‹ Le palais impérial de Constantinople et ses abords Sainte-Sophie, le ForumChapitre 4 sur 92 · ÉGLISE SAINTE-SOPHIE · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINTE-SOPHIE

Après avoir agrandi l'enceinte de Byzance , Constantin , dans la vingtième année de son règne, fit édifier, en face du palais impérial, une basilique qu'il dédia à la Sagesse divine, T^ àylcf, 2o<p(a. C'est de là que les Byzantins donnèrent à ce temple le nom de Sainte-Sophie. L'empereur Constance, fils de Constantin, en fit agrandir l'enceinte et le reconstruisit en partie, mais il ne subsista en cet état que soixante-quatorze ans. En 404, sous le règne d'Arcadius, il fiit incendié le jour même de l'exil de saint Jean Chrysostome, sans qu'on ait pu découvrir les véritables auteurs de l'incendie. Sainte-Sophie fut réparée par Théodose le Jeune (408f 450) , qui en fit faire la dédicace dans la septième année de son règne * . Mais en 532, l'église de Théodose fiit entièrement brûlée durant la sédition des Victoriats dont nous avons déjà parlé.

Justinien entreprit aussitôt de reconstruire ce temple, non plus dans la forme des anciennes basiliques romaines qui avait été adoptée par Constantin et Théodose II, mais dans un style nouveau, avec des voûtes qui devaient le mettre à l'abri du feu; il n'épargna rien pour en faire le plus bel édifice de l'univers. Il rassembla de toutes les parties de l'empire les matériaux les plus précieux et les meilleurs ouvriers : Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, les plus habiles architectes de ce temps, furent choisis pour diriger les travaux*. Le nouveau temple conserva le nom de Sainte-Sophie; on lui donnait aussi celui de Grande-Église *.

11 existe un grand nombre de descriptions de ce temple célèbre * : la meilleure de toutes

' Uv Gange, Const. Christ^ lib. III, S ^9 n^' I9 ^ et 3; Paris., p. 6 et seq.

' Pauli Silentiarii Descript, S, Sophiœ; Paris., II* pars, v. 135; Boanae, IS39, v. 552, p. 28. — Progopius, De œdificus, lib. I, cap. i; Paris., p. 5; Bon., p. 174.

* Progopivs, De œdificusy lib. I, cap. i; Paris., p. 8; Bon., p. 179. — Constant. Porphyr., De cer, auL Byz,^ passim.

* On trouvera des plans de TédiBce et de bonnes descriptions dans Du Gange, ConsîantmopoUs Ckristiana, iib. III; Banduri, Imp. Orient.^ lib. IV, t. I, p. 64, et t. II, p. 744; Parisiis, 1711; Bonnœ, 1837; M. Batissier, Histoire de tort monumental; Paris, 1860, p. 395.

est celle de M. de Salzenberg', qui a fourni à Tappui de son texte vingt-sept planches présentant plusieurs plans de Tédifice, la coupe en couleur du monument, son élévation sur ses difiGérentes faces, et les détails, dans une assez grande proportion, de ses colonnes, de ses portes, de ses fenêtres, ainsi que des marbres et des mosaïques qui en décorent les parois. Nous aurions donc pu nous borner à décrire les parties que nous voulons restituer, et ne pas parler du corps de Tédifice qui subsiste encore; nous en donnerons cependant ici une description succincte, afin d'y rattacher les parties dont nous a vous à faire la restituticm et de présenter un ensemble à nos lecteurs.

En avant du temple était Tatrium (planche II, n^ I A). C'était une cour rectangulaire entourée de trois côtés par des portiques, et du côté du temple par un premier vestibule, Texonarthex , dans lequel on pénétrait par cinq portes '• Les portiques étaient supportés du côté de la cour, où ils étaient ouverts, par des colonnes de marbre et des piliers carrés de briques portant des arceaux. Les piliers occupaient les angles nord-ouest et sud-ouest de la cour, puis, au delà de ces piliers, on trouvait deux colonnes pour porter les arceaux et ensuite un pilier; cette disposition alternative se déployait sur trois côtés de la cour*. A l'intérieur, les portiques étaient voûtés en berceau. Au centre de l'atrium existait un vaste bassin de marbre pi-écieux, où l'eau se renouvelait sans cesse*. Les portiques de l'atrium étaient fermés sur l'extérieur par des murs de brique, percés de diverses ouvertures munies de portes. On lit en effet dans Nicétas que les troupes impériales qui combattaient en faveur du jeune empereur Alexis II, fils de Manuel Comnène, après avoir chassé du Forum les partisans de la princesse Marie, femme du césar Jean, qui étaient venus attaquer le palais, brisèrent les poi*tes de l'Augustéon donnant accès dans l'atrium , afin de déloger les soldats du césar réfugiés dans le narthex de Sainte- Sophie*.

De l'exonarthex on pénètre dans un second vestibule voûté en berceau , qui portait le nom de narthex. Ces deux vestibules s'étendent sur toute la largeur de l'église, dans laquelle on entre par neuf portes, dont trois donnent accès à la nef et trois à chacun des bas côtés. Si l'on en excepte l'abside orientale, dont nous parlerons plus loin, l'église est renfermée dans un espace rectangulaire de 77 mètres de longueur sur 71 mètres 70 centimètres de largeur, y compris l'épaisseur des murs. Cet intérieur est divisé en une partie centrale , la nef, et deux parties latérales. Au centre de l'édifice s'élève une

* All'OïristUche Baudenkmale von Constantmopel; Berlin, 1854. La figure que nous donnons dans notre seconde planche du plan de Sainte-Sophie a été relevée, quant aux dimensions, sur le g^rand plan de M. de Salzenberg^, planche 6 de son ouvrage.

« Pauli Silentiarii DescripL S. Sophiœ, II" p., v. 174; Bonnae, v. 590, p. 29.

* M. de Salzenberg a pu constater cette disposition des portiques au milieu des constructions diverses qui les encombrent aujourd'hui.

* Paulus Silent., loc. cit.

* NiCETiE Choniat^ Historia. De Alex. Mon, fiL\ Paris., p. 153; Bonn», p. 307.

coupole de 31 mètres de diamètre inscrite dans un carré. Elle s*appuie sur quatre grands arcs d'une ouverture égale à son diamètre, lesquels reposent siu* quatre gros piliers. D'immenses encorbellements triangulaires, qui ont reçu le nom de pendentifs, se projettent sur le vide, remplissent l'espace entre les grands arcs et viennent saisir la coupole. Sur les deux arcs perpendiculaires à la nef, l'arc oriental et l'arc occidental, s'appuient deux demi-coupoles couvrant des parties hémisphériques qui prolongent la partie centrale de l'église à l'orient et à l'occident, en lui donnant ainsi une forme ovoïde. Au contraire, au nord et au midi de la grande coupole, les grands arcs sont fermés par un mur plein soutenu par des colonnades.

Autour de l'hémicycle , que recouvre la grande demi-coupole orientale , s'ouvrent trois absides : au centre, l'abside principale, qui se prolonge à l'orient et se termine par une voûte en cul-de-fpur, et deux absides secondaires à droite et à gauche de l'abside principale. Le fond des deux absides secondaires est ouvert sur les bas côtés et leur voûte est soutenue dans cette partie par deux colonnes. Le pourtour de l'hémicycle occidental est pénétré de la même manière, mais l'arcade centrale n'est pas terminée en cul-de-four, la voûte se prolonge jusqu'au mur de face dans lequel sont percées les trois portes d'où l'on sort dans le narthex. Les parties latérales, ou bas côtés, ne s'élèvent pas au delà de la naissance des grands arcs ; elles sont divisées en deux étages , qui portaient l'un et l'autre le nom de Catéchumènes ' ; c'est de là que la partie du nai*thex qui précédait le rez-de-chaussée des bas côtés s'appelait les Catéchumènes du narthex*. L'étage supérieur, qui recevait encore le nom de Gynécée ', s'étend au-dessus du narthex , ce qui relie entre elles les deux parties latérales supérieures. Les voûtes sont soutenues par les quatre piliers de la grande coupole , par quatre autres piliers qui , avec les premiers , reçoivent la retombée des arcs ouverts dans les deux hémicycles, et par quarante colonnes. On compte soixante colonnes dans l'étage supérieur, qui était occupé en grande partie par le gynécée où se tenaient les femmes ; c'est au total cent colonnes de porphyre ou de marbre précieux dont l'église est enrichie à l'intérieur. Quarante fenêtres sont pratiquées à la base de la grande coupole ; d'autres fenêtres, en grand nombre, sont ouvertes dans les murs qui remplissent les grands arcs du nord et du midi, dans les demi-coupoles et dans les absides. Tous les murs à l'intérieur sont couverts de marbres précieux, et les voûtes revêtues de mosaïques aux brillantes couleurs.

Le corps de l'édifice que nous venons de décrire existe encore aujourd'hui. Arrivons aux parties qui ont été détruites et dont nous allons essayer de faire la restitution.

Dans la partie circulaire au-dessous de la grande coupole (le naos), entre le point milieu de l'édifice et l'hémicycle oriental (la solea), s'élevait l'^mbon*, qui avait été construit avec

* Du Gange, Const. Christ., lib. III, g 38, p. 33.

* GoNST. PoRPHTfR. De ccr, auL Byz.j lib. I, cap. x, g 7, p. 80. » Du Gange, Const. Christ., lib. III, g 42.

* Pauli Silentiarii Descript. ambonis, v. 50, p. 50; Bonnœ, 1837.

les marbres les plus rares enrichis de pierres précieuses et d'ornements en or émaillé^ Cette tribune, assez vaste pour qu'on pût y foire le sacre des empereurs', était couronnée par un dôme revêtu de plaques d'or rehaussées de pierreries ; une g^nde croix ornée de rubis et de perles rondes complétait la décoration *. Cette magnifique construction fut écrasée sous les décombres de la grande coupole, dont la partie orientale s'écroula à la suite d'un tremblement de terre, dans la trente-deuxième année du règne de Justinien. La coupole ayant été réédifiée, l'ambon fut également reconstruit, mais d'une façon moins splendide. De beaux marbres enrichis d'ornements en argent furent uniquement employés dans cette reconstruction*.

Après avoir traversé la solea , on arrivait à l'entrée de l'abside principale renfermant le sanctuaire, qui recevait des Grecs le nom de Béma. C'est dans ce lieu saint, dont l'accès n'était permis qu'aux prêtres et à l'empereur, que l'orfèvrerie déployait toute sa magnificence.

Le Béma était séparé de la solea par une clôture', composée d'un soubassement qui portait douze colonnes surmontées d'une architrave. Le tout était d'argent. Dans des médaillons eUiptiques creusés sur les colonnes, on voyait les images du Christ, de la Yiei^e, et ceDes d'une foule d'anges inclinant la tête, et encore celles des apôtres et des prophètes qui avaient prédit la venue du Messie. Ces figures étaient rendues par une fine gravure*. Sur le soubassement , on voyait aussi gravé le monogramme de Justinien , celui de l'impératrice Théodora, et des boucliers orbiculaires qui renfermaient l'image de la croix. Trois

portes étaient ouvertes dans cette clôture ''.

L'autel , auquel on montait par quelques degrés revêtus d'or, s'élevait au mifieu du Béma*. Le dessous n'était pas plein ; la sainte table , dont la surface était tout en or et enrichie de pierres fines et d'émaux , reposait sur des colonnes d'or ornées de pierreries , et le sol sur lequel les colonnes s'appuyaient était également recouvert de plaques de même métal •.

Un magnifique ciborium s'étendait au-dessus de l'autel et de ses degrés. Paul le Silentiaire, poète contemporain **, et l'auteur anonyme qui a décrit les monuments de

' G. CoDiNus, De structura templi S. Sophiœ; Paris., p. 70; Bonnae, 1843, p. 142.

* GoDiNUs, De officialibus palatu Const., p. 89; Bonnœ, 1839.

* Anontm., jântiq, Const,, lib. IV; apud Banduri, Imp. Orient,^ t. I, p. 75.

* GoDiNUS, De struct. S. Sophiœ; Paris., p. 72; Bon., p. 144.

* Paal le Silentiaire donne à la clôture du Béma le nom de ?pxo<; Sozomène celui de $pu(iaxTa; mais le nom qui prévalut plus tard fut celui de xiyxXioiÇj employé par Constantin Porphyrogénète dans la description qu'il donne de la nouvelle basilique bâtie par l'empereur Basile. Les Latins appelaient la clôture du sanctuaire du nom de Gancelli.

* Pauli Silentiarii Descript, S. Sophiœ; Paris., II* pars, v. 265; Bonnœ, y. 682 et seq., p. 33. ' Idem; Paris., !!• pars., v. 295; Bon., v. 712, p. 35.

' GoDiNus, ap. Du Gange, Constant, Christ.^ lib. III, J 54; Parisiis, 1711, p. 49.

» Pauli Silentiarii Descript. S. Sopiaœ, Paris. , II' pars, v. 335; Bonnae, v. 752, p. 36. — Anonym.,^»^ Co9tst,y lib. IV, ap. Banduri, Imp. Orient.^ 1. 1, p. 74.

A l'égard des émaux et de la manière dont la sainte table de Sainte -Sophie était faite, consulter nos Recherches sur la peinture en émail y Paris, 1846, p. 102.

*• Pauli Silent. Descript. S. Sophiœ; Parisiis, II* pars, v. 303; Bonn», v. 720, p. 35.

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