LE GRAND CONSISTORION; LA SALLE A MANGER
Nous avons donné plus haut 2 la description du grand Consistorion (n° 32) , to piya Kovffi(TT(j)piov, nous n'avons pas à y revenir. On a vu également, par les citations précédemment faites, que l'empereur, en sortant du palais, après avoir traversé le Consistorion, entrait dans le triclinium des Candidats (n° 28 , C) ; que s'il revenait au palais par la Chalcé et par les salles des gardes, il passait de ce triclinium dans le grand Consistorion , et que s'il y rentrait à cheval par les Courtines (n° 29) , il passait devant les trois portes du Consistorion avant d'arriver à l'église du Seigneur (n° 35) 3 ; ces citations justifient en grande partie la situation que nous avons donnée dans notre plan au Consistorion , et indiquent les localités qui l'avoisinaient au nord , à l'ouest et au midi ; il nous reste à fournir quelques citations qui feront connaître ses portes , ses dispositions intérieures et les localités qui lui étaient attenantes au nord et à l'est.
Nous empruntons notre première citation au cérémonial à observer lors de la promotion des Maîtres 4, qui avait lieu dans le Consistorion. « La veille du jour de la » cérémonie , les trois portes d'ivoire (n° 32 , A) , par lesquelles on sort dans le Macron » du triclinium des Candidats (n° 31), sont fermées et l'on y suspend des portières; » la triple porte, ib Tp(ôupov (n° 32, D) , sur l'Onopodion (n° 36), et celles de la salle <) à manger, tou oéX'^axoç 5, le sont également, et le trône est placé sous le ciborium , » eiç to xtêcoptov , du Consistorion. Le matin du jour de la cérémonie, le Sénat se » réunit dans le Macron des Candidats, et les patrices dans un lieu nommé les Indes. » Quand l'empereur veut monter sur le trône, il sort de l'Augustéos, ex toû Aùyou-
1 Anonym., De Leone Arm., ap. Script, post Theoph., lib. I, § 24; Paris., p. 24; Ron., p. 38. — Simeon Magister., De Leone Arm., ap. Script, post Theoph.; Paris., p. 411; Ron., p. G19. — Cedreni Hist. comp., t. II; Paris., p. 494; Ron., p. G6.
2 Voyez chap. III, § iv, p. 63.
5 Voyez chap. IV, § ni, p. 117 et suiv.
4 La dignité de Maître était une des plus hautes de l'État. Une seule personne en était investie; mais s'il y avait plusieurs empereurs, il y avait autant de Maîtres que d'empereurs. Du Cange, ad Alexiad.; Paris., p. 245. — Reisk, Comment, ad Const. de cer., t. II, p. 66.
6 AÉXcpaxoç, qui n'est pas grec, est évidemment une mauvaise leçon; c'est os'V-ptxo; qu'il faut lire, xà SeXcpixà. Procop., De bell. Vand., lib. I, § 21. — Du Cange, Const. Christ., lib. I, p. 121, et Glossarium.
LE GRAND CONSISTORION. 125
» <7T£coç (n° 48) , revêtu de la chlamyde et la couronne en tète, accompagné seulement des » cubiculaires, et il va s'asseoir sur le trône. Le maître des cérémonies organise en diffé- » rents ordres les maîtres, les patrices et les sénateurs en dehors des portes d'ivoire » dans le Macron des Candidats, d'où la procession doit sortir1. »
Le rédacteur du Cérémonial , allant au plus court , dit que l'empereur sortant du triclinium de l' Augustéos va s'asseoir sur le trône ; mais on a vu , par les citations précédentes, que, pour aller de l' Augustéos au Consistorion , il fallait traverser l'Onopodion. A ces citations, nous en ajouterons une autre qui, en justifiant ce fait, donnera un nouveau renseignement sur la triple porte donnant accès de l'Onopodion dans le Consistorion. L'empereur , le jour du Samedi saint , après avoir traversé F Augustéos et le portique de la Main-d'or (n° 49), « entre dans l'Onopodion (n° 36), » où les patrices et les généraux, qui se tiennent là auprès de la porte de bronze, le
» reçoivent et se prosternent devant lui Ensuite, accompagné de tous, il passe dans
» le Consistorion 2. » Le Cérémonial traitant de la réception de l'ambassadeur du roi des Perses, faite par l'empereur dans le Consistorion, ajoute : « Si l'ambassadeur a » des chevaux parmi les présents qu'il doit offrir, les trois portes du Consistorion restent » ouvertes3. » Cela se comprend, les chevaux ne pouvant être amenés dans un salon, restaient dans la cour des Courtines, et les trois portes qui s'ouvraient sur le Macron des Candidats restant ouvertes, l'empereur pouvait voir les chevaux du haut de son trône, situé à l'opposite, du côté de l'Onopodion.
Cette citation justifie ce que nous avons dit du Macron des Candidats. Cette longue galerie était ouverte sur les Courtines et s'étendait au-devant du triclinium des Candidats et du Consistorion.
Ainsi, au résumé, le grand Consistorion avait trois portes d'ivoire sur le Macron des Candidats, c'est-à-dire au nord; à l'opposite, et en regard de ces portes, une triple porte ou, pour mieux dire, trois portes de bronze sur l'Onopodion; une porte conduisant au triclinium des Candidats, laquelle ne pouvait s'ouvrir que dans le côté ouest de la salle ; les portes qui donnaient accès dans la salle à manger (n° 34) ne pouvaient donc être situées que dans le côté est. On verra plus loin, en effet, que lors des fêtes du Broumalion qui se passaient dans la Phiale mystérieuse du Triconque (n° 61), il y avait, à la suite de ces fêtes, un repas dans la salle à manger, iv tco àpK7T7]T7]pttp 4. Ce n'est donc pas sans motifs que nous avons placé cette salle entre le grand Consistorion et la Thermastra, qui était située au-dessous des galeries de Daphné (n° 44) et qui touchait à la Phiale mystérieuse du Triconque. Un personnage qui vient d'être promu à la dignité de patrice par l'empereur, après avoir été faire sa prière à Saint-
1 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. xlvi, p. 234.
2 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. xxxv, p. 181.
3 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. xcix, p. 405.
4 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xviii, p. 602.
Étienne, traverse l'Hippodrome (n° 42) et s'en va dans le Consistorion l. Pour y parvenir, il a dû traverser la Thermastra et la salle à manger.
Il nous reste à donner quelques détails sur les escaliers par lesquels on descendait de la cour de l'Onopodion dans le Consistorion, et sur le ciborium sous lequel on disposait le trône de l'empereur lorsqu'il devait y avoir des réceptions ou des promotions de hauts dignitaires dans cette salle ; nous les empruntons au cérémonial à observer dans une circonstance où l'empereur se rendait du Palais-sacré à Sainte- Sophie.
Le second jour de la fête de Pâques, l'empereur sort du palais par les portes du Triconque (n° 71, D) ; puis, accompagné de toute sa cour et de ses gardes du corps, il traverse Daphné (n° 44), allume les cierges dans les oratoires (nos 45 et 46) et entre dans le coiton de l'Augustéos (n° 51). Là, il est revêtu d'une chlamyde blanche brillante d'or. Ensuite, traversant l'Augustéos et le portique de la Main-d'or (n° 49), il s'avance vers la porte de bronze de l'Onopodion (n° 32, D) , où les patrices et les généraux le reçoivent. « Les Spatharocandidats et les Spathaires se tiennent des deux » côtés; ensuite les Spatharocandidats et les Spathaires descendent les degrés du Con- » sistorion , les uns par la porte de droite , les autres par la porte de gauche ; les » patrices passent par celle du milieu, de sorte que ceux qui sont à droite (après avoir » dépassé la porte du milieu, cela s'entend) descendent par les degrés de la porte de >) droite, ceux qui sont à gauche par les degrés de la porte de gauche. L'empereur » (qui est certainement entré par la porte du milieu, après les patrices, et qui a des- » cendu l'escalier qui est en face de cette porte) arrive en bas sur l'estrade, xa-rlpyjxat » tq touÀititûv, et se tient sous le camélaucion, uuo to xajxsXauxtov (que, dans d'autres » passages, l'auteur appelle ciborium), sur la pierre de porphyre. » Les assistants s'étant de nouveau prosternés devant l'empereur, celui-ci continue sa route par les salles des gardes et arrive au vestibule de la Chalcé, d'où il va à Sainte-Sophie2.
Dans la relation du cérémonial adopté lorsque la promotion d'un Maître a lieu pendant une procession à la Grande-Eglise , l'auteur dit : L'empereur étant entré dans le Consistorion, « se tient dans le ciborium, de, to xiëcopiov, au haut des degrés » de porphyre, et tous les sénateurs se prosternent; » et, plus loin : « Le Préposé » amène le Maître aux pieds de l'empereur; le Maître se prosterne sur le premier degré, » et montant au troisième, il se prosterne et baise les pieds de l'empereur, qui est » debout et non assis , parce que cette promotion a lieu dans un jour de fête , pendant » la procession à la Grande-Eglise 3. » Dans une autre circonstance, l'empereur sortant
1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. XLVin, p. 250. 5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. x, p. 72 et seq.
* De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlvi, p. 232. Voyez encore lib. I, cap. xvi, xxm, xxx et xxxv, p. 97, 130, 1G3 et 181.
L'ONOPODION. 127
du triclinium des Dix-neufs-lits (n° 38), « passe dans l'Onopodion — et, de là, arrive » pins bas dans le Consistorion , xaxépyovTat Iv tco Kovcri(7Tiop(cp »
Ces deux citations nous fournissent des renseignements complets. Trois portes de bronze s'ouvraient, de l'Onopodion dans le Consistorion, sur un palier du haut duquel partaient trois escaliers faisant face à chacune des portes. Les escaliers qui se trouvaient au-devant des portes de droite et de gauche conduisaient sur le sol de la salle ; celui qui était au-devant de la porte du milieu, réservée à l'empereur, conduisait à l'estrade, to tcouAiutov, où l'on plaçait, dans certaines occasions, le trône de l'empereur. Une dalle de porphyre recouvrait l'estrade où l'on montait du sol de la salle par trois marches de la même matière. Au-dessus de l'estrade s'élevait un ciborium qui reçoit aussi le nom de camélaucion. C'était, comme son nom l'indique, une sorte de dôme porté par des colonnes.
L'existence de ces escaliers nous apprend que le sol du Consistorion, qui était, comme on l'a vu, de plain-pied avec les salles des gardes et le vestibule de la Chalcé, et par conséquent de niveau, à quelques marches près sans doute, avec les Courtines et le forimi Augustéon, se trouvait beaucoup plus bas que l'Onopodion et que le triclinium de l'Augustéos qui dépendait du palais de Daphné.