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LES TRICLINIUMS BATIS PAR THÉOPHILE

l'Eros et la Perle, et, au sud, ceux qui portaient les noms de Pyxitès, de Carien, de Caniilas, de Mésopatos et d'Harmonie, et quelques autres encore. Nous avons donné plus haut une description de ces différents corps de logis et appartements ; nous l'avons puisée dans l'auteur anonyme qui a écrit la Vie de Théophile, en rétablissant l'ordre qui manque dans sa narration. Il nous reste seulement à fournir quelques explications qui suffiront pour justifier la situation que nous avons donnée dans notre plan à ces di fférents tricliniums .

L'auteur de la Vie de Théophile débute ainsi : « A peine est-on entré en venant de » chez le Seigneur, àizo tou Kupfou daicov, que l'on voit ces édifices (ceux bâtis par

» Théophile) se déplover sous les yeux; le Carien 1 » Puis l'auteur décrit le Carien, le

Triconque, le Sigma et la Phiale. Ainsi il commence sa description non à partir de l'entrée du Palais-sacré par Daphné et la Phiale (nos 44 et 61), mais bien à partir de la porte Monothyros (n° 75) , qui formait de ce côté l'entrée comme la sortie des grands appartements de ce palais. L'auteur, par ces mots, à-xb iou Kupfou dcmv, a voulu dire : En venant du palais du Seigneur, c'est-à-dire du palais occupé par l'empereur. Le Père Combéfis a traduit par « statim a Cyrio ingredienti » , comme s'il avait existé quelque salle nommée le Cyrien, située au delà des tricliniums bâtis par Théophile, et qu'en entrant par cette salle on les eût aperçus aussitôt. Mais il n'est mention, ni dans l'auteur de la Vie de Théophile, ni dans le livre des Cérémonies, d'aucune pièce portant ce nom : au delà des galeries du Triconque, on trouve le triclinium Lausiacos, comme nous l'établirons dans un instant.

La marche que suit l'auteur dans sa description fournit la preuve de la justesse de notre interprétation. On aurait pu traduire àiro toû Kuptou par « à partir de la principale entrée » ; mais l'entrée principale du Palais-sacré se trouvant établie entre le Sigma et le Triconque, cette explication ne pourrait s'accorder avec l'itinéraire que l'auteur s'est tracé. On pourrait traduire encore àizb toû Kupi'ou par « à partir de l'église du Seigneur » (n° 35); mais, en venant de cette église, l'auteur aurait d'abord trouvé à décrire la Phiale, puis le Sigma, le Triconque et le Carien, et c'est dans le sens contraire qu'il a tracé sa description.

Ainsi, en entrant dans les galeries du Triconque par le Palais-sacré qu'habitait l'empereur, c'est-à-dire par la porte dite Monothyros (n° 75), on trouvait d'abord le Carien, ô Kaptavdç (n° 83). Deux lignes plus bas, en décrivant le Triconque (n° 73), notre auteur dit qu'il avoisine le Carien, yeiTcov aùxoû. Nous avons donc donné entrée au Carien par l'abside méridionale du Triconque.

Notre auteur décrit ensuite le Triconque, le Sigma et la Phiale (nos 73, 71 et 61); puis, revenant sur ses pas, il rentre dans le Sigma et fait la description du Ciborium (n° 71, A) qui se trouvait au milieu de ce péristyle. Il le signale comme un dôme, opocp^,

1 Anonym., De Theoph., ap. Script, post Theoph., lib. III, § 42; Paris., p. 86; Bon., p. 139.

porté par quatre colonnes, et il ajoute : « En avant de la partie antérieure du dôme, » près des degrés dont nous avons parlé (n° 69), et vers la partie occidentale du Sigma, » sont les tricliniums bâtis par Théophile. Pyxitès, o îlutyxrfi, est le nom de la partie » inférieure (du premier décrit) ; la partie supérieure n'a pas de nom et sert de vestiaire » au clergé du palais1. » Nous avons donc placé le Pyxitès (n° 64) près des degrés par lesquels on montait de la Phiale dans le Sigma; son premier étage, vestiaire du clergé, était donc de niveau avec le Sigma et en avant du Ciborium. L'étage du rez-de-chaussée, celui qui portait réellement le nom de Pyxitès, était de plain-pied avec le Sigma inférieur. Notre auteur, qui vient de rentrer dans le Sigma en revenant de la Phiale, continue ainsi: « A gauche, vers la partie pour ainsi dire orientale du Sigma, a été construit un » autre triclinium qui fut appelé Eros, Epco^ (n° 79) 2; il servait à l'empereur de cabinet » d'armes 3. » Notre plan montre donc l'Eros touchant au Sigma et situé à gauche en venant de la Phiale.

Le livre des Cérémonies donne sur l'Eros quelques renseignements qui justifient encore cette situation. On a déjà vu, par plusieurs citations tirées de ce livre4, que par la galerie des Quarante- Saints (n° 80) on arrivait au Triconque; en effet, l'empereur, en venant du Chrysotrîclinîum (n° 95) par cette galerie, entrait directement dans le Triconque (n°73). Eh bien! il résulte de plusieurs autres passages qu'au delà de la galerie des Quarante-Saints on trouvait l Eros qui, comme on vient de le voir, touchait au Sigma. Ainsi une dame patrice élevée à la dignité de zostès, après avoir été faire sa prière à Sainte-Sophie, a été admise dans l'assemblée des dames patrices réunies dans le grand triclinium de la Magnaure (n° 116). A sa sortie de cet édifice, «les Cubiculaires et les » Silentiaires la reçoivent et l'introduisent dans le palais par l Eros et la galerie des » Quarante-Saints ; ensuite elle traverse lTIéliacon du Chrysotriclinium et entre dans » l'église du Phare (n° 106) 5. » Nous avons cité en premier lieu la fin du cérémonial de la promotion de la zostès, afin de justifier de la contiguïté de l'Eros avec la galerie des Quarante-Saints. Le récit du commencement de ce cérémonial va devenir maintenant fort intelligible. Avant d'aller à Sainte-Sophie et de revenir au triclinium de la Magnaure, la patrice avait d'abord été promue à la dignité de zostès par l'empereur, siégeant sur le trône dans le Chrysotriclinium. Elle en sort, dit le Cérémonial, avec les sénateurs et accompagnée par les Cubiculaires et les Silentiaires; ensuite « elle passe dans le Lausiacos » (n° 92), et s'en va vers la Tropicé (n° 91); la procession (les fonctionnaires réunis » en corps) se trouvant en cet endroit, elle ne sort pas par là, mais se dirigeant par

J Ànonym., De Theophilo, ap. Script, post Tlieopli., lib. III, § 43; Paris., p. 88; Ron., p. 113. 2 "Epw; signifie amour, désir; c'est le nom de Cupidon. Nous conserverons à ce triclinium son nom grec de Eros.

* Anonym., De Theophilo, loc. cit.

4 Voyez le § xi, p. 149.

5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. l, p. 2G1.

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