L'EURIPE
libres ouverts dans l'Hippodrome, et non dans un endroit où le passage direct d'une porte à la porte correspondante de l'autre côté aurait été interrompu par la Spina.
On a vu que la porte sud-est portait le nom de Porte de la Mort. Une porte du grand Cirque de Rome, placée dans la môme position, s'appelait Porte de Libitine, du nom de la déesse qui présidait aux funérailles, parce qu'elle était affectée à la sortie des cadavres des gladiateurs tués dans les jeux. Les combats de gladiateurs étaient abolis lorsque Constantin termina l'Hippodrome, et ce ne fut sans doute que par analogie de position qu'on donna à la porte sud-est le nom de la Mort 1 .
Toutes les baies qui donnaient entrée dans l'Hippodrome étaient munies de portes solides, et les édifices dans lesquels ces baies étaient ouvertes étaient fortifiés. Un fait historique nous révèle cette circonstance. A la mort de l'empereur Alexandre (912), le général Constantin Ducas voulant s'emparer du trône au préjudice du jeune Constantin Porpliyrogénète, se porta vers l'Hippodrome afin d'y pénétrer pour attaquer le palais; mais arrivé à la porte du Cirque il la trouva fermée, et son écuyer ayant été renversé par un javelot que lança de l'intérieur un des gardes qui la défendaient, il abandonna cette attaque et se dirigea vers la porte de la Chalcé2.
L'Hippodrome était enrichi d'un nombre considérable de très-belles statues antiques que Constantin et ses successeurs avaient fait apporter de Rome , de la Grèce et de l'Asie. On y voyait entre autres les quatre chevaux de bronze que Théodose II avait enlevés de l'île de Chio et qui décorent aujourd'hui la façade de l'église Saint-Marc à Venise. Un assez grand nombre de statues de bronze ou de marbre, produites par des artistes byzantins , s'élevaient auprès des œuvres de la statuaire antique ; parmi les plus remarquables , on distinguait les statues équestres des empereurs Gratien , Valentinien et Théodose 3. Tous ces chefs-d'œuvre ont péri !
Les gradins dans le Circus-Maximus de Rome se trouvaient séparés de l'arène par un canal de trois mètres de largeur environ qui portait le nom d'Euripus. Ce canal avait principalement pour objet d'empôcher les bêtes féroces de se jeter sur les spectateurs. Il ne paraît pas qu'un canal de cette sorte ait existé dans l'Hippodrome de Constantinople. Bondelmonti et Pierre Gylli n'en parlent pas ; et l'unique mention qui soit faite de l'Euripe du Cirque dans les auteurs byzantins doit faire supposer que Cédrénus , chez lequel on l'a trouvée , a du appliquer ce mot d'Euripe à tout autre objet qu'à un canal qui aurait bordé, comme à Rome, le pied des gradins. « Parmi les statues de bronze , dit Cédrénus , qui existent » dans l'Euripe du Cirque , il en était une , dit-on , qui avait trois tôtes *. » Il
1 ri vexpà xaXetTat, Procop., De bel. Pers., lib. I, cap. xxv; Paris., p. 73; Bon., p. 128. 1 Anonym., Chronographîa, ap. Script, post Theoph. Paris., p. 230; Bon., p. 382. — Simeon Mac, De Const. Porphyr., ap. Script, post Theoph. Paris., p. 473; Bon., p. 719.
* Anonym., Anl. Const., ap. Banduri, lib. III, p. 42. — Du Gange, Const. Christ., lib. II, p. 10G- 4 G. Cedreni Hist. comp., t. II; Paris., p. 536; Bon., p. 145.
est évident qu'il ne pouvait y avoir de statues dans un canal d'eau vive. Cédrénus doit avoir appliqué là le nom d'Euripe, soit à ce bassin qui existait sur la Spina et au milieu duquel on voyait sur une colonne la statue de l'impératrice Irène , soit peut-être à la Spina elle-même, à laquelle M. de Hammer donne le nom d'Euripe1.
Nous terminerons ce qui a rapport à l'Hippodrome en donnant l'analyse du programme , transcrit dans le livre des Cérémonies , « de ce qu'on doit faire quand » le triomplie sur les ennemis vaincus a lieu dans l'Hippodrome » . Les détails que donne ce programme viennent justifier les dispositions de notre plan.
Au jour indiqué, les soldats triomphateurs, STîivixtàpioi , amènent dans l'Hippodrome les prisonniers captifs ; d'autres soldais apportent les drapeaux , les armes et le butin enlevé aux ennemis. Le protonotaire des courses les range tous en une seule colonne, depuis le Manganon (n° 17, K) jusqu'à la borne des bleus (n° 17, D). Il place en tète , près de la borne , les soldats qui portent les armes , derrière eux ceux qui sont chargés des dépouilles et du butin , puis ceux qui tiennent les lances et les étendards ; les captifs enchaînés viennent ensuite. Si des chameaux ou des
chevaux ont été pris, ils sont placés derrière les prisonniers Lorsque tout est bien
en ordre, le Préposé en prévient l'empereur, qui prend la couronne et monte dans le Cathisma. Après avoir béni le peuple par trois fois, suivant l'usage, l'empereur s'assied sur le trône. A un signal donné, la colonne commence à se mettre en marche; elle parcourt le champ des factions du Cirque, contourne la borne des verts (n° 17, E) et s'avance jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au Pi.
Si I on veut suivre sur notre plan l'ordre indiqué par le cérémonial , on verra que la colonne composée des soldats qui portaient les trophées et des captifs , ayant été organisée de manière à avoir la tête à la hauteur de la borne des bleus (n° 17, D) et la queue appuyée au Manganon (k) , a marché du nord au midi jusqu'à la borne des verts (n° 17, E) ; le Manganon, où les chevaux et les chars étaient retenus avant la course , était donc situé au nord de l'Hippodrome , et par conséquent au-dessous du palais du Cathisma et des autres édifices qui , ainsi qu'on le verra plus loin , dominaient l'Hippodrome. Après avoir tourné autour de la borne des verts , la colonne a dû marcher dans une direction contraire à celle qu'elle avait à son départ, c'est-à-dire du midi au nord. Dans cette position, elle parcourt, dit l'auteur, le champ de course jusqu'au bout et arrive au Pi. La tribune de l'empereur, dont le Pi faisait partie, était donc située au nord et portée par le mur rectiligne qui, de ce côté, fermait le Cirque.
Les dispositions que nous avons données à l'Hippodrome étant justifiées, passons à la description du palais impérial.
1 Constantinopolis und der Bosporos. Pest, 1822, t. I, p. 143.