‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 59 sur 96 · LE TRICLINIUM DES DIX-NEUF-LITS · texte numérisé non relu

LE TRICLINIUM DES DIX-NEUF-LITS

Dans une autre circonstance, lors de la promotion d'un césar, le patriarche, qui doit accompagner l'empereur, attend dans Saint-Etienne (n° 54) le commencement de la cérémonie. Les patrices occupent le portique des Dix-neur-lits, où ils doivent accueillir l'empereur et le patriarche à leur sortie de ce triclinium. Quand tout est disposé, l'empereur et le patriarche sortent par le portique et s'en vont dans l'Héliacon, où l'empereur, si cela lui convient, cause avec les assistants

Il est certain que l'empereur et le patriarche, qui dans ces occasions attendaient le commencement des cérémonies, l'un dans le coiton de Daphné, l'autre dans l'église Saint-Etienne, ne devaient pas entrer dans les Dix-neuf-lits par le grand portique qui s'élevait sur l'atrium, puisque ce portique était occupé par la foule des dignitaires, des sénateurs et des divers ordres de fonctionnaires qui attendaient là, dans la première circonstance, que l'empereur fût installé sur son trône, et dans la seconde, que l'empereur et le patriarche sortissent du triclinium. L'empereur et le patriarche y étaient donc entrés par une porte latérale (n° 38, D) ouverte sur le Péripatos du palais qui joignait le coiton de Daphné à Saint-Etienne, et devait dès lors longer le flanc méridional des Dix-neuf-lits. Le Péripatos, qui était à ciel ouvert, ne cachait pas les murs élevés de ce triclinium, qu'on devait voir parfaitement de l'Hippodrome.

Nous avons donc établi que le triclinium des Dix-neuf-lits touchait par son atrium, du côté du nord, au triclinium des Candidats, du côté de lest, à l'Onopodion, et qu'au midi il donnait sur le Péripatos du palais, d'où l'on avait vue sur l'Hippodrome.

Voilà pour la situation. Il nous reste quelques preuves à rapporter sur les dispositions intérieures de ce triclinium.

On a vu plus haut que lors de la réception qui avait lieu dans les Dix-neuf-lits le jour de Pâques, l'empereur, qui arrivait du coiton de Daphné par le Péripatos du palais (n° 52) , traversait le grand Accoubiton (n° 38 , C) pour aller s'asseoir dans le triclinium (n° 38, B), et que c'était alors qu'on introduisait les dignitaires qui attendaient dans le portique. Après les réceptions, « tous les assistants étant sortis, l'empereur se lève et » monte, àvlpyovzy.i , dans le grand Accoubiton, seulement avec les Préposés et les » officiers de la chambre; des rideaux sont suspendus entre les colonnes d'argent2, afin

» que l'empereur ne soit pas vu pendant qu'il revêt le lorum Ceci fait, l'empereur,

m après avoir été couronné par le Préposé , prend de la main droite l'acacia , de la » gauche les croix ornées de pierres fines et de perles, et descend les degrés de l'Accou- » biton — , sort par le milieu du triclinium dans le portique , et de là s'en va dans » l'Onopodion3. » Ce portique était à colonnes; on lit en effet dans la relation du cérémonial qui s'observait dans les Dix-neuf-lits le jour de la Pentecôte : « L'empereur

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xliii, p. 218 et 219.

s Dans un autre passage l'auteur dit : les deux colonnes.

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 25, et cap. ix, p. 62.

» passe par le portique du grand triclinium , et , en se retirant , il s'arrête entre les deux » colonnes où est suspendu le rideau 1 . »

Ainsi, de l'atrium (l'Exaéron) on entrait par un portique à colonnes (n° 38, A) dans une vaste salle, le triclinium (n° 38, B) ; de là, on montait par quelques degrés dans une partie plus élevée de la salle, le grand Accoubiton (n° 38, C). Deux colonnes d'argent existaient au haut de ces degrés, et des portières y étaient suspendues. Nous avons dit, dans la description que nous avons faite des Dix-neuf-lits, que cette vaste salle était éclairée par un plafond qui, au dixième siècle, avait été refait sur les dessins de l'empereur Constantin Porpliyrogénète.

Le triclinium des Dix-neuf-lits, dont le sol était un peu plus haut que celui de l'Onopodion, devait être élevé au-dessus d'un étage de rez-de-chaussée, de même que cette cour.

ENTRÉE DE DAPHNÉ ; L'IIIPPODROMIOS ; LA TIIERMASTRA ; LE PALAIS DE DAPHNÉ.

Nous allons passer à ce qui a rapport à la seconde partie du palais, à laquelle on donnait le nom de Daphné.

L'entrée principale était située en face de la porte nord-est du grand Hippodrome ; elle était fermée, ainsi que nous l'avons déjà dit, par une porte de fer (n° 39).

On entrait par cette porte dans une vaste cour (n° 41) qui se trouvait au-dessous du triclinium des Dix-neuf-lits (n° 38), ou pour mieux dire au-dessous du Péripatos du palais (n° 52), qui longeait ce triclinium. Un passage du livre des Cérémonies, en confirmant ce que nous venons de dire dans le paragraphe précédent, indique bien cette cour sans cependant la nommer. L'empereur, après avoir présidé aux jeux du Cirque dans le Cathisma (nos 18 et 19), revient dans le salon octogone du palais de Daphné (n° 50), puis de cette salle il va dans le triclinium des Dix-neuf- lits (n° 38), où il donne un grand repas ; « nos frères en Jésus-Christ » (le peuple) , ajoute le rédacteur du Cérémonial, (c stationnent dans un lieu au-dessous des Dix-neuf-lits, ci toùç xoctco àxouêi'xouç » xaôÉ'CovTai. »

De la cour de Daphné on devait communiquer par un escalier (n° 53) au Péripatos du palais (n° 52). Dans plusieurs circonstances, en effet, de grands dignitaires, qui viennent de recevoir leur promotion de l'empereur dans le Chrysotriclinium , sortent du Palais-sacré par les Scyla (n° 110) et s'en vont à Saint-Etienne (n° 54), après avoir passé par l'Hippodrome du palais (n°42). Ainsi un patrice promu sort par les Scyla et va à Saint-Etienne; après avoir prié et allumé les cierges, il en sort, traverse l'Hippodrome

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. ix, p. 62.

L'HIPPODROMIOS. 131

et la Tliermastra (dont les portes sont indiquées au n° 58), et s'en va dans le Consistorion (n° 32). Dans une autre circonstance, le président du Sénat est revêtu de son costume dans Saint-Etienne; puis, accompagné d'un grand nombre de dignitaires, il en sort pour aller au Palais-sacré ; il trouve sur sa route les maîtres et les juges assis dans l'Hippodrome du palais ; ensuite il entre par les Scyla, et est reçu à l'entrée du triclinium de Justinien (n° 109) L'itinéraire de ces magistrats à travers le palais est bien indiqué et fait voir qu'il y avait une communication entre l'Hippodrome du palais et Saint- Etienne. Cette communication ne pouvant avoir lieu que par la cour de Dapliné et le Péripatos qui joignait Saint-Etienne au palais de Dapliné; le moyen de communication devait être un escalier, puisque de l'Hippodromios on n'arrivait à ce palais qu'après avoir monté un escalier, ainsi qu'on le verra plus loin.

De la cour de Dapliné, on passait dans l'Hippodrome du palais ^n° 42), ô ïirrcd§po|/.oç èv tco uaXaxi'w2, qu'on appelait aussi l'Hippodrome couvert, ô ïinrcSSpofJt.oç ffxeitacrtîç , par opposition au grand Hippodrome des courses, qui était à ciel ouvert.

Le récit de l'arrivée de l'empereur Théophile au palais, dont nous avons déjà fait mention, justifie trop bien l'existence de ces deux localités, pour que nous hésitions à le transcrire ici de nouveau. Théophile arrivant à cheval, « s'avança dans l'Hippo- » drome à ciel ouvert, dç tov <&tx£tcxctov SuudSpo(/.ov, et passant au-dessous du Cathisma » (nos 18 et 19), il descendit à travers Dapliné dans l'Hippodrome couvert qui est » plus bas, dç tov xaTto c-xeuacrov bnrdopofjwv, et, descendant de cheval, il entra par les » Scyla (n° 110) dans le palais3. » Ainsi, après être entré à cheval dans Dapliné, il va plus bas en descendre dans l'Hippodrome couvert. Son entrée à cheval indique bien une cour, et comme le terrain allait toujours en descendant vers la mer, l'expression de xaTco constate que l'Hippodrome du palais était situé au delà de la cour de Dapliné vers la mer, c'est-à-dire au midi.

Dans quelques passages du livre des Cérémonies, où l'auteur doit faire mention, dans la même phrase, du grand Cirque et de l'Hippodrome du palais, il se sert du mot frnroopojjuoç pour désigner cette localité, et réserve le mot tTCTcoopofxoç pour le Cirque des courses4, mais cette distinction n'est pas généralement faite. Cependant, pour peu qu'on fasse attention aux circonstances dans lesquelles le mot Hippodrome est employé, on ne saurait confondre l'Hippodrome du palais avec l'Hippodrome des courses. Les traducteurs et les commentateurs qui ne connaissent pas l'Hippodrome du palais ont souvent fait confusion. Nous avons adopté ce nom d'Hippodromios, qu'on peut traduire par le petit Hippodrome, parce qu'il distingue bien l'espace couvert (n° 42) qui suivait la cour de Dapliné de l'Hippodrome des courses.

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 249, et cap. xcvn, p. 441.

2 Codin., De œdificiis; Paris., p. 51; Bon., p. 101. ' De cer. aul. Byz., appendix ad lib. 1, p. 507.

* De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xi, p.- 87, et cap. xevu, p. 442.

C'est dans l'Hippodromios que descendaient de cheval et que se réunissaient les personnes qui devaient entrer dans le Palais-sacré par le vestibule des Scyla (n° 110) ou attendre l'empereur à sa sortie par ce vestibule. Le livre des Cérémonies en fournit une foule d'exemples.

Le jour de la fête des Rameaux, « tous s'avancent dans le palais à travers l'Hippo- » drome, et le concierge ayant ouvert les portes, le Préposé, les patrices et les officiers

» du palais entrent , et la procession s'organise dans le triclinium de Justinien

» (n° 109) l. » Dans le cérémonial prescrit, lorsque l'empereur va à l'église Saint- Serge en traversant le grand Hippodrome, on dit : « L'empereur sort par les Scyla; » les Candidats , les Scribes et les Mandatorès qui doivent l'accompagner lorsqu'il » s'avancera dans l'Hippodrome (le Cirque), attendent dans l'Hippodromios, èv tw » MnroSpofxko (l'Hippodrome couvert). L'empereur sort dans l'Hippodrome, ev xw Etc— » iroopopico , accompagné par eux tous , et le traverse ; cependant la foule , qui remplit » l'Hippodrome, acclame l'empereur qui entre à Saint -Serge par les anciens bu- » reaux2. »

On voit, par ces citations, qu'on passait de l'Hippodromios dans les Scyla, première pièce ou vestibule du Palais-sacré. La communication avait lieu par un escalier dont nous parlerons plus loin.

On pouvait encore aller de l'Hippodromios au Palais-sacré par les galeries de Daphné et la Phiale mystérieuse du Triconque (nos 44, 60 et 61). Dans ce cas, on montait de l'Hippodromios dans les galeries de Daplmé par un escalier fermé sur l'Hippodromios par une porle qu'on nommait porte d'ivoire (n° 43), parce que, sans doute, elle était enrichie de sculptures exécutées sur cette belle matière.

Le livre des Cérémonies, en rendant compte des fêtes du Broumalion, dit que les chefs des quatre cohortes prétoriennes et beaucoup d'autres fonctionnaires s'assemblent dans l'Hippodrome, et lorsque tous sont réunis « ils s'avancent et montent par la porte » d'ivoire, àvipyovxat Sià T?jç èXeçavxÉVYjç , et ils entrent, après avoir formé le cortège » dans le lieu ordinaire; chacun se place à son rang. Ensuite ils descendent, xaxép- » Yovxai, et entrent dans la Phiale mystérieuse du Triconque3. »

On voit, par la citation qui précède, que les divers fonctionnaires réunis en procession dans l'Hippodromios, après avoir monté l'escalier de la porte d'ivoire (n° 43), étaient arrivés dans un lieu qui les avait conduits vers un autre escalier (n° 59) qu'ils avaient descendu pour entrer dans la Phiale mystérieuse du Triconque (n° 61). Ce lieu ne pouvait être que les galeries de Daphné (n° 44), auxquelles le livre des Cérémonies donne le plus souvent le nom de Daphné tout court, q AdKpv/j, et qu'il désigne

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxn, p. 171.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xi, p. 87.

8 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xvm, p. 600.

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