LES PORTES DE L'HIPPODROME
colonnes de marbre où , suivant lui , se trouvait la loge de l'impératrice dans les jours de course1. Ce bassin doit être celui auquel l'Anonyme du onzième siècle donne le nom de Phiale de l'Hippodrome, et qui était enrichi de la statue de l'impératrice Irène, élevée sur une petite colonne2. Pierre Gylli vit encore sur l'emplacement de la Spina sept grandes colonnes de marbre; l'une de ces colonnes n'avait pas moins de dix-sept pieds et huit doigts , environ quatre mètres soixante-dix-sept centimètres , de circonférence ; elle portait une statue d'Hercule en bronze3.
Dans le Circus-Maximus de Rome, une grande porte était ouverte au centre de la partie hémicirculaire. Dans la partie rectiligne opposée à l'hémicycle, il y avait au centre une grande porte, et de chaque côté six portes plus petites servant d'entrée aux carcères4. Il ne pouvait en être ainsi dans l'Hippodrome de Constantinople. En effet, au delà de la Sphendoné, au midi, les pentes du terrain, ainsi que le dit Gylli, étaient « non- » seulement ardues et en précipice, mais presque perpendiculaires et élevées de cinquante » pieds plus ou moins ; » du côté du nord , le Cathisma occupait le centre du mur rectiligne qui fermait l'Hippodrome, et prenait la place de la grande porte qu'on voyait à cet endroit dans le Cirque romain. De chaque côté du Cathisma, comme à Rome de chaque côté de cette grande porte, l'espace était occupé par les loges où les chevaux et les chars étaient renfermés avant la course. Les portes de l'Hippodrome étaient donc placées sur les grands côtés latéraux, et très-probablement aux deux extrémités de chaque côté. Le récit que fait Procope de la sédition des Victoriats nous fournit quelques renseignements sur ces portes. Les insurgés, comme nous l'avons déjà dit , avaient conduit Hypatius à l'Hippodrome et l'avaient fait asseoir sur le trône du Cathisma. Ils remplissaient le champ de course et acclamaient l'empereur de leur choix, lorsque Bélisaire, après avoir traversé le vestibule de la Chalcé et les bâtiments adjacents, à demi ruinés par le feu, arriva à la galerie de la faction des bleus, qui était à la droite de l'empereur lorsqu'il était assis dans le Cathisma5. On voit par là qu'il dut occuper le nord-ouest du Cirque, et la suite du récit de Procope établit qu'arrivé à la galerie des bleus, il n'était pas très-éloigné du trône où siégeait l'usurpateur. Bélisaire, ajoute notre auteur, résolut d'abord de marcher droit à Hypatius, mais faisant attention que les portes du palais du Cathisma étaient très-étroites et défendues par les soldats d'Hypatius, il craignit d'être écrasé par la masse du peuple lorsqu'il serait engagé dans les passages qu'il fallait traverser ; il renonça donc à ce projet. Mais vovant que la multitude qui remplissait l'Hippodrome était compacte et en désordre, et que les gens qui la composaient s'entre-poussaient les uns les autres , il mit l'épée à la main et se précipita sur la foule avec ses soldats.
1 Bondelmonti, Descript. Co?ist.
2 Anonym., ^«f. Const., lib. III, apud Banduri, p. 42.
3 P. Gyllii De lopogr. Const., lib. II, cap. xm, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 376.
4 On. Panvinius, De lud. circens., p. 10. — M. Dezobry, Rome au siècle d'Auguste, p. 158.
5 Procop., De bello Persico, lib. I, cap. xxiv; Paris., p. 74; Bon., p. 128.
Mundus, autre général de Justinien, était sorti du palais par un autre côté que Bélisaire; il se tenait en dehors de l'Hippodrome, attendant le moment favorable de prendre part au combat. Dès qu'il eut jugé que Bélisaire en était venu aux mains avec les insurgés, ajoute Procopc, il fit aussitôt irruption dans l'Hippodrome par la porte qu'on appelle Porte de la Mort. « Ainsi les soldats d'Hypatius, frappés des deux côtés avec » énergie, furent massacrés, et tout le peuple prit la fuite '. » Les issues qui restaient aux insurgés pour échapper à la mort devaient être en bien petit nombre, car on sait par les historiens que trente mille hommes périrent sous les coups des soldats de Justinien.
11 résulte évidemment du récit de Procope que Bélisaire, arrivé au Cirque par l'angle nord-ouest, avait tout le peuple devant lui, et que Mundus, au contraire, fit irruption dans l'Hippodrome par une porte qu'on nommait Porte de la Mort, et qui était située à l'opposite du point d'où était parti Bélisaire, et par conséquent à l'extrémité sud-est du champ de course. S'il y avait là une porte (n° 17, i), il devait également en exister une au côté opposé, à l'angle nord-ouest d'où était parti Bélisaire, qui dut l'occuper (n° 17, F). L'existence de ces deux portes étant établie, nous avons dû en admettre deux autres en regard des deux premières (G et II). La porte nord-est (G), qui était située du côté du palais, dut être occupée par Narsès, qui, d'après les historiens, combattit pour Justinien dans cette occasion 2, et l'on comprend que les insurgés, n'ayant pour fuir que la porte sud-ouest (il), aient été massacrés en très-grand nombre.
Le livre des Cérémonies, qui nous signale aussi quelques-unes des portes de l'Hippodrome , vient à l'appui de la position que nous leur avons donnée. Nous avons déjà cité l'entrée triomphale de l'empereur Théophile à Constantinople3. On a vu qu'étant arrivé au Forum, il était monté sur une estrade dressée en avant de la porte du vestibule de la Chalcé, et qu'après avoir harangué le peuple, il était rentré dans son palais en traversant l'Hippodrome. Nous traduisons littéralement le récit de l'auteur du livre des Cérémonies sur l'itinéraire suivi par Théophile : « Descendant du trône, il » monta de nouveau à cheval, traversa les galeries de l'Achilleus, et suivant le flanc de » Zeuxippe, il s'avança dans l'Hippodrome à ciel ouvert, et passant au-dessous du )> Cathisma, il descendit à travers Daphné (n° 41) dans l'Hippodrome couvert qui » était plus bas (n° 42), et descendant de cheval, il entra au palais par la salle des » trophées 4. »
Il est évident que si l'empereur Théophile fut obligé de passer au-dessous de la tribune des jeux, en traversant l'Hippodrome, pour se rendre des Bains de Zeuxippe à son palais, c'est que cette tribune se trouvait dans la direction des portes par lesquelles il était entré et sorti. On conçoit d'ailleurs que les portes durent être établies en face des espaces
1 Procop., De bello Persico, lib. I, cap. xxiv; Paris., p. 74; Bon., p. 128.
2 Theophan., Chronogr., Paris., p. 157; Bon., t. I, p. 285.
3 Voyez chap. II, § vm, p. 41.
4 Const. Porphyr . , De cer. aul. Byz., app. ad lib. I, p. 507.