‹ Le palais impérial de Constantinople et ses abords Sainte-Sophie, le ForumChapitre 73 sur 92 · LES TRICLINIUMS BATIS PAR THÉOPHILE · texte numérisé non relu

LES TRICLINIUMS BATIS PAR THÉOPHILE

)) l'Éros, elle descend vers le flanc de la Magnaure *« . Puis, elle s'en va de là à Sainte- Sophie par le Macron des Candidats, les Excubiteurs, les Scholaires et la Ghalcé. Ainsi, pour aller du Lausiacos à TÉros, elle avait suivi nécessairement la galerie des Quarante-Saints, qui y aboutissait, comme on vient de le voir.

Dans une autre circonstance , lors de la promotion du Démarque de Tune des factions du Cirque, le Préposé sort du Palais-sacré avec le fonctionnaire promu pour le conduire à rOnopodion (n^ 36), où la faction est assemblée; pour y arriver, « il passe par le » Lausiacos, l'Éros, Daphné et TAugustéos (n*** 92, 79, 44 et 48) * ». Le rédacteur du Cérémonial n'a indiqué là que les principales des pièces à traverser, ce qui suffit pour faire connaître Titinéi^re que Ton devra suivre dans cette occasion; mais on sait déjà que pour aller du Lausiacos à TÉros il fallait passer par la galerie des Quarante-Saints, et que de TEros à Daphné on devait traverser le Sig^a, la Phiale et T Abside (n^'71, 61 et 60). Les citations que nous venons de faire justifient donc non-seulement de la contiguïté de TÉros avec le Sigma, mais encore la communication qui était établie entre ces deux localités. Nous constatons de plus qu'on pouvait entrer au Palais-sacré et en sortir par TÉros, et comme Tétage supérieur de ce triclinium était de plain-pied avec le Sigma , il fallait nécessairement en descendre pour arriver dans les jardins ; ceci motive Tescalier indiqué dans notre plan (n^ 79, A). Le re&<le^haus8ée de TÉros se trouvait tout près du grand côté méridional du triclinium de la Magnaure, comme les deux premières citations l'indiquent et comme on peut le voir sur notre plan.

Après avoir décrit le Pyxitès et TÉros qui se trouvaient à droite et à gauche, sur les flancs du Sigma, Tauteur de la Vie de Théophile, rentrant dans le Triconque, continue ainsi sa narration : a D'une part, depuis le même Triconque (n^ 73), en se dirigeant » vers le couchant, ^pi Bii tûv Suapiiv, on peut voir les bâtiments qui y ont été élevés; )) mais d'autre part , vers la partie orientale, se trouve celui cpi'on nomme la Perle (n^ 81), » ô MapyapCxiQç '. » Ainsi la Perle étant à l'est du Triconque, se trouvait au delà de l'Éros, qui touchait au Sigma; c'est la situation cpie nous lui avons donnée dans notre plan.

(c Telles sont les constructions du côté du levant , n dit notre auteur après avoir terminé la description de l'Éros et de la Perle. Puis venant à la description de celles qu'il avait d'abord signalées comme se trouvant vers le couchant du Triconque, il continue ainsi : «Vers le sud, upà; xàv v^tov, après avoir prolongé les terrasses (n^ 84), Théophile fit » construire différents corps de logis, xouëoijxXeia^; )> puis il décrit à la suite les uns des autres celui cpi'on appelait le Gamilas, ô Ka|xiXSç (n^ 85), celui (n® 86) dont le rez-dechaussée portait le nom de Mésopatos, 6 MecdicaTo^, et celui (n^ 87) qui renfermait à

' De cer. auL Byz., Hb. I, cap. l, | 3, p. 260.

^ De cer. auL Byz. y lib. I, cap. lv, p. 270.

* Anonyh., De Theoph.y ap. Scrîpt. post Theoph., lib. III, S ^; Paris., p. 88; Bon., p. 143.

^ Anonym., De Theoph., ap. ScrîpU post Theoph., lib. III, g 43; Paris., p. 89 et seq.; Bon., p. 144.

Tétage inférieur la chambre à coucher de Timpératrice, qu'on nommait l'Harmonie.

Le lecteur a dû remarquer que notre auteur varie dans l'orientation qu'il donne aux différents corps de logis ou tricliniums bâtis par Théophile à droite et à gauche du Sigma et du Triconque, et que quelquefois cette orientation ne serait pas absolument conforme à celle de notre plan. Ainsi en parlant des demiei^ corps oie logis que nous venons de nommer, il les indique d'abord comme s'élevant vers le couchant du Triconque, et plus loin, quand il en arrive à leur description, il les signale comme étant vers le midi. Cette diffîérence provient de ce que le grand axe du palais, qui passait par le milieu de la Phiale, du Sigma, du Triconque et du Chrysotriclinium (et qui, comme nous l'avons dit, était parallèle à celui de Sainte-Sophie), n'était pas exactement orienté de l'ouest à l'est, mais bien de l 'ouest-nord-ouest à l'cst-sud-est ; de là viennent les variations de notre auteur. Mais au surplus, comme il ne s'agit pas dans son récit, pas plus que dans notre travail, d'une appréciation astronomique, il finit, de même que nous , par considérer comme étant au nord tout ce qui se trouve à gauche de ce grand axe (en entrant au palais par Daphné et la Phiale), et comme étant au midi tout ce qui se trouve à droite. « Telles sont , dit-il en terminant , les constructions que Théophile » a ordonnées dans la demeure impériale vers le nord et vers le midi , xxxol te ^o^^v xal » vdrov^ » Au surplus, la situation qu'il donne au dernier corps de logis (n® 89), qui était adossé à l'Harmonie (n® 87) et formait une aile en retour, ne peut laisser aucun doute sur la véritable situation des trois corps de logis (n^ 85, 86 et 87) qui se suivaient les uns les autres. « En aile de ce corps de logis (l'Harmonie, n® 87), dit-il, n vers le couchant, Tzpàç Suaiv, est adossé un autre corps de logis tout semblable par la » richesse de ses marbres'.... » Si ce bâtiment se dirigeait vers le couchant, celui sur lequel il était adossé et faisait aile en retour devait se diriger vers le midi.

Après avoir décrit ce bâtiment en aile , notre auteur ajoute : « A ses pieds , izpbç u^Soç »i TOUTOU, se trouve un autre bâtiment divisé en deux parties (n^ 88), lequel se rap- M proche de la chambre sacrée de l'impératrice (l'Harmonie, rez-de-chaussée du n® 87). » C'est là que l'empereur Léon a construit l'oratoire de Sainte-Agnès*.... » Le corps de logis, faisant aile en retour, avait deux étages; ces mots : à ses pieds, indiquent que celui qui renfermait la chapelle Sainte-Agnès et touchait à la chambre de l'impératrice, n'était élevé que d'un rez-de-chaussée.

Quant au dernier triclinium bâti par Théophile (n^ 90), sa situation est parfaitement indiquée par notre auteur, puisque deux de ses salons n étaient tournés vers le )) Mésopatos du second corps de logis (re^e-chaussée du n^ 86), qui suit le Camilas... )) et les deux autres tournés vers le Lausiacos (p? 92) ^. n Nous avons donc placé ce

' ksovtM.jDe Theophiloy ap. Script, post Theoph,^ lib. III, % 44; Paris., p. 91; Bon., p. 147. ' Anonym., De TheophUo^ ap. Script, post Theoph., lib. III, {44; Paris., p. 90; Bon., p. 146. * Anontm., loc. cit.

^ AifOMTM., De Theoph., ap. Script, post Theoph., J 44; Paris., p. 91; Bon., p. 147.

LE TRICLINIUM LÀUSIACOS. 167

tridimum dans les jardins, a égale distance du Mésopatos et de la galerie qui portait le nom de Lausiacos.

LE TRICLINIUM LAUSIACOS.

Au bout de la galerie orientale du Triconque (n® 74, A), on trouvait, au delà de la porte dite Monothyros (n° 75), un escalier que Ton descendait pour arriver au triclinium Lausiacos, ô Tp^xXivoç Aauaidbcoç \ ô Aaucridcxoç et Ta Aauaidbcov '.

Le Lausiacos (n^ 92) était une longue galerie transversale touchant d'un bout à la galerie des Quarante- Saints, et de l'autre au triclinium de Justinien. La porte principale, qui se trouvait au pied de l'escalier dont nous avons parlé (n® 76), était précédée d'un petit porche, t^ Tpoirtxi^, qui nous a été indiqué par un passage cité plus haut du cérémonial adopté lors de la promotion d'une patricienne à la dignité de zostès. Elle sortait du Ghrysotriclinium après . sa promotion pour aller à Sainte- Sophie. Parvenue au Lausiacos, le chemin le plus direct était de passer par la porte Monothyros, les galeries du Triconque, le Triconque et le Sigma; mais une autre voie y conduisait aussi : la galerie des Quarante-Saints et l'Éros, par où l'on descendait pour arriver à l'Héliacon de la Magnaure. (( Elle passe dans le Lausiacos, » dit le Cérémonial, et s'en va vers la Tropicé du Lausiacos, àvipj^eTat èn\ nîjv xpouixi^v )) ToO Aauaioxou, mais les dignitaires étant réunis là en procession, elle ne sort pas » par cet endroit, et se dirige vers l'Eros *, d'où elle sort du palais. » La Tropicé se trouvait donc au-devant de celle des portes du Lausiacos par laquelle elle n'était pas sortie, c'est-^à-dire au-devant de la porte qui conduisait à l'escalier que l'on montait pour arriver aux galeries du Triconque.

La communication du Lausiacos avec les galeries du Triconque dans lesquelles on entrait, comme nous l'avons déjà prouvé, par la porte du Trésor dite Monothyros, est justifiée p>ar un grand nombre de passages du livre des Cérémonies. Ainsi, le jour de la fête des Rameaux, v la procession (des dignitaires) s'organise dans le Lausiacos, puis tous n s'en vont par la porte à un battant , Sià to5 pLovoOtSpou (n® 75) , qui conduit au Trésor « privé, dans la Phiale mystérieuse du Triconque (n® 61) *. »

Le Préposé reconduisant l'Éparque de Constantinople après sa promotion qui venait

* Anontm., De Theoph,, ap. Script, post Theoph,, lib. III, 8^^ Paris., p. 91; Bon., p. 147. — Gedreiii Hist, compend., t. II; Paris., p. 491; Bon., p. 60.

' De cer. aul. Byz., lib. I, cap. u et l, p. 8G et 260.

* De cer. auL Byz.^ lib. I, cap. l, p. 260.

* De cer, auL Byz,, lib. I, cap. xxxii, p. 174, et cap. xxxv, p. 180.

'd'avoir lieu dans le Ghrysotriclinium , a sort par le Lausiaoos, les degrés, la porte à i) un battant qui est dans le Trésor privé, et, de là, passant par les galeries (n® 74) i) et l'Abside (n® 60), il va jusqu'à l'Augustéos (n® 48) '.... » Au surplus, on a vu la contre-partie, dans le paragraphe KII. Le patriarche et l'empereur, venant au Palais-sacré par l'Abside (n^ 60), traversent les galeries du Triconque, la porte dite M onothy ros , et descendent les degrés qui sont au delà pour arriver au Lausiacos.

Nous avons justifié plus haut de la communication du Lausiacos avec la galerie des Quarante-Saints (n^ 80). La patrice zostès, en efïet, n'ayant pu sortir du Lausiacos par la Tropicé et les galeries du Triconque, s'était déjà dirigée vers l'Éros (n** 79); elle n'avait pu y parvenir que par la galerie des Quarante-Saints, qui y aboutissait'.

Le Lausiacos touchait par son extrémité méridionale au triclinium de Justinien; nous en justifierons plus loin, en apportant nos preuves sur la position de cette grande galerie ; continuons notre marche dans le Palais^sacré , en suivant son grand axe de l'ouest à l'est.

En face de la porte par laquelle on entrait des galeries du Triconcpie dans le Lausiacos se trouvait celle qui conduisait dans le Tripéton.

LE TRIPÉTON OU HOROLOGION.

Le Tripéton, ô TpiiciTcov (n® 94), était encore nommé l'Horologion, tô 'ûp^oyiov» à cause d'une horloge qui s'y trouvait placée. En efïet, on lit dans le cérémonial à observer pour Tintroduction du patriarche dans le Palais-sacré le cinquième jour de la semaine de Pâques : « Quand il va descendre les degrés du Lausiacos (n® 76), » tous les Gubiculaires le reçoivent, et, après avoir traversé le milieu du Lausiacos » (n® 92), ils l'introduisent dans le Tripéton, où il s'arrête devant l'horloge.... *> L'empereur, ayant été prévenu, envoie le Préposé pour chercher le patriarche, et celui-ci, (( s' appuyant sur la main du Préposé, entre dans le Ghrysotriclinium (n^ 95) '. » Dans une autre circonstance, quand l'empereur sort du Ghrysotriclinium, u les officiers du Ghrysotriclinium se tiennent du côté de l'horloge * n .

On voit déjà, par ces citations, que le Tripéton ou Horologion précédait le Ghrysotriclinium ; souvent , en eflet , on le désigne , dans le livre des Gérémonies , comme

* De cer. oui. Byz.y lib. I, cap. lu, p. 263. ' Voyez plus haut S xni, p. 154.

* De cer, auL Byz.^ lib. I, cap. xiv, p. 91.

A De cer, oui. Byz., lib. I, cap. xxi, p. 123.

LE TRIPÉTON. 159

étant le portique du Chrysotriclinium. Ainsi un fonctionnaire, après sa promotion qui vient d'être faite par l'empereur dans le Chrysotriclinium , « est conduit par le » Logothète dans l'Horologion, c'est-<l-dire dans le portique, YJTot dç Tàv îcrfprtxa, du n Ghrysotriclinium * » .

Dans le récit qui est fait de la façon dont le palais avait été décoré pour la réception des ambassadeurs sarrasins par l'empereur Constantin Porpliyrogénète (f 959) , on lit : . (fDans le portique du Ghrysotriclinium, c'est-ià*dire dans l'Horologion, étaient pla- » cées les deux orgues d'or de l'empereur et les deux orgues d'argent des factions * ; » et dans le cérémonial à observer dans les fêtes du Broumalion : « Lorsque les vents )) étaient forts et que la neige, tombait de telle sorte que la Phiale secrète du Triconque n était inaccessible, et que les maîtres, les proconsuls, les patrices, les sénateurs et M les cubiculaires n'y pouvaient descendre pour célébrer les cérémonies d'usage, tous a s'en allaient dans le triclinium Lausiacos; le Préposé sortait au-devant d'eux, et, » les ayant appelés, il les plaçait devant les portes du triclinium Lausiacos, qui con* }) duisent dans le portique du Ghrysotriclinium , c'est-à-dire dans l'Horologion '. »

Ges citations, qui viennent prouver que le Tripéton n'était autre chose que le portique de la salle du trône, justifient aussi la contiguïté du Tripéton et du Lausiacos. Plusieurs autres passages du livre des Cérémonies pourraient en apporter encore la preuve*. Nous nous contenterons d'en citer deux : u L'empereur passe par le Ghry* » sotriclinium et le Tripéton, s'aiTête sur la porte par laquelle on sort du Tripéton » dans le Lausiacos '^. » L'autre passage nous apprend que cette porte était de bronze : « Lorsque l'empereur et le patriarche sortent du Ghrysotriclinium (n® 95) , les eunuques » protospathaires se tiennent en avant des portes d'argent du Ghrysotriclinium, ainsi « que le Logothète des courses , le Protosecrétaire et le Protonotaire ; les officiers du » Ghrysotriclinium se tiennent du côté de l'horloge. Lorsque l'empereur sort par les n portes de bronze dans le Lausiacos, les Maglabites et les Gubiculaîres le reçoivent*. »

La qualification de portique du Ghrysotriclinium donnée au Tripéton, et plusieurs des citations précédentes, établissent que cette pièce précédait immédiatement la salle du tr^M, qui était fermée sur son portique par des portes d'argent. Un très-grand nombre d'autres passages du livre des Cérémonies en sont encore la justification ''. Nous n'en citerons qu'un seul, parce qu'il fait connaître la principale destination du Tripéton,

* De cer, auL Byz,^ lib. II, cap. m, p. 526.

' De cer. auL Byz., lib. II, cap. xv, p. 580.

* De cer, auL Byz.^ lib. II, cap. xviii, p. 605.

* De cer, auL Byz., lib. I, cap. xxi, p. 122; cap. xxxn, p. 175; cap. lxiv, p. 286 et 288; lib. II, cap. m, p. 526.

* De cer. auL Byz,, lib. I, cap. ii, p. 86.

* De cer. oui. Byz.^ lib. I, cap. xxi, p. 122.

' Tous ceux signalés dans l'antépénultième note, et encore lib. I, cap. xlviii, p. 245.

leO PREUVES ET ËCLAIRCISSEMEiNTS.

qui était plutôt un vaste vestibule qu'un portique. L'empereur étant monté sur son trône dans le Chrysotriclinium pour procéder à la promotion du Préposé , « le maître )) des cérémonies organise, suivant l'usage, les différents ordres de dignitaires dans le )) Tripéton. L'empereur ayant ordonné de faire entrer les diflFérents ordres qui doivent

)) composer l'assemblée, le Préposé sort avec deux Ostiaires Aussitôt il amène le

» premier ordre, composé des maîtres, et ensuite les autres ordres suivant la coutume \ m Le Tripéton devait donc être assez vaste pour contenir les différents corps des dignitaires et des hauts fonctionnaires de l'empire.

Nous l'avons représenté sur notre plan comme une galerie qui avait en longueur toute l'étendue du côté occidental du grand carré qui renfermait le Chrysotriclinium et ses absides. En effet, on voit, par quelques passages du livre des Cérémonies, que le Tripéton touchait d'un bout à la galerie des Quarante-Saints (n® 80), et de l'autre au Cénourgion (n^' 100 à 104). Ainsi, dans le cérémonial prescrit pour la promotion d'une dame patrice à la dignité de zostès, le Sénat est^rétini dans l'église Sainte-Marie du Phare (pP 106) j après certaines cérémonies, « le Sénat sort de l'élise, dicà tîjç M ixiôcrfllaç , et on s'en va dans le Tripéton '. )) Les différents ordres ayant été orgsK nisés dans ce vestibule, sont ensuite introduits dans le Chrysotriclinium, où l'empereur siège sur son trône. Ainsi le Sénat et la zostès sont partis de l'église du Phare pour aller au Tripéton; ils n'ont pu, pour y parvenir, traverser le Chrysotriclinium (n® 95), puisque l'empereur s'y trouve et qu'ils n'y sont admis qu'après avoir été organisés dans le Tripéton. Ils sont donc nécessairement arrivés dans ce vestibule par la galerie des Quarante-Saints qui aboutissait à l'Héliacon ou atrium de Sainte-Marie du Phare (n^ 105) , comme on le verra plus loin quand nous nous occuperons de cette longue galerie.

Quant à la communication du Tripéton avec le Cénourgion, elle est établie par le récit de la réception de la princesse russe Elga par l'impératrice. Cette réception avait eu lieu dans le grand triclinium de Justinien (n^ 109). Après la cérémonie, « l'impé- )) ratrice, se levant de son trône, passait par le Lausiacos (n^ 92) et le Tripéton (v? 94) i) et entrait dans le Cénourgion (n^ 102), et de là dans sa chambre à coucher (n® 104) ». La princesse russe, après la réception officielle, s'était retirée dans les Scyla; aussitôt que l'impératrice fut rentrée dans ses appartements, (( la princesse alla avec ses )) parentes et les dames de sa suite par la galerie de Justinien, le Lausiacos et le Tri- » péton dans le Cénourgion, où elle se reposa un instant. Lorsque l'empereur se fîit » assis avec l'impératrice et ses enfants porphyrogénètes, la princesse fut appelée du » Cénourgion, et s'étant assise à l'invitation de l'empereur, elle eut avec eux la » conversation qu'elle voulut •. »

* De cer. oui. Byz.y Hb. I, cap. li, p. 262.

^ De cer. auL Byz.^ lib. I, cap. l, p. 258.

* De cer, oui. Bjz., lib. II, cap. xv, p. 596.

LE CHRYSOTRIGLIMUM. 161

Le Tripéton faisait donc communiquer Tappartement particulier de l'empereur (le Cénourgion) avec les deux galeries du Palais-sacré, le Lausiacos et les Quarante-Saints.

LE CHRYSOTRICLINIUM.

Le Chrysotriclinium ou'triclinium d'or (n*^ 95), ô XpuaoTpfxXtvoç ', ô toO x^piMJOu TpfxXtvoç, ô TpfxXtvoç ypuaéç *, dans lequel on entrait par le Tripéton, était la salle du trône du Palais sacré, le lieu où se faisaient les réceptions les plus importantes, et où l'empereur donnait l'investiture aux premiers dignitaires de l'État. Nous engageons nos lecteurs à se reporter à la description que nous avons faite de cette vaste salle'. Déjà nous avons justifié par des citations les différentes parties de cette description qui n'exigeaient d'autre preuve que la lecture du texte auquel nous les avions empruntées. U nous faut maintenant examiner différents points qui demandent une dissertation particulière. Nous rappelons succinctement que le Chrysotriclinium était bâti sur un plan octogone. Chacun des pans de l'octogone était pénétré par une arcade sur laquelle s'appuyait une voûte en cul-defbui*, ce qui formait huit absides en hémicycle rayonnant autour de la salle. Une galerie était pratiquée sur le dessus de la corniche de l'entablement qui était porté par les huit arcs et les huit pendentifs triangulaires qui remplissaient l'espace entre les arcs. Au-dessus de cette galerie s'élevait une coupole percée de seize fenêtres. Le plan que nous avons adopté pour le Chrysotriclinium n'est pas de notre invention ; nous l'avons copié sur celui de l'église Saint-Serge-Saint-Bacchus, bâtie par Justinien^, avec cette seule diflfiérence que quatre seulement des arcades ouvertes sur la nef octogone de cette église donnent accès à des hémicycles recouverts de voûtes en cul-de-four, les quatre autres étant l'origine d'une courte voûte en berceau. Mais le livre des Cérémonies faisait positivement mention de huit absides autour de la grande salle du Chrysotriclinium.

Suivant le plus grand nombre des auteurs, le Chrysotriclinium avait été construit par Justin II (f 578) *, et il est tout naturel que ce prince ait pris comme modèle de la salle du trône qu'il voulait construire Tim des plus élégants édifices qu'ait élevés son oncle Justinien.

Les huit absides du Clu*ysotriclinium, la galerie qui régnait au-dessus de l'entablement et la coupole nous sont indiquées par le livre des Cérémonies.

En rendant compte de la manière dont le palais avait été décoré le jour de la réception

' De cer. auL Byz.y lîb. I, cap. xix, p. 114 et passim. — Codin., De œdificus; Paris., p. 50; Bon., p. 100.

* GoNST. PoRPHYR., De BosU, Maced.j ap. Script, post Theoph., lib. V, S 90; Paris., p. 206; Bon., p. 335. et in OraU de transi, imag. Edessenœ, ap. Du Gange, Const, Christ. , lîb. II, S 4, n* 3, p. 118.

* Voyez plus haut, chap. III, % viii, p. 75.

* Voyez notre première planche. M. de Salzenberg a donné dans la planche 5 de son ouvrage AU-Christliclw Baudenkmale von Constantinopel le plan et la coupe de cet édifice.

^ Du Gange, Const. Christ. , lib. II, $ 4, n* 3, p. 117.

que fit l'empereur Constantin Porphyrogénète des ambassadeurs sarrasins, l'auteur du Cérémonial s'exprime ainsi : a On avait suspendu dans les huit absides du Chrysotri- )) clinium, eîç xàç ôxtw xapidcpo^ toO XpuaoTpixXfvou , les couronnes du temple de la Trèsn Sainte-Mère-de-Dieu du Phare, et celles des autres églises du palais, les difiGérents » ouvrages en émail tirés du Trésor, et les chlamy des des empereurs et des impératrices ' . . . . n Sur le grand entablement, év t^ [w^akiiji xo<r(i,if|tYi , du même Chrysotriclinium , dans » les galeries qui sont là, dç lob'ç éxetce Sauy^Taç, oli avait suspendu les missoires et les )) grands bassins de milieu en argent ciselé qui sont déposés dans le garde-meuble du » Carien. Au-dessus, àvcoOev, dans les seize fenêtres voûtées de la coupole, eîç tolç iç' çcoTaYU)- » -^obç TLOntÀpaç ToO xpouXXou, du même triclinium, on suspendit les petits plateaux des » missoires et des bassins de milieu ci-dessus, seize par fenêtre; ils étaient tous également )) ciselés*. »

On lit dans un autre passage : « Dans la camara orientale , on n'avait suspendu aucun )) ouvrage en émail ; elle avait pour tout ornement les couronnes. Il faut savoir que dans » les sept autres camara du Chrysotriclinium, de grands lustres d'argent étaient » suspendus à des chaînes d'argent , le tout emprunté au naos de la Très-^ainte-Mère-de- M Dieu du Phare * m .

Une salle dont le contour était percé de huit arcades, et qui était surmontée d'une coupole, ne pouvait avoir évidemment qu'une forme circulaire ou octogone. Nous avons préféré cette dernière forme, non-seulement parce que nous trouvions dans l'église Saint- Serge-Saint-Bacchus , bâtie quelques années avant le Chrysotriclinium, un modèle que les architectes de Justin II avaient dû être entraînés à suivre, mais encore parce que ce système d'une voûte hémisphérique adaptée sur un périmètre polygone, est un des caractères de la rénovation de l'architecture byasantine à l'époque de Justinien. Les constructions de forme circulaire, surmontées d'une calotte hémisphérique, avaient été exécutées dans l'antiquité et imitées, sous Constantin et ses premiers successeurs, dans plusieurs édifices religieux ; mais elles ne présentaient pas une disposition hiératique qui les distinguât des rotondes païennes; les architectes de Justinien, en adoptant la coupole, l'inscrivirent dans un carré, comme à Sainte-Sophie, ou dans un octogone, comme à Saint- Serge- Saint-Bacchus. Dans ce système, la voûte était soutenue en l'air nonseulement par les grands arcs qui reposaient sur les quatre ou les huit piliers du périmètre quadrangulaire ou octogone de l'intérieur de l'édifice, mais encore par des constructions formant un encorbellement, et dont le but était de racheter les angles du plan pour le relier à la base circulaire de la coupole.

Le nom de Camara, donné aux appendices qui rayonnaient autour de la salle octogone,

* De cer. aul. Byz.<, lib. Il, cap. xv, p. 580. ' De cer. aul, B/z., lib. II, cap. xv, p. 582. ' De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 581.

LE CHRYSOTRICHNIUM. 163

ne peut laisser aucun doute sur la forme de leur construction. Du Gange traduit xa[xàpa par le mot latin fbmix , en faisant observer que le Lexique de saint Cyrille d'Alexandrie donne au mot à^l^ la signification de xa[jiàpa, et que le mot ^^fidipa qui se trouve dans une phrase de Nicétas est remplacé dans la même phrase, dans un autre manuscrit, par le mot à^Lç\ Gamara et abside étaient donc des mots synonymes dans la langue du Bas-Empire, et représentaient un emplacement hémicirculaire couronné par une voûte en cul-de-four. Le nom de conque, x^yx'^l) donné qudqueibis à Tabside oriendale du Ghrysotrîclinium ', vient à Tappui de cette explication.

Au surplus, un passage du livre des Cérémonies peut dissiper toute espèce de doute. En e&ety on verra ptus loin, lorsque nous parlerons de la destination de chacune des eamara ou absides, que le trône de Tempereur était placé dans Tabside orientale. Eh bien ! on lit dans le cérémonial de la promotion des patrices : « L'empereur monte et s'asscût n sur son trône, placé dans le Ghrysotriclinium ; les ofBciers des Gubiculaires se tenant )) à droite et à gauche, les Gubiculaires et les Spatharocubiculaires se tiennent ^i cercle )) derrière le trône autant que le permet Thémicycle, àithtù x^xXcp tou oiv^ou xa6(6^ itm xà n i^IxtxuxXiov*. » Et dans une autre circonstance on lit : « Les Spatharocubiculaires et les » Gubiculaires se tiennent derrière Tempereur, dans le circuit de Thémicycle^. ))

Ainsi les huit appendices joints à la salle octogone étant en hémicycle, la voûte qui couronnait cet hémicycle ne pouvait donc être qu'une voûte en cul-de-four.

Le grand Gosmétès ne peut être que Tentablçment qui régnait au-dessus des huit arcs et despendentife. Geci ne peut faire aucune difficulté. « Le Gosmétès, dit Du Gange% » est la réunion de toutes les parties de Tépistyle composé de la corniche , de la frise et » de l'architrave qui est au-dessous. » Le Gosmétès est donc ce que dans la langue francise on nomme entablement.

Le mot SauryCTaç, que nous avons considéré comme l'expression d'une galerie circulaire pratiqpiée sur la corniche, présente plus de difficulté à expliquer, « Sur le grand enta- )) blement , dans les Daugitès qui sont là y » dit notre auteur, on avait suspendu différentes pièces d'orfèvrerie d'arg^at ciselé. D'après la tournure de la phrase, les Daugitès dépei>daient de l'entablement ; c'était un endroit qui était cependant praticable , puisqu'on y avait fait une exhibition. Le mot Scvuylvfi^ n'est pas grec et ne se rattache, dans cette forme, à aucun mot d'après les règles de l'étymologie. Mais nous croyons que la leçon est mauvaise et qu'au lieu de SauyCTaç, que porte le texte imprimé, on doit lire $i«uy(tqcç« Dai^ cette supposition, on pourrait trouver l'étymologie de ce mot byzantin dans Stà «ùyi^Y, à

' Du Gange, Glossarium ad script, mediœ et inf. grœcitatis, y* Ka\iApa.

* De cer. auL Byz.^ lib. I, cap. i, p. 7 et 22.

* De cer. aul. Byz,^ lib. I, cap. xlviii, p. 244.

* De cer, aul, Byz,, lib. I, cap. xlix, p. 255.

* Gloss, ad script, med. et inf. grœcitads, verbo KwJiLhrfi^ qu'on a écrit aussi Koaini^Tiic , ainsi que Du QaQ^e le constate.

travers la lumière, ou Sià aùyiiT^pa, à travers celui qui éclaire, le soleil. Ce nom de ^i(xxr(hri^ convenait parfaitement au-dessus de l'entablement, converti, au moyen d'une balustrade, en une galerie circulaire, puisque cette galerie, placée immédiatement au dessous des seize fenêtres de la coupole , était exposée au plus grand jour et était pénétrée de part en part par les rayons du soleil. On retrouve au surplus cette galerie dans plusieurs des monuments byzantins de ce genre; elle existe a Sainte-Sophie, mais sans balustrade, au-dessous des fenêtres de la grande coupole.

Les fenêtres du dôme du Chrysotriclinium devaient, d'après les termes du texte, être disposées en forme de niches, comme le sont celles de la coupole de Sainte-Sophie.

Le nom d'héliacon, xà i^Xiax^v, que Du Gange traduit par solarium (terrasse), n'est ordinairement donné par les auteurs byzantins et par le livre des Cérémonies qu'à des espaces à ciel ouvert ou tout au moins ouverts d'un côté, comme le Sigma " ; mais en raison sans doute de la grande lumière que les seize fenêtres de la coupole projetaient sur le sol, la salle octogone reçoit quelquefois le nom d'héliacon. Ainsi, « les patrioes et les « généraux, avec les sénateurs et les consulaires (se rendant à l'audience de l'empereur), » traversent la Thermastra , montent les escaliers , entrent par la porte des Diétaires , et , M s'avançant par l'abside qui est devant le Panthéon , ils passent par la porte à un battant » dan» l'Héliacon. Tous ceux qui sont nommés plus haut se tiennent dans l'Héliacon, » à droite et à gauche , depuis la porte par laquelle on sort du Chrysotriclinium jusqu'au » Camélaucion, où est placé le trône..., » Quelques instants après, l'empereur se rend, revêtu du costume impérial, « dans l'abside orientale du Chrysotriclinium )> , et lorsque les portes ont été ouvertes par deux des officiers, « il s'avance dans l'Héliacon et se tient » sur la pierre de porphyre * » .

On verra, dans un instant, que l'abside qui est devant le Panthéon n'est autre que l'abside occidentale (n® 95, A), qui servait d'entrée et de sortie principale à la salle octogone du Chrysotriclinium, et que le trône était placé dans l'abside orientale (n*^ 95, E). L'Héliacon dans lequel étaient passés les différents dignitaires en sortant de l'abside du Panthéon, et celui où l'empereur était descendu en sortant de l'abside orientale, sont identiques; cet Héliacon ne peut être que la grande salle du Clu^sotriclinium.

Il était important de l'établir pour éviter la confusion qui pourrait résulter de ce que la cour (n® 105) qui se trouvait au delà du Chrysotriclinium, au-devant des portes de Sainte-Marie du Phare et de Saint-Démétrius, et qui était ordinairement appelée l'Héliacon du Phare, reçoit aussi quelquefois le nom de Héliacon du Chrysotriclinium.

• De cer. oui, Byz,^ lib. I, cap. lxvii, p. 302.

* De cer. auL Byz,, lib. I, cap. lxiv, g 6, p. 289.

Venons-en aux huit absides, en commençant par l'abside occidentale (n*^ 95, A) qui s'ouvrait sur le Tripéton (n*^ 94).

Établissons d'abord que la communication entre le Tripéton et la salle octogone du Clirysotriclinium se faisait par l'une des absides, et, en second lieu, que cette abside était située vers l'occident.

On lit dans le cérémonial à observer le quatrième jour de la semaine de Pâques : «L'empereur, revêtu du dibétésion et du tzitzacion , s'arrête dans la Camara du )) Chrysotriclinium , par laquelle on sort dans le Tripéton, èv tû XpuaoTptxXfvco èv tt] » â^aYoi5<J7) xa(jid[pa h Toi Tpnr^Tcovt. La portière des portes d'argent est levée par le )) Silentiaire, et lorsqu'il est sorti '.... w

Dans une autre circonstance, on y lit : (( Il faut savoir qu'on place deux tables i> dans l'abside du Chrysotriclinium qui conduit dans le Tripéton *. »

Cette camara qui s'ouvrait sur le Tripéton était à l'occident. Et en eflfet, l'empereur étant sur son trône dans le Chrysotriclinium, et voulant faire la promotion d'une dame cubiculaire, a donné ses ordres aux Préposés. c( Ceux-ci se font accompagner » suivant l'usage par deux Cubiculaires et deux Spatharocubiculaires. . . . et ils entrent » dans le Chrysotriclinium. Au moment où les Préposés entrent par la portière du » Chrysotriclinium qui est vers l'occident, daepy ô^uvoi tô irpàç Sijatv PyjXov, ils se pro- » sternent '. )>

«L'empereur étant sur son trône dans le Chrysotriclinium, les (ambassadeurs) sar- » rasins entrèrent par l'Hippodrome (n® 42) et les Scyla (n® HO), et après avoir )) traversé le Justinianos et le Lausiacos (n^ 109 et 92), ils furent introduits par le » Logothète en présence de l'empereur. S'étant approchés du trône impérial , ils )) parlèrent avec l'empereur comme ils le voidurent. Les gens de leur suite étant i) introduits, se tinrent dans ce lieu du côté du couchant, iv tû lupàç Siîatv t^w, à » l'intérieur des deux tringles d'où pend la portière, c'est-à-dire en arrière des trois » grands missoires d'or, attendant là que leur chef eût pris congé de l'empereur *. » Et quelques lignes plus haut, dans le compte rendu de la manière dont le Clu*ysotriclinium avait été décoré dans cette occasion, on lit : (( On avait placé les deux tringles d'argent )) auxquelles est attachée la portière occidentale. Au-dessous de la même portière, étaient i) disposés les trois grands missoires *. »

Nous avons prouvé plus haut qu'on entrait dans le Chrysotriclinium par le Tripéton et que la communication se faisait par l'une des absides. Les deux dernières citations établissent que cette abside était tournée vers l'occident. Ainsi les Préposés entrent

' De cer. aul. Byz.j lib. I, cap. xii, p. 89.

* De cer, aul. Byz.<, lib. I, cap. ix, p. 70.

• De cer, aul, Bjrz., lib. II, cap. xxiv, p. 622, et cap. xxv, p. 624.

* De cer. auL Byz,, lib. II, cap. xv, p. 588.

• De cer. aul, Byz,^ lib. II, cap. xv, p. 587.

dans le Chrysotriclinium par la portière occidentale; les ambassadeurs sarra^ns, après avoir traversé le Lausiacos (n^ 92), ne pouvaient aitrer dans le GUrysotncliniun qu'en passant par le Tripéton (n^ 94) , et ils laissait leur suite ea arrière de la por^ tîère occidentale du Chrysotriclinium, c'est-à-dire dans Tabside qui servait d'entrée à la salle du trône. Cette abside, qui touchait au Tripéton, était donc à Toccident du Chrysotriclinium. Le trône de T^upereur devait naturellement s'élever à l'opposite de la porte d'entrée, et nous prouverons plus bas qu'il était en efiGot placé dans l'abside orientale. Ces deux renseignements nous donnent la véritable direction du Chrysotriclinium, qui devait être traversé de l'ouest à l'est par le grand axe du palais.

Il est souvent question dans le livre des Cérémonies de la portière qui fermait l'abside occidentale sur la grande salle du Chrysotrichnium. On lui donnait le nom de portière du Panthéon, et plus souvent le nom de Panthéon tout court, (c Le jom* )> de la fcte, les Préposés, suivis de tous les Cubiculaires de service, entrent dans le )} palais et s'arrêtent devant la portière du Panthéon, £v tcS) ^iqXc^^ tou IlavOéou.... L'em- » pereur étant sorti de sa chambre-sacrée, et faisant sa prière dans la conque (l'abside )) orientale) du Chrysotriclinium.... les Préposés franchissent la portière du Panthéon n et se prestement devant l'empereur '• n

Cette portière avait donné son nom à l'abside occidentale. On lit dans le cérémonial observé pour la promotion d'un cubiculaire, que lorsque l'empereur est sur son trôoe dans le Chrysotridinium , « le Préposé sort et amène, soit du Panthéon, soit même » de l'Horologion , celui qui doit être créé cubiculaire '. m Le récipiendaire attendait donc dans le vestibule du Chrysotriclinium (n^ 94) ou dans l'abside d'entrée (n^ 95, A), que le rédacteur du Cérémonial nomme le Panthéon. La portière du Panthéon couvrait une porte à un seul battant qui fermait l'abside occidentale sur la grande salle octogone. C'est ce que constate un passage du Uvre des Cérémonies que nous venons de transcrire, et d'où il résulte que des dignitaires étant venus par l'abside occidentale, n'étaient entrés dans l'Héliacon du Chrysotriclinium qu'en franchissant une porte à un battant '•

L'abside (n® 95, B) qui était à droite de l'abside occidentale servait de vestiaire au patriarche quand il venait au palais. « Le patriarche, après avoir béni la table (dressée )) dans le Chrysotriclinium), s'éloigne, et se tient en dedans de la portière de l'abside » qui est à droite des portes d'argent du Chrysotriclinium , et y dépose sa chape ^. » On ne doit pas oubUer que l'abside occidentale était fermée sur le Tripéton par des portes d'argent. Dans une autre circonstance, a le patriarche étant entré par les galeries du

*■ De cer. auL Bjrz,y lib. I, cap. i, p. 6 et 7. ' De cer» auL Byz.^ lib. II, cap. xxv, p. 625. ' De cer. auL Byz,, lib. I, cap. lxiv, p. 289. * De cer, aul. Byz,, lib. I, cap. xiv, p. 86.

» TriooDque (n" 74), va s'asseoir dans Tabside du Chrysotriclinium , qui est près du » Panthéon , t9) oûott) npoç Ta nàvôeov * » .

Il est important d'établir que Tabside méridionale (n^ 95, C) donnait aooès aux appartements particuliers de Tempereur, parce que par là on connaîtra la situation du Génourgion. Plusieurs passages du livre des Cérémonies en fournissent la preuve. Ainsi Tempereur, après avoir été en procession à l'église Saint-Etienne le jour de la fête des Rameaux, rentre au Palais-sacré par la porte dite Monothyros (n® 75), descend les d^p:^ du Lausiacos (n® 76), traverse ce triclinium et le Tripéton (n® 94); de là «l'empereur entre avec les cubiculaires et les patrioes dans le Chrysotriclinium , et, » en s'en allant, il s'arrête dans la partie droite du Chrysotriclinium , près de l'abside w par où l'on va à sa chambre à coucher, irXTjdfov cbç izpbç tt^jv xa(jiàpav tyiv eîo-dtyouaav irpàç u TÀv xoiTûva*. )) Entrant par le Tripéton, et par conséquent par l'abside occidentale, l'empereur, en se dirigeant à droite , marchait vers le midi ; l'abside méridionale était donc celle qui donnait entrée à son appartement particulier. On va voir par la citation suivante que la porte de commimication était d'argent. Nous l'empruntons au règlement établi pour l'ouverture du palais chaque matin : n Les gens de la chambre, prenant » au vestiaire le scaramangion de l'empereur, l'apportent et le déposent sur le siège )) placé hors des portes d'argent du coiton, c'est-à-dire celles qui conduisent dans le » Chrysotriclinium *. »

L'abside qui venait à la suite (n^ 95, D) portait le nom d'abside de Saint-Théodore, il xapidcpa xou 'Ayfou 0eoSa)pou. Elle servait de vestiaire à l'empereur. Nous'en avons justifié plus haut par des citations. Nous nous bornerons à rapporter quelques passages du livre des Cérémonies qui résument et complètent les renseignements que nous avons déjà fournis. (( L'empereur étant entré dans l'abside qui est auprès de la chapelle Saint- » Théodore, eîç tyjv xa[jiàpav xVjv oôaav irpèç Tèv voov tou 'Ayfou ©eoScGpou, et se trouvant à Tinté- » rieur de la portière, ?vSov tou Pt^Xou, le Préposé appelle les valets de chambre, qui revêtent )) Tempereur de la chlamyde, et quand ils sont sortis, le Préposé lui met la couronne )) sur la tête; ensuite l'empereur sort de l'abside où il a été couronné; il monte et s'assoit » sur le trône placé dans le Chrysotriclinium. » Après la cérémonie, tt l'empereur s'étant » levé de son trône, entre dans l'abside de Saint-Théodore; le Préposé, après lui avoir » enlevé la couronne, appelle les valets de chambre, qui lui ôtent la chlamyde * » .

Ainsi, l'abside de Saint -Théodore touchait au naos consacré sous l'invocation de ce saint martyr; elle servait de vestiaire et était fermée, comme les autres, par une portière sur la grande salle octogone du Chrysotriclinium.

* De cer. auL Byz,, lib. I, cap. xix, p. 116, et cap. xxi, p. 122. ' De cer. aul. Byz.y lib. I, cap. xxxii , p. 175.

* De cer. aul. Byz., lib. II, cap. i, p. 519.

* De cer, aul. Byz., lib. I, cap. xlviii, p. 244 et 249.

• Une communication devait être établie entre Tabside de Saint-Théodore et Tabside orientale qui Tavoisinait. En effet, dans une circonstance que nous avons déjà citée, les patrices, les généraux, les sénateurs et les consulaires entrent dans le Chrysotriclinium par Tabside occidentale, et se tiennent, en attendant Tempereur, dans la grande salle octogone. Quand ils sont réunis, l'empereur revêt son costume et prend la couronne dans Tabside de Saint-Théodore, et, « accompagné des officiers des Cubiculaires , i) il s'en va jusqu'à l'abside qui est vers l'orient du GhrysotricUnium ' » . Il résulte du livre des Cérémonies que jamais l'empereur ne montait sur son trône en présence d'une assemblée; c'est lorsqu'il y était assis que les personnes qu'il voulait recevoir étaient admises en sa présence. Dans la circonstance présente, les dignitaires de l'Etat étant réunis dans la salle octogone du GhrysotricUnium , l'empereur ne pouvait pas la traverser pour gagner l'abside orientale (n" 95, E), où le trône était disposé; il fallait donc qu'il y parvînt par une autre voie intérieure qu'il avait été facile d'établir, puisque les deux absides étaient voisines l'une de l'autre. La suite du récit prouve au surplus que cette communication intérieure devait exister. En effet, l'empereur étant arrivé dans l'abside orientale, « deux Cubiculaires se tiennent, l'un à droite, l'autre à gauche, chacun à une )) porte. Au signal donné, ils les ouvrent tout à coup. Alors l'empereur, accompagné )) du chef des Cubiculaires, sort dans THéliacon et se tient sur la pierre de porphyre; » aussitôt les patrices , les généraux et tous les sénateurs se prosternent * » .

Au fond de l'abside de Saint-Théodore s'ouvrait l'oratoire dédié sous l'invocation de ce saint (n® 96) , eùxTi^ptov ou vaàç toO 'Ayfou 0£o8(6pou toO 3vtoç èv tû XpucroTptxXfvcp *. Cet oratoire, qui devait occuper l'angle sud-est du grand carré qui renfermait le Chrysotriclinium et ses absides, possédait , quoique fort petit, un sanctuaire fermé par des portes. Le cérémonial à observer lors de la promotion d'un cubiculaire, en fait connaître la situation et les dispositions. Le Préposé, accompagné de deux Cubiculaires, de deux Spatharocubiculaires, d'un Ostiaire et du Primicier-cubiculaire, entre dans le Chrysotriclinium par la portière occidentale; ils adorent l'empereur, qui est sur son trône. L'oratoire Saint -Théodore étant ouvert, « ils y entrent tous et suspendent le parai) gaudion tissu d'or (le vêtement insigne de la dignité du i^ipiendaire) dans la clôture » du Béma, c'est-^-dire à la Porte sainte. Ensuite le Préposé sort et amène, soit » du Panthéon, soit même de l'Horologion, le Cubiculaire qui doit être promu. En )) dehors de l'oratoire, c'est-à-dire à l'intérieur de la portière de Saint-Théodore, les » Cubiculaires, sur l'ordre du Préposé, revêtent le récipiendaire de la tunique et lui » découvrent la tête, puis ils le font entrer dans l'oratoire et le placent devant les » portes saintes. » Après une allocution du Préposé, celui-ci le revêt du paragaudion,

* De cer. auL Byz., lib. I, cap. lxiv, S 6, p. 290.

* De cer. auL Bjrz., loc. cit.

* De cer. aul. Bfz,, lib. I, cap. i, p. 6, et cap. xlviu, p. 244.

et tous sortent en dehors de la portière", c'est-à-dire dans le Chrysotriclinium.

L'oratoire de Saint -Théodore avait donc un sanctuaire fermé par une clôture et un espace en avant du sanctuaire, où un certain nombre de personnes pouvaient se tenir; néanmoins, l'espace devait ctre assez restreint, puisque cinq personnes seulement entrent d'abord dans l'oratoire, et que c'est dans l'abside que les Cubiculaires reçoivent leur nouveau collègue.

On sait déjà que dans les jours de réception ou de cérémonie le trône de l'empereur était établi dans l'abside orientale (n® 95 , E) , et qu'on y voyait une image du Christ assis sm* son trône. Ces différents motifs et la situation avaient fait donner à cette abside les noms de camara impériale , xapiàpa PaaiXixi^ , de camara orientale , xafiiàpa dvaxoXtxT^, et celui de conque, x^yj^Tj, dont les Grecs se servaient souvent pour désigner le sanctuaire en hémicycle de leurs églises *.

Plusieurs passages du livi% des Cérémonies justifient la destination afiectée à l'abside orientale. Il nous sufBt d'en rapporter un seul, qui résume tout ce que nous avons déjà dit sur cette abside. Il est extrait du règlement à observer lors de l'ouverture du palais chaque matin. On a appris par un passage de ce règlement transcrit plus haut, que dès la première heure les gens de la chambre déposaient le scaramangion (la longue robe de dessous) de l'empereur près de la porte d'argent qui fermait son appartement particulier. Le règlement continue ainsi : (( Quand la prei) mière heure est passée, le Primicier des diétaires s'avance, et, prenant la clef de la )) serrure, il frappe trois fois cette porte d'argent; aussitôt, sur l'ordre de l'empereur, )) les gens de la chambre apportent le scaramangion ; l'empereur s'en revêt, et, sor* )) tant, il entre dans le Chrysotriclinium et s'arrête dans l'abside qui regarde l'orient, év » TY] xaTà àvaxoXàç x^yjç^y), où a été représentée, sous une formé humaine, l'image de » Notre Seigneur Dieu fait homme, oflre à Dieu ses prières accoutumées, incline sa n tête pour lui montrer son humble respect, puis il s'assoit sur le siège d'or qui est )> là, iv TÛ ixtÏGe larafiiivù) 3(,P^^^ ceXXicj) *. »

L'abside orientale était fermée par une porte à deux battants sur la grande salle octogone. Nous en avons déjà justifié *. Une autre porte revêtue d'argent • s'ouvrait au fond de cette abside et donnait accès dans l'Héliacon du Phare (n^ 105), vaste cour qui servait d'atrium à la chapelle impériale de Sainte-Marie du Phare et à l'oratoire de Saint-Démétrius qui y était joint.

Dans le cérémonial à observer le jour de la fête de saint Démétrius, il est dit que

* De cer, auL Byz.j lib. lî, cap. xxv, p. 625.

^ De cer. auL Bjz.^ lib. I, cap. xxxiii, p. 178; lib. II, cap. xy, p. 581; lib. I, cap. i, p. 7, et lîb. 11, cap. I, p. 519.

* De cer. aul. Byz.^ lib. Il, cap. i, p. 519. ^ Voyez plus haut, p. 168.

* De cer. aul. B/z.^ lib. I, cap. xxxi, p. 170.

rempereur, après avoir été par la galerie de Justinien et les galeries de Mardea à Toratoire de Saint-Pierre (n^ 109, 142 et 143), rentre au palais par les mêmes galeries, (( traverse le Ghrysotriclinimn, et sort avec la procession par les portes orien- )) taies, ëiépyvzoLi làç àvaxoXtxàç TtuXotç; les maîtres, les proconsuls, les patrices et les )) officiers restent en avant du naos de Saint-Démétrius (n® 107) , c'est^-dire vers la » partie gauche de THéliacon (n® 105) ' »

On lit dans le cérémonial prescrit pour le jour de la fête de saint Élie : « Le soir, )) vers les sept heures, le Sénat s'avance dans THippodrome (n^ 42) revêtu du scara- )) mangion, et le concierge ayant ouvert le palais, le Sénat entre par les Scyla, le )) Justinianos et le Lausiacos (n^ 110, 109 et 92) dans le Ghrysotriclinium , le tra- » verse, et entre dans la chapelle de la Mère-de-Dieu du Phare (pP 106). Le concierge » se tient sur les portes orientales, sur le marbre de porphyre, avec les diétaires, qui » tiennent les basilica', et à mesure que les sénateurs se présentent, le concierge » donne à chacun un basilica '. »

Après leur réception, les ambassadeurs sarrasins, quittant le triclinium de Justinien où ils avaient été conduits, passaient, pour sortir du palais, « par le Lausiacos, n THorologion et le Ghrysotriclinium^ franchissaient les portes orientales du Ghryso- )) triclinium, et, passant par THéliacon du Phare (n® 105), ils descendaient par THé- » liacon de la Nouvelle-église (n® 128, A) dans le Tzycanistérion (n^ 131) ^. »

Plusieurs citations que nous avons faites pour justifier la position du Triconque .(n® 73), ont établi que de ce vestibule du Palais-sacré on arrivait au Ghrysotriclinium par la galerie des Quarante-Saints (n^ 80) ^. Voici un passage du livre des Gérémonies qui apporte encore la preuve de la communication du Ghrysotriclinium avec cette galerie : a Le jour du Samedi saint, Tempereur sort du Ghrysotriclinium, passe par )) la galerie des Quarante-Saints et sort dans Thémicyde de la Phiale secrète du Tri- » conque ; ensuite il s'avance par l'Abside et Daphné *. u La galerie des Quarante-Saints, qui partait de TÉros (n® 79) pour aboutir à THéliacon du Phare (n^ 105), occupait tout le flanc septentrional du palais; c'est donc par l'abside tournée vers le nord (p? 95, G) que l'on devait sortir du Ghrysotriclinium dans la galerie des Quarante-Saints.

L'abside (n^ 95, H) qui était à la gauche de l'abside occidentale (A) quand on entrait dans le Ghrysotriclinium , était afïectée au concierge du Palais-sacré. On lit, en effet,

* De cer, oui. Byz., lib. I, cap. xxi, p. 124.

^ Les commentateurs ne sont pas entièrement d'accord sur ce qu'étaient ces basilica, qu'on trouve quelquefois écrit basilicia. Reisk (De cer. auL Byz., Commentarium^ p. 548) pense que ces basUicia pouvaient être des vêtements sur lesquels la figure de l'empereur était reproduite.

' De cer. aul. Byz.j lib. I, cap. xix, p. 114.

* De cer. aul. Byz.^ lib. Il, cap. xv, p. 586.

* Voyez plus haut, S xi, p. 149.

' De cer. aul. Byz.^ lib. I, cap. xxxv, p. 180; cap. x, p. 84; cap. xxx, p. 169; cap. lxviii, p. 310.

L'HÉLIACON DU PHARE. 171

dans le règlement prescrit pour l'ouverture du Palai&-sacré , que le concierge, après en avoir été ouvrir les portes, « entre dans le Chry^otriclinium et dépose les clefs j) sur le siège placé à l'intérieur de la portière de l'abside gauche vers le couchant *. » Lorsque l'empereur était assis sur son trône dans l'abside orientale (e), il avait à sa droite cette abside du concierge} c'est ce qui explique la phrase suivante qui se trouve quelques Ugnes plus bas : « L'empereur s'assoit sur le siège d'or qui est là (dans la )) conque orientale) , et dit au concierge , qui se tient avec son second contre la portière M de droite, vers le couchant, près de la portière qui se tire*.... » On a vu que la portière du Panthéon était attachée à des tringles d'argent, et qu'ainsi elle devait se tirer lorsqu'on introduisait dans le Ghrysotriclinium les personnes que l'empereur voulait recevoir.

Les citations précédentes nous ont appris que le Ghrysotriclinium servait aux grandes réceptions de l'empereur; c'est là qu'étant sur son trône, il donnait l'investiture aux premiers dignitaires de l'État; il y recevait aussi quelquefois les ambassadeurs étrangers *. Dans certaines circonstances, on y dressait la table d'or, et l'empereur y donnait un repas ^.

L'HÉLIACON DU PHARE, LES CHAPELLES DE LA TRÈS-SAINTE MÈRE-DE-DIEU DU PHARE

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