LA GALERIE DES QUARANTE-S AINTS
Nous avons déjà parlé plusieurs fois de la galerie des Quarante-Saints (n° 80), Ta oiaSaTixà xwv Àytcov TscraapàxovTa6. Ainsi nous avons établi qu'elle avait son point de départ
1 Voyez plus haut, § xi, p. 149 et 151.
2 Voyez plus haut, chap. III, § vin, p. 80.
J De Micliaele, ap. Script, post Theoph., lib. IV, § 35; Paris., p. 123; Bon., p. 197.
4 Voyez chap. III, § n, p. 58, et chap. IV, § iv, p. 122, ce que nous avons dit du Sténopos.
6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, p. 117.
8 De cer. aul. Byz., lib. 1, cap. x, p. 85 et passim.
LE CÉNOURGION. 175
au triclinium de l'Eros , qui possédait un escalier donnant accès dans le Palais-sacré1; et qu elle communiquait au Triconque 2, au Lausiacos 3, au Tripéton4et au Chrysotriclinium 5. Cette longue galerie aboutissait à l'Héliacon du Phare. En effet, il résulte du passage du livre des Cérémonies que nous avons rapporté dans le paragraphe précédent, qu'une dame zostès , introduite dans le Palais-sacré par l'Eros , avait parcouru la galerie des Quarante- Saints , d'où elle était passée dans l'Héliacon du Phare (n° 105), pour aller au naos de la Très-Sainte Mère-de-Dieu du Phare 6. On lit encore dans le livre des Cérémonies : « Si la fcte de l'Annonciation vient à tomber le jour même de » Pâques, on la célèbre ainsi : l'empereur sort avec la procession de son palais, protégé » de Dieu, en partant de la Très-Sainte Mère-de-Dieu du Phare et passant par la galerie » des Quarante-Saints et l'Abside (n° 60), il s'en va au naos de la Très-Sainte Mère-de- » Dieu dans Daphné (n° 45) 7. » Ainsi la galerie des Quarante-Saints, commençant à l'Eros (n° 79), touchait au Triconque (n° 73), au Lausiacos (n° 92), au Tripéton (n° 94), au Chrysotriclinium (n° 95), et venait finir à l'Héliacon du Phare (n° 105) ; elle occupait donc évidemment tout le côté septentrional du Palais-sacré. Telle est la position que notre plan lui assigne.
LE CÉNOURGION.
Le nom de Cénourgion , xo Katvoupyfov , appartenait particulièrement au salon qui faisait partie des appartements particuliers de l'empereur, mais ce salon avait transmis son nom au corps de logis, olxoç (nos 100 à 104) 8, qui renfermait ces appartements.
Nous avons donné, d'après Constantin Porphyrogénète et d'après l'auteur anonyme qui a écrit la vie de cet empereur, la description détaillée du salon, de la chambre à coucher et de son vestibule9. Nous n'avons rien à ajouter à cette description. Nous allons seulement emprunter quelques passages au livre des Cérémonies et à d'autres auteurs pour justifier la situation du Cénourgion et l'existence de la galerie (nos 100 et 101) qui reliait les appartements principaux au Chrysotriclinium et au Tripéton (n° 94).
1 Voyez chap. IV, § un, p. 154.
2 Voyez plus haut, chap. IV, § xi, p. 149.
3 Voyez plus haut, chap. IV, § xiv, p. 157. * Voyez plus haut, chap. IV, § xv, p. 1G0.
6 Voyez chap. IV, § xi, p. 138, 139 et § xvi, p. 170.
6 Voyez § xvn, page 172.
7 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. ix, p. 71.
8 Constant. Porphvr., De Basilio Maced., ap. Script, post Theoplu, lib. V, § 89; Paris., p. 204; Bon., p. 332.
' Voyez plus haut, chap. III, § vin, p. 78.
Nous avons établi que l'abside méridionale du Chrysotricliniom (n° 95, c) conduisait à l'appartement particulier de l'empereur1. Un grand nombre de passages du livre des Cérémonies justifient en effet la contiguïté du Chrysotriclinium ét de cet appartement. Ainsi, l'on a vu plus haut que dès la première heure de l'ouverture du palais, les gens de la chambre déposaient le scaramangion de l'empereur sur un siège placé auprès des portes d'argent qui conduisaient du Chrysotriclinium à son coiton ; le cérémonial continue ainsi : « Quand la première heure est passée, le Primicier des diétaires s'avance, et prenant h la clef de la serrure, il frappe trois fois cette porte d'argent; aussitôt, sur l'ordre de » l'empereur, les gens de la chambre apportent le scaramangion; l'empereur s'en revêt, )) et, sortant, il entre dans le Chrysotriclinium et s'arrête dans l'abside qui regarde
» l'orient, iv tt] /.axa àvaxoXàç xdyy Y] offre à Dieu ses prières2 » Lorsque l'empereur
doit aller à Sainte- Sophie, « sortant de la chambre sacrée, èçidvxcov tou UpoO xoitcovoç, » revêtu du scaramangion, il fait sa prière accoutumée dans la conque du Chrysotri- » clinium » , et à son retour de la Grande-Eglise, il entre dans le Chrysotriclinium avec les Préposés et les Cubiculaires, et après que ceux-ci se sont retirés, « il offre à Dieu
» ses actions de grâces, faisant une prière dans la conque du Chrysotriclinium puis il
» se rend dans sa chambre sacrée 3. »
L'impératrice, après avoir reçu la princesse russe Elga dans le triclinium de Justinien (n° 109), « s'étant levée de son trône, traversa h* Lausiacos et le Tripéton (nos 92 et 94) » et entra dans le Cénourgion (n° 102), et de cette pièce dans sa chambre à coucher, xal » Si' aùiou tic, tov éauTYjç y.oiTcova (n° 104); alors la princesse, avec ses parentes et les dames » de sa suite, alla par le Justinianos, le Lausiacos et le Tripéton, dans le Cénourgion et » s'y reposa; lorsque l'empereur se fut assis avec l'impératrice et leurs fils porphyro- » génètes, la princesse fut appelée du Cénourgion, et s'étant assise à l'invitation de » l'empereur, elle eut avec lui la conversation qu'elle voulut *. »
On voit, par ces citations, qu'on pénétrait dans les appartements particuliers de l'empereur non-seulement par le Chrysotriclinium (n° 95), mais encore par le Tripéton (n° 94). En entrant par le Tripéton, on arrivait d'abord dans le grand salon qui portait le nom de Cénourgion ; au contraire, quand on venait du Chrysotriclinium, on trouvait la chambre à coucher. Le Cénourgion précédait donc cette chambre , comme notre plan l'indique. Voici, au surplus, un passage du livre des Cérémonies qui confirme la réalité de cette distribution de l'appartement particulier de l'empereur. Il est emprunté au cérémonial à observer lorsqu'il est né un fils à l'empereur : <(Le huitième jour (après la naissance de l'enfant), le coiton de l'impératrice accouchée
1 Voyez plus haut, § xvi, p. 167.
* De cer. aul. Byz., lib. II, cap. i, p. 519.
1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 7, 22 et passim.
4 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 596.
LE CÉNOURGION. 177
» est décoré avec les portières d'étoffe tissue d'or du Chrysotriclinium , et avec de
m grands lustres. L'enfant est rapporté de l'église dans ce coiton Les Préposés
» sont ensuite appelés par l'eunuque chargé de la table de l'impératrice. Alors les » Préposés introduisent les chefs des Cubiculaires et tous les Cubiculaires '. Ensuite » on fait venir du Cénourgion (où elles étaient réunies), les zostès, les maîtresses, » les femmes des proconsuls, des patrices, des officiers protospathaires et celles des
» sénateurs Après la sortie des femmes, tous les sénateurs, les maîtres, les procon-
» suis, les patrices et les officiers sont amenés du Lausiacos par l'Horologion et le )) Chrysotriclinium 2. »
Ainsi, avant d'entrer dans le Coiton (n° 104), les femmes admises chez l'impératrice étaient réunies dans le Cénourgion (n° 102) ; et quant aux hommes qui attendaient dans le Lausiacos (n° 92) , on les introduisait par le Tripéton (n° 94) 3 et le Chrysotriclinium (n° 95).
Mais on comprend qu'on ne devait pas entrer directement, soit du Tripéton dans le magnifique salon qui portait le nom de Cénourgion, soit du Chrysotriclinium dans la chambre à coucher. En effet, le livre des Cérémonies nous révèle l'existence d'une longue galerie qui portait le nom de Macron du Coiton, o Màxpcov tou xoitwvoç, ou tout simplement, ô Màxpwv. Cette longue galerie (nos 100 et 101) était celle par laquelle l'empereur entrait directement de son appartement particulier dans le narthex de Sainte-Marie du Phare 4.
Aux citations précédemment faites, nous pouvons en ajouter d'autres. Ainsi, le jour de la fête de saint Elie, « le patriarche, étant entré par les galeries du Triconque, h va s'asseoir dans l'abside du Chrysotriclinium, qui est près du Panthéon (n° 95, B) ; » alors les Préposés entrent et annoncent à l'empereur l'arrivée du patriarche; l'em- » pereur ordonne de l'introduire ; les Préposés sortent et l'amènent. Après l'avoir salué » selon l'usage, l'empereur traverse seul avec lui la galerie de sa chambre à coucher, » oià toû [xàxptovoç toQ xoixtovoç, entre dans la .chapelle de la Très-Sainte Mère-de-Dieu » du Phare et s'en va de là à l'oratoire de Saint-Elie 5. » Il est évident que l'empereur n'était pas dans le Chrysotriclinium, puisque c'est après que le patriarche y est entré que les Préposés vont prévenir l'empereur de son arrivée ; il se trouvait donc dans son coiton, et c'est là que le patriarche est introduit en sortant du Chrysotriclinium ; l'empereur et le patriarche ne passent pas directement du coiton dans l'église Sainte-Marie; pour y parvenir, ils parcourent la galerie de la chambre, le Macron.
1 Tous les Cubiculaires étaient eunuques : il ne faut donc pas s'étonner de les voir admis avec les femmes des grands seigneurs dans la chambre de l'impératrice. ' De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xxi, p. GI8.
3 On a vu plus haut que le vestibule du Chrysotriclinium portait les deux noms de Tripéton et d'Horologion.
4 Voyez plus haut le § xvn, p. 171 et 173.
5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, p. 116.
Ce Macron devait se trouver évidemment entre le Coiton et le Chrysotriclimum ; car du Macron on entrait dans le vestibule de l'église qui s'élevait sur l'Héliacon du Phare (n° 106). On lit, en effet, dans un autre passage du livre des Cérémonies : «L'empereur (qui était dans le Ghrysotriclinium), se levant, s'en va, sans cortège, » avec le patriarche, par le Macron de son coiton dans le naos de la Très- Sainte » Mère-de-Dieu du Phare et s'arrête dans le narthex » Une dernière citation fera encore bien mieux comprendre que le Macron existait en avant du Coiton. Le jour de la fête de saint Démétrius, l'empereur sort du naos de Saint-Démétrius (n° 107), qui était joint à la chapelle impériale de Sainte-Marie du Phare; « ensuite, passant » par les portes d'argent du Macron, il entre dans le Ghrysotriclinium, où il s'assoit
suivant l'usage 2. » Ainsi, du Macron, l'empereur était entré directement dans le Chrysotriclimum., et non dans son coiton; ce Macron touchait donc au Ghrysotriclinium, et, par conséquent, précédait la chambre à coucher.
Cette longue galerie devait s'étendre sur toute la longueur du Ghrysotriclinium et des appartements particuliers de l'empereur; car indépendamment de la partie de cette galerie (n° 101) qui précédait la chambre à coucher (n° 104) et conduisait au narthex de Sainte-Marie du Phare, nous trouvons, dans le livre des Cérémonies et dans Anne Comnène, la mention d'une salle à manger qui existait là et qui devait occuper, suivant nous, la partie de celle même galerie (n° 100) qui longeait le salon nommé Cénourgion (n° 102). Ainsi l'empereur étant sur son trône dans le Ghrysotriclinium, donne l'ordre aux Préposés d'introduire un personnage auquel il veut conférer l'investiture des fonctions de recteur. Celui-ci étant entré, reçoit des mains de l'empereur le costume affecté à sa dignité. « Après cela, les Préposés le conduisent à » l'intérieur de la portière qui est du côté de la salle à manger, c'est-à-dire en avant » du coiton, eêç to (3y)Xov to -rrpo; ib àpicTr^oiov , rjyouv i'pntpoo-Osv toO xoraovo;, et là ils » le revêtent de ce même costume 3. » 11 est évident qu'il s'agit là de l'abside méridionale du Chrysotriclinium (n° 95, C) qui conduisait à la chambre de l'empereur. La salle à manger dont il est question en était donc voisine. Elle ne pouvait exister dans la partie du Macron par où l'empereur allait à Sainte -Marie du Phare, et c'est nécessairement dans l'autre partie qui s'étendait entre le Cénourgion et le Tripéton (n° 94) qu'elle devait avoir été établie. On lit, dans Anne Comnène, un passage qui justifie cette supposition. Camytzès, l'un des généraux d'Alexis Comnène, ayant été envoyé d'Asie par l'empereur pour annoncer à l'impératrice sa victoire sur les Turcs, se transporta, dès qu'il fut arrivé à Constantinople, dans le Palais haut 4, où logeait
1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xx, p. 119.
2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxi, p. 12-4. 5 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. iv, p. 529.
' A l'époque d'Alexis Comnène (1118| 1M'}), le palais du Roucoléon, bâti sur le bord de la mer et fortifié par Nicéphore Pbocas, était fort souvent la demeure des empereurs. Par ces mots, le palais haut, l'auteur n'a