‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 39 sur 96 · TROISIÈME PARTIE. — LE PALAIS-SACRÉ · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — LE PALAIS-SACRÉ

au delà du Bosphore, lequel correspondait avec une suite de phares qui s'étendait jusqu'aux confins de la Gilicie. Au moyen des signaux transmis de station en station , l'empereur était prévenu prompfement des incursions des Sarrasins '. Le Palais-sacré se terminait là, du côté de l'orient.

On sortait de l'Héliacon du Phare par une porte à un seul battant qui s'ouvrait sur un petit portique (n° 105, A) au-devant duquel on trouvait deux chemins. Le premier était un péripatos dallé en marbre (n° 119) qui se prolongeait jusqu'à la porte s'ouvrant sur le forum Augustéon, auprès du Sénat, et qu'on nommait Monothyros (n° 118) ; le second (n° 127) s'appelait la Descente du Boucoléon, io xaTa^àatov toû BouxoÀéovTOç , et conduisait au port et au palais de ce nom 2. Nous reviendrons sur ces deux grandes voies, mais il nous faut avant tout rentrer dans le Palais-sacré, pour en terminer la description.

Traversons donc l'Héliacon du Phare, le Chrysotriclinium , le Tripéton, et nous nous retrouverons dans le Lausiacos (n° 92). En sortant de ce triclinium par son extrémité méridionale, on entrait dans le grand triclinium de Justinien, qu'on appelait souvent le Justinianos, sans addition du mot triclinium.

Le Justinianos (n° 109) était une longue galerie dirigée de l'est à l'ouest. Elle était éclairée au nord sur les jardins intérieurs et sur les galeries de Daphné, et au midi sur les grands jardins qui s'étendaient jusqu'à la mer. Les fenêtres orientales étaient tournées vers la Nouvelle-église-basilique (n° 128) bâtie par l'empereur Basile. L'extrémité occidentale 3 du Justinianos aboutissait à un vestibule (n° 110) appelé les Scyla, qui était l'une des entrées du Palais -sacré 4.

Avant d'aller plus loin, il faut faire une remarque importante. On a vu que le Sigma, le Triconque, les galeries à la suite et les pièces adjacentes (nos 71 à 78), étaient bâtis au-dessus d'un étage de rez-de-chaussée, mais qu'au bout des galeries du Triconque il fallait descendre un escalier (n° 76) avant d'entrer dans le triclinium Lausiacos (n° 92). Cet étage de rez-de-chaussée s'arrêtait donc au Lausiacos, qui était élevé sur terre-plein dans sa partie septentrionale. Le Chrysotriclinium (n°95), de plain-pied avec le Lausiacos et la cour ou Héliacon du Phare (n° 105), l'était donc également. Mais, comme le terrain sur lequel s'étendait la résidence impériale allait toujours en s'abaissant vers la mer, la partie méridionale du Lausiacos avait dû être établie au-dessus d'un étage de rez-dechaussée, ou plutôt au-dessus d'arcades à jour. Le Justinianos et les Scyla (nos 109 et 1 10), qui étaient de plain-pied avec le Lausiacos, étaient pareillement élevés au-dessus d'arcades. Aussi, pour sortir du Palais-sacré par les Scyla, fallait-il descendre un escalier (n° 111) conduisant à une Phiale (n° 112) et aussi à une porte (n° 111, A) qui s'ou-

1 Anonym., De Michaele Theoph. fil., lib. IV, § 35; Paris., p. 122; Ron., p. 197.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, § 3, p. 117.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxi, et lib. II, cap. i et ni, p. 123, 518 et 524.

4 Ta ffxïïXa signifie dépouilles, et l'on pourrait donner à ce vestibule le nom de salle des Trophées; nous préférons lui conserver son nom grec de Scyla.

vrait 1 sur l'Hippodrome couvert (n° 42) . De cet Hippodrome on arrivait , par la cour de Dapliné (n° 41), à la porte de fer (n° 39), entrée principale du palais du côté du Cirque.

Lorsque l'empereur devait présider aux jeux du Cirque, il traversait le Palais-sacré, les galeries et le palais de Dapliné, le Péripatos du palais, l'église Saint-Etienne et le palais du Cathisma, pour arriver à la tribune des jeux, où son trône était établi; mais lorsqu'il devait seulement se montrer au peuple réuni dans l'Hippodrome et lui donner sa bénédiction 2, il n'avait pas besoin de faire un aussi long trajet à travers le palais. Sortant du Chrysotriclinium, il parcourait le Lausiacos et le Justinianos, et arrivé à l'extrémité de ce triclinium, il sortait3 de plain-pied sur une terrasse (n° 113) qui s'étendait jusqu'aux murs du palais, en face du grand côté oriental de l'Hippodrome, et s'asseyait sur le trône qu'on avait dressé là à cette occasion. Cette terrasse, qui était de niveau avec le Justinianos et dominait les murailles, était donc élevée sur des arcades. Quand on voulait aller de la Pliiale (n° 112) dans les jardins, et arriver aux différents édifices élevés entre le palais et la mer, on passait sous l'escalier des Scyla et sous ce vestibule, qui devaient être aussi portés par des arcades, et puis sous la terrasse.

Cette terrasse se prolongeait au-dessus d'une galerie qui était appliquée aux murs du palais, et qui portait le nom de Galerie de Marcien (n° 142). Cette galerie conduisait à une dernière tour qui renfermait une chapelle dédiée à saint Pierre, au-dessus de laquelle existait un oratoire sous le vocable de la Mère de Dieu (n° 143). Cet oratoire était donc de niveau avec le passage pratiqué sur la galerie de Marcien et avec l'Héliacon du Justinianos.

Le triclinium de Justinien servait à la réunion des différents corps constitués qui devaient être admis à l'audience de l'empereur4 ou l'attendre pour l'accompagner hors du palais5. Quelquefois les différents corps de fonctionnaires, étant organisés dans le Justinianos, ne passaient pas par le Lausiacos (n° 92) et le Tripéton (n° 94) pour arriver au Chrysotriclinium, et se présenter devant l'empereur; ils descendaient dans la Thermastra, c'est-à-dire à l'étage du rez-de-chaussée, au-dessous des galeries de Dapliné (n° 44), puis, traversant la Pliiale mystérieuse du Triconque (n° 61) et montant les degrés qui conduisaient au Sigma 6, ils arrivaient par la galerie des Quarante-Saints à la salle (n° 98) qui se trouvait formée par l'écoinçon nord-ouest du grand carré qui renfermait le Chryso-

1 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. i, p. 518.

1 Voyez les détails de cette cérémonie, chap. IV, § xx.

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, p. 286.

4 Nous ne pouvons mieux comparer le triclinium de Justinien qu'à la grande galerie des tableaux du Louvre. Au 1" janvier de cliaque année et dans certaines occasions, tous les officiers des différents corps de la garde nationale de Paris et de l'armée s'y réunissent et s'y organisent, et à l'heure indiquée ils traversent le pavillon de Flore et arrivent jusqu'à la salle du Trône pour défiler devant l'Empereur.

5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xi et xxxn, p. 86, 171 et pass.

6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, § 6, p. 289.

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