‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 60 sur 96 · LES GALERIES DE DAPHNÉ · texte numérisé non relu

LES GALERIES DE DAPHNÉ

quelquefois sous le nom de galeries de l'Augustéos, xà Staêaxtxà tou ACiyouaT^wç 1 . En effet, cent passages du livre des Cérémonies constatent que de la Phiale mystérieuse du Triconqne, ou pour mieux dire, de l'Abside (n° 60) qui en faisait partie, on montait dans Daphné. Ainsi l'empereur, venant de Sainte-Marie du Phare (n° 106) , tt traverse la galerie des Quarante-Saints (n°80), l'Abside, et s'en va au naos de la » Mère-de-Dieu (n° 45), qui est dans Daphné, ev ty) Aàcpv/) 2. Le jour du Samedi » saint, l'empereur sort du Chrysotriclinium (n° 95), traverse la galerie des Qua- » rante-Saints , s'avance dans l'hémicycle de la Phiale mystérieuse du Triconque, et » ensuite traverse l'Abside et Daphné, allume les cierges dans les oratoires qui sont » élevés là, et entre dans le coiton de l'Augustéos 3. Dans une autre circonstance, » l'empereur passe par les galeries du Triconque (n° 74), l'Abside et Daphné, et tra- » versant l'Augustéos, il va à Saint-Etienne4. » Les ambassadeurs sarrasins, qui attendaient dans le triclinium de l'Augustéos, étant invités à paraître devant l'empereur dans le Chrysotriclinium « traversaient les galeries intérieures de l'Augustéos, SiîjXQov » Sià twv evSoOsv SiaëaTtxwv tou AôyouaTcWç , puis l'Abside5. » L'empereur étant sorti du Chrysotriclinium, « arrive à l'hémicycle de la Phiale mystérieuse du Triconque, où » les patrices et les sénateurs le reçoivent, et, de là, il s'en va dans Daphné et il » entre dans le naos de la Mère-de-Dieu... ; après avoir prié, il traverse le triclinium » de l'Augustéos et entre dans le naos de Saint-Etienne (n° 54) 6. »

Ainsi, le lieu que l'on rencontrait en venant du Palais-sacré, après avoir traversé la Phiale du Triconque et l'Abside (nos 61 et 60), n'était autre que les galeries de Daphné ; c'étaient donc également ces galeries que l'on devait traverser pour arriver à l'Abside et à la Phiale en venant du côté opposé, c'est-à-dire de l'Hippodromios, qui servait d'entrée à Daphné.

Il paraîtra peut-être singulier que, pour se rendre de l'Hippodromios (n° 42) dans le Palais-sacré (nos 71 et suivants), il ait ainsi fallu monter dans Daphné (n° 44) pour en redescendre immédiatement après dans la Phiale (nos 60 et 61), qui servait d'atrium à ce palais. Il n'y a pas lieu de s'en étonner cependant ; la porte d'ivoire n'était pas une entrée ordinaire, elle ne s'ouvrait que dans certains jours de fête. 11 résulte du livre des Cérémonies que l'entrée ordinaire des personnes qui venaient chez l'empereur par l'Hippodrome des courses et qui descendaient de cheval dans l'Hippodromios , était le vestibule des Scyla (n° 110); de là, elles traversaient la grande galerie de Justinien (n° 109) et arrivaient au Lausiacos (n° 92), d'où elles pouvaient aller, soit au

» De cer. aitl. Byz., lib. II, cap. xv, p. 573 et 584.

a De cer. aul. Byz., lib. I, cap. ix, p. 71.

* De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxv, p. 180.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxviii, p. 304.

6 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 584.

8 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxn, p. 174.

Ghrysotriclinium (n° 95), soit au Cénourgion (n° 102). Si elles voulaient, au contraire, entrer clans le Palais-sacré par la Phiale du Triconque (n° 61), la communication entre l'Hippodromios et cette Filiale avait lieu de plain-pied, comme on le verra plus loin, par la Tliermastra (rez-de-cliaussée de Dapliné), dont les portes (n° 58) s'ouvraient sur l'Hippodromios.

Il y a tout lieu de croire que les galeries de Dapliné étaient à ciel ouvert. La qualification de àoTt£uéç, non ombragé, qui leur est donnée par Suidas1, doit faire supposer qu'au temps de leur construction sous Constantin et à l'époque où vivait cet auteur , ces galeries ne formaient qu'une vaste terrasse à ciel ouvert ; mais n'auraientelles pas été couvertes depuis, lorsque ce palais fut étendu et que de nouvelles constructions eurent été élevées à l'est des deux premières parties du palais, Clialcé et Dapliné, qui seules ont été bâties par Constantin et reconstruites en grande partie par Justinien? Le livre des Cérémonies ne nous fournit à cet égard aucun renseignement.

On a appris, par les citations qui précèdent, qu'arrivé dans les galeries de Dapliné, l'empereur j avant de poursuivre son chemin pour sortir du palais, allumait les cierges et priait dans les oratoires. Trois lieux saints s'élevaient en effet dans les galeries de Dapliné : l'ancien naos de la Mère-de-Dieu, o ~pcoTûXTi<rroç vàoç TYjç uuepayi'aç ©eotoxou ev r?) Aà^vv] (n° 45); l'oratoire de la Sainte-Trinité, 6 EÙxTyjpioç TÎjç Ày£aç Tptàooç (n°46), et le Baptistère (n° 47).

Le naos de la Mère-de-Dieu, qu'on appelle souvent Sainte-Marie de Dapliné, et l'oratoire de la Sainte-Trinité se touchaient; le Baptistère était à côté. Il y avait dans la Sainte-Trinité un lieu sacré qui renfermait des reliques vénérées ; trois grandes croix très-belles étaient renfermées dans le Baptistère 2.

En sortant des oratoires, l'empereur entrait dans le triclinium de l'Augustéos; mais avant de parler du palais de Daphné, dont ce triclinium faisait partie, il faut nous occuper de l'étage du rez-de-chaussée qui régnait au-dessous des galeries de Dapliné (au-dessous du n° 44 de notre plan).

Ce rez-de-chaussée recevait le nom de Tliermastra, r4 Glp^acrpa. Son entrée (n° 58) se trouvait au fond de l'Hippodromios (n° 42) , avec lequel il était de plain-pied ; il était également de plain-pied avec la Phiale mystérieuse du Triconque (nos 60 et 61) et avec la salle à manger qui, du côté de la Phiale, précédait le grand Consistorion (nos 34 et 32). Quelques citations vont établir les communications qui existaient entre ces diverses localités.

Un patrice qui vient d'être promu par l'empereur dans le Chrysotriclinium , sort du Palais-sacré par les Scyla (n° 110) et l'Hippodromios, et va faire sa prière à

1 Suidas, ap. Du Cange, Constant. Christ., lib. I, § 24, p. 71.

2 De cer. aut. Byz., lib. I, cap. i, ix, xxiii, xxx et xxxv, p. 7, 70, 129, 162 et passim.

LA THERM ASTRA. 135

Saint-Etienne (n° 54). Ceci fait, et pour sortir du palais, il revient à l'Hippodromios, «traverse la Thermastra, oiépyivu Stà Tvjç ©ep^à^xpaç , et s'en va, àicépjçErai , dans le » Consistorion (n° 32) ; après y avoir allumé les cierges, il passe par les Excubiteurs » et les Scholaires (nos 27 et 23), et sort par la Clialcé (n° 20) l. »

Ainsi l'entrée de la Thermastra se trouvait dans l'Hippodrome du palais. Le plus court chemin pour le patrice, en sortant de Saint-Etienne, aurait été de traverser le palais de Daphné et la cour de l'Onopodion (nos 50, 48 et 36) pour arriver au Consistorion; mais le palais de Daphné n'était pas un lieu de passage, et il ne s'ouvrait que pour l'empereur ou dans les jours de cérémonie, comme dans la circonstance suivante. Les ambassadeurs sarrasins, après avoir été reçus par l'empereur en audience de cérémonie dans le grand triclinium de la Magnaure (n° 116), devaient dîner avec lui dans le Chrysolriclinium (n° 95). En attendant le moment du dîner, ils sont conduits dans l'Augustéos (n° 48) par le triclinium des Candidats, le Consistorion et l'Onopodion (nos 28, 32 et 36). Lorsque le moment du repas est arrivé, on vient les chercher dans l'Augustéos ; « alors ils passent à travers les galeries intérieures de » l'Augustéos et l'Abside (nos 44 et 60), dans l'Hippodrome (n° 42), et, de là, allant » jusqu'aux Scyla (n° 110), ils entrent dans le triclinium de Justinien (n° 109) 2. »

La Thermastra n'est pas nommée dans l'itinéraire suivi par les Sarrasins ; mais on a vu plus haut qu'après être monté, par la porte d'ivoire de l'Hippodromios, dans les galeries de Daphné, il fallait, après avoir parcouru un certain espace dans ces galeries, descendre un escalier pour arriver à l'Abside de la Phiale. L'Abside ne touchait donc pas à l'Hippodromios, mais en était séparée par une localité qui n'était autre que la Thermastra. Le plus court chemin pour les Sarrasins aurait été de descendre par l'escalier de la porte d'ivoire; mais cette porte, comme on l'a vu plus haut, ne s'ouvrait que dans les jours de cérémonie pour les corps de fonctionnaires réunis en procession.

Au surplus, voici deux circonstances qui établissent positivement la contiguïté de la Phiale et de son abside (n° 61 et 60) avec la Thermastra. Lors des fêtes du Broumalion, un certain nombre de dignitaires et d'officiers étant descendus du Sigma dans la Phiale, s'y rassemblent pour acclamer l'empereur, assis dans le Sigma (n° 71). Alors, le Protovestiaire de l'empereur descend du Sigma, par le petit escalier nommé Styrax (n° 72), dans le Sigma inférieur, et de là il arrive près des dignitaires et des divers officiers qui sont réunis dans la Phiale pour leur distribuer des présents de la part de l'empereur. « Après les avoir reçus et avoir fait des vœux pour l'empereur, ceux-ci sortent par la » Thermastra et chacun s'en va à sa demeure3. » Ainsi, de la Phiale, ces fonctionnaires étaient passés par la Thermastra pour arriver à la sortie du palais, c'est-à-dire à la porte

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 249.

2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 584, et encore p. 590 et 595.

3 De cer. aul. Byz., lib. Il, cap. xviii, p. 601.

de fer (n° 39), qu'ils atteignaient après avoir traversé l'Hippodrome du palais (n°42).

La seconde circonstance indiquée par le livre des Cérémonies est plus positive encore. Après avoir rendu compte de la réunion de hauts fonctionnaires dans l'Hippodrome du palais (n° 42) et de leur entrée par la porte d'ivoire, qui les avait conduits dans les galeries de Dapliné et à l'escalier par où ils étaient descendus dans la Filiale ', le rédacteur du Cérémonial ajoute : « Sous l'empereur Léon (-J-911), il était d'usage que le palais » ne fût pas ouvert le soir, mais les dignitaires sus- désignés entraient à la neuvième » heure du jour par la Thermastra dans la Filiale secrète du Sigma, elo^p^ovTO Stà » tyjç OcpfjLaaTpaç év ty] tou SfyfJWTOÇ [ÀUffTUtîj <î>iàXvj, et tout s'y passait comme il est dit » ci-dessus2. »

La Thermastra était donc contiguë à la Filiale (nos 60 et Cl), et séparait cet atrium de ITIippodromios.

Nous avons placé sur notre plan les portes de communication de la Thermastra avec l'Abside et la Filiale, dans les deux petites courcelles (nos G2 et 67) formées par l'hémicycle de l'Abside.

Reisk, dans son commentaire sur le livre des Cérémonies3, a pensé que la Thermastra devait être soit un bain , soit un vaporarium , dans lequel on allumait des feux pendant l'hiver. Il est possible que le nom de Thermastra soit venu à cette localité des bains, xà Ospii-a, bâtis par Théoctistos (n° 63), lesquels touchaient à l'Abside, mais rien n'indique qu'il y ait eu des bains dans la Thermastra. Il résulte du livre des Cérémonies qu'elle servait de passage et renfermait de vastes salles et aussi des bureaux et des dépendances du palais. Ainsi, lorsque le temps était mauvais et que la neige tombait à l'époque des fêtes du Broumalion, qui se faisaient ordinairement dans la Phiale à ciel ouvert du Triconque (n° 61), les différents corps des fonctionnaires qui devaient assister à ces fêtes étaient répartis dans diverses localités fermées du palais impérial ; parmi eux « le domes- » tique (le chef) des Scholaires et le domestique des Excubiteurs (et d'autres encore) » descendaient dans la Thermastra 4 » . Lorsque des courses avaient lieu dans le grand Hippodrome, tous les fonctionnaires qui devaient accompagner l'empereur se réunissaient « les uns dans la Thermastra, les autres dans l'Abside » , afin de recevoir l'empereur à sa sortie du Palais-sacré5. Ainsi de vastes salles existaient dans la Thermastra. Lors de la promotion du chef des archivistes, le Préposé va chercher le questeur dans la Thermastra et lui présente le magistrat qui vient d'être nommé 6. Un assesseur des juges, après sa promotion, est également conduit dans la Thermastra par le Préposé vers un

1 Voyez plus haut p. 132.

2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xviii, p. 601.

3 De cer. aul. Byz., t. II, p. 277.

4 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xviii, p. 605. 6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxviii, p. 303. " De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lviii, p. 274.

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