‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 4 sur 96 · LES MONUMENTS SITUÉS AUX ABORDS DU PALAIS · texte numérisé non relu

LES MONUMENTS SITUÉS AUX ABORDS DU PALAIS

Après avoir agrandi l'enceinte de Byzance, Constantin, dans la vingtième année de son règne, fit édifier, en face du palais impérial, une basilique qu'il dédia à la Sagesse divine, T(i àyfa Socpi'a. C'est de là que les Byzantins donnèrent à ce temple le nom de Sainte-Sophie. L'empereur Constance, fils de Constantin, en fit agrandir l'enceinte et le reconstruisit en partie, mais il ne subsista en cet état que soixante-quatorze ans. En 404, sous le règne d'Arcadius, il fut incendié le jour même de l'exil de saint Jean Chrysostome , sans qu'on ait pu découvrir les véritables auteurs de l'incendie. Sainte-Sophie fut réparée par Théodose le Jeune (408f450) , qui en fit faire la dédicace dans la septième année de son règne 1 . Mais en 532, l'église de Théodose fut entièrement brûlée durant la sédition des Victoriats dont nous avons déjà parlé.

Justinien entreprit aussitôt de reconstruire ce temple, non plus dans la forme des anciennes basiliques romaines qui avait été adoptée par Constantin et Théodose II, mais dans un style nouveau, avec des voûtes qui devaient le mettre à l'abri du Feu; il n'épargna rien pour en faire le plus bel édifice de l'univers. Il rassembla de toutes les parties de l'empire les matériaux les plus précieux et les meilleurs ouvriers : Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, les plus habiles architectes de ce temps, furent choisis pour diriger les travaux2. Le nouveau temple conserva le nom de Sainte-Sophie; on lui donnait aussi celui de Grande-Eglise3.

11 existe un grand nombre de descriptions de ce temple célèbre 4 : la meilleure de toutes

1 Du Cange, Const. Christ., lib. III, § 2, nc< 1, 2 et 3; Paris., p. (> et seq.

* Pauli Silentiarii Descript. S. Sophiœ; Paris., Il" pars, v. 135; Bonnne, 1839, v. 552, p. 28. — Procopius, De œdificiis, lib. I, cap. i; Paris., p. 5; Bon., p. 174.

' Procopius, De œdificiis, lib. I, cap. i; Paris., p. 8; Bon., p. 179. — Constant. Porphyr., De cer. aul. Byz., passim.

4 On trouvera des plans de l'édifice et de bonnes descriptions dans Du Gange, Constantinopolis Christiana, lib. III; Banduri, Imp. Orient., lib. IV, t. I, p. (M, et t. II, p. 7ii; Parisiis, 1711; Bonna?, 1837; M. Batissier, Histoire de l'art monumental ; Paris, 1800, p. 395.

est celle de M. de Salzenberg1, qui a fourni à l'appui de son texte vingt-sept planches présentant plusieurs plans de 1 édifice, la coupe en couleur du monument, son élévation sur ses différentes faces, et les détails, dans une assez grande proportion, de ses colonnes, de ses portes, de ses fenêtres, ainsi que des marbres et des mosaïques qui en décorent les parois. Nous aurions donc pu nous borner a décrire les parties que nous voulons restituer, et ne pas parler du corps de l'édifice qui subsiste encore; nous en donnerons cependant ici une description succincte, afin d'y rattacher les parties dont nous avons à faire la restitution et de présenter un ensemble à nos lecteurs.

En avant du temple était l'atrium (planche II, n° 1 A). C'était une cour rectangulaire entourée de trois côtés par des portiques, et du côté du temple par un premier vestibule, l'exonarthex , dans lequel on pénétrait par cinq portes2. Les portiques étaient supportés du côté de la cour, où ils étaient ouverts, par des colonnes de marbre et des piliers carrés de briques portant des arceaux. Les piliers occupaient les angles nord-ouest et sud-ouest de la cour, puis, au delà de ces piliers, on trouvait deux colonnes pour porter les arceaux et ensuite un pilier; cette disposition alternative se déployait sur trois côtés de la cour3. A l'intérieur, les portiques étaient voûtés en berceau. Au centre de l'atrium existait un vaste bassin de marbre précieux, où l'eau se renouvelait sans cesse '. Les portiques de l'atrium étaient fermés sur l'extérieur par des murs de brique, percés de diverses ouvertures munies de portes. On lit en effet dans Nicétas que les troupes impériales qui combattaient en faveur du jeune empereur Alexis II, fils de Manuel Comnène, après avoir chassé du Forum les partisans de la princesse Marie, femme du césar Jean, qui étaient venus attaquer le palais, brisèrent les portes de l'Augustéon donnant accès dans l'atrium, afin de déloger les soldats du césar réfugiés dans le narthex de Sainte- Sophie5.

De l'exonarthex on pénètre dans un second vestibule voûté en berceau , qui portait le nom de narthex. Ces deux vestibules s'étendent sur toute la largeur de l'église, dans laquelle ou entre par neuf portes, dont trois donnent accès à la nef et trois à chacun des bas côtés. Si l'on en excepte l'abside orientale, dont nous parlerons plus loin, l'église est renfermée dans un espace rectangulaire de 77 mètres de longueur sur 71 mètres 70 centimètres de largeur, y compris l'épaisseur des murs. Cet intérieur est divisé en une partie centrale , la nef, et deux parties latérales. Au centre de l'édifice s'élève une

1 All-Chrlstliche Baudenkmale von Constantinopel; Berlin, 1854. La figure que nous donnons dans notre seconde planche du plan de Sainte-Sophie a été relevée, quant aux dimensions, sur le grand plan de M. de Salzenberg, planche 6 de son ouvrage.

s Pauli Silentiarii Descript. S. Soplùœ, II» p., v. 174; Bonnae, v. 590, p. 29.

s M. de Salzenberg a pu constater cette disposition des portiques au milieu des constructions diverses qui les encombrent aujourd'hui.

4 Paulus Silent., loc. cit.

5 Nicet/e Guoniat/e Historia. De Alex. Mon, fil.; Paris., p. 153; Bonnae, p. 307.

coupole de 31 mètres de diamètre inscrite dans un carré. Elle s'appuie sur quatre grands arcs d'une ouverture égale à son diamètre, lesquels reposent sur quatre gros piliers. D'immenses encorbellements triangulaires, qui ont reçu le nom de pendentifs, se projettent sur le vide, remplissent l'espace entre les grands arcs et viennent saisir la coupole. Sur les deux arcs perpendiculaires à la nef, l'arc oriental et l'arc occidental, s'appuient deux demi-coupoles couvrant des parties hémisphériques qui prolongent la partie centrale de l'église à l'orient et à l'occident, en lui donnant ainsi une forme ovoïde. Au contraire, au nord et au midi de la grande coupole, les grands arcs sont fermés par un mur plein soutenu par des colonnades.

Autour de l'hémicycle, que recouvre la grande demi-coupole orientale, s'ouvrent trois absides : au centre, l'abside principale, qui se prolonge à l'orient et se termine par une voûte en cul-de-four, et deux absides secondaires à droite et à gauche de l'abside principale. Le fond des deux absides secondaires est ouvert sur les bas côtés et leur voûte est soutenue dans cette partie par deux colonnes. Le pourtour de l'hémicycle occidental est pénétré de la même manière, mais l'arcade centrale n'est pas terminée en cul-de-four, la voûte se prolonge jusqu'au mur de face dans lequel sont percées les trois portes d'où l'on sort dans le narthex. Les parties latérales, ou bas côtés, ne s'élèvent pas au delà de la naissance des grands arcs; elles sont divisées en deux étages, qui portaient l'un et l'autre le nom de Catéchumènes 1 ; c'est de là que la partie du narthex qui précédait le rez-de-chaussée des bas côtés s'appelait les Catéchumènes du narthex2. L'étage supérieur, qui recevait encore le nom de Gynécée3, s'étend au-dessus du narthex, ce qui relie entre elles les deux parties latérales supérieures. Les voûtes sont soutenues par les quatre piliers de la grande coupole, par quatre autres pilieis qui, avec les premiers, reçoivent la retombée des arcs ouverts dans les deux hémicycles, et par quarante colonnes. On compte soixante colonnes dans l'étage supérieur, qui était occupé en grande partie par le gynécée où se tenaient les femmes ; c'est au total cent colonnes de porphyre ou de marbre précieux dont l'église est enrichie à l'intérieur. Quarante fenêtres sont pratiquées à la base de la grande coupole ; d'autres fenêtres , en grand nombre , sont ouvertes dans les murs qui remplissent les grands arcs du nord et du midi, dans les demi-coupoles et dans les absides. Tous les murs à l'intérieur sont couverts de marbres précieux, et les voûtes revêtues de mosaïques aux brillantes couleurs.

Le corps de l'édifice que nous venons de décrire existe encore aujourd'hui. Arrivons aux parties qui ont été détruites et dont nous allons essayer de faire la restitution.

Dans la partie circulaire au-dessous de la grande coupole (le naos) , entre le point milieu de l'édifice et l'hémicycle oriental (la solea), s'élevait l'ambon4, qui avait été construit avec

1 Du Gange, Consl. Christ., lib. III, § 38, p. 33.

2 Const. Porphyr. De cer. aul. Byz., lib. I, cap. x, § 7, p. 80.

3 Du Cange, Const. Christ., lib. III, § 42.

4 Pauu Silentiarii Descript. ambonis, v. 50, p. 50; Bonnae, 1837.

les marbres les plus rares enrichis de pierres précieuses et d'ornements en or émaillé1. Cette tribune, assez vaste pour qu'on pût y faire le sacre des empereurs2, était couronnée par un dôme revêtu de plaques d'or rehaussées de pierreries ; une grande croix ornée de rubis et de perles rondes complétait la décoration 3. Cette magnifique! construction fut écrasée sous les décombres de la grande coupole, dont la partie orientale s'écroula à la suite d'un tremblement de terre, dans la trente-deuxième année du règne de Justinien. La coupole ayant été réédifiée, l'ambon fut également reconstruit, mais d'une façon moins splendide. De beaux marbres enrichis d'ornements en argent furent uniquement employés dans cette reconstruction4.

Après avoir traversé lasolea, on arrivait à l'entrée de l'abside principale renfermant le sanctuaire, qui recevait des Grecs le nom de Béma . C'est dans ce lieu saint, dont l'accès n'était permis qu'aux prêtres et à l'empereur, que l'orfèvrerie déployait toute sa magnificence.

Le Béma était séparé de la solea par une clôture5, composée d'un soubassement qui portait douze colonnes surmontées d'une architrave. Le tout était d'argent. Dans des médaillons elliptiques creusés sur les colonnes, on voyait les images du Christ, de la Vierge, et celles d'une foule d'anges inclinant la tête, et encore celles des apôtres et des prophètes qui avaient prédit la venue du Messie. Ces figures étaient rendues par une fine gravure6. Sur le soubassement , on voyait aussi gravé le monogramme de Justinien, celui de l'impératrice Théodora, et des boucliers orbiculaires qui renfermaient l'image de la croix. Trois portes étaient ouvertes dans cette clôture 7.

L'autel , auquel on montait par quelques degrés revêtus d'or, s'élevait au milieu du Béma 8. Le dessous n'était pas plein ; la sainte table , dont la surface était tout en or et enrichie de pierres fines et d'émaux, reposait sur des colonnes d'or ornées de pierreries, et le sol sur lequel les colonnes s'appuyaient était également recouvert de plaques de même métal 9.

Un magnifique ciborium s'étendait au-dessus de l'autel et de ses degrés. Paul le Silentiaire , poëte contemporain 10 , et l'auteur anonyme qui a décrit les monuments de

1 G. Codinus, De structura templi S. Sophiœ; Paris., p. 70; Bonnae, 1843, p. 142.

2 Codinus, De officialibus palatii Const., p. 89; Bonnas, 1839.

8 Anonym., Antiq. Const., lib. IV; apud Banduri, Imp. Orient., t. I, p. 75. 1 Codinus, De struct. S. Sophiœ; Paris., p. 72; Bon., p. 144.

6 Paul le Silentiaire donne à la clôture du Béma le nom de i'pxoç; Sozomène celui de Spupiaxta; mais le nom qui prévalut plus tard fut celui de xtyxWosç , employé par Constantin Porphyrogénète dans la description qu'il donne de la nouvelle basilique bâtie par l'empereur Basile. Les Latins appelaient la clôture du sanctuaire du nom de Cancelli.

6 Pauli Silentiarii Descript. S. Sophiœ; Paris., IP pars, v. 265; Bonnœ, v. 682 et seq., p. 33.

1 Idem; Paris., II» pars., v. 295; Bon., v. 712, p. 35.

' Codinus, ap. Du Cange, Constant. Christ., lib. III, § 54; Parisiis, 1711, p. 49.

9 Pauli Silentiarii Descript. S. Sophiœ, Paris., II- pars, v.335; Bonnae, v.752, p. 36. — Anonym., Ant. Const., lib. IV, ap. Banduri, Imp. Orient., t. I, p. 74.

A l'égard des émaux et de la manière dont la sainte table de Sainte -Sophie était faite, consulter nos Recherches sur la peinture en émail, Paris, 1846, p. 102.

40 Pauli Silent. Descript. S. Sophiœ; Parisiis, II» pars, v. 303; Bonna?, v. 720, p. 35.

Constantinople au onzième siècle en ont laissé des descriptions assez détaillées pour qu'on puisse se le représenter parfaitement. Quatre colonnes d'argent doré d'une grande élévation portaient quatre arcades qui soutenaient un dôme à huit pans de forme triangulaire. Un cordon noueux 2 qui se déroulait en suivant la courbure des arcades, serpentait à la base des pans du dôme et se redressait sur leurs arêtes jusqu'au faîte. Ce dôme , en argent rehaussé d'ornements niellés 3, se terminait , comme on le voit , d'une façon aiguë : c'était une espèce de pyramide ; il portait à son sommet une sorte de coupe dont les bords recourbés étaient découpés en forme de fleur de lis ; cette coupe recevait un globe, image de la sphère céleste. Une grande croix d'or, enrichie des pierres précieuses les plus rares, s'élevait au-dessus du globe et dominait tout l'édifice. Huit candélabres d'argent placés à la base du dôme, au point où les différents pans s'unissaient l'un à l'autre, complétaient la décoration. Ces candélabres, simples motifs d'ornementation, n'étaient pas destinés à porter des lumières.

Au fond de l'abside , en arrière de l'autel , s'élevait le trône du patriarche ; à droite et à gauche, des sièges réservés aux prêtres en garnissaient tout le pourtour. Quatre colonnes entraient dans la décoration de cet hémicycle ; trône , sièges et colonnes , tout était d'argent doré 4.

Ainsi, dans ce sanctuaire, les constructions qui appartenaient à l'architecture, comme le mobilier, tout était en métaux précieux. Procope, après avoir donné la description du temple de Sainte-Sophie, dit qu'il lui serait impossible d'énumérer toutes les richesses dont Justinien le dota, et, pour en donner une idée à ses lecteurs, il ajoute que dans le sanctuaire seulement il y a quarante mille livres pesant d'argent 5.

Les bâtiments adossés au mur méridional de Sainte-Sophie et qui s'élevaient sur le forum Augustéon avaient une grande importance. Jamais, en effet, l'empereur n'entrait à Sainte-Sophie par l'atrium de l'église et l'exonarthex. Du vestibule de la Ghalcé, il se dirigeait vers l'une des salles que renfermaient ces bâtiments, et c'est de là qu'il pénétrait dans la Grande-Eglise. S'il voulait y entrer en cérémonie par les grandes portes impériales qui s'ouvraient du narthex sur la nef, il gagnait le vestibule du narthex (pl. II, n° 1, i), et, de là, il pénétrait dans le narthex, qu'il parcourait

1 Jntiq. Constant., ap. Banduri, Imp. Orient., lib. IV, t. I, p. 74.

2 Le Silentiaire (Paris., II" pars, v. 314; Bonnae, v. 731) désigne d'abord cet ornement par le mot j5â/tç, qui signifie épine du dos, échine, et par extension le dos d'une feuille, et plus bas (v. 322 ou 739) par axavOa, qu'on traduit par épine, plante épineuse, chardon, arête de poisson. L'ornement d'argent ainsi désigné, qui couvrait la ligne de jonction des pans avec les arcades, devait être une sorte de cordon noueux ou de torsade.

3 'ApyupoéyxauffTov, dit l'Anonyme.

4 Pauli Silentiarii Descript. S. Sopliiœ; Paris., IPpars, v. 229; Bonnae, v. 362, p. 19. — Anonym., Jntiq. Const., lib. IV, ap. Banduri, t. I, p. 74.

5 De œdificiis, lib. I, cap. i; Paris., p. 8; Bonnse, p. 179.

jusqu'à ces portes; sinon, il entrait dans leglise par le Puits-sacré ou par le Métatorion (n° 1 , L et M).

Commençons la description de ces différentes salles en partant du narthex.

En sortant du narthex par son extrémité méridionale, on trouvait une pièce qui portait le nom de Vestibule du narthex (n° 1, l), to npoirîXouov tou vàpOvjxoç1.

Une magnifique porte de bronze, qui subsiste encore aujourd'hui, fermait ce vestibule sur le narthex. On lit dans le haut de l'un des battants : MIXAHA NIKHTON, MICHEL VAINQUEUR. Cette belle porte a été reproduite par M. de Salzenberg2. A droite du vestibule du narthex existait une pièce qui portait le nom de Didascalios; les cycles pascals étaient gravés sur ses murs. Le Didascalios servait d'entrée à un grand escalier tournant qui conduisait à l'étage supérieur des Catéchumènes méridionaux. Ce lieu a été altéré par les Turcs ; mais un passage du cérémonial à observer le jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix, nous apprend que le Didascalios et l'escalier devaient exister sur l'emplacement qu'occupe le minaret sud-ouest, l'un des quatre qui flanquent aujourd'hui l'édifice de Sainte-Sophie. Après l'adoration de la vraie Croix, qui s'était faite dans les Catéchumènes supérieurs de l'église, « l'empereur descend par le grand escalier en limaçon, et inclinant » à gauche, il passe par le Didascalios, où les cycles pascals sont gravés, et, descendant » les degrés, il entre par les grandes portes du narthex, et étant parvenu aux portes

» impériales, il s'arrête Ensuite, il traverse avec le patriarche le milieu du naos, et

)> entre par la solea dans la partie droite de l'ambon3. »

Ainsi, après avoir descendu le grand escalier en limaçon, l'empereur se trouvait dans la salle nommée Didascalios, et, de là, il passait évidemment dans le vestibule du narthex, puisqu'il en franchissait les belles portes avant de parvenir aux portes impériales qui donnaient accès dans la nef de l'église.

A gauche du vestibule du narthex existait (n° 1 , J) un passage éclairé sur une petite cour qui subsiste encore aujourd'hui. Une porte du Baptistère, dont nous parlerons plus loin, s'ouvrait sur ce passage, qui conduisait aussi à l'Horologion, to 'QpoXo'yiov (n° 1, K). C'était une vaste salle qui touchait au Baptistère4. Elle s'ouvrait sur le Forum. Lorsque l'empereur sortait de son palais par le vestibule de la Chalcé pour aller à Sainte-Sophie, il entrait ordinairement par cette salle après avoir traversé le Forum 5 ; il y faisait souvent des réceptions de fonctionnaires avant de pénétrer dans l'église6. Elle recevait son nom d'mie horloge solaire qui s'y trouvait placée, et il est à croire, d'après une inscription

* Const. Porphyr. De cerim. aul. Byzant., lib. I, cap. i, p. 14. 5 Alt-ChristUche Baud. von Constant., blatt 19.

8 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxn, p. 126.

* Codin., De S. Sophia; Paris., p. 66; Bon., p. 135.

5 Const. Porphyr. De cerim. aul. Byz., lib. I, cap. ix, § 5, p. 63.

6 Idem, lib. I, cap. i, § 8 et 9, et appendix ad lib. I, p. 14 et 502.

qui se trouve dans le livre IV de l'Anthologie grecque1, que cette horloge avait été faite sur l'ordre de Justin II et de sa femme Sophie.

A la suite de l'Horologion se trouvait le Puits-sacré, to "Aytov <ï>psap (n° 1, L), autre grande salle qui recevait ce nom, au dire de l'Anonyme2, de la margelle d'un puits qu'on y conservait ; elle avait été rapportée de Samarie, et on la regardait comme étant celle du puits auprès duquel le Christ avait conversé avec la Samaritaine. Du Cange3 a contesté le récit de l'Anonyme et rapporté le texte de divers auteurs qui disent que ce n'était pas la margelle du puits qui existait dans la salle du Puits-sacré, mais seulement un tableau où la scène du Christ conversant avec la Samaritaine était reproduite. Mais un passage du livre des Cérémonies de la cour de Byzance ne laisse aucun doute sur le fait rapporté par l'Anonyme. On y voit en effet qu'avant d'entrer dans l'église, l'empereur se prosternait devant le puits sacré4. De la grande salle du Puits-sacré on entrait dans l'église5. Ce ne pouvait être que par la grande porte méridionale qui subsiste encore au centre de l'édifice. Le Puits-sacré avait aussi une porte qui s'ouvrait directement sur les portiques du Forum, et l'empereur entrait quelquefois par cette porte en venant du palais, ou en sortait pour traverser le Forum6. L'emplacement du Puits-sacré nous est donc indiqué par ces renseignements puisés dans les auteurs et par la disposition des portes qui existent encore.

Du Puits-sacré, on passait dans le Métatorion, to Mr^aTcoptov 7. Justinien avait fait construire cette salle (n° 1, M) pour lui servir de lieu de repos lorsqu'il sortait du temple après les offices8. Elle servait à l'empereur de vestiaire et de salle à manger9. Le Métatorion communiquait avec l'église 10. Le siège de l'empereur étant situé dans la partie droite du Béma n, il n'avait, lorsqu'il voulait quitter l'église, que quelques pas à faire pour gagner cette salle destinée à son service particulier. La communication entre l'église et le Métatorion devait être établie par une porte ouverte dans le mur méridional en face du gros pilier de droite vers l'orient. Cette porte existe encore aujourd'hui, ainsi qu'on peut le voir sur le grand plan de Sainte-Sophie relevé par M. de Salzenberg ,2. Du Métatorion,

I Anl. Const., ap. Banduiu, Imp. Orientale, p. 151.

* Antiq. Const., ap. Banduiu, Imp. Orient., lib. IV, p. 75.

3 Const. Christiana, lib. III, § 70; Paris., p. 69.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, § 22, et cap. x, § 2, p. 27 et 74. 6 Idem, et appendix ad lib. I, p. 506.

6 Idem, lib. I, cap. xxni, § 6, p. 135.

' Idem, lib. I, cap. i, § 12, p. 18, et cap. xxiii, § 5, p. 135.

* Anonïm., Antiq. Constant., lib. IV, ap. Banduri, Imp. Orient., p. 77.

9 De cerim. aul. Byz., lib. I, cap. i, § 12, p. 18, et cap. xxiii, § 5, p. 135. — Codin., De S. Sopliia; Paris., p. 66; Bonnae, p. 135.

10 Idem, lib. I, cap. i, § 11 et 12, p. 17 et 18.

II Paul. Silent. Descript. S. Sophiœ; Parisiis, II" pars, v. 163; Bonnae, v. 582, p. 29. — Du Cange, Const. Clirisl., lib. III, § 12, p. 36.

12 Alt-Christliclie Baudenkmale von Const., bl. 6.

l'empereur montait clans les Catéchumènes , c'est-à-dire à l'étage supérieur des bas côtés méridionaux de l'église, par un escalier tournant qui ne servait qu'à lui1. Des Catéchumènes, il pouvait rentrer dans son palais par un escalier de bois (n° 13) qui touchait à l'extrémité orientale de ces catéchumènes, et par les terrasses couvertes 2 existant au-dessus de portiques (n° 117) qui se prolongeaient jusqu'au grand triclinium de la Magnaure, ainsi qu'on le verra dans la description que nous donnerons plus loin de la demeure impériale.

A l'extrémité orientale de cet étage supérieur des Catéchumènes méridionaux , il existe une pièce qui se trouve au-dessus du vestibule du narthex (n° 1, 1)5 de cette pièce, on arrivait au grand escalier tournant dont nous avons parlé, par lequel on descendait vers ce vestibule.

Au delà du Métatorion se trouvait le triclinium Thomaïtès, ô xp(xÀivoç 0w[j.a£Trjç (n° 1, N). Le livre des Cérémonies de la cour nous apprend en effet qu'une patricienne, promue à la haute dignité de Zostôs , après avoir reçu la bénédiction du patriarche dans Sainte- Sophie, était conduite dans le Métatorion, qui est auprès du Thomaïtès3. Ce triclinium s'élevait sur l'Augustéon, comme les autres salles dont nous venons de parler, et avait deux étages. Cette situation est indiquée par différents auteurs. Ainsi, Codin, rendant compte des cérémonies du couronnement de l'empereur, dit qu'après avoir lait dans l'église sa profession de foi, l'empereur montait dans le triclinium Thomaïtès, d'où l'on avait vue sur l'Augustéon, upo? xov AOyouaTtcovoc àçopcovxa, et que là, élevé sur un bouclier, il était acclamé par le peuple et par l'armée, qui se tenaient au-dessous dans la place publique 4. On voit aussi dans la relation que fait Nicétas du combat que se livrèrent les impériaux et les soldats du césar Jean, que ceux-ci, du haut de la galerie des Catéchumènes et de l'étage supérieur du Thomaïtès, cherchaient à défendre leurs compagnons des attaques des soldats d'Alexis qui venaient de s'emparer du Forum 5.

Le triclinium Thomaïtès était une dépendance des appartements du patriarche, et renfermait la bibliothèque patriarcale6.

Un portique ouvert sur l'Augustéon régnait au-devant de toutes les salles que nous venons de décrire. En sortant de l'église, l'empereur montait à cheval sous ce portique7.

Un petit édifice (n° 1, O), de forme quadrilatérale à l'extérieur, joignait les bâtiments qui couvraient la face méridionale de l'église, et faisait saillie sur le Forum, près du Milliaire8. Cet édifice9, qui subsiste encore aujourd'hui, servait de baptistère. Il avait été

1 De cerîm. aul. Byz., lib. II, cap. x, p. 548.

2 Idem et Codin., De S. Soplua; Paris., p. 67; Bonnae, p. 135. 5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. l , p. 260.

' Codin., De off. pal. et de off. magn. ecclesiœ, cap. xvn; Paris., p. 121; Bonnœ, p. 88.

5 Nicet^e Historiœ, De Alex. Man. Com. fil.; Paris., p. 153; Bonnae, p. 307.

6 Du Cange, Const. Christ., lib. II, § 8, p. 143, et lib. III, § 23, p. 21.

7 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, § 21 et 26; cap. xxm, § 6, p. 27, 32 et 135.

8 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. x, § 3, et cap. xxxv, § -4, p. 74 et 185.

9 M. de Salzenberg a reproduit, dans sa sixième planche, cet édifice dans une assez grande proportion.

LE FORUM AUGUSTÉON. 31

construit par Justinien 1 et renfermait une chapelle précédée d'un vestibule qui s'ouvrait sur le Forum à l'occident. Cette espèce de narthex portait le nom d'athyr, àOup 2, sans doute parce que sa porte d'entrée n'était pas fermée par des huis. Le sanctuaire offre la forme d'un octogone inscrit dans un carré. Chacune des quatre faces qui correspondent aux angles de l'édifice est percée d'une niche. La porte de la chapelle s'ouvre dans la face tournée vers l'occident du côté du vestibule. Sur la face orientale, à l'opposé, existe également une niche formant une petite abside où un autel était placé. Dans la face à gauche, du côté du nord, se trouve une porte aujourd'hui fermée; elle s'ouvrait sur le passage existant en arrière du baptistère, à la suite du vestibule du narthex. C'est par cette porte qu'entrait l'empereur lorsqu'il voulait retourner au palais en passant par le baptistère. Dans ces circonstances, l'empereur traversait, le temple, sortait par la porte impériale, parcourait le narthex et le vestibule du narthex, puis montant l'escalier qui était à gauche , il arrivait à la porte ouvrant sur le baptistère , le traversait , sortait par l'athyr, et montait à cheval sous la porte de ce vestibule donnant sur le Forum 3.

LE FORUM AUGUSTÉON.

Les citations précédemment faites ont établi que le forum Augustéon (n° 2), AOyotKTraiov, AùyoucTToucov, Aùyouaxewv 4, s'étendait du nord au sud entre les bâtiments annexés au mur méridional de Sainte-Sophie et le mur septentrional du palais5. Il nous reste à justifier le tracé de sa délimitation orientale et occidentale. Du côté oriental, on trouvait les murs du palais avec une porte dite Monothyros qui s'ouvrait sur le Forum, puis le Sénat et Sainte-Marie Chalcopratiana6. On a vu plus haut que de l'extrémité orientale des Catéchumènes supérieurs de la Grande-Eglise7, l'empereur pouvait passer dans son palais par un escalier de bois8. D'un autre côté, Sainte-Marie Chalcopratiana communiquait aussi à Sainte-Sophie par cet escalier9. Il est donc évident que le Forum ne pouvait pas s'étendre à l'orient au delà du corps de l'édifice de Sainte-Sophie. Nous avons même reconnu qu'il

1 Anonym., Ant. Constant., ap. Randuri, lib. IV, p. 68.

i De cer. aul. Byz., lib. I, cap. x, § 3; cap. xxx, § 2, et cap. xxxv, § 4, p. 75, 164 et 185.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, § 2, et cap. x, § 3 et 7; cap. xxx, § 2, et cap. 35, §4, p. 74, 80, 164 et 185.

4 Ces différentes formes du nom se trouvent dans les auteurs.

6 Voyez plus haut, cbap. I, § n, p. 12 et 13; chap. II, § i, p. 27 et suiv. ; et plus bas, chap. III, § x. 6 Voyez ci-après dans le présent § et les §§ in et vi.

' Il ne faut pas oublier que les bas côtés de Sainte-Sophie portaient le nom de Catéchumènes, tant au rezde-chaussée qu'au premier étage. Il s'agit des Catéchumènes méridionaux. ' Voyez plus haut, § i, p. 30, et plus bas, chap. IV, § xxi. 9 Voyez ci-après § vi.

ne devait pas atteindre tout à fait l'extrémité de cet édifice, parce qu'alors les murs septentrionaux du palais sur le Forum se seraient étendus au-devant de toute la façade du triclinium des candidats (n° 28) , tandis que l'une des portes de ce triclinium faisait face à celle de l'atrium du grand triclinium de la Magnaure (n° 115) '. Nous avons donc tracé la délimitation orientale du Forum par une ligne dont le point de départ est situé à dix mètres de l'extrémité orientale des bâtiments annexés à Sainte-Sophie .

La limite occidentale de l'Augustéon était indiquée par celle du palais impérial qui se terminait de ce côté aux Nouméra (n° 22). Cet édifice s'élevait sur le Forum et touchait aux Bains de Zeuxippe (n° 15), mais ces bains étaient situés en dehors du Forum. L'on verra plus loin en effet que le peuple, attendant l'empereur qui allait sortir dans le Forum par la Chalcé (n° 20), se tenait devant les Nouméra, et qu'en sortant du Forum par la porte sud-ouest pour aller à l'Hippodrome, on rencontrait immédiatement les Thermes de Zeuxippe, dont on suivait le côté latéral 2. Les Nouméra étant sur le Forum , et les Thermes de Zeuxippe en dehors, c'est entre les deux édifices que nous avons placé le point de départ de la ligne qui limitait l'Augustéon à l'occident. Dans l'état où il est figuré au plan de la restitution, le Forum présente donc une étendue de 140 mètres du nord au sud et de 170 mètres de l'est à l'ouest. On trouvera peut-être que cette étendue est exiguë en raison de l'importance de cette place, mais il faut faire attention que l'espace entre Sainte- Sophie et la Propontide est assez resserré, et que l'Augustéon était moins une place publique qu'une A'aste cour fermée, qui était commune à Sainte- Sophie et au palais impérial3. Au surplus, les plus petits côtés du Forum, fixés à 140 mètres, présentent encore ainsi une dimension supérieure à ceux de la place Vendôme, à Paris.

Tout tend à prouver d'ailleurs que les architectes de Justinien n'ont pas dû donner au Forum une autre forme que celle d'un quadrilatère. Quelques auteurs ont prétendu que l'Augustéon avait une forme circulaire; Codin, dans son livre sur les édifices, dit que ces auteurs se trompent 4, et il a été reconnu que le passage de Zosime sur lequel ils s'appuyaient se rapportait au Forum de Constantin, situé dans une autre partie de la ville5.

Les portiques de l'Augustéon, originairement édifiés par Constantin, avaient été détruits pendant la sédition des Yictoriats, mais le Forum fut agrandi, et les portiques furent reconstruits par Justinien ; ils étaient soutenus par des colonnes doubles et bordaient les quatre faces de la place6.

Le sol était pavé de marbre7. De nombreuses statues enrichissaient l'Augustéon. On

1 Voyez ci-après chap. IV, § m et xxi. 1 Voyez chap. II , § vin et ix, et chap. IV, § u. 5 Du Cange, Const. Christ., lib. I, § li, p. 70. 4 Codin., De œdificiis; Paris., p. 39; Bon., p. 75. * Du Cange, Const. Christ., lib. I, §24, p. 70.

« Procop., De œdificiis, lib. I, cap. x; Paris., p. 23; Bon., p. 202. — Christ. Bondelmonti, Descript. Constant.

1 Codin., De signis; Paris., p. 17; Bon., p. 28

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