LE MILLIAIRE
les trouve mentionnées dans les auteurs1. Comme elles furent élevées et renversées à différentes époques, nous ne parlerons que des plus importantes qui sont indiquées dans notre plan et qui subsistèrent jusqu'à la ruine de l'Augustéon. Mais, avant tout, nous devons nous occuper du Milliaire, to MiXwv (n° 3), qui existait au centre de la place.
A Rome, le Milliaire était une simple colonne qu'Auguste avait fait placer au milieu de la ville, et d'où l'on commençait à compter les milles pour tous les grands chemins de l'empire; à Constantinople , le Milliaire offrait un monument important qui devait avoir la forme des arcs de triomphe et être percé d'arcades sur ses quatre faces. C'est au moins ce que l'on doit conjecturer de différents passages des auteurs.
Il est d'abord constant qu'un grand arc donnant naissance à une voûte existait dans le Milliaire. En effet, l'Anonyme nous apprend que les statues de Constantin et de sa mère Hélène, avec la croix entre eux, étaient placées dans la voûte du Milliaire, èv tt) xafxàpa tou MiXfou*, et Codin, qui donne le même renseignement en précisant davantage, dit que ces statues étaient élevées dans l'arc de la voûte, ev r/j <fcj>t§i tyjç xapiapaç3. Enfin on voit dans Cédrénus que l'arcade qui renfermait les statues de Constantin et de sa mère était tournée vers l'orient4. Dans ces auteurs, il n'est question que d'une seule arcade, mais Nicétas 5, dans le récit qu'il fait du combat livré dans le Forum par les soldats du jeune empereur Alexis II à ceux du césar Jean , dit que les premiers , après avoir chassé leurs adversaires du Milliaire, plantèrent leurs étendards dans les arcades. L'auteur, en se servant là du pluriel, nous apporte la preuve que le Milliaire en avait plusieurs. Si une arcade donnant naissance à une voûte s'ouvrait à l'orient, on peut admettre qu'une arcade correspondante s'ouvrait aussi du côté de l'occident. D'une autre part , le livre des Cérémonies vient nous apprendre que le Milliaire offrait non -seulement des voûtes sous lesquelles vin assez grand nombre de personnes se réunissaient, mais encore que le monument était percé de part en part et pouvait être traversé dans plusieurs sens. Ainsi, le second jour de la semaine de Pâques, l'empereur, sortant de l'église Sainte - Sophie par le Baptistère, traversait le Milliaire et de là s'avançait dans le Forum jusqu'à la colonne portant une croix qui se trouvait en face de l'oratoire Saint-Constantin, dont nous parlerons plus loin6. La même marche de l'empereur est indiquée dans la cérémonie de la fête de l'Annonciation7. Dans ces circonstances, l'empereur, sortant du Baptistère, se trouvait donc au nord du Forum; voulant aller à
1 Anonym., Antiq. Constant., ap. Banduri, Imp. Orientale, lib. I. — Cedreni Comp. Histor.; Paris., p. 322 et seq.; Bon., p. 564. — Codin., De signis, Paris., p. 23; Bon., p. 41.
2 Anonym., Ant. Const., ap. Banduri, lib. I, p. 10.
3 Codin., De signis; Paris., p. 16; Bon., p. 28.
4 Cedreni Hist. comp.; Paris., p. 322; Bon., p. 564. 6 NrcETJS Hist.; Paris., p. 153; Bon., p. 307.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. x, § 3, p. 74. ' Idem, lib. I, cap. xxx, § 2, p. 164.
la colonne de Saint- Constantin (n° 5), qui s'élevait dans le Forum plus bas que le Milliaire, c'est-à-dire au midi, il ne pouvait traverser ce monument autrement que dans la direction du nord au sud. Dans d'autres occasions, on voit l'empereur passer à travers le Milliaire dans le sens opposé, c'est-à-dire du sud au nord. Ainsi, le jour de la Pentecôte il sortait du palais par la grande porte du vestibule de la Chalcé (n° 20) pour aller à Sainte-Sophie, et partant par conséquent du midi pour se diriger vers le nord, il traversait dans ce sens le Milliaire et l'Augustéon pour se rendre à la salle de l'Horologion, par laquelle il entrait dans la Grande-Eglise1. L'empereur Basile, faisant son entrée à Constantinople, arriva au Forum par le sud, et après avoir prié Dieu dans l'oratoire Sainte-Marie du Forum (n° 9), il se dirigea par le milieu de la place vers le Milliaire, qu'il traversa pour entrer à Sainte-Sophie par l'Horologion2, qui s'élevait, comme on l'a vu, dans la partie nord du Forum. Le Milliaire avait donc été traversé dans ces occasions du sud au nord. Nous croyons donc pouvoir admettre que le Milliaire élevé au milieu du Forum était un monument rectangulaire , ouvert sur ses quatre faces par des arcades donnant entrée à des voûtes qui s'entre-croisaient.
Du reste, on voit souvent dans le livre des Cérémonies que l'empereur, en allant à Sainte- Sophie, ou bien en sortant de l'église pour rentrer au palais, recevait les hommages de certains fonctionnaires et des chefs des factions du Cirque sous les voûtes du Milliaire 3. Les grands dignitaires qui accompagnaient l'empereur se rendant à Sainte- Sophie descendaient quelquefois de cheval dans le Milliaire. Dans la relation que donne le livre des Cérémonies de l'entrée triomphale de Théophile ( 829 f 842), il est dit que l'empereur étant arrivé au Milliaire, les sénateurs descendirent de cheval dans ce monument, qu'ils s'organisèrent en procession avec les principaux officiers du palais, et que tous, à pied, précédèrent l'empereur jusqu'à la porte du Puits-sacré (n° 1, L), oû il descendit de cheval4. On voit par là, et par les citations que nous avons faites plus haut, que le Puitssacré, de même que l'Horologion et le Baptistère, étaient assez rapprochés du Milliaire, mais qu'ils en étaient cependant séparés par une certaine étendue de terrain à parcourir dans l'Augustéon.
Un autre édifice s'élevait dans le Forum, entre le Milliaire et le palais impérial. C'était un oratoire consacré sous le vocable de saint Jean l'Evangéliste, EùxT/jptov toO 'Icoàvvou GeoXdyou (n° 6). Cet oratoire avait été bâti par Phocas (602-|-610), qui l'avait consacré à saint Phocas, son patron ; mais lorsque Héraclius, après avoir renversé ce tyran, eut été proclamé empereur à sa place, il dédia ce petit temple à saint Jean l'Évangéliste. La situation nous en est parfaitement indiquée par les auteurs. L'Anonyme du onzième
1 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. ix, § 5, p. 63.
2 De ccr. oui. Byz., appendix ad lib. I, p. 502.
3 De cer. oui. Byz., lib. I, cap. i, § 26, et cap. xvn, § 5, p. 32 et 106.
4 De cer. oui. Byz., appendix ad lib. I, p. 506.