‹ Le Palais Impérial de Constantinople et ses abords, Sainte-Sophie, le Forum Augustéon et l'Hippodrome, tels qu'ils existaient au dixième siècleChapitre 71 sur 96 · LE C I I R Y S 0 T R I C L LX I U M · texte numérisé non relu

LE C I I R Y S 0 T R I C L LX I U M

Le Tripéton faisait donc communiquer l'appartement particulier de l'empereur (le Cénourgion) avec les deux galeries du Palais-sacré, le Lausiacos et les Quarante-Saints.

LE CHRYSOTRICLINIUM.

Le Chrysotriclinium ou triclinium d'or (n° 95), ô XpuaoTpfaXivoç ô tou ypuaoD xpr/Atvoç, ô TptxÀtvoç y puadç2, dans lequel on entrait par le Tripéton, était la salle du trône du Palaissacré, le lieu où se faisaient les réceptions les plus importantes, et où l'empereur donnait l'investiture aux premiers dignitaires de l'Etat. Nous engageons nos lecteurs à se reporter à la description que nous avons faite de cette vaste salle3. Déjà nous avons justifié par des citations les différentes parties de cette description qui n'exigeaient d'autre preuve que la lecture du texte auquel nous les avions empruntées. Il nous faut maintenant examiner différents points qui demandent une dissertation particulière. Nous rappelons succinctement que le Chrysotriclinium était bâti sur un plan octogone. Chacun des pans de l'octogone était pénétré par une arcade sur laquelle s'appuyait une voûte en cul-defour, ce qui formait huit absides en hémicycle rayonnant autour de la salle. Une galerie était pratiquée sur le dessus de la corniche de l'entablement qui était porté par les huit arcs et les huit pendentifs triangulaires qui remplissaient l'espace entre les arcs. Au-dessus de cette galerie s'élevait une coupole percée de seize fenêtres. Le plan que nous avons adopté pour le Chrysotriclinium n'est pas de notre invention ; nous l'avons copié sur celui de l'église Saint-Serge-Saint-Bacchus, bâtie par Justinien4, Sfvec cette seule différence que quatre seulement des arcades ouvertes sur la nef octogone de cette église donnent accès à des hémicycles recouverts de voûtes en cul-de-four, les quatre autres étant l'origine d'une com te voûte en berceau. Mais le livre des Cérémonies faisait positivement mention de huit absides autour de la grande salle du Chrysotriclinium.

Suivant le plus grand nombre des auteurs, le Chrysotriclinium avait été construit par Justin II (-J-578) et il est tout naturel que ce prince ait pris comme modèle de la salle du trône qu'il voulait construire 1 un des plus élégants édifices qu'ait élevés son oncle Justinien.

Les huit absides du Chrysotriclinium, la galerie qui régnait au-dessus de l'entablement et la coupole nous sont indiquées par le livre des Cérémonies.

En rendant compte de la manière dont le palais avait été décoré le jour de la réception

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, p. 114 et passim. — Codin., De œdificiis; Paris., p. 50; Bon., p. 100.

2 Const. Porphy r . , De Basil. Maced., ap. Script, post Theoph., lib. V, § 90; Paris., p. 206; Bon., p. 335. et in Oral, de transi, imaj. Edessenœ, ap. Du Gange, Const. Christ., lib. II, § 4, n° 3, p. 118.

3 Voyez plus liant, chap. III, § vin, p. 75.

4 Voyez notre première plancbe. M. de Salzenberg a donné dans la plancbe 5 de son ouvrage Alt-Christliche Baudenkmale von Constantinopel le plan et la coupe de cet édifice.

5 Du Cange, Const. Christ., lib. II, § 4, n° 3, p. 117.

que fit l'empereur Constantin Porphyrogénète des ambassadeurs sarrasins, l'auteur du Cérémonial s'exprime ainsi : « On avait suspendu dans les huit absides du Ghrysotri- » clinium, eïç xàç oxtw xapiapaç xoD XpucoTptxX(vou , les couronnes du temple de la Très- » Sainte-Mère-de-Dieu du Phare, et celles des autres églises du palais, les différents

» ouvrages en émail tirés du Trésor, et les chlamy des des empereurs et des impératrices1

» Sur le grand entablement, sv xco [xsyàÀco xo(7(x^T7) , du même Chrysotriclinium , dans m les galeries qui sont là, eiç xobç èxzïce Sauyfraç, on avait suspendu les missoires et les » grands bassins de milieu en argent ciselé qui sont déposés dans le garde-meuble du m Carien. Au-dessus, txvioôev, dans les seize fenêtres voûtées de la coupole, e?ç xàç iq' cpcoxayco- » yoùç xa;j.àpaç toû xpouXXou, du même triclinium, on suspendit les petits plateaux des » missoires et des bassins de milieu ci-dessus, seize par fenêtre; ils étaient tous également » ciselés2. »

On lit dans un autre passage : « Dans la camara orientale, on n'avait suspendu aucun » ouvrage en émail ; elle avait pour tout ornement les couronnes. Il faut savoir que dans » les sept autres camara du Chrysotriclinium , de grands lustres d'argent étaient » suspendus à des chaînes d'argent, le tout emprunté au naos de la Très-Sainte-Mère-de- » Dieu du Phare 3 » .

Une salle dont le contour était percé de huit arcades, et qui était surmontée d une coupole, ne pouvait avoir évidemment qu'une forme circulaire ou octogone. Nous avons préféré cette dernière forme, non-seulement parce que nous trouvions dans l'église Saint- Serge-Saint-Bacchus, bâtie quelques aimées avant le Chrysotriclinium, un modèle que les architectes de Justin II avaient dû être entraînés à suivre, mais encore parce que ce système d'une voûte hémisphérique adaptée sur un périmètre polygone, est un des caractères de la rénovation de l'architecture byzantine à l'époque de Justinien. Les constructions de forme circulaire, surmontées d'une calotte hémisphérique, avaient été exécutées dans l'antiquité et imitées, sous Constantin et ses premiers successeurs, dans plusieurs édifices religieux; mais elles ne présentaient pas une disposition hiératique qui les distinguât des rotondes païennes; les architectes de Justinien, en adoptant la coupole, l'inscrivirent dans un carré, comme à Sainte-Sophie, ou dans un octogone, comme à Saint-Serge- Saint-Bacchus. Dans ce système, la voûte était soutenue en l'air nonseulement par les grands arcs qui reposaient sur les quatre ou les huit piliers du périmètre quadrangulaire ou octogone de l'intérieur de l'édifice, mais encore par des constructions formant un encorbellement, et dont le but était de racheter les angles du plan pour le relier à la base circulaire de la coupole.

Le nom de Camara, donné aux appendices qui rayonnaient autour de la salle octogone,

1 De cer. mil. Byz., lib. II, cap. xv, p. 580.

2 De cer. oui. Byz., lib. II, cap. xv, p. 582. 5 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 581.

LE CHRYSOTRICLINIUM. 163

ne peut laisser aucun doute sur la forme de leur construction. Du Cange traduit xa[j.àpa par le mot latin fornix , en faisant observer que le Lexique de saint Cyrille d'Alexandrie donne au mot âtyq la signification de xajxàpa, et que le mot xajj-àpa qui se trouve dans une phrase de Nicétas est remplacé dans la même phrase, dans un autre manuscrit, par le mot àij^ç1. Gamara et abside étaient donc des mots synonymes dans la langue du Bas-Empire, et représentaient un emplacement hémicirculaire couronné par une voûte en cul-de-four. Le nom de conque, xoy/,''], donné quelquefois à l'abside orientale du Chrysotriclinium 2, vient à l'appui de cette explication.

Au surplus, un passage du livre des Cérémonies peut dissiper toute espèce de doute. En effet, on verra plus loin, lorsque nous parlerons de la destination de chacune des camara ou absides, que le trône de l'empereur était placé dans l'abside orientale. Eh bien ! on lit dans le cérémonial de la promotion des patrices : « L'empereur monte et s'assoit » sur son trône, placé dans le Chrysotriclinium; les officiers des Cubiculaires se tenant » à droite et à gauche, les Cubiculaires et les Spatharocubiculaires se tiennent en cercle » derrière le trône autant que le permet l'hémicycle, oTurrco xuxXco io\t gzvZou xaOcoç èori to » r,[xtxux^tov3. » Et dans une autre circonstance on lit : « Les Spatharocubiculaires et les » Cubiculaires se tiennent derrière l'empereur, dans le circuit de l'hémicycle*. »

Ainsi les huit appendices joints à la salle octogone étant en hémicycle, la voûte qui couronnait cet hémicycle ne pouvait donc être qu'une voûte en cul-de-four.

Le grand Cosmétès ne peut être que l'entablement qui régnait au-dessus des huit arcs et des pendentifs. Ceci ne peut faire aucune difficulté. « Le Cosmétès, dit Du Cange5, m est la réunion de toutes les parties de l'épistyle composé de la corniche, de la frise et » de l'architrave qui est au-dessous. » Le Cosmétès est donc ce que dans la langue française on nomme entablement.

Le mot Sauylraç, que nous avons considéré comme l'expression d'une galerie circulaire pratiquée sur la corniche, présente plus de difficulté à expliquer. « Sur le grand enta- » blement, dans les Daugitès qui sont là, » dit notre auteur, on avait suspendu différentes pièces d'orfèvrerie d'argent ciselé. D'après la tournure de la phrase, les Daugitès dépendaient de l'entablement; c'était un endroit qui était cependant praticable, puisqu'on y avait fait une exhibition. Le mot Sauy^TYjç n'est pas grec et ne se rattache, dans cette forme, à aucun mot d'après les règles de l'étymologie. Mais nous croyons que la leçon est mauvaise et qu'au lieu de Sauyfaaç, que porte le texte imprimé, on doit lire Siauyfràç. Dans cette supposition, on pourrait trouver l'étymologie de ce mot byzantin dans Stà aùyrçv, à

1 Du Cange, Glossarhim ad script, mediœ et inf. grœcilatis, v° Ka^apa.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 7 et 22.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 244.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlix, p. 255.

5 Gloss. ad script, med. et inf. grœcitatis, verbo KouaiV/;ç , qu'on a écrit aussi KoainQ-niç, ainsi que Du Cange le constate.

travers la lumière, ou otà aOy/JT^pa, à travers celui qui éclaire, le soleil. Ce nom de ciauy{Tr(ç convenait parfaitement au-dessus de l'entablement, converti, au moyen d une balustrade, en une galerie circulaire, puisque cette galerie, placée immédiatement au dessous des seize fenêtres de la coupole, était exposée au plus grand jour et était pénétrée de part en part par les rayons du soleil. On retrouve au surplus cette galerie dans plusieurs des monuments byzantins de ce genre; elle existe à Sainte-Sophie, mais sans balustrade, au-dessous des fenêtres de la grande coupole.

Les fenêtres du dôme du Chrysotriclinium devaient, d'après les termes du texte, être disposées en forme de niches, comme le sont celles de la coupole de Sainte-Sophie.

Le nom dhéliacon, to ypuaxov, que Du Gange traduit par solarium (terrasse), n'est ordinairement donné par les auteurs byzantins et par le livre des Cérémonies qu'à des espaces à ciel ouvert ou tout au moins ouverts d'un côté, comme le Sigma1 ; mais en raison sans doute de la grande lumière que les seize fenêtres de la coupole projetaient sur le sol, la salle octogone reçoit quelquefois le nom d héliacon. Ainsi, « les patrices et les )> généraux, avec les sénateurs et les consulaires (se rendant à l'audience de l'empereur), » traversent la Thermastra , montent les escaliers, entrent par la porte des Diétaires, et, » s' avançant par l'abside qui est devant le Panthéon, ils passent par la porte à un battant » dans l'Héliacon. Tous ceux qui sont nommés pins haut se tiennent dans lTIéliacon, » à droite et à gauche, depuis la porte par laquelle on sort du Chrysotriclinium jusqu'au

» Camélaueion, où est placé le trône » Quelques instants après, l'empereur se rend,

revêtu du costume impérial, « dans l'abside orientale du Chrysotriclinium», et lorsque les portes ont été ouvertes par deux des officiers, « il s'avance dans lTIéliacon et se tient i) sur la pierre de porphyre 2 » .

On verra, dans un instant, que l'abside qui est devant le Panthéon n'est autre que l'abside occidentale (n° 95, A), qui servait d'entrée et de sortie principale à la salle octogone du Chrysotriclinium , et que le trône était placé dans l'abside orientale (n° 95, E). LTIéliacon dans lequel étaient passés les différents dignitaires en sortant de l'abside du Panthéon, et celui où l'empereur était descendu en sortant de l'abside orientale, sont identiques; cet Héliacon ne peut être que la grande salle du Chrysotriclinium.

Il était important de l'établir pour éviter la confusion qui pourrait résulter de ce que la cour (n° 105) qui se trouvait au delà du Chrysotriclinium , au-devant des portes de Sainte-Marie du Phare et de Saint-Démétrius, et qui était ordinairement appelée l'Héliacon du Phare, reçoit aussi quelquefois le nom de Héliacon du Chrysotriclinium.

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxvii, p. 302.

s De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, § G, p. 289.

Venons-en aux huit absides, en commençant par l'abside occidentale (n° 95, A) qui s'ouvrait sur le Tripéton (n° 94).

Etablissons d'abord que la communication entre le Tripéton et la salle octogone du Chrysotriclinium se faisait par l'une des absides, et, en second lieu, que cette abside était située vers l'occident.

On lit dans le cérémonial à observer le quatrième jour de la semaine de Pâques : t( L'empereur, revêtu du dibétésion et du tzitzacion , s'arrête dans la Camara du n Chrysotriclinium, par laquelle on sort dans le Tripéton, èv tw XpuaoxpixÀivw ev xrj » èHayoucr/] xajxapa £v tû Tpwtéxcùvi. La portière des portes d'argent est levée par le » Silentiaire, et lorsqu'il est sorti 1 »

Dans une autre circonstance, on y lit : « Il faut savoir qu'on place deux tables 'i dans l'abside du Chrysotriclinium qui conduit dans le Tripéton 2. »

Cette camara qui s'ouvrait sur le Tripéton était à l'occident. Et en effet, l'empereur étant sur son trône dans le Chrysotriclinium, et voulant faire la promotion d'une dame cubiculaire, a donné ses ordres aux Préposés. « Ceux-ci se font accompagner » suivant l'usage par deux Cubiculaires et deux Spatharocubiculaires — et ils entrent » dans le Chrysotriclinium. Au moment où les Préposés entrent par la portière du » Chrysotriclinium qui est vers l'occident, iiae.py6pe.voi xo Ttpo; oûgiv (37)Àov, ils se pro- » sternent 3. »

«L'empereur étant sur son trône dans le Chrysotriclinium, les (ambassadeurs) sar- » rasins entrèrent par l'Hippodrome (n° 42) et les Scyla (n° 110), et après avoir » traversé le Justinianos et le Lausiacos (nos 109 et 92), ils furent introduits par le » Logothète en présence de l'empereur. S'étant approchés du trône impérial , ils » parlèrent avec l'empereur comme ils le voulurent. Les gens de leur suite étant )) introduits, se tinrent dans ce lieu du côté du couchant, iv xco -rrpoç oucrtv xottco , à » l'intérieur des deux tringles d'où pend la portière, c'est-à-dire en arrière des trois » grands m issoires d'or, attendant laque leur chef eût pris congé de l'empereur4. » Et quelques lignes plus haut, dans le compte rendu de la manière dont le Chrysotriclinium avait été décoré dans cette occasion, on lit : « On avait placé les deux tringles d'argent » auxquelles est attachée la portière occidentale. Au-dessous de la même portière, étaient » disposés les trois grands missoires 5. »

Nous avons prouvé plus haut qu'on entrait dans le Chrysotriclinium par le Tripéton et que la communication se faisait par l'une des absides. Les deux dernières citations établissent que cette abside était tournée vers l'occident. Ainsi les Préposés entrent

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xir, p. 89. 1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. ix, p. 70.

3 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xxiv, p. 622, et cap. xxv, p. 624. * De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 588. 6 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 587.

166 preuves et Eclaircissements.

dans le Chrysotriclinium par la portière occidentale; les ambassadeurs sarrasins, après avoir traversé le Lausiacos (n° 92), ne pouvaient entrer dans le Chrysotriclinium qu'en passant par le Tripéton (n° 94) , et ils laissent leur suite en arrière de la portière occidentale du Chrysotriclinium, c'est-à-dire dans l'abside qui servait d'entrée à la salle du trône. Cette abside, qui touchait au Tripéton, était donc à l'occident du Chrysotriclinium. Le trône de l'empereur devait naturellement s'élever à l'opposite de la porte d'entrée, et nous prouverons plus bas qu'il était en effet placé dans l'abside orientale. Ces deux renseignements nous donnent la véritable direction du Chrysotriclinium, qui devait être traversé de l'ouest à l'est par le grand axe du palais.

Il est souvent question dans le livre des Cérémonies de la portière qui fermait l'abside occidentale sur la grande salle du Chrysotriclinium. On lui donnait le nom de portière du Panthéon, et plus souvent le nom de Panthéon tout court. « Le jour » de la fête, les Préposés, suivis de tous les Cubieulaires de service, entrent dans le

» palais et s'arrêtent devant la portière du Panthéon, ev tco (3r^cp tou IlavQÉou L'em-

» pereur étant sorti de sa chambre-sacrée, et faisant sa prière dans la conque (l'abside

» orientale) du Chrysotriclinium les Préposés franchissent la portière du Panthéon

» et se prosternent devant l'empereur '. »

Cette portière avait donné son nom à l'abside occidentale. On lit dans le cérémonial observé pour la promotion d'un cubieulaire, que lorsque l'empereur est sur son trône dans le Chrysotriclinium, « le Préposé sort et amène, soit du Panthéon, soit même » de l'Horologion , celui qui doit être créé cubieulaire2. » Le récipiendaire attendait donc dans le vestibule du Chrysotriclinium (n° 94) ou dans L'abside d'entrée (n° 95, A), que le rédacteur du Cérémonial nomme le Panthéon. La portière du Panthéon couvrait une porte à un seul battant qui fermait l'abside occidentale sur la grande salle octogone. C'est ce que constate un passage du livre des Cérémonies que nous venons de transcrire, et d'où il résulte que des dignitaires étant venus par l'abside occidentale, n'étaient entrés dans l'Héliacon du Chrysotriclinium qu'en franchissant une porte à un battant 3.

L'abside (n° 95, B) qui était à droite de l'abside occidentale servait de vestiaire au patriarche quand il venait au palais. « Le patriarche, après avoir béni la table (dressée » dans le Chrysotriclinium), s'éloigne, et se tient en dedans de la portière de l'abside » qui est à droite des portes d'argent du Chrysotriclinium, et y dépose sa chape4. » On ne doit pas oublier que l'abside occidentale était fermée sur le Tripéton par des portes d'argent. Dans une autre circonstance, « le patriarche étant entré par les galeries du

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. 6 et 7.

2 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xxv, p. 625. 5 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, p. 289.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xiv, p. 86.

5) Trieonque (n° 74), va s'asseoir dans l'abside du Clirysotriclinium, qui est près du » Panthéon, t?) ou<jï) irpôç to nàvOsov 1 » .

Il est important d'établir que l'abside méridionale (ri0 95, C) donnait accès aux appartements particuliers de l'empereur, parce que par là on connaîtra la situation du Cénourgion. Plusieurs passages du livre des Cérémonies en fournissent la preuve. Ainsi l'empereur, après avoir été en procession à l'église Saint-Etienne le jour de la fête des Rameaux, rentre au Palais-sacré par la porte dite Monothyros (n° 75), descend les degrés du Lausiacos (n° 76), traverse ce triclinium et le Tripéton (n° 94); de là ((l'empereur entre avec les cubiculaires et les patrices dans le Clirysotriclinium, et,

en s'en allant, il s'arrête dans la partie droite du Clirysotriclinium, près de l'abside » par où l'on va à sa chambre à coucher, Tzkrpiov (bç itpoç t/jv xau.àpav tyjv siaàyoucrav npoç » tov xoiTcova2. » Entrant par le Tripéton, et par conséquent par l'abside occidentale, l'empereur, en se dirigeant à droite, marchait vers le midi; l'abside méridionale était donc celle qui donnait entrée à son appartement particulier. On va voir par la citation suivante que la porte de communication était d'argent. Nous l'empruntons au règlement établi pour l'ouverture du palais chaque matin : « Les gens de la chambre, prenant » au vestiaire le scaramangion de l'empereur, l'apportent et le déposent sur le siège » placé hors des portes d'argent du coiton, c'est-à-dire celles qui conduisent dans le

Clirysotriclinium 3. »

L'abside qui venait à la suite (n° 95, D) portait le nom d'abside de Saint-Théodore, ■q xajxàpa toQ Ayi'ou ©sootopou. Elle servait de vestiaire à l'empereur. Nous en avons justifié plus haut par des citations. Nous nous bornerons à rapporter quelques passages du livre des Cérémonies qui résument et complètent les renseignements que nous avons déjà fournis. « L'empereur étant entré dans l'abside qui est auprès de la chapelle Saint- » Théodore, dç ty]v xoc^àpav tyjv oucrav npoç tov vaov toû Ayfou ©soScopou, et se trouvant à l'inté- » rieur de la portière, è'voov toû pVjXou, le Préposé appelle les valets de chambre, qui revêtent » l'empereur de la chlamyde, et quand ils sont sortis, le Préposé lui met la couronne » sur la tête; ensuite l'empereur sort de l'abside où il a été couronné; il monte et s'assoit j) sur le trône placé dans le Clirysotriclinium. » Après la cérémonie, « l'empereur s'étant » levé de son trône, entre dans l'abside de Saint-Théodore; le Préposé, après lui avoir » enlevé la couronne, appelle les valets de chambre, qui lui ôtent la chlamyde 4 » .

Ainsi, l'abside de Saint -Théodore touchait au naos consacré sous l'invocation de ce saint martyr; elle servait de vestiaire et était fermée, comme les autres, par une portière sur la grande salle octogone du Clirysotriclinium.

' De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, p. 11G, et cap. xxi, p. 122.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxn, p. 175.

3 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. i, p. 519.

u De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 244 et 249.

Une communication devait être établie entre l'abside de Saint-Théodore et l'abside orientale qui l'avôisinait. En effet, dans une circonstance que nous avons déjà citée, les patriees, les généraux, les sénateurs et les consulaires entrent dans le Chrysotriclinium par l'abside occidentale, et se tiennent, en attendant l'empereur, dans la grande salle octogone. Quand ils sont réunis, l'empereur revêt son costume et prend la couronne dans l'abside de Saint -Théodore, et, « accompagné des officiers des Gubiculaires, » il s'en va jusqu'à l'abside qui est vers l'orient du Clirysotriclinium 1 » . 11 résulte du livre des Cérémonies que jamais l'empereur ne montait sur son trône en présence d'une assemblée; c'est lorsqu'il y était assis que les personnes qu'il voulait recevoir étaient admises en sa présence. Dans la circonstance présente, les dignitaires de l'État étant réunis dans la salle octogone du Clirysotriclinium, l'empereur ne pouvait pas la traverser pour gagner l'abside orientale (n° 95, E), où le trône était disposé; il fallait donc qu'il y parvînt par une autre voie intérieure qu'il avait été facile d'établir, puisque les deux absides étaient voisines l'une de l'autre. La suite du récit prouve au surplus que cette communication intérieure devait exister. En effet, l'empereur étant arrivé dans l'abside orientale, « deux Cubiculaires se tiennent, l'un à droite, l'autre à gauche, chacun à une » porte. Au signal donné, ils les ouvrent tout à coup. Alors l'empereur, accompagné » du chef des Cubiculaires, sort dans l'Héliacon et se tient sur la pierre de porphyre; » aussitôt les patriees, les généraux et tous les sénateurs se prosternent 2 » .

Au fond de l'abside de Saint-Théodore s'ouvrait l'oratoire dédié sous l'invocation de ce saint (n° 90) , eùxnfotov ou vao? tou Aytou 0£oocopou ~rfj ô'vtoç èv tôj XpucroTpr/.Xi'vw 3. Cet oratoire, qui devait occuper l'angle sud-est du grand carré qui renfermait le Clirysotriclinium et ses absides, possédait, quoique fort petit, un sanctuaire fermé par des portes. Le cérémonial à observer lors de la promotion d'un cubiculaire, en fait connaître la situation et les dispositions. Le Préposé, accompagné de deux Cubiculaires, de deux Spatharoeubieulaires, d'un Ostiaire et du Primicier-cubiculaire, entre dans le Clirysotriclinium par la portière occidentale; ils adorent l'empereur, qui est sur son trône. L'oratoire Saint -Théodore étant ouvert, « ils y entrent tous et suspendent le paraj) gaudion tissu d'or (le vêtement insigne de la dignité du récipiendaire) dans la clôture » du Béma, c'est-à-dire à la Porte sainte. Ensuite le Préposé sort et amène, soit » du Panthéon, soit même de l'Horologion, le Cubiculaire qui doit être promu. En » dehors de l'oratoire, c'est-à-dire à l'intérieur de la portière de Saint-Théodore, les » Cubiculaires, sur l'ordre du Préposé, revêtent le récipiendaire de la tunique et lui )) découvrent la tête, puis ils le font entrer dans l'oratoire et le placent devant les » portes saintes. » Après une allocution du Préposé, celui-ci le revêt du paragaudion,

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxiv, § 6, p. 290.

2 De cer. aul. Byz., loc. cit.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. i, p. G, et cap. xlviii, p. 244.

et tous sortent en dehors de la portière1, c'est-à-dire dans le Chrysotriclinium.

L'oratoire de Saint -Théodore avait donc un sanctuaire fermé par une clôture et un espace en avant du sanctuaire, où un certain nombre de personnes pouvaient se tenir ; néanmoins, l'espace devait être assez restreint, puisque cinq personnes seulement entrent d'abord dans l'oratoire, et que c'est dans l'abside que les Cubiculaires reçoivent leur nouveau collègue.

On sait déjà que dans les jours de réception ou de cérémonie le trône de l'empereur était établi dans l'abside orientale (n° 95, E) , et qu'on y voyait une image du Christ assis sur son trône. Ces différents motifs et la situation avaient fait donner à cette abside les noms de camara impériale, xafjwcpa (3a<rt)uxTq , de camara orientale, xapiàpa àvaxoXwq, et celui de conque, xffyyiq, dont les Grecs se servaient souvent pour désigner le sanctuaire en hémicycle de leurs églises 2.

Plusieurs passages du livre des Cérémonies justifient la destination affectée à l'abside orientale. Il nous suffit d'en rapporter un seul, qui résume tout ce que nous avons déjà dit sur cette abside. Il est extrait du règlement à observer lors de l'ouverture du palais chaque matin. On a appris par un passage de ce règlement transcrit plus haut, que dès la première heure les gens de la chambre déposaient le scaramangion (la longue robe de dessous) de l'empereur près de la porte d'argent qui fermait son appartement particulier. Le règlement continue ainsi : « Quand la pre- » mière heure est passée, le Primicier des diétaires s'avance, et, prenant la clef de la » serrure, il frappe trois fois cette porte d'argent; aussitôt, sur l'ordre de l'empereur, i) les gens de la chambre apportent le scaramangion ; l'empereur s'en revêt, et, sor- » tant, il entre dans le Chrysotriclinium et s'arrête dans l'abside qui regarde l'orient, £v » ty] xercà àwxTokoLç xoy^Y| , où a été représentée, sous une forme humaine, l'image de h Notre Seigneur Dieu fait homme, offre à Dieu ses prières accoutumées, incline sa » tête pour lui. montrer son humble respect, puis il s'assoit sur le siège d'or qui est » là, iv to) VAÛat icxa^lvo) ^puGxo aeXXi'co 3. »

L'abside orientale était fermée par une porte à deux battants sur la grande salle octogone. Nous en avons déjà justifié 4. Une autre porte revêtue d'argent 5 s'ouvrait au fond de cette abside et donnait accès dans l'IIéliacon du Phare (n° 103), vaste cour qui servait d'atrium à la chapelle impériale de Sainte-Marie du Phare et à l'oratoire de Saint-Démétrius qui y était joint.

Dans le cérémonial à observer le jour de la fête de saint Démétrius, il est dit que

1 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xxv, p. 625.

2 De cer. aul. Bjz., lib. I, cap. xxxiii, p. 178; lib. II, cap. xv, p. 581; lib. I, cap. i, p. 7, et lib. II, cap. i, p. 519.

3 De cer. aul. Bjz., lib. II, cap. i, p. 519.

4 Voyez plus baut, p. 168.

4 De cer. aul. Bjz., lib. I, cap. xxxi, p. 170.

l'empereur, après avoir été par la galerie de Justinien et les galeries de Marcien à l'oratoire de Saint-Pierre (nos 109, 142 et 143), rentre au palais par les mômes galeries, « traverse le Chrysotriclinium, et sort avec la procession par les portes orien- » taies, eHép/exat xàç àvaxoXixàç iiuk<xç • les maîtres, les proconsuls, les patrices et les » officiers restent en avant du naos de Saint-Démétrius (n° 107), c'est-à-dire vers la » partie gauche de l'Héliacon (n° 105) 1 »

On lit dans le cérémonial prescrit pour le jour de la fête de saint Elie : « Le soir, » vers les sept heures, le Sénat s'avance dans l'Hippodrome (n° 42) revêtu du scara- » mangion, et le concierge ayant ouvert le palais, le Sénat entre par les Scvla, le » Justinianos et le Lausiacos (nos 110, 109 et 92) dans le Chrysotriclinium, le tra- » verse, et entre dans la chapelle de la Mère-de-Dieu du Phare (n° 106). Le concierge » se tient sur les portes orientales, sur le marbre de porphyre, avec les diétaires, qui » tiennent les basilica 2, et à mesure que les sénateurs se présentent, le concierge » donne à chacun un basilica 3. »

Après leur réception, les ambassadeurs sarrasins, quittant le triclinium de Justinien où ils avaient été conduits, passaient, pour sortir du palais, w par le Lausiacos, » l'Horologion et le Chrysotriclinium , franchissaient les portes orientales du Chryso- » triclinium, et, passant par l'Héliacon du Phare (n° 105), ils descendaient par l'Hé- » liacon de la Nouvelle-église (n° 128, A) dans le Tzycanistérion (n° 131) 4. »

Plusieurs citations que nous avons faites pour justifier la position du Triconque (n° 73), ont établi que de ce vestibule du Palais-sacré on arrivait au Chrysotriclinium par la galerie des Quarante-Saints (n° 80) 5. Voici un passage du livre des Cérémonies qui apporte encore la preuve de la communication du Chrysotriclinium avec cette galerie : « Le jour du Samedi saint, l'empereur sort du Chrysotriclinium, passe par m la galerie des Quarante-Saints et sort dans l'hémicycle de la Phiale secrète du Tri- » conque; ensuite il s'avance par l'Abside et Daphné6. » La galerie des Quarante-Saints, qui partait de l'Eros (n° 79) pour aboutir à l'Héliacon du Phare (n° 105), occupait tout le flanc septentrional du palais; c'est donc par l'abside tournée vers le nord (n° 95, G) que l'on devait sortir du Chrysotriclinium dans la galerie des Quarante-Saints.

L'abside (n° 95, II) qui était à la gauche de l'abside occidentale (A) quand on entrait dans le Chrysotriclinium, était affectée au concierge du Palais-sacré. On lit, en effet,

1 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxi, p. 124.

2 Les commentateurs ne sont pas entièrement d'accord sur ce qu'étaient ces basilica, qu'on trouve quelquefois, écrit basilicia. Reisk {De cer. aul. Byz., Commentarium , p. 5-48) pense que ces basilicia pouvaient être des vêtements sur lesquels la figure de l'empereur était reproduite.

i De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xix, p. 114.

4 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 586.

5 Voyez plus haut, § xi, p. 149.

6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxv, p. 180; cap. x, p. 84; cap. xxx, p. 1G9; cap. lxviii, p. 310.

L'HÉLIÀCON DU PHARE. 171

dans le règlement prescrit pour l'ouverture du Palais-sacré , que le concierge, après en avoir été ouvrir les portes, « entre dans le Chrysotriclinium et dépose les clefs » sur le siège placé à l'intérieur de la portière de l'abside gauche vers le couchant » Lorsque l'empereur était assis sur son trône dans l'abside orientale (e) , il avait à sa droite cette abside du concierge 5 c'est ce qui explique la phrase suivante qui se trouve quelques lignes plus bas : « L'empereur s'assoit sur le siège d'or qui est là (dans la » conque orientale) , et dit au concierge , qui se tient avec son second contre la portière

» de droite, vers le couchant, près de la portière qui se tire 2 » On a vu que la

portière du Panthéon était attachée à des tringles d'argent, et qu'ainsi elle devait se tirer lorsqu'on introduisait dans le Chrysotriclinium les personnes que l'empereur voulait recevoir.

Les citations précédentes nous ont appris que le Chrysotriclinium servait aux grandes réceptions de l'empereur; c'est là qu'étant sur son trône, il donnait l'investiture aux premiers dignitaires de l'Etat ; il y recevait aussi quelquefois les ambassadeurs étrangers 3. Dans certaines circonstances, on y dressait la table d'or, et l'empereur y donnait un repas 4.

L'HÉLIÀCON DU PHARE, LES CHAPELLES DE LA TRÈS-SAINTE MÈRE-DE-DIEU DU PHARE ET DE SAINT-DÉMÉTRIUS, LE PHARE.

En parlant de l'abside orientale du Chrysotriclinium, nous avons prouvé que les portes situées au fond de cette abside donnaient accès dans l'Héliacon du Phare, to Ypaaxov tou $àpou 5, vaste cour (n° 105) qui servait d'atrium aux deux chapelles de Sainte-Marie du Phare et de Saint-Démétrius. Cet Héliacon était aussi appelé Héliacon du Chrysotriclinium, nom qu'il tenait de son voisinage avec la salle du trône. Une citation empruntée au livre des Cérémonies sera la justification de cette disposition. On lit, en effet, dans le cérémonial à observer le premier jour de janvier dans le naos de Saint- Basile : « L'empereur, passant sans cortège par la longue galerie, ôià tou p.àxpwvoç, de sa » chambre à coucher (n° 101), entre dans le narthex de la Très-Sainte-Môre-de-Dieu » du Phare (n° 106) ; les maîtres, les patrices et les autres sénateurs, avec les cubi-

4 De cer. aul. Byz., lib. II, cap. 1, p. 519.

2 De ce?-, aul. Byz., loc. cit.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxn, p. 171; cap. xlii, p. 244; cap. xlvii, p. 236; cap. xlix, p. 255; cap. li, p. 261; lib. II, cap. xv, p. 588.

4 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xiv, p. 91; lib. II, cap. xv, p. 584 et 597.

5 Anonym., De Michaele, ap. Script, post Tlieoph., § 35; Paris., p. 123; Ron., p. 97. — De cer., lib. II, cap. xv, p. 586 et passim.

» culaires, se tiennent, si le temps est beau, dans l'Héliacon du Chrysotriclinium, lv » Tco tou Xpuaoxp v/k(vou YjXiaxco, et si le temps est mauvais, ils se tiennent à l'intérieur » du Chrysotriclinium, i'vSov toû XpuaoTpixXi'vou. Ensuite l'empereur, partant du naos » de la Très-Sainte Mère-de-Dieu du Phare, s'en va, avec la procession, à la cha- » pelle de Saint-Basile '. »

Ce passade ne présente aucune ambiguïté. L'empereur est entré de sa chambre à coucher dans la chapelle de Sainte-Marie du Phare pour y faire sa prière, et tous les grands de l'empire l'attendent à la porte de l'église pour aller à l'oratoire de Saint- Basile. L'Héliacon du Chrysotriclinium, où ils se tiennent si le temps est beau, ne peut être pris là pour la grande salle octogone qui reçoit quelquefois le nom d'Héliacon, comme on l'a vu dans le paragraphe précédent , puisque cet Héliacon est mis en opposition avec l'intérieur du Chrysotriclinium , qui n'est autre chose que la grande salle octogone. Ces mots « si le temps est beau » indiquent bien au surplus une cour qui touche à Sainte-Marie du Phare, où l'empereur est entré, et au Chrysotriclinium, où les grands de l'Etat l'attendent si le temps est mauvais.

La chapelle de Sainte-Marie du Phare (n° 106), ÈxxÀr^ta tou <ï>àpou 2, vaoç tyjç 'Tuepaytaç 0£oto/.o'j tou 4>àpou 3, qu'on appelait aussi le Pliarc tout court, 6 <I>àpo;4, s'élevait sur l'Héliacon du Phare, ainsi qu'on l'a vu par plusieurs des citations précédemment faites à l'occasion de l'abside orientale du Chrysotriclinium 6, et que l'indique d'ailleurs son nom. Voici encore un passage du livre des Cérémonies qui ne peut laisser aucun doute à cet égard. Une dame patrice qui vient d'être promue à la dignité de zostès est reçue à sa sortie du triclinium de la Magnaure (n° 116) par les Cubiculaires et les Silentiaires. « Cenx-oi l'introduisent dans le palais par l'Eros et la galerie des » Quarante-Saints (nos 79 et 80); de là, passant par l'Héliacon du Chrysotriclinium (n° 105), elle entre dans le Phare, fait des prières pour l'empereur, dépose douze » écus sur la sainte table, et après avoir allumé les cierges, elle s'en va dans sa » maison 6. »

La salle du trône n'était pas un lieu de passage, et l'expression « Héliacon du Chrysotriclinium » , qui se trouve ici, ne peut s'appliquer à la salle octogone du Chrysotriclinium, mais bien à la cour qui se trouvait au-devant de Sainte-Marie du Phare et qui prenait aussi le nom (l'Héliacon du Chrysotriclinium , comme nous venons de le prouver plus haut.

La zostès, après avoir traversé l'Héliacon, entrait dans le naos du Phare. Dans

' De cer. aul. Byx., lib. I, cap. xxiv, p. 137.

2 Theophanis Chronogr.; Paris., p. 374.

3 De cer. mil. Byz., lib. I, cap. x, xix et xxxiii, p. 71, 114, 177 et passim. u De cer. md. Byz., lib. I, cap. li, p. 2S1 et passim.

5 Voyez plus haut, § xvi, p. 170.

6 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. l, p. 261.

SAINTE-MARIE DU PHARE ET SAINT-DEmETRIUS. 173

cette circonstance, l'auteur désigne ce naos par ces seuls mots : tlq xàv «Êàpov-, mais les actes que la zostès accomplit clans la localité où elle est entrée viennent établir qu'il s'agit en cette occasion de la chapelle de Sainte-Marie du Phare, et non de la station télégraphique qui était à côté.

On vient de voir, par une citation du livre des Cérémonies, que l'empereur entrait directement de la galerie qui précédait sa chambre à coucher (n° 101) dans le narthex de Sainte-Marie du Phare. Un passage de l'histoire de l'empereur Alexis Comnène, écrite par sa fille Anne, vient à l'appui de ce renseignement. « La chambre où l'emù pereur couchait alors touchait, du côté gauche, au lieu saint bâti dans l'enceinte ') du palais impérial et dédié sous le vocable de la Mère-de-Dieu. Beaucoup de gens » croient à tort qu'il a été consacré sous le nom de Saint-Démétrius l. »

En entrant dans les appartements particuliers de l'empereur par l'abside méridionale (n° 95, C) du Chrysotriclinium , on trouvait en effet, à gauche, le naos de Sainte- Marie du Phare.

La chapelle de Saint-Démétrius (n° 107) , vaoç et èxxÀ7]<j{a toû Àyi'ou Ar^xpiou , touchait au naos de Sainte-Marie du Phare, et s'élevait également sur l'Héliacon du Phare. Cette situation est parfaitement indiquée par plusieurs passages du livre des Cérémonies. Ainsi, le jour de la fête de saint Démétrius, l'empereur, rentrant au palais par les Scyla, la grande galerie de Justinien, le Lausiacos et le Tripéton (nos 110, 109, 92 et 94), « traverse le milieu du Chrysotriclinium et sort avec la » procession par les portes orientales; les maîtres, les proconsuls, les patrices, restent » en avant du naos de Saint-Démétrius, c'est-à-dire dans la partie gauche de l'Hé-

') liacon L'empereur, avec le patriarche, se tient dans le vestibule de l'église, et,

» après les cérémonies prescrites, ils entrent. Le patriarche pénètre dans le sanctuaire; » l'empereur, passant par le milieu de l'église, s'avance et se tient dans le Tétraséron » qui est là, afin d'entendre la lecture de l'Evangile 2. »

Dans une autre circonstance, le Cérémonial dit que l'empereur tt se tient dans le naos » de Saint-Démétrius, devant l'image en émail de la Mère de Dieu, qui est près de la

porte qui conduit à l'Héliacon » . Ensuite les sénateurs, les maîtres et d'autres dignitaires pénètrent dans l'église, puis « tous entrent, par une autre porte de Saint-Démétrius, dans » le naos de la Très-Sainte Mère-de-Dieu du Phare3)) .

Ainsi la chapelle de Saint-Démétrius s'élevait sur l'Héliacon du Phare et était unie à celle de Sainte-Marie, puisque les deux églises se communiquaient par une porte.

La première des deux citations parle d'un tétraséron qui aurait existé dans Saint- Démétrius. Pieisk 4 pense que TexpaaÉpov est synonyme de TîTpaôtjpov, un lieu à quatre

1 Anna Comnena, Synfagma rer. ab Alexio Comn. gest., lib. XII; Paris., p. 361.

2 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxi, p. 12i.

3 De cer. aul. Byz., lib. I, cap. xxxi, p. 170. * De cer. aul. Byz., Comment., t. II, p. 217.

portes. Le savant commentateur nous paraît se tromper; car l'auteur anonyme de la Vie de Théophile, en nous apprenant qu'on donnait le nom de Tétraséron à l'étage inférieur du Triconque, dont la forme était semblable à celle du Triconque (n° 73) qu'il supportait, nous a fait connaître ce qu'on entendait de son temps par le mot TExpaa^ov 1 . C'était une construction composée d'une partie rectiligne sur laquelle s'appuyait un hémicycle pénétré par trois absides voûtées en cul-de-four. Le grand hémicycle oriental de Sainte-Sophie, avec ses trois absides, forme un immense tétraséron. L'abside supérieure du tétraséron de Saint- Démétrius renfermait l'autel; c'est dans ce lieu que le patriarche était entré; l'empereur se tenait en avant, entre les deux autres absides, pour entendre l'Evangile, que lisait le patriarche, du haut de l'estrade où l'autel était élevé.

La tour du fanal 2, qui était en communication avec un autre fanal situé sur la côte asiatique, s'élevait sur l'Héliacon du Phare, à côté des naos de Sainte-Marie et de Saint-Démétrius, iv tco fjLey^Xb) iraÀaxuo xaxà to vjÀiaxov toO «papou, dit l'auteur de la Vie de Théophile3.

La porte de l'Héliacon du Phare, ouverte sur les jardins, donnait de ce côté une sortie au Palais-sacré. Elle était précédée d'un petit porche (n° 103, A). L'itinéraire de l'empereur, allant de Sainte-Marie du Phare à la Nouvelle-église-basilique (n° 128), est ainsi tracé : « L'empereur traverse dans son milieu le naos du Phare et sort par la » porte qui conduit à l'Héliacon... traverse avec la procession le milieu de l'Héliacon et » le petit porche de la porte à un battant, ùiol tou Itiviotzoû tou Movoôtfpou *, et descend » la pente du Boucoléon5 »

Ainsi, on sortait du Palais-sacré par l'Héliacon dn Phare. Les murs de cet Héliaeon, ceux du fanal et de Saint-Démétrius, formaient donc l'extrémité orientale de ce palais.

11 faut revenir sur nos pas et nous occuper de la galerie des Quarante- Saints et de l'appartement particulier de l'empereur, qui, comme on l'a déjà vu, touchaient au C hrysotriclinium .

xvnr

Page 1