HËLIAGON DU TRICLINIUM DE JUSTINIEN
galeries, à Torient de la Nouvelle-église-basilique; on pouvait le voir des fenêtres qui devaient éclairer l'extrémité orientale du Justinianos.
On a appris par la première et la troisième de nos citations que le pavé du triclinium de Justinien était divisé en compartiments dont le centre était occupé par une dalle circulaire à laquelle on donnait le nom d'omphalion. Or, en sortant du Lausiacos (n® 92) , Tempereur s'arrêtait sur le premier omphalion de la galerie de Justinien, tandis que tous les dignitaires se prosternaient. La porte de communication entre le Lausiacos et la galerie de Justinien se trouvait, comme on le voit, très-rapprochée du premier compartiment du pavé de cette galerie, c'est-à-dire dans la partie extrême, à l'opposite du vestibule des Scyla. Cette porte s'ouvrait dans l'angle nord-est de la galerie de Justinien, puisque le grand axe du Lausiacos, d'après la position que flous avons justifiée, était perpendiculaire au grand axe de la galerie de Justinien. Un passage de l'historien Pachymère, extrait de la vie d'Andronic, fait bien comprendre l'obliquité relative des galeries du Lausiacos et de Justinien. L'empereur, après avoir nommé Athanase à la dignité de patriarche (1289), w voulut que la cérémonie » de l'investiture se ftt au grand palais, dans le triclinium de Justinien, que Justinien » le Jeune (f?!!) avait construit. Cette salle est remarquable, grande et magnifiquement » ornée; elle est tout d'abord oblique pour ceux qui entrent par les portes, d'où l'on )) en voit toute l'étendue \ »
Près de l'extrémité occidentale de la galerie de Justinien, on sortait par une porte au midi, sur une vaste terrasse, tô liXtaxcJv (n** 113), qui se prolongeait jusqu'aux murs du palais et du haut de laquelle on dominait tout l'Hippodrome. On établissait le trône sur cette terrasse lorsque l'empereur devait s'y rendre pour bénir le peuple réuni dans l'Hippodrome des courses. Le cérémonial prescrit en cette occasion sera suffisant pour justifier la situation de cet héliacon. L'empereur, après avoir été prendre la couronne dans l'abside de Saint-Théodore (n®95, D), traverse le Chrysotriclinium accompagné des chefs des Cubiculaires /Ct des eunuques protospathaires , passe par le Tripéton et le Lausiacos, où l'attendaient les patrices et les généraux, et entre avec tout son cortège dans la galerie de Justinien. « Escorté de tous et suivi des Spatharocandidats, qui » portent des colliers et sont armés de boucliers et de haches , l'empereur s'avance, et » quand le cortège est au moment de franchir la porte par laquelle on sort du Justi- » nianos sur l'Héliacon, n^v éÇdcyouaav àirà toO ïouartviavoO irpèç Ta 'HXiaxàv toîXyjv , le cu- » biculaire grand chantre ouvre aussitôt le rideau, IcpauXot xà irapocxuirrix^v *, au-devant » du trône, au-dessus de la partie supérieure de la balustrade. Le maître des cérémo- » nies prenant l'extrémité de la chlamyde impériale, la dispose en forme de rose et » la remet à l'empereur. Alors l'empereur se lève , et, debout devant le trône, il bénit
* Georg. Paghymeris HîsL rer. ab Andron, sert, gest, Hb. II, cap. xv; Romae, 1669, p. 97.
* Voyez chap. IV, S xi, p. 146, Tinterprétation que nous avons donnée au mot wapaxuwrixrfv.
» trois fois le peuple , qui crie de tous côtés : Saint , saint , saint ; puis il se rassied sur n le trône. Les chefe des Gubiculaires se tiennent à droite et à gauche; les patrices, )) avec les domestiques et le Sénat, se tiennent de même à droite et à gauche près des i> rideaux de la balustrade, ne se tournant pas vers ces rideaux, mais se tenant de » face. Quand le peuple a entonné le chant du départ, le Préposé, sur l'ordre donné, )) fait un signe au maître des cérémonies, et le maître des cérémonies à son tour fait n un signe aux grands domestiques des cohortes; alors ceux-ci descendent en bas dans )) la Phiale, xaxcpj^ovrai xàTO) £v tyj ^tdtXyj, et s'y tiennent suivant leur rang. » L'oi^e i*ésonne dans la Phiale, et des chants se font entendre autour de l'empereur. « Le chant
» étant achevé, l'empereur se lève, et de nouveau l'orgue se feiit entendre Alors
» les chefs des Gubiculaires, les patrices et les généraux se placent a droite et à gauche » en avant de l'empereur et diagonalement , Aizb TzkayloLç^ jusqu'à la porte par laquelle
» on entre, [Uy^i xr^^ tltyctyoùariç iniXYjç, dans le Justinianos m Tout étant achevé,
l'empereur s'en va par le triclinium de Justinien, le Lausiacos, le Tripéton et le Ghrysotriclinium, jusqu'à l'abside de Saint-Théodore, où il dépose la couronne '.
Il résulte évidemment du cérémonial que nous venons de transcrire, qu'après être sorti du Lausiacos, l'empereur a parcouru la galerie de Justinien, et qu'il est sorti de cette galerie sur un héliacon, espace à ciel ouvert où son trône était établi et d'où il a béni le peuple réuni dans l'Hippodrome. Gette terrasse, de plain-pied avec la galerie de Justinien, devait dominer les murs du palais, ou tout au moins être de niveau avec le sommet des murs, puisque l'empereur du haut de son trône voyait le peuple réuni dans l'Hippodrome et en était vu; elle était donc élevée sur un soubassement et très-probablement sur des arcades, de même que la galerie de Justinien. Ge qui démontre encore l'élévation de cette terrasse^ c'est qu'il a fallu que les chefs des cohortes prétoriennes en descendissent pour se rendre dans la Phiale (n^ H 2), qui était au-dessous, comme dit le texte.
En revenant de l'Héliacon du haut duquel il avait béni le peuple , l'empereur avait traversé le Justinianos au miUeu des rangs des sénateurs, et était entré dans le Lausiacos (n^ 92), mais seulement avec les officiers de sa maison. Les dignitaires et les hauts fonctionnaires ne l'avaient pas suivi au delà ; les portes de cette galerie avaient sans doute été fermées, et ils étaient restés dans le Justinianos. Gependant ils devaient êti*e admis à la réception de l'empereur dans le Ghrysotriclinium ; au lieu de passer par le Lausiacos, qui était la voie la plus courte, voici le chemin qu'ils suivirent pour y arriver : (c Les patrices, les généraux avec les sénateurs et les consulaires, dit » le livre des Gérémonies, traversent la Thermastra, montent les d^jrés (p? 69), en- » trent par la porte des Diétaires, et passant par l'abside qui est devant le Panthéon » (pP 95, A), ils entrent dans l'héliacon (n° 95) » du Ghrysotriclinium*.
' De cer. aul, Byz,, lib. I, cap. lxiv, $ 3, 4 et 5, p. 285 et seq. * De cer. aul. Byz.y lib. I, cap. lxiv, S 6, p. 289.