‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 2 sur 96 · CONSTANTINOPLE; PLAN DE KAUFFER; POINTS DE REPÈRE · texte numérisé non relu

CONSTANTINOPLE; PLAN DE KAUFFER; POINTS DE REPÈRE

L'ancienne Byzance, d'après l'opinion la plus accréditée, fut fondée six cent cinquantesix ans avant Jésus-Christ, par une colonie grecque de Mégare, conduite par Byzas, qui lui donna son nom. Deux cents ans plus tard, au commencement du règne de Darius fils d'Hystaspe, les Perses la prirent; mais après les victoires de Salamine et de Platée, ils en furent chassés par les Spartiates, commandés par Pausanias. Les Athéniens en disputèrent la possession aux Lacédémoniens et s'en emparèrent à leur tour. Byzance s'étant alliée avec les Romains dans les guerres contre Philippe et contre Antiochus, fut déclarée ville libre par le sénat romain. Plus tard , la république byzantine prit parti pour Niger contre Septime Sévère; celui-ci s'étant rendu maître de la ville après un siège de trois années (196), abattit ses murailles, détruisit ses monuments et enleva une grande partie des habitants. Mais bientôt cet empereur, à la prière de Garacalla, releva Byzance et la rétablit dans ses anciens droits.

En 325, Constantin résolut de donner une nouvelle capitale à l'empire romain. L'admirable position de Byzance lui fit choisir cette ville, dont il entreprit la reconstruction. L'empereur en traça lui-même la nouvelle enceinte, qui comprit une étendue d'environ cinq lieues. La ville s'éleva comme par enchantement. Des places publiques, des palais,

des aqueducs, des marchés, des fontaines, des circules et des théâtres furent construits ou agrandis, et couvrirent bientôt l'immense emplacement que Constantin avait donné à la nouvelle Rome, qui prit alors le nom de Constantinople. Les villes de la Grèce, celles de l'Asie et Rome elle-même, furent dépouillées pour son embellissement d'une quantité considérable de chefs-d'œuvre de la statuaire antique ; tout ce qui pouvait, en un mot, contribuer à la magnificence d'une capitale s'y trouva réuni; elle put être dédiée en 330.

Théodose II (408 f 450) l'agrandit en reportant plus à l'occident les murs du côté de la terre, et l'empereur Héraclius (610 f 641) fit enclore dans son enceinte le quartier des Blaquernes, situé à l'extrémité nord -ouest de la ville, sur le port. Depuis lors, cette enceinte n'a pas subi de changement; les murailles et les tours qui la défendent sont encore celles qui ont été bâties par les empereurs byzantins.

Constantinople s'élève sur un promontoire de forme triangulaire, dont le centre était occupé par sept collines inégales en hauteur. Le sommet du triangle , de forme arrondie , s'avance dans le Bosphore de Thrace, qui joint le Pont-Euxin (la mer Noire) à la Propontide (la mer de Marmara). Le côté nord de ce triangle est bordé par un golfe qui s'avance dans les terres à une profondeur de deux lieues, et forme le plus beau port de l'univers. On lui donnait dans l'antiquité le nom de Chrysocéras ou Corne-d'or, qu'il a conservé. Le côté sud est baigné par les flots de la Propontide ; la base du triangle, à l'occident, est formée du côté de la terre par les anciens murs byzantins , qui s'étendent du port de la Corne-d'or à la mer de Marmara.

Le plan de Constantinople , levé géométriquement en 1776, rectifié et augmenté en 1786 par Kauffer, ingénieur attaché à M. de Choiseul-Gouffier, ambassadeur de France à Constantinople, nous a servi à établir celui de la restitution que nous voulons reproduire. La position du dôme de Sainte-Sophie, dans le plan de Kauffer, avait été fixée d'après les observations astronomiques faites à Thérapia en 1785, par Tondu, astronome. Melling, dans son grand ouvrage sur Constantinople1, a publié le plan de Kauffer à l'échelle de 5 millimètres pour 100 mètres, et il a donné sur la même planche, à l'échelle beaucoup plus grande de 18 millimètres pour 100 mètres, la partie de la ville qui comprend le sérail, Sainte-Sophie et la place de l'At-meïdan. Nous avions voulu d'abord nous servir de ce dernier plan, mais nous avons reconnu bientôt qu'il était défectueux; les contours n'étaient point d'une exactitude rigoureuse, et il contenait une erreur bien plus grave. Deux obélisques antiques existent encore, en effet, sur la place de l'At-meïdan, l'ancien Hippodrome; l'un, de granit égyptien, s'élevait au centre de l'Hippodrome, et devient dès lors un point certain de repère de la plus haute importance; l'autre, de pierre et à demi ruiné, est plus au midi et plus éloigné de Sainte-Sophie que celui de granit : eh bien, dans le plan augmenté joint à l'ouvrage de Melling, l'obélisque qui est le plus au nord des deux et le

1 Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore d'après les dessins de Melling , arcliiviste de l'empereur Sélim III. Paris, 1819.

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