TROISIÈME PARTIE. — LE PALAIS-SACRÉ
admirable. Le tuyau des eaux était caché par un aigle d'argent qui, le col tourné de côté et avec l'air superbe d'un chasseur heureux, étreignait un serpent dans ses serres1.
Constantin Porphyrogénète , dans la vie de son aïeul, nous a laissé la description de la chambre à coucher (n° 104) qui se trouvait à la suite de ce petit vestibule; nous nous contenterons de le traduire : « La chambre à coucher édifiée par l'empereur Basile est un » véritable chef-d'œuvre de l'art. Sur le sol, tout à fait au milieu, s'étale un paon, » résultat d'un beau travail de mosaïque. L'oiseau de Médée est renfermé dans un cercle » de marbre de Carie; les rayons de cette pierre se projettent de manière à former un » autre cercle plus grand. En dehors de ce second cercle, sont ce que j'appellerai des » ruisseaux de marbre vert de Thessalie qui se répandent dans le sens des quatre angles » de la pièce. Dans les quatre espaces formés par ces ruisseaux sont quatre aigles rendus » avec tant de vérité qu'on les croirait vivants et près de s'envoler. Les murs de tous côtés » sont revêtus par le bas de tablettes de verre de différentes couleurs2, qui reproduisent » des fleurs variées. Au-dessus, un travail différent, dont l'or fait le fond, sépare l'orne- » mentation de la partie inférieure de la salle de celle de la partie supérieure. On trouve » dans cette partie un autre travail de mosaïque à fond d'or représentant l'auguste ordon- » nateur de l'œuvre sur son trône, et l'impératrice Eudoxie, revêtus de leur costume » impérial et la couronne en tête. Leurs enfants sont représentés tout autour de la salle, » portant, eux aussi, leurs vêtements impériaux et leurs couronnes. Les jeunes princes » tiennent à la main des livres contenant les divins préceptes dans la pratique desquels ils » ont été élevés; les jeunes princesses tiennent aussi des livres semblables. L'artiste a voulu, » peut-être , donner à entendre que non-seulement les enfants mâles , mais ceux de l'autre » sexe, ont été initiés dans les lettres saintes et ont pris part aux enseignements de la » sagesse divine, et que l'auteur de leurs jours, quoiqu'il n'ait pu, à cause des vicissitudes » de sa vie, s'adonner aux lettres de bonne heure, a voulu néanmoins que ses rejetons » fussent instruits, et a tenu aussi à ce que même, si l'histoire s'en faisait, le fait fût )> patent pour tous par la voie de la peinture. Tels sont les embellissements qui se voient » sur les quatre murs jusqu'au plafond. Ce plafond, de forme carrée, ne s'élève pas en » hauteur. Il est tout resplendissant d'or. On y a reproduit au milieu, en verre de couleur » verte, la croix qui donne la victoire; autour de cette croix on voit des étoiles comme » celles qui brillent au firmament , et aussi l'auguste empereur , ses enfants et son impériale » compagne élevant les mains vers Dieu et vers le divin symbole de notre salut 3. »
Les deux petites pièces (n° 103, A et b) que nous avons tracées, à droite et à gauche du vestibule du Coiton , étaient destinées au service. On devait trouver dans l'une d'elles un petit escalier pour communiquer avec un rez-de-chaussée qui existait sans doute au-dessous
' Anonym., De Constant. Porphyr., lib. VI, § 24; Paris., p. 281; Bon., p. 451. 2 Sans doute les cubes de verre qui composent les mosaïques.
J Const. imp., Hisl. de vita et rébus rjestis Basil. împ., ap. Script, post Theopli.; Paris., p. 20i; Bon., p. 332.
du salon, de la chambre à coucher et de son vestibule (nos 102, 103 et 104);"car bien que le Chrysotriclinium (n° 95) fût bâti au niveau du sol , comme le terrain allait toujours en s'abaissant vers la mer, ces pièces devaient être élevées au-dessus d'un étage de soubassement.
A partir du règne de Basile, le Chrysotriclinium et le Cénourgion réunis formèrent la partie la plus importante du palais impérial. Au dixième siècle, à l'époque où quatre empereurs y résidaient ensemble, Romain Lécapène (915 f 948), qui, après s'être mit associer à l'empire par son gendre Constantin Porphyrogénète, s'était emparé du gouvernement de l'Etat, occupait seul le Cénourgion et le Chrysotriclinium; il avait relégué dans d'autres triclinium dépendant de la demeure impériale, et son gendre, le légitime empereur, et ses deux propres fils, Etienne et Constantin, qu'il avait fait également associer à l'empire '.
Nous avons dit qu'au fond de l'abside orientale du Chrysotriclinium existait une porte de sortie sur l'Héliacon du Phare (n° 105). Cet Iléliacon était une vaste cour entourée de portiques. Elle servait d'atrium à l'église Sainte-Marie du Phare et à la chapelle Saint- Démétrius. En face de ces deux églises existait, vers le nord-est, une porte à un seul battant, abritée par un petit porche (n° 105, A). Par cette porte on sortait du Palaissacré.
Le naos Sainte-Marie du Phare (n°106) existait déjà au commencement du neuvième siècle, à l'époque de Michel Rangabé 2 ; il fut restauré et embelli par Michel III 3 et devint la chapelle impériale du palais lorsque Basile le Macédonien eut bâti le Cénourgion pour son habitation personnelle *. On a vu que le Macron de la chambre à coucher du Cénourgion avait une sortie sur le narthex de Sainte-Marie du Phare. La porte principale de l'église était d'ivoire 5. On y conservait une couronne d'or émaillé et une grande croix, ouvrages d'orfèvrerie sortis des mains habiles de l'empereur Constantin Porphyrogénète 6.
La chapelle Saint-Démétrius (n° 107) s'élevait sur l'Héliacon du Phare de même que l'église Sainte-Marie, à laquelle elle était jointe. On passait de l'une dans l'autre. Une image de la Vierge exécutée en émail existait à l'intérieur près de la porte d'entrée. Le sanctuaire avait la forme d'un hémicycle fermé par une clôture rectiligne et dont le contour était pénétré par trois absides.
Le phare (n° 108) qui avait donné son nom à l'Héliacon était construit auprès de cette cour. Ce phare était en communication avec un autre phare bâti sur la côte d'Asie,
1 Luitprandi Antapodosis, lib. V, § xxi, ap. Pertz, Momun. Germ. hîst., t. V, p. 333.
2 Cedreni Hîst. compend.; Paris., p. 485; Bon., t. II, p. 48. s Léo Grammaticus, Chronogr.; Paris., p. 468.
4 De cer. mil. Bjz., lib. I, cap. xxxm, p. 177.
5 De cer. oui. Byz., lib. I, cap. xxxi, p. 171.
6 De cer. au/. Byz., lib. II, cap. xv et xl, p. 582 et G40.