RUE SAINT-DOMINIQUE
MDCCCLXI
L'histoire de l'empire byzantin est une de celles auxquelles on attache aujourd'hui le moins d'intérêt, et cependant il n'en existe pas de plus curieuse ni de plus dramatique. Durant le moyen âge , aucun peuple de l'Europe n'a soutenu de plus grandes guerres que les Grecs du Bas-Empire, aucun n'a subi des révolutions intérieures plus fréquentes, aucun n'a été plus agité par les querelles religieuses. Si l'on excepte l'époque de Charlemagne, on peut dire que du cinquième siècle au onzième l'Europe a été plongée dans la barbarie,, tandis que la civilisation existait encore dans l'empire d'Orient. Les Grecs avaient seuls conservé dans les arts les belles traditions de l'antiquité, et c'est par eux que s'opéra la renaissance de l'art en Occident, à la fin du huitième siècle d'abord, puis au onzième. Après la prise de Constantinople par les Turcs, au milieu du quinzième siècle, l'Italie donna asile aux émigrés byzantins. Malgré la décadence complète qui depuis longtemps avait atteint l'empire d'Orient, la ville impériale avait conservé quelques savants qui apportèrent en Italie les riches monuments de leur antique littérature et dirigèrent les premiers efforts que l'on fit pour restaurer l'étude de la langue grecque. Les bibliothèques s'enrichirent par eux d'un assez grand nombre de manuscrits qu'avaient laissés les historiens byzantins du moyen âge. Lorsqu'au dix -septième siècle le goût des études historiques eut repris faveur, on comprit qu'il était indispensable de combler l'immense lacune qui séparait l'histoire ancienne de l'histoire moderne. L'histoire de l'empire d'Orient occupait ime place importante dans cette longue période. Des savants également versés dans la connaissance des langues grecque et latine se mirent donc à rechercher les manuscrits encore inédits des historiens et des chroniqueurs du Bas-Empire, et s'occupèrent à les traduire du grec en latin et à les commenter. Les deux Meursius, Goar, Combéfis, Du Cange, Henri de Valois, Gretser, prirent part à ce grand travail et furent les premiers auteurs de cette collection des historiens byzantins qui, continuée par plusieurs savants hellénistes, fut imprimée au Louvre en trente-six volumes in-folio de 1644 à 1711. Du Cange, le plus
illustre de ces érudits, indépendamment des traductions de plusieurs auteurs, produisit encore, sous le titre de Historia byzantina, un ouvrage du plus haut intérêt, qui est divisé en deux parties. La première comprend l'histoire en abrégé et la généalogie des empereurs d'Orient; la seconde, la description de la ville de Constantinople à l'époque de la domination des empereurs chrétiens. A l'aide de ces travaux importants, Lebeau put écrire Y Histoire du Bas - Empire 3 et Gibbon son Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain. Le travail de Lebeau, revu et augmenté par M. de Saint-Martin, offre une narration complète des grands événements qui se sont passés dans l'empire d'Orient; celui de Gibbon met à même d'en apprécier la partie philosophique et morale. Malgré ces éléments d'étude , l'histoire byzantine , qui durant onze siècles offrait un tableau du plus puissant intérêt, restait complètement négligée et n'était guère connue que de quelques savants ; mais les événements qui se sont produits dans l'empire ottoman depuis l'émancipation de la Grèce, et surtout ceux des dix dernières années, ont ramené tous les regards vers l'Orient, et une vive préoccupation s'est manifestée en Europe en faveur des populations chrétiennes de l'ancien empire byzantin. Quelques esprits, devançant la marche des événements, ont même discuté la restauration d'un empire grec et le rétablissement de la croix sur la grande église de Sainte-Sophie. Il faudra donc absolument qu'on étudie l'histoire d'un peuple dont un grand nombre de chrétiens désirent la régénération.
L'archéologie doit venir au secours des études historiques. De très-beaux travaux ont été déjà exécutés. Le plan de Sainte-Sophie et des autres églises anciennes de Constantinople a été relevé avec un soin tout particulier par M. de Salzenberg, dont les belles planches ont fait connaître le système de décoration de cet édifice 1 . Le savant ouvrage de M. Charles Texier sur l'Asie Mineure, l'excellente notice de M. Brunet de Prcsle sur les tombeaux des empereurs de Constantinople, le mémoire de M. Albert Lenoir sur l'architecture byzantine, les Eglises de la terre sainte^ par M. de Vogué, et d'autres ouvrages encore, ont révélé beaucoup de faits. Mais ces travaux se rapportent presque tous à l'étude de l'architecture. Le travail que nous avons entrepris, sans négliger de faire connaître le système de décoration employé dans les palais et dans les églises par les architectes byzantins, se rattache plus particulièrement à l'histoire, en cherchant à rendre plus intelligible le récit des historiens grecs sur les faits qui se sont passés à Constantinople. Les révolutions du palais tiennent en effet beaucoup de place dans l'histoire de l'empire d'Orient. Il s'en rencontre plusieurs dans chaque siècle. Les historiens mentionnent souvent certaines parties du palais et de ses abords où ces grands événements se sont passés. Dans l'ignorance absolue où l'on est de la disposition des lieux cités, le récit devient obscur pour le lecteur, et nous avons souvent remarqué dans les traductions latines des auteurs byzantins des contre-sens qui ne provenaient absolument que du défaut de connaissance de la localité où s'agitait l'action qui faisait l'objet du récit.
1 Jlt-Cliristliche Baiulenkmale von Constantinopel vom V bis XII Jahrhunderl. Berlin, 1854.
Malheureusement, on ne peut faire avec exactitude pour l'ancienne Constantinople ce qu'on a exécuté pour l'ancienne Rome. Guidés par des ruines imposantes que l'on déblaye chaque jour davantage, plusieurs savants, et récemment M. Dezobry avec le concours de M. Leveil1, ont pu donner une description de Rome au temps d'Auguste et appuyer cette description d'un plan de la ville où les grandes places et les principaux monuments sont exactement retracés. Il en est tout autrement pour Constantinople. A l'exception de l'ancienne basilique de Saint- Jean-de-Studios, des églises de Saint-Serge-Saint-Bacchus et de Sainte-Sophie édifiées par Justinien, de celles de Sainte-Irène, de la Môre-de-Dieude-Lips et du Pantocrator, toutes plus ou moins maltraitées, des restes de la salle de l'Hebdomon, des deux obélisques et de la colonne des Serpents de l'Hippodrome, et enfin de la colonne Théodosienne, il ne reste plus rien des magnifiques monuments que les empereurs avaient élevés pendant onze siècles dans la ville de Constantin. Les ruines mêmes ont disparu , et l'on ne retrouve aucun vestige du superbe palais impérial bâti par ce prince, reconstruit presque en entier par Justinien, embelli par plusieurs empereurs, et auquel Justinien II, Théophile et Basile le Macédonien avaient ajouté d'importantes constructions.
Ce n'est pas de la prise de Constantinople par les Turcs qu'il faut dater la destruction de ce palais. Dès le milieu du douzième siècle, il était fort négligé par les empereurs. Bien qu'il eût été fortifié, dans la seconde moitié du dixième siècle, par Psicéphore Phocas2, l'étendue de son enceinte n'en faisait pas une place assez sûre pour des souverains qui avaient sans cesse à se défendre contre des révolutions intérieures et des ennemis acharnés à la destruction de l'empire. Aussi Manuel Comnône (1143 f 1180), après avoir reconstruit avec magnificence le palais des Blaquernes, situé à l'extrémité nord -ouest de la ville, sur le port de la Corne-d'or, en fit une véritable forteresse qu'il habitait. Il n'avait pas encore abandonné tout à fait cependant le palais de Constantin, et c'est là qu'il reçut d'abord Amauri, roi de Jérusalem, lorsque ce prince vint à Constantinople (1170) pour obtenir le secours de l'empereur contre Saladin; mais après quelques jours passés dans ce palais, l'empereur et le roi allèrent habiter les Blaquernes 3. Benjamin de Tudcla , qui écrivait à la même époque, en donnant la description de la ville de Constantinople, ne parle plus du palais de Constantin, et ne cite que celui des Blaquernes. Il en vante les magnifiques colonnes et la décoration 4; il est probable que l'ancien palais avait déjà été en partie dépouillé de ses richesses au profit de ce château du moyen âge.
Trente-trois ans après le voyage d'Amauri à Constantinople, lorsque les croisés français et vénitiens arrivèrent devant cette ville (1203), le palais de Constantin n'était plus la résidence des empereurs : Isaac, tiré de sa prison, fut conduit au château des Blaquernes, et
1 M. Ch. Dezobr\, Rome au siècle d Auguste, t. I, p. 1. Paris, 1846.
5 Leonis Diaconi Hist. lib. decem, e recensione Hasii, lib. IV, § 6, pag. 64. Bonnae.
3 Willelmus T\r. arch., Hist. rerum in parlibus Iransmar. gest., ap. Bongars, Gesta Dei per Francos, p. 989 et 990. Han. 1611.
1 Benjamini Tudelensis Itinerarium cum vers, et not. Const. l'Emp., p. 23. Lugd. Bal., 1633.
c'est là que les députés des croisés le trouvèrent, assis sur le trône impérial, lorsqu'ils vinrent le féliciter de sa restauration et réclamer de lui l'exécution des traités faits avec son fils Alexis1. Lorsque quelques mois plus tard, en mars 1204, les croisés eurent pris d'assaut Constantinople et élu Baudouin de Flandre pour empereur, celui-ci vint habiter le riche palais du Boucoléon 2. Cependant les empereurs français paraissent avoir occupé tantôt le palais des Blaquernes, tantôt le monastère de Pantocrator 3. Baudouin II, le dernier empereur français, avait sa résidence dans le château des Blaquernes, au moment où le général de l'empereur grec Michel Paléologue s'emparait de Constantinople (1261); mais l'ancien palais existait encore, et c'est là que Baudouin se retira d'abord afin d'assurer sa fuite et d'être plus près de la mer. A son arrivée à Constantinople, Michel Paléologue y fut conduit, parce que le palais des Blaquernes était encore tout noirci, dit l'historien Pachymère, par la fumée des cuisines de Baudouin 4. Cependant les Blaquernes redevinrent bientôt la demeure des empereurs ; c'est là qu'était la résidence de Jean Paléologue Ier et de sa mère l'impératrice Anne, lorsque Cantacuzène (1347) pénétra dans Constantinople à la tête de ses troupes et fut associé à l'empire 5 ; c'est dans la chapelle de ce palais que le nouvel empereur fut couronné.
L'ancien palais de Constantin fut sans doute abandonné et démoli peu à peu, afin de fournir des matériaux aux nouveaux palais impériaux. Toujours est -il qu'il n'en restait plus rien lorsque le Florentin Christophe Bondelmonti visita Constantinople, soixante -quinze ans environ après ces événements, et plus de trente ans avant la prise de Constantinople par Mahomet II 6. Lorsque Pierre Gylli , qui a laissé un excellent ouvrage sur l'ancienne Constantinople, visita cette ville en 1350, près de cent ans après que les Turcs en eurent fait la capitale de leur empire, il ne trouva plus même de vestiges de l'ancien palais de Constantin. Après avoir décrit ce qui restait de l'Hippodrome , il ajoute que le palais impérial était placé sur un tertre voisin qui s'étendait jusqu'à la mer. Plus loin il ajoute qu'il est difficile de déterminer la circonscription de la première région de la ville, où s'élevait le palais impérial, parce qu'il ne subsiste plus aucun vestige des édifices qui s'y trouvaient compris 7.
1 Joffroi de Villehardouin , De la conqueste de Constantinople; édit. Paulin-Paris, § 86, page 58. Paris, 1838.
2 Idem, § 112, p. 86.
5 Du Cange, Hîst. de temp. de Const. sous les Français, livre V.
4 G. Pachymeris Andronicus Palœol. sive hist. rer. ab Andronico sen. gest., lib. II, cap. xxvu et xxxi. Romae, 1669.
5 Nicephor. Gregoras, Hist. Const., t. II, cap. xv, p. 787. Bon.
6 Descriptio urbis Conslantinopoleos ex Christophori de Bondelmontibus Florentini opère ms. quod ad card. Jordanum de civitate Bbodi Romam misit an. Ch. 1422; publiée par Du Cange, à la suite de Cinname, édit. roy., p. 179, Paris, 1670; et dans l'édit. de Bonn, 1836, p. 179, sur un manuscrit de la Bibliothèque impériale, n° 4825, ancien fonds. Un autre manuscrit plus exact que celui-ci existe dans la même Bibliothèque, sous le n° 4824; nous nous en sommes servi.
' Pétri Gyllii De topograpliia Constantinopoleos et de illitis antiqnilalibus libri quatuor, lib. I, cap. vu; lib. II, cap. h; apud Banduri, Imperium Orientale, t. I, p. 357 et 367. Parisiis, 1711.
C'est cependant ce palais et ses abords que nous allons tâcher de restituer d'après les écrits des anciens historiens, et nous appuierons cette restitution d'un plan. On nous trouvera peut-être bien hardi d'avoir tenté une pareille restitution sans avoir été guidé par aucune ruine subsistante ; mais sans le plan notre description aurait eu peu d'intérêt et aurait certainement manqué de clarté. Nous n'avons pas étudié l'architecture, et les architectes pourront sans doute trouver à reprendre dans les dispositions de détail que nous avons indiquées ; notre but a été surtout de faire comprendre la situation relative de Sainte-Sophie, du palais et de l'Hippodrome, et la corrélation qui existait entre les différentes parties du palais, d'indiquer la situation des pièces principales, leur usage, leur disposition, et de faire connaître, autant que possible, l'ornementation qui les enrichissait. Nous avons voulu aussi rappeler les bâtiments qui furent élevés durant le cours de plusieurs siècles dans l'enceinte de la demeure impériale, et dont les auteurs byzantins font si souvent mention ; nous nous sommes efforcé d'en déterminer l'emplacement, si utile à connaître pour obtenir l'explication de certains faits historiques. Nous n'avons rien fait au hasard, rien imaginé, et lorsque les monuments nous ont manqué, ce sont les renseignements puisés dans les auteurs byzantins qui ont déterminé les indications de notre plan. On comprendra que nous n'avons pas pu toujours acquérir une certitude absolue et qu'il nous a fallu quelquefois rester dans le doute. Nous ne manquerons pas de signaler nos incertitudes.
Du Cange, dans un ouvrage très-remarquable que nous avons déjà cité, la Constantinopoli's christiana ', a cherché à faire revivre la ville de Constantinople avec ses monuments telle qu'elle existait sous les empereurs chrétiens. Le travail de Du Cange a consisté à rassembler et à classer méthodiquement tous les passages des auteurs byzantins et des auteurs latins du moyen âge qui avaient trait à la fondation de Constantinople, à sa situation, à ses murs, à ses portes, à ses forums, à ses ports, à son hippodrome, à ses théâtres, à ses palais et à ses églises. Du Cange, avec toute l'autorité de la science archéologique qu'il possédait à un si haut degré , a souvent tiré de ces extraits d'auteurs des conséquences sur la situation et sur l'importance de ces édifices. Cependant son travail sur le grand palais impérial se réduit à moins de dix pages , et il n'a pas cherché à donner un corps à ce palais ni à le restituer. Les documents qu'il avait à sa disposition étaient insuffisants pour cela ; le manuscrit de l'ouvrage qui nous a fourni en grande partie les éléments de la restitution que nous avons faite n'avait pas encore été découvert et n'a pas été connu de Du Cange. Cet ouvrage, écrit presque en entier par l'empereur Constantin Porphyrogénôte (911 f 959), a pour sujet le cérémonial de la cour de Byzance 2. Son but est de prescrire, ou, pour mieux dire, de constater les cérémonies en usage à la cour byzantine aux différentes fêtes
1 Historia Byzandna duplici commentarlo illustrata. Prior familias ac stemmala imperatorum Const. complecdtur, Aller, descript. urbis Const. quaUs exddt sub imp. Chrisdanis. Parisiis, 1680; Venetiis, 1729.
3 Constant. Porphyr. imp. De cerimoniis aulœ Byzandnœ libri duo. Lipsiae, 1751-1754; BonnEe, 1829. Le
religieuses et civiles de l'année, d'indiquer celles à observer dans diverses circonstances, et notamment lors de la réception par l'empereur des ambassadeurs étrangers, lors de sa sortie du palais pour se rendre soit à Sainte-Sophie, soit aux autres églises de Constantinople, ou bien encore lorsque l'empereur allait présider aux courses de l'Hippodrome. On comprend tout de suite qu'en expliquant l'ordre des cérémonies de la cour, l'auteur ait fait connaître les différentes parties de la demeure impériale, et que nous ayons pu arriver, à l'aide de ce livre et des autres documents puisés dans les auteurs byzantins , à restituer le palais de Constantin tel qu'il existait à la fin du dixième siècle. Le livre des Cérémonies de la cour de Byzance donne encore de précieux renseignements sur les grands dignitaires de l'État et de la cour à l'époque de Constantin VII, sur les différents corps de troupes qui composaient sa garde , sur les costumes de l'empereur et de ses officiers , et sur ceux des dignitaires de l'État. On y trouve des détails intéressants sur les mœurs et les usages. Ce livre fournit aussi, d'après des documents plus anciens, des -détails sur les cérémonies observées lors de l'élection de plusieurs des empereurs et lors de leur entrée triomphale à Constantinople au retour des guerres terminées par des succès éclatants sur les ennemis de l'empire '.
L'époque du dixième siècle, que nous avons choisie pour notre restitution, est celle de la splendeur de Constantinople, et surtout du palais impérial. Dans la première moitié du neuvième siècle, le dernier des empereurs iconoclastes, Théophile (829 f 842), quoiqu'il n'eût pas toujours été heureux dans ses guerres contre les Sarrasins, fut un intrépide guerrier et sut donner quelque sécurité à l'empire ; il protégea les lettres et les sciences et devint le promoteur de la restauration des arts. 11 fit bâtir à grands frais de magnifiques palais dans l'intérieur de Constantinople et hors de la ville, et dépensa des sommes considérables pour ajouter de somptueuses constructions au palais impérial.
Basile le Macédonien (867 f 886) , qui était parvenu au trône par des bassesses et par le meurtre de son bienfaiteur, Michel III, fils de Théophile, sut, une fois empereur, déployer de grandes vertus et acquérir une gloire bien méritée. Par des impôts sagement répartis , il rétablit les finances et fit renaître la richesse dans l'empire. Il reconstitua l'administration et organisa une formidable armée avec laquelle, toujours invincible, il chassa les Sar-
manuscrit de cet ouvrage a dû appartenir à la bibliothèque des rois de Hongrie, ainsi que le constate sa reliure, où l'on voit les armes de ces princes, qui avaient, depuis le dixième siècle, des relations constantes avec les empereurs d'Orient. Il tomba en la possession du savant bibliophile Uffenback, et de ses mains passa dans la bibliothèque du sénat de Leipzig. La publication et la traduction latine de cet important ouvrage avaient d'abord été confiées au professeur Leich. Sa mort prématurée fit donner ce travail au savant philologue Reiske. Le premier volume, comprenant le premier livre du texte et la traduction, fut publié in-folio à Leipzig en 1751; un second volume, publié en 1754, contient le second livre et une partie des Commentaires de Reiske. L'édition de Bonn, donnée par Niebuhr, renferme la totalité des Commentaires.
1 Nous espérons pouvoir donner un jour une traduction de ce livre, avec le concours d'un savant helléniste, M. Giguet, traducteur d'Homère, d'Hérodote et de la Bible des Septante. Cette traduction serait accompagnée d'un Commentaire qui traiterait spécialement les questions d'archéologie et de topographie.
rasins des côtes de l'Italie et les poursuiv it en personne jusqu'au delà de l'Euphrate. La paix étant rendue à l'empire , son économie lui ménagea des fonds pour exécuter de grands travaux. La demeure impériale s'enrichit, sous son règne, de nombreux bâtiments; il y construisit aussi des églises et des oratoires d'une richesse inouïe.
Constantin VII, surnommé Porpliyrogénète (911 f 959), se trouva, à l'âge de six ans, seul héritier de son père, Léon le Philosophe, fils de Basile, mais il resta de fait en tutelle pendant trente-trois amiées. D'abord son oncle Alexandre se fit empereur, puis à la mort de celui-ci (912), sa mère, Zoé, s'empara du gouvernement de l'Etat. A l'âge de quinze ans, il associa à l'empire l'amiral Romain Lecapène, dont il avait épousé la fille, et celui-ci prit les rênes du gouvernement en ne laissant à son gendre que le titre d'empereur. Ce ne fut qu'en 944, lorsque Romain Lecapène eut été détrôné par ses propres enfants, que Constantin commença réellement à régner. Mais il avait employé à l'étude des sciences, des lettres et des arts, ces trente-trois années durant lesquelles il avait porté la couronne sans exercer le pouvoir souverain. Reconnu pour le plus habile peintre de son temps, il était devenu chef d'école; il dirigeait encore les architectes, les ouvriers mosaïstes, les émailleurs sur or, les orfèvres , les ciseleurs sur fer, tous les artistes enfin qui produisent les œuvres que le goût des arts met en honneur. On conçoit que le palais impérial ne put que s'embellir sous un tel prince. C'est à lui que nous devons, comme nous l'avons dit, cet écrit sur les cérémonies en usage à la cour d'Orient, dans lequel nous avons puisé de si bons renseignements sur la distribution du palais.
Nicéphore Phocas et Jean Zimiscès , vaillants capitaines , qui s'emparèrent successivement du gouvernement de l'Etat , et se firent couronner empereurs pendant la minorité des enfants de Romain II (959 f 963), fils de Constantin VII, se couvrirent de gloire par leurs victoires sur les Sarrasins et les autres barbares, et surent faire respecter l'empire. Comme leurs prédécesseurs , ils aimèrent et protégèrent les arts et ajoutèrent au palais impérial de splendides monuments.
Basile II, fils de Romain, fut investi du gouvernement de l'État à la mort de Zimiscès (976). Il devint un intrépide guerrier, et après avoir vaincu des généraux rebelles, il donna, par ses victoires en Bulgarie et en Asie, un nouvel éclat à la couronne impériale. A la fin du dixième siècle, l'empire d'Orient, qui avait joui pendant près de cent cinquante années d'im certain calme à l'intérieur, n'avait rien à redouter des ennemis de l'Etat; aussi les arts y fleurissaient-ils, et Constantinople était arrivée à son plus haut degré d'éclat et de puissance.
LE
PALâlS IMPÉRIAL DE CONSTMMOPLE