jouer le 24,...

» Une ancienne coutume qui est à Nancy, fit naître de nouveaux plaisirs le premier dimanche du carême. Ce jour-là, tous les nouveaux mariés de l'année sont obligez, de quelque qualité qu'ils soient, d'aller au bois faire des fagots, et d'en apporter chacun un au milieu de la grande place de la Ville- Neuve. Ainsi, ceux de cette année.... allèrent au bois quérir leurs fagots les uns à cheval et les autres à pied , suivant leur condition ou leur pouvoir. Sur les trois heures après midy, ils rentrèrent dans la ville au son des haut-bois et des violons , qui marchoient à leur tête , et vinrent en bel ordre droit au Louvre , où Leurs Altesses Royales se divertirent

une demy-heure à les voir passer dans la cour du Palais (i), et à examiner les contenances des uns et des autres, pendant qu'on voyoit en plusieurs endroits couler des fontaines de vin pour tous ceux qui vouloient en boire. Ce spectacle donna assez d'occasion de rire, et.... ce fut parmi ces plaisanteries que cette troupe de nouveaux mariés sortit de la Cour pour aller porter à la Ville-Neuve le tribut qu'elle devoît. Ils firent trois tours dans la grande place pour chacun jeter son fagot en un tas pour en dresser un bûcher.... >

La capitale de la Lorraine commençait à renaître ; elle

(1) Il On jetait , ajoute Lionnois , des cornets de papier remplis de pois grillés avec du beurre et du sel (le peuple les nomme encore pois dépechis (pois épicés)^ lesquels, en remplissant la cour, faisaient tomber la plupart des danseurs , et occasionnaient des éclats de rire. Sur le soir, les nouveaux mariés allaient en procession (la procession des féchenates ou des petits fagots) au milieu de la place de la Ville Neuve, où, après avoir fait plusieurs tours en dansant, chacun jetait son fagot en tas, et on en dressait un bûcher pendant que la danse se continuait au son des violons. Vers les sept heures , toute la Cour se rendait à raôtel-de-Ville , où était préparé un magnifique souper pendant lequel chacun dansait au son de divers instruments. Après le souper et un feu d'artifice, on mettait le feu au bûcher et on tirait an sort, devant le prince, les Valentins et les Valentines» On les proclamait sur le balcon de PHôtel-de-Ville, ce qui se répétait dans toutes les rues. Les jours suivants , les Yalenlins envoyaient à leurs Valentines de riches présents et de beaux bouquets avec lesquels elles paraissaient à la toilette de la duchesse. On allumait un feu de paille , le dimanche suivant, devant la maison de ceux qui avaient manqué à cette attention ; ce qui s'appelait les brûler. Telle est Torigine des Brandons en Lorraine, qui, selon rinlention du prince, étaient suivis de mariages convenables, mais qui, par l'abus qu'en a fait le peuple, ont été justement proscrits, n

Je dois ajouter qu'une cérémonie , d'une toute autre nature, avait lieu, chaque année, le jour du SainlrSacrement, dans la cour du Palais ; le duc y faisait dresser un reposoir à ses frais , et la procession de la ville venait y faire une station.

pouTait se croire revenue à l'époque, si heureuse etsi brillante pour elle, des règnes de Charles III et d'Henri II ; Léopold aussi ami des arts que ces deux princes, venait même d'y établir une Académie de peinture et de sculpture ; mais elle ne devait pas jouir longtemps de cette prospérité. A là suite de la prise de Landau par l'armée Impériale, Louis XIY^ craignant qye Nancy n'ouvrît aux ennemis l'entrée du royaume, fît annoncer au duc qu'il était dans l'intention de le faire occuper par des troupes. Léopold, ne pouvant résister, fut obligé de céder ; mais il ne voulut pas continuer à résider dans sa capitale. Il se retira à Luné ville, où il fit élever, sous la direction du célèbre Boffrand, le superbe château qui servît de résidence à ses successeurs, et qu'il habita presque continuellement lui-même jusqu'à la paix d^Utrecht.

Le Palais Ducal se ressentit vivement de l'absence de la cour : dès 1705 , on en démolit le jeu de paume , dont les carreaux de pierre de taille , au nombre de 1,178, furent enlevés par les soldats du régiment des gardes, et conduits à Lunéville pour servir au jeu de paume que Léopold y faisait construire (1).

Cependant le Château' de, la Cour ou le Louvre, comme on disait alors, ne fut pas abandonné : en 1707, diverses réparations furent faites aux chambres du gouverneur, M. de Blainvillle; à celle des Hayduc, à la prison et aux appartements de M. de Carlinford, chef des conseils du duc et son grand-maitre d'hôtel. La même année, on commença à élever entre le Palais et la Citadelle, près du rempart, la salle d'Opéra (2) , sur les dessins de Bibiena , de Bologne, qui en

(1) Celte démolition conlinoa en 1706 , ainsi que l'atteste le compte du Trésorier général pour ceUe année.

(2) Suivant Lionnois, elle fat achevée en 1709, et S. Â. R. Madame

conduisit les ouvrages ; Claude Charles et Provençal furent chargés de la décorer de peintures (i).

Pendant le cruel hiver de 1709, les travaux demeurèrent suspendus , aussi bien dans la salie d*Opéra qu'au Palais ; mais ce dernier fut, à cette époque, le théâtre d'un événe- Ihent, qui, quoique peu important en lui-même, fit cependant grand bruit à cette époque , à la ville et à la cour. Nos historiens n'ont pas dédaigné de nous en conserver le souvenir, et il a fait le sujet d'un charmant morceau de poésie (2), qui suffirait seul pour le rendre à jamais populaire.

À côté de la Porterie est une petite porte que , du temps de Léopold, on appelait MascOy du nom de l'ours qui avait sa huche sous la galerie voisine, c Pendant l'hiver de 1709, dit

Lionnois, un petit Savoyard, mourant de froid dans la grange

vint de Laoéville à Nancy, le 9 novembre , pour en Toir jouer toates les machines, m Cette charmante salle, une des plos belles de TEarope, éprouva, dit Dorival, d'étranges métamorphoses. En 1758, on enleva ime partie de ses décorations (les Joges et la face du théâtre) pour orner la salle de comédie de Lnnéville. Elle servit dé .magasins aux entrepreneurs des vivres pendant la guerre de 1741. En 17^9, on en fit une salle de comédie (qui, ajoute Lionnois, coûta beaucoup à la ville ; on y joua pour la première fois le 8 février 1750) ; mais le Roi de Pologne en ayant fait construire une magnifique sur la place Royale, remplacement de TOpéra fat converti en un corps de casernes , appelé le quartier Neuf, pour y loger de Tinfanterie. En 1763 , THôtel-de- Vilie fit prolonger ces casernes , et construire auprès un petit pavillon pour douze officiers , do côté de la Citadelle, n

(i) Les décors destinés k figurer sur le théâtre de la salle d'Opéra , forent peints, au moins en partie , par Titalien Jacomo Bariili, vulgairement appelé Baril. Une sonune lui est payéei en 1710, pour une de" coration faite à la salle des machines.

(2) Le Savoyard et VOurs, anecdote lorraine, par M. de Gaumont, insérée dans le Précis des travaux de la Société royale des Sciences, Lettres, Arts et Agriculture de Nancy, pendant les années 1816, 1817 et 1818.

OÙ une bonnejtfemme le couchait avec quelques-uns de ses camarades, s'avisa d'entrer, un soir, dans la huche de Masco, ne pensant pas au danger qu'il pouvait courir, en se livrant à la merci de l'hôte qui l'occupait. Masco, bien loin de faire aucun mal à cet enfant, pour le réchauffer, le prit entre ses pattes et le serra prés de sa poitrine jusqu'au lendemain malin ^ qu'il lui laissa la liberté d'aller courir par la ville. Le Savoyard retourna le soir à la huche, et fut reçu avec la même affection. Les jours suivants , il n'eut pas d'autre retraite ; mais il fut bien plus joyeux de voir que l'ours lui avait réservé une partie de sa portion. Plusieurs jours se passèrent sans qu'on s'aperçût de rien. Un soir que le valet vint appoiler le souper de son maître plus tard qu'à l'ordinaire, il fut fort étonné de voir l'animal rouler des yeux furieux et lui indiquer de faire moins de bruit de peur d'éveiller un enfant qu'il tenait sur sa poitrine. L'ours, fort glouton d'ordinaire, ne parut aucunement touché des mets qu'on lui présentait. La nouvelle s'en répandit à la cour, et parvint aussitôt aux oreilles de Léopold, qui voulut être témoin, avec une partie de ses courtisans, de l'acte de générosité de Masco. Plusieurs y passèrent la nuit, et virent avec surprise que l'ours ne remua pas tant que son hôte put dormir. Au point du jour, l'enfant, éveillé , fut tout honteux de se voir découvert, et, craignant d'être puni de sa témérité, il demandait pardon. Masco le caressait et l'engageait à manger ce qu'on lui avait apporté la vieille ; ce qu'il fît sur l'invitation des spectateurs, qui le conduisirent ensuite au prince. Ayant appris cette singulière alliance, et le temps qu'elle avait duré, Léopold prit soin de ce petit Savoyard, qui, sans doute, aurait fait fortune si la mort ne l'eût enlevé peu de temps après. » On ajoute que l'ours, privé de son. cher compagnon, mourut bientôt lui-même.

Les troupes françaises ayant évacué la Lorraine et Nancy, Léopold, qui venait de recevoir pour ia seconde fois Stanislas à sa cour (i) , put enfin rentrer dans sa capitale. II y arriva^ le 25 novembre i7i4, accompagné de ses deux fils, les princes Clément et François. Dès Tannée précédente^ on avait «fait de grands préparatifs au Palais Ducal pour les recevoir : des réparations avaient été exécutées, sous la surveillance de M. Cléret , directeur et contrôleur général des bâtiments de S. A. R., aux fontaines et aux jardins du bastion des Dames , au dôme et à la tour du Trésor des Chartes , à l'appartement de M. de Carlinford, à la salle aux gardes des chevaulégers, à la salle des Suisses, à la galerie allant aux dotire (loges), aux chambres du Grand Lit et du Dais, à celles des poupons et du marquis de Blainville ; une pépinière difs avait été plantée dans le bastion de la Citadelle , et on avait porté à la salIê d*Opéra les décorations qui se trouvaient dans lés appartements du duc.

En 1714, des travaux plus considérables, et dont la dépense totale s'éleva à la somme de 23,819 livres 10 sols ^ deniers, furent faits, sous la direction de Tarchîtecte Sébastien Demangeot, et par Joseph Duc, entrepreneur, « pour le rétablissement du Château de Nancy. » On travailla, notamment, dans la chambre Dorée^ dans celle du Dais, du confesseur et des filles d'honneur ; dans les appartements du prince de Vaudémont, de M. et de M"® de Craon, de M°*® de BeauvaU, de M. et de M"® de Fontenoy, du prince François, du prince Charles, de M. de Vidampierre, de M. Bagard, médecin de S. A. R. ; du prince Camille, du prince d'Harcourt, de M. Tabbé de Lorraine, de M"* Duha îloy, enfin dans ceux de

(1) Stanislas, dit Durival, avail visUé la cour de Lorraine eu 1700^ a'vaut son élection an trône de Pologne.

l'Electear de Bavière , de la Reine et du Roi d'Angleterre , lequel, sous le ncm de chevalier de St .-Georges, avait trouvé la plus généreuse hospitalité à la cour de Léopold. La chambre du duc fut repavée de carreaux de marbre noir par

Nicolas le Chien, et le peintre Jean Ragache y fit quelques

ouvrages de peinture en blanc. On démolit une partie de latour (peut-être le Rond) près de la salle des Peintures ; et on rétablit le jardin du bastion vert et les fontaines et jets d^eau du parterre. Ces derniers travaux furent faits sous la surveillance de M. Deshours , c directeur des fontaines et jardins de S. A. R. »

n semble résulter d'une note consignée dans les registres du Trésorier général , que la Chambre des Comptes n'était plus , à cette époque , dans le Palais Ducal. Elle avait déjà , sans doute, été transférée, avec les autres juridictions, dans le palais commlm, connu sous le nom d'Hôtel-de-Ville, sur la grande place (actuellement Mengîn) de la Ville-Neuve (i).

En 4715, Léopold fit faire un second étage à la partie du Palais touchant aux Cordeliers et faisant face à la Grande- Rue. Ce nouveau bâtiment était destiné au logement des princes (2). Afin d'établir, à l'intérieur, des appartements

(1) LioDDois dit que la translation de la Chambre des Comptes à rHôtel-de-Ville , eut lien lorsqae Léopold fit constraire le noayeaii Louvre sur la Carrière, c'est-à-dire en 1717. m La Chambre des Comptes resta k i'Hôiel-de -Ville jusqu'en 1751 , qu'elle alla occuper, avec les autres tribunaux de justice , le palais commun que Stanislas venait d'établir dans l'hôtel de Craon, sur la Carrière, et le Trésor des Chartes , dont cette compagnie souveraine était dépositaire et gardienne , fut placé à l'hôtel de Salm. i? Il est probable que le Trésor des Charles était resté dans le Palais Ducal jusqu'en 1751. En 1773 , il fut transféré, avec la Chambre des Comptes , dans l'hôtel de la Monnaie, où il est encore aujourd'hui.

(2) Les mémoires des dépenses faites pour ces constructions portent

habitables, il fallut détruire le plafond de la salle Neuve que Charles m avait fait si splendidement décorer, et qui était ' depuis longtemps transformée en théâtre (1) ; et on remplaça par des carreaux modernes les vieux losanges des croisées. Cette déplorable mutilation , prélude de celles, plus considérables encore, que le Palais Ducal allait bientôt avoir à subir, fit perdre à la façade de cet édifice son ancienne régularité , et elle n'offrit plus dès lors le type pur d'une époque, mais le mélange informe et disgracieux de différents styles d'architecture (2). Les ouvrages de maçonnerie furent exécutés par Joseph Duc, ceux de charpenterie par Nicolas Regnauld et consors, et les peintures par Jean Ragache, Gergonne. Boulanger et du Croq. On travailla encore, cette année, aux fontaines et aux jardins, et on mit, dans ces derniers , des orangers achetés à des marchands de Gènes. Une représentation eut lieu , devant l'Electeur de Bavière , à la salle d'Opéra , où l'on fit jouer les machines que venait de confectionner le nommé Thomas (de Ste-Marie-aux-Mines)^ € ingénieur et machiniste en chef » de la cour.

En 1717, Léopold , trouvant que le Palais, ce Palais qu'avaient pourtant habité ses prédécesseurs , et où Louis XIV s'était trouvé aussi commodément qu'au Louvre I avait une forme trop irrégulière , résolut de le faire démolir en

tous ces mots : n Nouveau bâtiment destiaé pour le logement de Messeigoears les Princes, où était ci-devant Tanclenne salle de Comédie, it

(i) On détruisit aussi très-probablement, à celte époque, les ornements supérieurs des fenêtres , indiqués dans la planche de Deruet , et la tourelle ou guérite qui faisait à peu près face à la rue St.'Michel.

(2) On peut encore en juger aujourd'hui, en comparant la partie du Palais qui renferme la Galerie des Cerfs et celle où se trouvent les lo« gcmenls de la gendarmerie.

partie et d'élever, sur son emplacement, un édifice beaucoup plus magnifique. Le célèbre architecte Boffrand^fut chargé d'en dessiner le plan et d'en diriger la construction. Le nouveau Château, dont on peut voir les dispositions dans le Livre d'architecture (4) , avait sa face principale sur la Carrière ; sous cette face était un portique voûté en ()emi-lune ou ferà-cheval, occupant toute la largeur de cette place. On y entrait par un vestibule en voûte d'arête, portée par quatre rangs de colonnes doriques, qui formaient cinq passages pour communiquer, à couvert, dans toutes les parties du bâtiment ; ce portique conduisait à un grand escalier à deux rampes, par lequel on arrivait aux appartements du duc , situés au premier étage , dont ils occupaient toute la longueur , et ayant vue, d'un côté sur la Carrière, et, en retour, sur les jardins des remparts.

La façade sur la Carrière et sur les jardins , était ornée , au rez-de-chaussée, de colonnes et de pilastres d'ordre corinthien. Celle sur la cour, dont elle devait occuper les quatre côtés; était composée de trois ordres d'architecture : celui du rez-de-cliaussée était dorique, celui du premier étage ionique, et le troisième corinthien, avec des colonnades saillantes formant des balcons couverts.

Le rez-de-chaussée du corps-de-logis principal était destiné au corps-de-garde des Cent Suisses et du régiment des Gardes, à quelques logements pour des seigneurs et deâ"officiers, et à différentes salles à l'usage des personnes de la cour.

{i) Livre d'architecture contenant^.,, les plans , élévations et profils de quelques-uns. des bâtiments faits en France et dans les pays étrangers , par le sieur Bo/frand, architecte du Boy, 17^3. — LioQDois a douné , daas ses Essais sur \la ville de Nancy , un tt plan do premier étage du nouveau Palais de Nancy, n

Près de rapparlement du duc, au preiïfier étage, il y en avait d'autres pour les princes et les princesses du sang.

Les second et troisième étages devaient servir de logements aux officiers du Palais. D'anciennes cours étaient conservées pour les offices et autres pièces de service.

La façade sur la Carrière avait vingt-une croisées, avec un fronton enrichi de bas-reliefs et de trophées d'armes ; il était surmonté de six statues colossales, et tout le bâtiment était orné d'une balustrade en pierre, également enrichie d'urnes et de trophées d'armes. La façade du côté des jardins devait porter la même décoration, avoir dix colonnes et trente- trois croisées dans sa longueur. Dans la cour, le milieu des quatre faces devait être un avant-corps composé de six colonnes , avec un fronton orné de sculptures en bas-relief et terminé par six statues.

Le portique autour de la cour communiquait à la chapelle palatiale de St.-Georges, du côté de la ville, et, au fond de la cour, à une salie de comédie adossée à la salle d'Opéra.

Si une chose pouvait faire oublier la destruction de quelques portions du vieux Château, c'était, à coup sûr, la magnificence du nouveau Palais que se proposait d'élever Léopold. Malheureusement, ce Palais ne devait pas se terminer, et sa construction amena néanmoins la ruine du chœur de St.-Georges et des chapelles voisines, de la superbe tour du garde-meuble et du corps-de-logis de la Cour qui avait servi d'appartements au prince et avait renfermé le jeu de paume, la galerie des Peintures , la Chambre des Comptes et la salle St.-Georges , laquelle le disputait en richesse et en étendue à la superbe salle d'Honneur (i).

(i) On acheta , en 1717 , k Remy Villaame , scaipteur, capitaine d'une compagnie de bourgeois de Nancy , u une maison près des écuries dn Château , comprise dans le pian du nouveau bâtiment qu'on y ! fait faire* n

Dès l'année 1747, on commença la construction du « Château de la Cour, » sous la surveillance des architectes Guesnon et Révérend, et de M. Cléret, contrôleur des bâtiments. Les ouvrages de maçonnerie et de pierre de taille furent confiés à Jean Jadot et Nicolas Renault ; ceux de sculpture à Joseph Dieudonné et Dumont père, etc. (1)

Les travaux furent continués et poussés avec activité jusqu'en 1721 (2) ou même 1722 (5) ; la face du côté de la

(1) Voici le nom des ouvriers qai furent employés anx travaux du nouveau Palais : Joly el Liégeois^ ardoisiers ; Glomeny et Hennequiu , plâtriers ; Briey , plombier et ferblantier ; Nicolas Renauld , charpentier; Jacques Ënard , serrurier; Nicolas Sevelte^ menuisier , qui fit, en 1722 , un modèle de la façade du château de Nancy, en menuiserie. Il et reçut 208 livres pour cet ouvrage. L'architecte Jean le Duc, ou Duc, eut la surveillance d'une partie de ces travaux. Je dois mentionner aussi le plâtrier Gabriel Valié, qui fit, en 1724, le modèle du grand escalier du nouveau Palais ; il lui fut payé 81 livres 5 sols.

(2) On lit, dans les pièces justificatives des comptes du Trésorier général , pour l'année 1727 : u II est ordonné au sieur Dominique Ânthoine, trésorier général de nos finances , de payer à Nicolas Renault, entrepreneur, la somme de 25,510 livres 17 sols 8 deniers , pour restant et parfait paiement de celle de 4i2,S10 livres 17 sols 8 deniers, à quoi se montent toutes les dépenses qu'il a faites pour la constrnetion de notre château de Nancy, n Voici l'état des sommes qui furent payées, chaque année, à Nicolas Renault: 1717, 68,000 livres; 1716, U0,000 ; 1719, 170,000; 1720, 58,000 ; 1721, 5,000.

 ces documents, se trouve joint un mémoire du même entrepreneur, comprenant 107 articles , dont l'avant-dernier porte ce qui suit : <i Pour les impostes et archivoltes des sept croisées, tant de la face du pavillon que retours vers le bastion et la grande cuur au droit du premier étage ; la corniche de Tordre ionique jusqu'au-dessus, les tambours des colonnes desdites faces, faits pour monter jusqu'à la hauteur du 2<^ étage; quantité de jambages et pilastres pareillement faits pour employer au même endroit, qui sont tous de pierrç de taille, qui ont été préparées et prêtes à poser pour l'élévation dudit pavillon> et lesquelles sont restées sur le chantier, S. A. R. ayant fait discontinuer lesdits ouvrages après que lesdites pierres ont été taillées... n

(5) En 1724, une somme de 5,845 livres 17 sols est payée à Nicolas

Carrière, qui est flgurée dans l'ouvrage de Boffrand, fut élevée dans sa hauteur et couverte d'ardoises (1). Mais Faiie donnant sur la cour, ne fut poussée qu'à six pieds de terre. Âucim de nos historiens, pas même Durival, qui a écrit cependant presque jour par jour le règne de Léopold, ne disent quels motifs engagèrent ce prince à faire suspendre l'achèvement du nouveau Palais : peut-être fut-il arrêté , dans l'exécution de ce projet, par les dépenses que lui occasionna la réédifîcation du château de Lunévilie, qu'un incendie venait de réduire en cendres (1719), et parla construction de l'hôtel de la Monnaie (17î20-1721) , dont une partie fut destinée à la Chambre des Comptes et au Trésor des Chartes.

Quoiqu'il en soit, les travaux du bâtiment neuf n'avaient pas empêché de continuer à entretenir et à réparer l'ancien bâtiment , qu'on appelait alors le meux Palais ou le vieux Château. En 1722, différents ouvrages furent faits à l'appartement de M. de Fontenoy , derrière celui des princesses , prenant jour sur la cour des Fontaines ; aux chambres de M. de Bousmard, c dans l'étage au galetas au-dessus des appartements des princes ; » dans celles de MM. de Lenoncourt et de Pfutzchner ; l'architecte le Duc dirigea la construction de nouvelles écuries près des Cordcliers, et les réparations de rOrangerie ; Pierre Boulangé fit des t peintures d'impres-

Regnauld, charpentier, u pour ouvrages faits au bâtiment nenî jmqu'en 1722. fi

(1) II estassez probable que Léopold habita le nouveau Palais ; mais^ ce qui est certain , c'est que celui-ci fut meublé : on trouve, en effet, un grand nombre de mentions de sommes payées pour achats de portières de tapisserie, ouvrages de bronze doré et d'or moulu, tables de marbre , ouvrages en bois sculpté , etc. , la plupart achetés à Paris par Boffrand, pour décorer le Palais.

— uo —

sion, > et Menuet des c sculptures en plâtre » à Taicôve du cabinet de la duchesse, près de l'Opéra; enfin, le sieur Augay, plâtrier, refit le plafond cintré de la salle des Gardes, c joignant le grand escalier ou est le grand horloge (1). >

Depuis celte époque jusqu'en i729 (1), année de la mort de Léopold, aucuns travaux ne furent exécutés ni au vieux Palais , ni au nouveau Château de Nancy : l'ancienne demeure des dtfcs de Lorraine était à peu près abandonnée par leur successeur ; c'était à Lunéville qu'il avait fixé sa résidence ordinaire, et c'était le château de cette ville qu'il se plaisait à faire embellir : Mesny, Guibal, Dieudonné, les deux Yallier, le décoraient d'ouvrages de sculpture , en même temps

(l)En 1724, on dépensa, poar le vieax Palais, une somme de 16,880 livres 11. sols 8 deniers, dont une partie fut consacrée à payer des travaux faits antérieurement à cette époque ; c'est ainsi que 200 livres furent délivrées an peintre Guyou', m pour avoir raccommodé plusieurs tableaux audit Château , suivant ^ordonnance du 10 avril 1722. »

(2) Lionnois rapporte, sous cette date, un événement qui se rattache , jusqu'à un certain point, h l'histoire du Palais Ducal, et qui se trouve également consigné , dit-il , dans le recueil des anecdotes du sieur Lavocat , de Ghampigneules , machiniste du prince Charles de Lorraine : u Au mois de février 1729, par un' beau jour, et en plein midi, un aigle avec son aiglon parut voltiger sur la Carrière, et après avoir fait trois tours au-dessus de celle place, alla se percher avec son petit sur les fleurons de bronze dorés d'or moulu qui ornaient le faite de la salle dc>s Cerfs. Après quelque temps de repos , les deux oiseaux prirent leur essor, Greot trois volées autour du Château, mais l'aigle tomba mort au milieu de la cour, et l'aiglon s'envola vers l'Allemagne. Les courtisans ne manquèrent pas de faire à ce sujet de grands raisonnements. Léopold leur dit que cet événement ne regardait que lui seul. Comme ce priuce mourut peu après, et que son fils François III parvint ensuite au trône impérial , on présuma que ces oiseaux étaient venus annoncer ces deux grands événements. »

que Jacquard et Louis Chéron ornaient de tableaux Ja cliapelle et Tintérieur des appartements.

En résumé, le règne de Léopold, qui fut une ère de pros* périté pour la Lorraine, fut une éi*e de décadence pour le Palais Ducal. Cet antique édifice, pas plus que la chapelle princière de St.-Georges, n'échappa à la manie de destruction et de constructions nouyelles , qui semblait un besoin du temps. On commençait à professer alors un superbe dédain pour les vieux monuments, et Ton croyait devoir les faire impitoyablement disparaître. Cette manie, jointe au désir d'effacer tout vestige de notre ancienne nationalité, devait bientôt priver notre pays d'édifices qui avaient si longtemps fait son orgueil et sa gloire.

Aussitôt après ravénement de François III, et dans la pensée que ce prince viendrait passer Thiver dans le Louvre ou le Château royal de Nancy, eomme on disait alors, on fit démolir la galerie de pierre à entrelacs , qui régnait, du côté de la cour, le long du corps de bâtiment voisin des Cordeliers , servant de logement aux princes et aux princesseï . Cette galerie fut remplacée par une autre (i) dont les colonnes étaient d'une seule pierre, et dont le balcon en fer fut fait par un ouvrier encore peu connu à celte époque, mais qui devait bientôt conquérir u^e place distinguée parmi les artistes lorrains : je veux parler de Jean Lamour (2) , Fauteur des

(i) Cette galerie , dont une partie , dit Lionnois , fat placée depuis à la première InteodaDce (plas tard Pavillon des Officiers), en fal enlevée pour éclairer davantage les appartements d'en ïfUs, On la démolit en 1779, et Thôtel-de-ville de Metz Tacheta pour en décorer i'hôlel da Gouvernement, qu'il faisait bâtir.

(2) On troave, dans les pièces justificatives du compte du Trésorier général, pour 1732, les notes suivantes :

u État à peu près de la dépense que Jean Lamour, marchand serrurier à Nancy , a faite au sujet du balcon de la grande galerie ^n Château royal de Nancy.

tt Pour les fers pour la corniche et pour tous les ornements et armes, ^,000 livres^ — Plos pour les ornemens de cuivre au pourtour des ovales, 201 livres. — Pour les modèles, tant en terre qu'en bois, pour faire les armes , 50 livres.... — En tout (compris quelques autres travaux), 12,326 livres IS sous, n — Les travaux furent poussés avec tant d'activité, que Lamour en tomba malade.

belles grilles qui décorent encore aujourd'hui no9 places publiques. Ce fut le sieur Jennesson , architecte des bâtiméats de Son Altesse Royale, qui dirigea les travaux que Ton fît tant à la galerie dont il vient d'être parlé, que dans l'intérieur du Louvre (1).

Ces travaux, qui coûtèrent plus de 60,000 livres, furent faits en pure perte : François III vint effectivement à Nancy, le 5 janvier 1750, assista même à la procession commémorative de la veille des Rois ; mais il y séjourna à peine, et, l'année suivante , il quittait défînitivement ses Etats pour aller ceindre la couronne impériale.

Stanislas, on le sait , fixa sa résidence ordinaire à Lunéville, et n'habita pas le Palais Ducal ; aussi, cet édifice ne lui étant d'aucune utilité, jugea-t-il à propos d'en faire abandon à la ville de Nancy. La cession des emplacements et bâtiments des vieil et nouveau Châteaux, de Tancien arsenal, du grand magasin près des Cordeliers, de la salle d'Opéra, de l'hôtel des Pages, etc., eut lieu en vertu d'un arrêt du Conseil des Finances, du 24 juillet 1759 (2), à la charge d'un cens

(1)11 existe, parmi les pièces jastiflcatives du même compte, un u Toisé des ouvrages faits par le sieur Jennesson, architecte des bâtiments de S. A., tant à la galerie du Palais royal de Nancy qae dans l'intérieur dudit Louvre» n Le total des sommes payées à Jennesson s'élève à i7fi4t5 livres 8 sols 7 deniers. «

(2) Cet arrêt , imprimé k la fin du Recueil des Fondations du Roi de Pologne, porte : c Vu au Conseil des Finances et Commerce la délibération de la ville de Nancy, en date du 22 mai dernier (i759), par laquelle elle supplie le Roi de vouloir bien lui accorder différents emplacements et bâtiments.... pour les convertir en logements d'officiers, casernes, écuries et autres usages propres à la garnison ; ce qui procurerait un grand soulagement à ses habitants, en les déchargeant de l'incommodité du logement des gens de guerre.... Le Roi... cède et abandonne à perpétuité à ladite ville l'emplacement et bâtiments du vieil et nouveau Château, cours, basses-cours, jardins^ maisons servant présentement aux

annuel de 120 livrés, à titre de reconnaissance envers le domaine, et sous la condition d'employer ces bâtiments-, terrains et emplacements aux usages de la garnison, et autres destibations concernant le service du Roi.

En 1745, aussitôt après l'union du chapitre de St.-Georges à celui de la Primatiale , on démolit ce qui restait de Téglise de la Collégiale, ainsi qu'une partie de l'ancien Château, avec la tour octogone où était renfermé le Trésor des Chartes (1).

En 1745, les officiers de l'hôtel-de-ville adressèrent à Stanislas une requête dans laquelle ils disent que, parmi les bâtiments que le Roi leur a concédés à titre d'ascencement, c se trouve ce qui composait jadis le château servant de résidence aux souverains, dont une partie n'est qu'à moitié construite, et l'autre tombe en ruine ; de sorte que, pour en éviter l'entier dépérissement et les accidents qu'il peut occasionner , parmi les moyens qui leur ont été proposés pour obvier à ces inconvénients et employer ce qui reste de ces bâtiments et emplacements à l'ornement de la ville et au service public, ils se sont fixés à celui de former une grande place au bout de celle de la Carrière pour communiquer à la promenade du rempart , et de ne réserver des bâtiments de Tancien château que ceux nécessaires à l'établissement d'un

voilures pnbliqaes^ circonstances et dépendances, ensemble les seize boatiqaes attachées aa corps du vieil Château, k la charge par ladite ville de continuer à payer le cens dû au domaine de S. M. pour lesdites boatiques y entre les mains ^t Philippe Lemire, adjudicataire général de ses Fermes pendant la durée de son bail , après quoi il demeurera éteint et d'indemniser les censitaires ou concessionnaires.... «

(1) On lit dans Durival : u Antoine Lancelot , de l'Académie des Inscriptions, et inspecteur du Collège Royal, avait été nommé, après la prise de possession, pour examiner le Trésor des Chartes de Lorraine, qui était dans une tour de Tancien château de Nancy. Il y travailla depuis le mois de mai 1737 jusqu'au commencement de 1740. ti

hôtel pour Ilntcndant de la province, et ont, dans celte vue, fait dresser par le sieur Ballgand , ingénieur de Sa Màjest^é et inspecteur des bâtiments du domaine, des plans, profils et devis, qu'ils ont délibéré, par acte du i<^' février dernier, de faire exécuter.... >

Par arrêt du Conseil des Finances, du 6 mars 1745, et lettres-patentes du 8 du même mois, Stanislas fit droit i la requête des officiers de rhôtel-de-ville, et, dès le 9 avril de la même année , ceux-ci commencèrent à faire démolir le nouveau Palais bâti par Léopold, de même que tout ce qui restait de Tancienne Cour, à Texception de Taile donnant sur la Grande-Rue, et notamment de la Galerie des Cerfs, où fut placée, en 1750, la bibliothèque publique que le Roi de Pologne venait de fonder (1).

Néanmoins , les plans de Tarchitecte Baligand ne furent

(1) La salle des Cerfs, dit Liounois, avait été ornée^ dans toute son étendue, d'armoires très-solides et de bon goût. On avait disposé, dans la partie voisine de la petite Carrière, des salies très-propres pour les assemblées des académiciens, et pour le sons-bibliothécaire. La Société littéraire, créée par Stanislas, y tint sa première assemblée, le 5 février 1751, en présence de la cour (excepté Stanislas, qui était resté à la Malgrange) et de tout ce qu'il y avait de personnes distinguées dans la ville. C'est, comme on sait, dans celte séance solennelle, que M. Thibaut, procureur général de Lorraine, décerna, pour la première fois, au Roi de Pologne, le surnom de Bienfaisant. Du reste, ni le chevalier de Solignac, ni le comte de Tres^an, qui prononcèrent de fort pompeux discours, embellis de toutes les fleurs académiques, ne trouvèrent un mot pour faire allusion aux souvenirs que devait éveiller dans tous les cœurs lorrains la vue de Tunique salle encore debout du Palais de René II, d'Antoine et de Charles IH. M. Thibaut, seul, fut, selon ses^expressions^ tt pénétré d'un respect timide pour la majesté du lieu, ft

M. Guerrier de Dumast a consacré au souvenir de cette séance mémorable de l'Académie de Stanislas, ces vers qui ont^été lus aussi dans

pas suiviSy et Stanislas fit élever, à ses frais, le palais actuel sur les nouveailx plans de Héré. Cet édifice, dont la construction coûta 849,006 livres 3 sols un denier, argent au cours de France, fut commencé au mois d'août 1751 ; M. Mique, ardiitecte du Roi de Pologne, fut chargé des travaux de maçonnerie ; les ouvrages de sculpture, tant du bâtiment que du jardin (1), furent confiés aux sieurs Yallier, Guibal, Benne réonion solennelle de la même Académie (séance séculaire tenue^ le 6 septembre i850| devant le Congrès scientifique de France] : Noble jour que le jour où, dans des lieux fameux^ Naquirent des travaux respectables comme eux t Où la salle des Cerfs, un moment consolée, ' S'ouvrit superbe encor^ pour superbe assemblée !

Ces vieux murs que Bellange orna de son pinceau. N'avaient point du graUoir subi l'indigne outrage. Ces plafonds, fiers témoins des gloires d'un autre âge.

Us n'avaient point croulé sous le marteau vandale. Sous l'étrange fureur d'abattre et d'innover. Dont ici, grand ou beau^ rien ne s'est pu sauver.

Le 27 juin 1763, Stanislas, voulant, dit Lionnois (T. II,, p. 228), mettre la bibliothèque publique dans un endroit où elle fût plus à la portée de tout le monde^ ordonna qu'elle fût placée dans une des salles de l'Hôtel-de-Ville, où seraient immédiatement transportés les armoires, tableaux, livres, manuscrits, instruments et machines qui se trouvaient dans la Galerie des Cerfs de l'ancien Château. Le Roi de Pologne ordonna aussi que les séances particulières de l'Académie se tiendraient à l'avenir dans une des salles de la nouvelle bibliothèque.

(1) Au fond de ce jardin, ayant la forme d'un miroir de toilette, se voyait , dit Lionnois, dans un bassin de gazon, une belle statue du Temps, qui, avec sa faulx, marquait les heures sur plusieurs cadrans. Cétait l'ouvrage de Joseph Schunken.

champ, Heker, Lcnoir et Walncffer ; ceux de serrurerie à rJean Lamour ; les bronzes et dorures de la rampe de Fescalier à Louis Fesquet ; les cheminées de marbre sortirent des ateliers de Lechien ; les marbres artiiiciels , tant pour les eheminées que pour la décoration des salles, furent confeetionnés par Nicolas Saunier et Manciaux ; le sieur Gergoiine fil les peintures à fresque, rehaussées d'or et ornées de fleurs, de tout le plafond de la grande salle, ainsi que les dorures des cadres et trumeaux de ses deux cheminées ; enfin , Girardet fut chargé de faire, pour les ovales des cheminées du grand salon , le portrait en grand du Roi et de la Reine de France (i).

(1) On trouve , daas le Compte général de la dépence des édifices et bâtiments que le Roi de Pologne a fait construire pour Vembellissement de la ville de Nancy , depuis 4 7 Si jusqu'en 1759, outre une vue de l'Iniendauce et du Pavillon des Officiers^ le détail des différentes sonomes qui furent payées aux artistes ou ouvriers em~ ployés à la coBstruclioo du palais de rintendance ; voici un résumé de ce compte :

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