SA SITUATION. — SON ÉTENDUE
Nous aurions dût peut-être, en suivant la méthode que nous avons adoptée jusqu'à présent, fournir à la suite de la description de chacune des paiiies du palais les documents qui en justifient la situation dans notre plan, mais nous avons pensé que ce mode de procéder, coupant à chaque instant le fil de la description, ne conviendrait pas à un grand nombre de lecteurs , qui désirent surtout connaître un fait en son entier sans vouloir se donner la peine d'en étudier les preuves , et qui s'en rapportent à cet égard à l'auteur. Nous donnerons donc d'abord une description générale du palais, c'est-à-dire une explication complète de notre plan, et nous reviendrons ensuite sur les preuves que nous avons à fournir à l'appui de chacune des dispositions que nous avons prises, toutes les fois que ces preuves ne pourront résulter de la simple citation d'un auteur et qu'elles devront nous entraîner dans mie dissertation. La description préliminaire sera même utile à ceux de nos lecteurs qui auront la patience d'étudier nos preuves, en leur faisant connaître avant tout l'ensemble de la restitution.
Les documents que nous avons recueillis nous permettent de tracer ainsi le développement de l'enceinte de l'ancienne résidence des empereurs byzantins. Commençant à l'angle sud-ouest du Forum , où s'élevait le bâtiment nommé Nouméra (n" 22), les murs de cette enceinte occupaient tout le côté, méridional du Fonmi et le côté oriental jusqu'au palais du Sénat (n*^ 12). Ils formaient la un angle rentrant et enveloppaient cet édifice et Sainte-Marie Chalcopratiana (n^ 1 1) . Longeant ensuite de fort près le mur oriental de Sainte-Sophie , ils se prolongeaient jusqu'à la hauteur environ •de l'angle nord-est de ce temple. Changeant là de direction, ils s'étendaient vers l'est , à peu de distance du parallèle de Sainte-Sophie, en faisant face à la vieille ville. A la hauteur du Tzycanistérion (n^ 131), ils s'inclinaient au sud-est, parallèlement aux grands côtés de ce carrousel, et atteignaient la mer à un endroit indiqué par une tour antique, à soixante mètres environ au sud du parallèle de la Grande-Église. A partir
de cette tour, Fenceinte était baignée par les flots de la Propontide, sur un développement de plus de douze cents mètres. Au delà, les murailles se dirigeant vers le nord sur une ligne droite parallèle au grand axe de THippodrome , atteignaient la terrasse (n® 52) édifiée en prolongement du mur septentrional de l'Hippodrome, qui servait de limita et de défense au palais impérial jusqu'à Tendroit où finissait le palais du Cathisma (n^ 56 et 57) . Les murs de ce palais à l'occident et au nord, le mur septentrional de l'église Saint-Etienne (n® 54) et le mur occidental des Nouméra, qui étaient mitoyens avec les Thermes de Zeuxippe , complétaient l'enceinte.
Cette enceinte comprenait donc la partie méridionale de la première des sept collines sur lesquelles Constantinople était assise. A partir du sommet de cette colline, qui se trouvait un peu au delà, vers le nord, du mur septentrional du palais, le terrain allait toujours en descendant vers la mer; les pentes en étaient souvent assez rapides, en sorte qu'il fallait parfois les gravir à l'aide d'escaliers '. Entre le pied de la colline et la mer régnait une surface plane de peu de largeur que Pierre Gylli estimait à un jugerum au moins *. Cette disposition du terrain fera comprendre la différence de niveau des diverses parties du grand palais, et justifie les dispositions que nous indiquerons plus loin.
DÉNOMINATIONS DONNÉES AUX DIVERS ÉDIFICES, SALLES ET EMPLACEMENTS DE LA DEMEURE IMPÉRIALE.
Avant d'arriver à la description du palais, il nous reste encore à donner l'explication de quelques mots qui i^viendront souvent sous notre plume, comme étant employés par les auteurs byzantins du dixième siècle et du onzième pour dénommer les différents édifices agglomérés dans l'enceinte de la demeure impériale et les diverses pièces dont ces édifices étaient composés.
Dans la haute grécité , le mot triclinon , ta TpCxXivov *, signifiait , comme le mot triclinium qui en est la transformation latine, salle à trois lits, salle à manger, et l'Académie française a admis le mot latin dans son dictionnaire avec la même acception. Chez les
* Pétri Gyllii De topographia Consi., lib. I, cap. vii, ap. Banduri, hnp. Orient,^ t. I, p. 355.
' Idem y p. 354. Le jugerum, mesure agraire de superficie des Romains, était de 28,800 pieds carrés romains (Paucton, Métrologie f p. 217; IVL Douillet, Dict. des Sciences)^ ce qui équivaut à 25 ares 20 centiares; le jugerum ne présentait donc ainsi qu^un carré de 50 mètres 40 centimètres de côté; mais, diaprés le géomètre Héron (Paucton, p. 222), le jugerum romain formait un quadrilatère de 240 pieds sur 120. Le pied romain étant de 29 centimètres 58 millimètres (M. Bouillet), la largeur de la bande de terre plane entre le pied de la colline et la mer aurait été de 71 mètres en moyenne, si Pierre Gylli a voulu parler du grand côté du jugerum. C'est cette laideur que lui donne le plan de Kauflfer que nous adoptons.
' L'Anonyme continuateur de Théophanes (Paris, p. 88; Bonn, p. 143) et Constantin Porphyrogénète » dans son livre Des cérémonies de la cour de Bjrzance, écrivent 6 TpCxXivo^.