‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 53 sur 96 · LES COURTINES · texte numérisé non relu

LES COURTINES

Chalcé et aller descendre de cheval à la grande porte du triclinium des Candidats. Une autre fois, sortant de son palais par l'église du Seigneur, l'empereur, accompagné des patrices et des généraux , s'avance jusqu'à la grande porte des Excubiteurs , où il monte à cheval et sort par les Courtines et la Chalcé La position que nous avons donnée à la cour des Courtines est donc parfaitement justifiée.

Les Courtines étaient séparées en deux parties par une clôture fermée par une porte (n° 30) qui devait se trouver à la hauteur et en avant du triclinium des Excubiteurs. L'empereur, revenant de l'église Saint-Mocios , arrive à la Chalcé; tous les gens qui composaient le cortège mettent pied à terre; l'empereur, seul à cheval, « passe par les » Courtines jusqu'au dedans de la porte des Excubiteurs, (J^pi TÎjç è'vCov tojXyjç twv » 'Excrxouëtawv ; » là il met pied à terre, continue sa marche jusqu'aux trois portes du Consistorion , où le sénat l'acclame; puis il entre dans l'église du Seigneur2. Dans une autre cérémonie , l'empereur, après avoir mis pied à terre en dedans de la grande porte des Excubiteurs, passe devant les portes, è'fJiTCpoffôev twv toAwv, du Consistorion; puis il entre dans l'église du Seigneur3. Il ne peut être question dans ces deux occasions d'une porte qui aurait donné accès dans l'intérieur même du triclinium des Excubiteurs, puisque l'empereur descend de cheval en dedans de cette porte, et qu'après l'avoir franchie il passe devant les trois portes du Consistorion (n° 32). S'il était entré à l'intérieur de la salle des Excubiteurs pour se rendre à l'église du Seigneur, il n'aurait pas passé devant les portes du Consistorion, mais serait sorti par l'une de ces portes avant d'entrer dans l'église du Seigneur.

Nous sommes tenté de croire, d'après le texte du livre des Cérémonies, qu'on ne donnait ordinairement le nom de Courtines qu'à la première partie de cette longue cour (n° 29, A) ; la seconde (n° 29, B) était considérée comme une dépendance des tricliniums des Excubiteurs et des Candidats.

La porte qui séparait ainsi les Courtines en deux parties et formait une seconde fermeture du palais était en bronze. Un patrice, qui venait d'être promu par l'empereur dans le Palais-sacré, en sort accompagné du Silentiaire; il traverse le Consistorion et entre dans l'église du Seigneur (n° 35), où il allume les cierges. Quelques-uns des officiers du palais se tenaient en l'attendant dans le Macron des Candidats (n° 31) ; il sort de l'église et est accompagné par eux jusqu'aux portes de bronze des Courtines, é'wç twv yjxkxûv -rcuÀwv twv KopTivwv (n° 30) . Après certaines cérémonies, il sort par les portes de bronze, et traversant le triclinium des Scholaires, il passe par le Chytos de la Chalcé (n° 20, E) pour quitter le palais et aller à Sainte-Sophie4.

L'Éparque (préfet de Constantinople) , après la cérémonie de sa promotion , qui s'était

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 32, et cap. xvn, p. 99.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xvn, p. 107.

3 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. x, p. 84.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 251, 252 et 254.

faite dans le Palais-sacré, en sort, accompagné du Préposé, par le Triconque, l'Abside, l'Augustéos et l'Onopodion (nos 73, 60, 48 et 36). Le maître des cérémonies le fait entrer dans le Consistorion (n° 3*2) , où il est revêtu de son costume ; puis il passe dans le Macron des Candidats (n° 31), où il trouve les officiers du prétoire, et, accompagné de tous , il s'en va jusqu'aux portes de bronze des Courtines. Après certaines cérémonies , il sort par les Lychnos, les Scliolaires et le Chytos de la Chalcé1. On peut se convaincre, par les parties du cérémonial que nous venons de rapporter , que la porte de bronze des Courtines, qu'on appelait aussi la grande porte des Excubiteurs, se trouvait établie à la hauteur du triclinium des Excubiteurs, en avant du tribunal des Lyclinos et de sa galerie (nws 25 et 26).

Un fait historique vient justifier encore cette disposition de notre plan. A la mort de l'empereur xVlexandre (912), la couronne impériale reposait sur la tête d'un enfant de sept ans, Constantin Porphyrogénète. Les tuteurs de ce jeune prince, craignant l'ambition du général Constantin Dueas, qui commandait l'armée d'Asie et s'était acquis une grande réputation militaire, résolurent de l'appeler à Constantinople sous le prétexte de lui confier les rênes du gouvernement. Ducas, étant arrivé dans la ville et ne voyant paraître aucun des tuteurs, se douta de leur perfidie et résolut de les forcer à tenir parole. Suivi de quelques sénateurs , d'une troupe de soldats et d'une foule de peuple qui le saluait du titre d'empereur, il marcha avant le jour vers le palais. Il chercha d'abord à y pénétrer par l'Hippodrome; mais son écuyer ayant été tué par un javelot que lança de l'intérieur un des gardes qui défendaient la porte dont il voulait s'emparer, il abandonna cette attaque pour se porter vers la Chalcé (n° 20). Ayant pu s'y introduire par la porte de fer, ôtà TfjÇ atSrjpaç TTopT/jÇ Trtç aO-rr,; yaÀKYjç dczkr^Jkoç , il parvint jusqu'au triclinium des Excubiteurs, fJ-iypi tûv Ti^xouêtToov TrapsyiveTo 2. Les historiens ne disent pas ce qui força Constantin Ducas à s'arrêter là ; mais le livre des Cérémonies nous a appris qu'il y avait dans la cour des Courtines, à la hauteur du triclinium des Excubiteurs, une porte de bronze qui formait une seconde défense pour le palais. Cependant le maître Jean Eladas, un des tuteurs du jeune empereur, avait rassemblé les gens de l'Hétérie et les matelots qui se trouvaient là, et les avait armés. Ceux-ci firent une vigoureuse sortie et engagèrent un combat acharné avec les insurgés. Ducas voulant pousser son cheval contre les défenseurs du palais, l'animal glissa sur les dalles de marbre dont le sol était pavé, toûç êxetce uT:£(7Tpco[jt.£va[; xaToXt^O^cra; zXa^tv, s'abattit et renversa sous lui son cavalier. Un des soldats de l'empereur s'élança sur Ducas et lui coupa la tête3. Il est évident que cette scène se passa dans la première partie de la cour des Courtines (n° 29, A), en avant de la

1 De ce?-, aul. Byz., lib. I, cap. lui, p. 265 et 267.

2 Anonym., De Const. Porphyr., ap. Script, post Theoph., lib. VI; Paris., p. 236; Ron., p. 382.

3 Anonym., loc. cit. — Simeon Magister, De Const. Porphyr., ap. Script, post Theoph.; Paris., p. 473; Ron., p. 719. — Georgii Cedreni Hislor. compend.; Paris., p. 610; Ron., p. 280.

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