LE VESTIBULE DES SCYLA
Ainsi 9 du triclinium de Juslinien, les dignitaires descendaient dans la Thermastra, qui était, comme on l'a vu plus haut ', l'étage de rez-de-chaussée existant au-dessous des galeries de Daphné (n^ 44). Comme la galerie de Justinien était élevée au-dessus d*un soubassement, la communication entre cette galerie et la Thermastra ne pouvait avoir lieu que par un escalier. Nous l'avons placée (n® 114) en anière du Baptistère qui existait dans les galeries de Daplmé. Ce renseignement, en nous apprenant que la galerie de Justinien touchait a la Thermastra, justifie d'autant plus la situation que nous lui avons donnée dans notre plan.
On a vu, par les citations précédemment faites, qu'à l'extrémité occidentale de la galerie de Justinien^, on trouvait le vestibule des Scyla, Ta SxOXa (n® 110). C'était une vaste salle qui formait de ce côté l'entrée comme la sortie du Palais^^acré. A ces citations, nous en ajouterons deux autres, afin de justifier complètement sa situation, la forme que nous lui avons donnée et sa destination.
La veille de la fête de saint Élie, u le Sénat se réunit dans l'Hippodrome (n*^ 42) , » et le concierge ayant ouvert, il entre par les Scyla, le Justinianos et le Lausiacos » dans le Chi^sotriclinium *. »
Le président du Sénat, sortant de Saint-Etienne (n® 54), se rend dans le petit Hippodrome, iv tû linroSpo[jL((p , où les maîtres et les juges étaient assis en l'attendant ; tf ensuite il entre par les Scyla , daépyt'xoLi 8ià tûv IxOXcov , et il est accueilli par les M Silentiaires à l'entrée du triclinium de Justinien '. »
L'Hippodrome, dans lequel ces dignitaires se rendaient d'abord avant de pénétrer dans le Palais-sacré par le vestibule des Scyla, n'était point, nous le rappelons, le grand Cirque des courses, mais bien l'Hippodromios ou Hippodrome couvert (n® 42) qu'on trouvait au delà de la cour de Daphné.
Ainsi le vestibule des Scyla, situé à l'extrémité occidentale du Justinianos, était en communication avec l'Hippodromios (n® 42) , et l'on voit déjà par là qu'il était trèsrapproché de la porte de fer (n® 39), ouverte dans les murs occidentaux du palais qui faisaient face au grand côté oriental du Cirque *. D'un autre côté, on a appris que de la grande galerie de Justinien on passait sur un Héliacon (p? 113) qui s'étendait jusqu'à ces murs et qui dominait le Cirque. Le vestibule des Scyla, tout à fait à l'extrémité du Justinianos, se trouvait donc au delà de la ()orte par laquelle on entrait sur cet héliacon, et devait, par conséquent, lui être contigu et s'étendre aussi jusqu'aux murs du palais. Le cérémonial observé le jour de la fête de saint Démétrius , que nous avons transcrit plus haut *, donne à cette conjecture le caractère de la cer-
* Voyez chap. IV, g vu, p. 134.
' De cer. auL Byz., lib. I, cap. xix, p. 114.
• De cer. aui. Byz,, lib. I, cap. xcvii, p. 440.
* Voyez chap. III, S vi, p. 65, et chap. IV, $ vu, p. 130.
• Voyez plus haut, p. 180.
titude. L'empereur, en eflet, en se rendant du Ghrysotriclinium à Toratoire de Saint- Pierre (n® 143) par les galeries extérieures de Marcien, Sià tôv ^Çco StaSaTtxcov toO MapxtavoO (n^ 142), après avoir traversé le Justinianos, passait par les Scyla pour arriver à ces galeries * qui étaient adossées aux murs du palais. Des Scyla il passait donc sur THéliacon où les galeries extérieures de Marcien prenaient naissance *•
La forme hémicirculaire que nous avons donnée aux deux extrémités des Scyla est indiquée par ce passage du cérémonial prescrit pour la promotion des assesseurs des juges : « Le Préposé sort (du Ghrysotriclinium).... pour chercher TÉparque dans )) Thémicycle des Scyla *. »
La qualification de vestibule appartient aux, Scyla, puisque cette salle formait l'entrée du Palais-sacré; elle est indiquée, au surplus, par la destination que lui assigne le livre des Cérémonies. Un repas étant donné aux maîtres, aux patrices et aux sénateurs dans la galerie de Justinien, (( les patrices, sur l'invitation de l'empereur , quittent » leur chlamyde, et les généraux leur sagion; les serviteurs de Tempereur, placés n dans la partie inférieure de la table, prennent ces vêtements et les portent dans les » Scyla à leurs domestiques ^. »
Dans le règlement prescrit pour l'ouverture du palais, on voit encore a que les gens » de Thétairie du second ordre peuvent s'asseoir dans les Scyla *. »
Divers passages du livre des Cérémonies rapportés plus haut établissent positivement que la salle des Scyla était de plain-pied avec la galerie de Justinien; ainsi les Scyla formaient a l'extrémité du Justinianos" », et l'Acolouthos, après avoir parcouru toute l'étendue de la galerie de Justinien et se tenant près de la porte du Lausiacos, appelait de là les différents ordres de dignitaires réunis dans les Scyla''. Un escalier (n® 111) existait donc nécessairement pour arriver de la Phiale (n^ 112) et de l'Hippodrome du palais (n^ 42) au vestibule des Scyla. C'est donc au pied de cet escalier que nous avons placé la porte (n^ 111, A) psir laquelle on sortait dans l'Hippodrome du palais, espèce de cour couverte où se réunissaient d'abord, comme on l'a vu, les différents fonctionnaires qui devaient entrer en corps dans le Palais-sacré par les Scyla et la galerie de Justinien. Il est question de cette porte dans le règlement relatif à l'ouverture, chaque matin, du Palais-sacré : ce Ensuite, accompagnés des Maglabites et des » Hétaires de semaine, le chef des Hétaires et le concierge ouvrent le triclinium de
* De cer, auL Byz., lib. I, cap. xxi, p. 122.
* Voyez ci-après le S xxvii.
* De cer. aut. Bjrz., Ub. I, cap. lyii, p. 273.
* De cer. aul. Byz., lib. I, cap. lxi, p. 277. ' De cer, aul. Byz.^ lib. II, cap. i, p. 518.
* De cer. aul. Byz. y lib. I, cap. xxi, p. 123. ' De cer. aul. Byz., lib. II, cap. ni, p. 624.
)) Justinien, et les Scyla, et la porte par laquelle on sort dans T Hippodrome V n La tounnire de la phrase nUndique pas une communication immédiate entre les Scyla et THippodromios, et l'auteur n'emploie pas en cette occasion les termes dont il se sert en parlant de portes ouvertes entre deux pièces contigpiâs, comme de celles qui fermaient le Tripéton sur le Lausiacos ou la galerie de Justinien sur son Héliacon '. On peut se convaincre, par un autre passage, qu'il y avait une certaine distance entre l'entrée des Scyla çt la porte f>ar laquelle on sortait du palais dans l'Hippodromios. Les ambassadeurs sarrasins en quittant l'Augustéos (n^ 48), « passent par les galeries inté- )) rieures de l'Augustéos et l'Abside (n®* 44 et 60) dans l'Hippodrome (n** 42), et, M de là, ils vont jusqu'aux Scyla, xal àirà tGv àc£t<y£ St^XOov [dy^pi tûv SxuXôv ". » Ces mots : SiYjXOov (xé^pi, indiquent bien une distance à p)arcourir entre l'Hippodrome du palais et les Scyla; cette distance n'était autre que le grand escalier du Palai&^sacré. S'il pouvait restçr quelque doute sur l'élévation de la galerie de Justinien et de son vestibule au-dessus d'un étage de rez-de-chaussée, on en acquerrait la conviction par le récit que fait l'historien Paehymère des causes de la destruction de cette galerie : (f Plus tard (après l'élection d'Athanase en 1289), comme cet édifice menaçait ruine » par sa vétusté, et qu'à cause de l'ébranlement qu'il avait reçu pendant tant de » siècles, il penchait d'un côté, il fut renversé par un vent violent du midi et ne » présenta plus qu'une ruine immense, de sorte que ceux qui regardent aujourd'hui )) le lieu où il était, ne trouvent sur le sol ni restes ni vestiges d'une construction )) autrefois si remarquable *. n Ppur que le vent pût renverser cette longue galerie , il faut bien qu'elle ait été isolée, comme l'indique notre plan, et élevée sur un sou-' bassement composé d'arcades à jour, ainsi que nous l'avons supposé. L'historien Paehymère écrivait au commencement du quatorzième siècle, il mourut en 1310. De son temps , plus de cent trente années avant la prise de Gonstantinople par les Turcs , cette belle partie du grand palais avait donc disparu.
Nous avons terminé tout ce qui a rapport à ce palais; il nous reste à fournir quelques justifications au sujet des différents édifices construits dans l'enceinte de la demeure impériale.
Les citations que nous avons faites en traitant du triclinium des Candidats, de
* De cer, auL Byz.y lib. II, cap. i , p. 518.
* Voyez plus haut, p. 159, 179 et 181.
* De cer. aul. Byz., lib. II, cap. xv, p. 584.
* G. Paghtmeris Hist, rer, ah Andronico sen. gesL, lib. II, cap. xy; Paris., p. 97.
l'Église du Seigneur et de TÉros, ont déjà justifié la situation que nous avons donnée au grand triclinium de la Magnaure (n** 116)? à [dyaç Tp(xXivo; ty)ç Mowatîpa^*, V) Mayvaùpa ' et Mawaupaç *. On sait déjà que Tune des portes du triclinium des Candidats (n** 28) conduisait vers la Magnaure*, que de l'Eglise du Seigneur (n® 35) on montait directement sur l'Héliacon de cet édifice (n® 115), et que l'empereur, étant sorti par la porte du Spatharicion (n^ 66) , traversait cette église et la Magnaure pour aller à Sainte-Sophie, lorsqu'il s'y rendait sans pompe*. On a appris également que de l'Éros (n® 79) on descendait sur le flanc de la Magnaure, et que, de là, pour sortir du palais, on passait par le Macron des Candidats, les Excubiteurs, les Scholaires et la Chalcé (n^ 31, 27, 23 et 20) •. Ainsi le triclinium de la Magnaure était très-près du grand palais, (c domus palatio contigua, » dit Luitprand ^. Son héliacon touchait, en effet, à l'Église du Seigneur et avoisinait le triclinium des Candidats et l'Éros. Ces premiers renseignements montrent encore que la Magnaure était située au nord de l'Église du Seigneur, entre cette église et Sainte-Sophie.
Nous allons traduire quelques passages du livre des Cérémonies qui viendront confirmer les justifications déjà faites, et donner des renseignements assez précis sur les dispositions intérieures du triclinium de la Magnaure; ils présenteront aussi un autre intérêt à nos lecteurs, en leur faisant connaître ime partie curieuse de l'étiquette de la cour byzantine. Le premier de ces passages est emprunté au cérémonial à observer « le second jour de la première semaine de carême, lorsque l'empereur doit prononcer )) un discours devant l'assemblée des grands dignitaires réunis dans la Magnaure.
» Vers la troisième heure , on donne l'ordre d'oi^aniser la procession ; le Sénat tout )) entier se met en marche et il s'arrête au bas des degrés de la Magnaure®, c'est à » savoir les maîtres, les patrices, les officiers de la maison de l'empereur (et d'autres » fonctionnaires encore). Cependant l'empereur sort vêtu du scaramangion et du sagion )) bordé d'or. Il passe par la galerie des Quarante-Saints, le Sigma et l'Église du » Seigneur (n®* 80, 71 et 35), où il allume les cierges, et, de là, il passe par le » Trésor, l'Oatos et le petit porche, Stà toO (ttêvcoiiou, par lequel on monte sur l'Hé- » liacon de la Magnaure (n^ 35, A, B, C, et 115), et il entre dans le grand tricli- » nium accompagné du corps des Cubiculaires, des Maglabites et de l'Hétairie. Là, dans le
* De cer. auL Byz., lib. II, cap. xv, p. 566 et seq.
' GoNST., De BasiUo Mcic.y ap. Script, post Theoph., lib. Y, S 74; Paris., p. 195; Bon., p. 317. — Godin., De originibus; Paris., p. 9; Bon., p. 19.
' De cer. oui. Bjrz., lib. I, cap. xxii et xxviii, p. 125, 157 et passim.
* Voyez chap. IV, $ m, p. 11^.
* Voyez chap. IV, g iv, p. 121.
* Voyez chap. IV, S xiii, p. 154.
' Antapodosisy lib. VI, $ 5, ap. Pertz, Mon. Germ. hist.y t. V, p. 338.
' Les deg;rés extérieurs qui conduisaient du g^and portique dans le triclinium.
grand triclinium, est placé un siège d'or au-dessous de Tabside latérale, xdcTcoOev tyjç nXa- ) yla^ xafxàpaç « (qui est),» à droite vers l'orient; l'empereur s'y assied jusqu'à ce que ) tout ait été disposé convenablement par le Préposé. Quand l'empereur est assis, le ) Préposé sort avec le maître des cérémonies afin d'organiser les différents corps « (qui > sont réunis au bas des degrés de la Magnaure) » et tout ce qui se rapporte à la céré- ) monie. En haut des marches^, et jusqu'à la dernière, un tapis est étendu, sur ) lequel se tient l'empereur. D'un côté et de l'autre, c'est-à-dire à droite et à gauche ) des marches, depuis la première jusqu'à la dernière, se tiennent les secrétaires et les ) notaires qui doivent recueillir les paroles de l'empereur. Sur la première marche, ) à droite vers l'orient , le Logothète , le premier secrétaire et le premier notaire. Il faut ) savoir que lorsque l'empereur est assis, tous les Cubiculaires , les Maglabites, les ) gens de l'Hétairie et ceux du Chrysotricliniiun, sont placés auprès de lui. Tout étant bien disposé, le Préposé entre * et se prosterne en inclinant la tête et en soutenant légèrement de ses mains son sagion. Ensuite l'empereur se lève, et sortant en dehors de la ) balustrade (( (qui devait se trouver en avant du trône) , » se tient en haut de la première ) marche, où le tapis est étendu, et aussitôt, sur un signe du Préposé, l'assemblée ) tout entière, fiuaç ô Xa^ç *, s'écrie : Polychrônion. Le silence s'étant rétabli, l'empe- ) reur commence à parler. Il faut savoir que quand l'empereur s'arrête ou termine son ) discours, l'assemblée, sur un signe du Préposé, s'écrie : Que Dieu accorde une ) longue vie à notre empereur*! Cela étant achevé, l'empereur donne trois fois sa ) bénédiction à l'assemblée, au milieu, à droite et à gauche. Ensuite il revient s'as- ) seoir sur le siège d'or où il était d'abord ; alors les gens de l' Arithmos commencent à ) dire le^ louanges de l'empereur. Le Préposé, sortant de la salle, organise tout con- ) venablement. En effet, les maîtres, les patrices et les sénateurs s'arrêtent * dans le portique latéral , Stà toO uXayfou è[t£6ko\j , vers le couchant , du côté gauche , en attendant l'arrivée de l'empereur. Tout étant bien disposé, le Préposé rentre, se prosterne de la même manière que ci-dessus, et prévient l'empereur que tout est prêt. Alors l'empereur se lève, passe par le côté gauche des degrés et par le portique où se tiennent les maîtres, les patrices et les sénateurs, et il sort par les portes qui conduisent vers le triclinium des Candidats; Stà tyjc; èHayotleniç TnîXyjç dç Tàv Tp(xXivov tôv KavStSaTwv (n*^ 33), et, de là, il traverse les Excubiteurs, les Scholaires et le Chytos
* Les marches de l'estrade où est placé le ^rône.
' Suivi bien certainement, quoique le texte ne le dise pas, des difFérents ordres de dig^nitaîres et de fonctionnaires qu'il était allé organiser au dehors.
' Le livre des Cérémonies se sert souvent du mot Xa({ç, peuple, foule, multitude, pour désigner la réunion des plus hauts dignitaires et fonctionnaires de l'État admis devant l'empereur. Ces mots éfTroeç 6 Xaoç ne peuvent pas se traduire dans ces circonstances par u omnis populus » comme l'a Saiit Reisk.
* C'est cette formule d'acclamation que l'on appelait Polychrônion.
* Qui sont évidemment sortis également de la salle.
» de la Chalcé (n" 27, 23 et 20, B), et s'en va jusqu'au Puits-sacré {jûP 1, L) '. « Avant de tirer de cette partie du Cérémonial des conséquences à Tappui de notre plan , nous devons faire remarquer que le . Cérémonial est écrit par un empereur , et qu'en arrivant au triclinium de la Magnaure par l'Église du Seigneur (n^ 35), l'impérial auteur qui parle de lui-même entre par une porte particulière placée sur le flanc méridional de l'édifice, et non par le portique principal. Aussi quand il s'occupe de ce qui est à droite en entrant, c'est de sa droite à lui qu'il veut parler, et les mots; vei« l'orient, qu'il ajoute, ne laissent aucun doute à cet égard. Pour l'auteur, le grand portique était à gauche;
Apprécions maintenant les renseignements que nous donne le Cérémonial. La marche suivie par l'empereui* fait connaître d'abord avec certitude la situation du triclinium de la Magnaure relativement au grand palais. On voit ensuite qu'au delà de l'Église du Seigneur (n® 35), qui s'élevait au bout des Courtines (n^ 29, B), il existait un Héliacon (n^ 115) qui séparait cette église de la Magnaure et isolait ce triclinium. En y entrant de ce côté (n^ 116, A), c'est-à^ire par le flanc méridional, on trouvait à droite, vers l'orient, une abside (n^ 116, C) au-dessous de laquelle le trône était placé. Des marches se déployaient au-<devant du trône. Le sol de l'abside était donc élevé au-dessus du sol de la salle. Un autre passage du livre des Cérémonies nous apprend que les degrés par lesquels on montait vers le trône étaient de marbre vert '. Le grand portique était tourné vers le couchant, du côté gauche, dit l'auteur du Cérémonial, qui prend ses points de direction de la porte méridionale par laquelle il est entré. Bien que le Cérémonial ne le dise pas positivement, on voit que les personnes qui allaient être admises devant l'empereur étaient réunies sous le portique occidental avant son arrivée ', et, en eBet, c'est seulement quand l'empereur est assis sur son trône que le Préposé sort de la salle pour organiser les différents ordres des dignitaires qui vont être admis ; or le texte dit qu'ils s'étaient arrêtés au bas des degrés de la Magnaure: on voit par là que pour arriver du portique dans la grande salle on montait plusieurs marches. Un autre passage du \\yve des Cérémonies qui donne des détails sur la réception des ambassadeurs sarrasins dans la Magnaure, parle également de ces degrés : « Vers l'occident, dans la réunion des » deux portières et en dehors, se tenait, à droite , en haut des degrés du grand triclinium » de la Magnaure, le mattre de la grande Hétairie.., et de chaque côté de ces degrés, en » dehors des portières, deux Protoélates portant les étendards d'or de l'empereur, et » ensuite après ceux-ci *....»
Ainsi le grand triclinium de la Magnaure avait son portique principal (n® 1 16, B) à Tocci-
* De cer. auL Byz., lib. 11^ cap. x, p. 5i5.
^ De ccr. auL Byz., lib. I, cap. xxyii) p. 155.
* Voyez le cérémonial que nous transcrivons à la pa^ suivante.
* De cer, aui. Byz., lib. II , cap. xv, p. 576.
dent , et le nom d'embolos qui est donné à ce portique nous indique une galerie ouverte qui couvrait toute la face occidentale de Tédifice. De ce portique, on montait par plusieurs d^^rés dans la grande salle de la Magnaure qui se terminait à Torient par une abside (n^ 116, g) élevée de plusieurs marches au-dessus du sol de la salle, et sous laquelle on plaçait le trône de l'empereur. Un portique élevé sur le flanc méridional de l'édifice, en face de l'Église du Seigneur (pP 116, A), servait d'entrée à l'empereur.
Transcrivons maintenant le cérémonial de (( ce qui est à observer lorsque l'empereur » fait une réception dans le grand triclinium de la Magnaure, assis sur le trône de » Salomon » . Nous trouverons là d'autres renseignements sur les dispositions intérieures de ce triclinium.
Pour y venir du Palais-sacré, l'empereur suit l'itinéraire indiqué plus haut, « et il » entre dans le grand triclinium où est disposé le trône de Salomon. La, vers Torient, » au côté droit, au-dessous de l'abside, xdcTcoôev tyjç y'6yyrri<;\ sont placés les sièges d'or 1) et sont exposées les couronnes et les chlamydes. Cependant l'empereur entre dans le )) Goiton qui est là à gauche. . . . Tout étant prêt, les Préposés entrent et en préviennent » l'empereur. Alors l'empereur sort » (du Coiton) « et s'en va à l'endroit où les » chlamydes et les couronnes sont déposées, et les ayant prises des mains des Préposés > M il monte sur le trône et s'y assied. Ensuite l'assemblée réunie en dehors des deux )) portières qui se tirent et qui sont vers l'occident, dit à haute voix le Polychronion. u Ensuite les Préposés sortent et introduisent les Gubiculaires par les deux côtés, à u droite et à gauche, suivant l'usage. Dès que ceux-ci sont placés, le Préposé fait un » signe à l'ostiaire, qui sort tenant sa verge d'or et introduit le premier ordre, eteiyet » PîjXov a' *, à savoir les maîtres; et de nouveau, sur un signe du Préposé, l'autre ostiaire » sort avec le même insigne et introduit le deuxième ordre, à savoir les patrices; de i) nouveau, sur un signe du Préposé, le premier ostiaire sort avec son insigne et » introduit le troisième ordre, à savoir les sénateurs, et cela se fait ainsi successivement û jusqu'à ce que tous les ordres aient été introduits » . Ensuite on amène les ambassadeurs étrangers. « L'ambassadeur en entrant se prosterne à terre et adore l'empereur, et au » même instant l'orgue se fait entendre. Dès qu'il s'est relevé, il s'avance et se tient à
* Dans le cérémonial transcrit à la pagje précédente, notre auteur avait donné à cette abside le nom de xa(A«(poi ; on voit par là que les mots x^yx^ ®^ xafi,d(pa sont synonymes.
' Les personnes admises à la réception de l'empereur n'étaient jamais introduites que lorsque l'emperenr était monté sur son trône. Elles n'entraient pas toutes ensemble dans la salle où le trône était établi. Avant . la réception, les Préposés les organisaient suivant leur rang, et composaient un certain nombre de corps qui n'étaient introduits que successivement. Chaque ibis que l'un des corps entrait, on tirait la portière qui couvrait la porte d'entrée de la salle du trône^ et on la refermait après l'introduction de chacun des corps. De cette coutume était venu le nom de pTiXov, voile, portière, qui était donné à chacun des différents corps distribués en .groupes suivant le rang qu'ils occupaient à la cour; en sorte qu'on était du premier, dn second, du troisième voile, etc. Nous avons traduit le mot pTJXov par ordre, qui rend mieux le sens en français. Dans la réception des ambassadeurs sarrasins, le premier voile était composé des maîtres, le second
» une certaine distance du trône impérial, et aussitôt l'orgue joue. Il faut savoir que » Fambassadeur ayant été introduit, les personnages les plus distingués de sa suite » entrent, et après qu'ils se sont prosternés, ils se tiennent à l'intérieur des portières i) qui se tirent. Le Logothète fait à l'ambassadeur les questions d'usage, et aussitôt les » lions d'or commencent à rugir, les oiseaux posés sur le trône et ceux qui sont sur » les arbres d'or d'alentour font entendre un chant harmonieux. Les animaux qui sont ^> au bas des marches du trône (les lions) se dressent sur leurs pieds. Pendant que ces )) choses se passent, le Protonotaire des courses apporte les présents offerts par )> l'ambassadeur au nom de son maître... A la sortie de l'ambassadeur, les orgues » résonnent, les hons et les oiseaux se font entendre et les bêtes féroces se dressent )} au-dessus des degrés.... Il faut savoir que dès que les ambassadeurs sont sortis, le » Préposé dit à haute voix: xeXeùcraTe (comme vous voudrez), et aussitôt les maîtres , les » patrices et les sénateurs sortent en disant le Polychronion. Ceux-ci étant sortis, le )) Préposé dit de nouveau : xfiXetîaaTe, et alors les officiers du Chfysotriclinium sortent )) en faisant entendre le Polychronion. Lorsque tout le monde est sorti, l'empereur )) descend du trône, et ayant retiré sa couronne et sa chlamyde, il revêt le sagion bordé )) d'or, et, accompagné des Cubiculaires , il se retire sans pompe dans le Palais-gardé- » par-Dieu, en suivant le chemin qu'il avait pris pour venir ^ »
Ce passage, en confirmant ce qu'on avait déjà appris par les premières citations de la situation occidentale du grand portique, nous fournit d'autres justifications, tant sur le trône et ses accessoires que sur les dispositions intérieures de l'édifice. Ainsi, par la manière dont les Cubiculaires sont introduits, on comprend que la salle principale possédait des bas côtés. On trouve en dehors de cette salle le Coiton (n^ 116, d) ou chambre particulière " qui servit souvent de chambre nuptiale aux empereurs.
Les six colonnes qui, de chaque côté, séparaient la nef des bas côtés et formait ainsi sept travées, nous sont indiquées par le livre des Cérémonies, de même que les quatre grosses colonnes qui décoraient le fond de la salle, disposées deux par deux à droite et à gauche de l'abside. On lit, en effet, dans les détails que fournit ce livre
des patrices, et le troisième des sénateurs. Dans une autre circonstance, lors d'une réception qui avait lieu dans le Gbrysotriclinium , voici quel était le rang des différents voiles ou ordres : le premier se composait des maîtres, le second des proconsuls, le troisième des patrices, le quatrième des sénateurs, le cinquième des comtes des scholaires , le sixième des candidats, le septième des domestiques, et le huitième des éparques (De cer, auL Byz.^ lib. I, cap. xlviu). Les femmes n'étaient jamais admises dans les cérémonies à côté des hommes ; mais, dans certaines circonstances, elles étaient présentées à l'impératrice et org^anisées, à cette occasion, en différents ordres, p9iXa. Le premier ordre était composé des zostès, le second des maltresses, le troisième des femmes des patrices, le quatrième des femmes des officiers protospathaires , le cinquième des femmes des autres protospathaires, le sixième des femmes des spatharocandidats, et le septième des femmes des spathaires, des écuyers et des candidats (De cer. auL Byz., lib. II, cap. xv, p. 596).
* De cer, aul. Byz,, lib. II, cap. xv, p. 567.
' De cer. aul. Byz.y lib. I, cap. xxiv, p. 137.
fiur la l'éception faite aux ambassadeurs sarrasins par Tempereur Constantin VU : « On » avait suspendu dans le grand triclinium de la Magnaure, où est établi le trône de )) Salomon, des chaînes de cuivre argenté provenant de l'église des Saint&-Serge-et- )) Bacchus-d'Hormisdas, savoir sept à droite et autant à gauche, et, entre les quatre
)) grandes colonnes, quatre chaînes venant de la même église A toutes ces chaînes
)) pendaient de grands lustres d'argent appartenant à la Nouvelle (t (église))) .On avait encore )) placé dans ce triclinium de la Magnaure, l'orgue d'or dans la partie droite', au miUeu )) des grandes colonnes , mais en dehors des rideaux cpii y sont attachés ; en haut de )) la salle, vers l'orient, l'orgue d'ai'gent de la faction des Bleus, et aussi, dans la )) partie occidentale, l'orgue d'argent de la faction des Verts*. )) Les sept lustres placés de chaque côté de la salle indiquent bien, dans les bas côtés, sept espaces séparés par des piliers ou des colonnes. Quant aux quatre grandes colonnes, elles étaient à droite, c'est-à-dire à l'orient du côté de l'abside. C'est là que nous les avons placées. Le haut de la salle est encore désigné dans ce passage conmie étant à l'orient.
On a vu, par la première de nos citations, que l'empereur, en descendant de son trône pour se rendre à Sainte-Sophie, était sorti, après avoir traversé le grand portique occidental, par une porte qui conduisait vers le triclinium des Candidats. Il ne s'agit pas là d'une porte qui aurait fait partie de ce portique. Le nom de ?[jl6oXo(; qui lui est donné indique déjà suffisamment que ce portique était ouvert, et n'avait pas, par conséquent, de portes. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'autour du triclinium de la Magnaure régnait un vaste Héliacon qu'il fallait traverser en arrivant par l'église du Seigneur, et qu'en descendant de l'Éros (n** 79) on devait passer par le flanc de la Magnaure avant d'atteindre le Macron des Candidats (p9 31), qui s'élevait, comme nous l'avons établi, sur la cour des Courtines (n® 29). A ces notions déjà acquises, ajoutons un nouveau renseignement : L'empereur descendant du haut de l'estrade où était son trône, « s'en va par le côté gauche de la Magnaure, et passant par les )) Excubiteurs, les Scholaires et les petites portes de la Chalcé (n^ 27, 23 et 20, E), )) il entre dans le Puits -sacré (à Sainte- Sophie) *. )> Descendant de son trône, où il avait la face tournée vers l'occident, et sortant par la gauche, l'empereur passait évidemment par la porte méridionale qui lui était propre, et au-devant de laquelle s'étendait l' Héliacon. Et cependant il va, de même qu'en sortant par le grand portique occidental, gagner les salles des gardes pour se rendre à Sainte-Sophie. La porte qui conduisait vers le triclinium des Candidats était donc indépendante du grand portique occidental, et fermait bien certainement l'Héliacon et non l'édifice de la Magnaure.
' 11 ne fkut pas oublier que l'empereur, auteur du texte cité, entre dans la Magnaure par le flanc méridional de l'édifice, et que pour lui l'abside est à droite et à l'orient, et que l'occident est à sa gauche. ' De cer. auL Byz.^ lib. II , cap. xv, p. 570. ' De cer. auL Byz., lib. I, cap. xxvii, p. 155.
Le chapitre du livre des Câi'émoDies qui raconte de quelle manière on avait décoré la Magnaure pour la réception des ambassadeurs sarrasins, en justifiant la distinction que nous établissons entre la porte de Tédifice et celle de son Héliacon, nous a fourni les renseign^nents qui nous ont engagé à donner, dans notre plan, la forme d'une construction ' liémicirculaire aux portes (n^ 33) par lesquelles on montait de la cour des Courtines (n^ 29, B) sur THéliacon de la Magnaure. « En dehors du triclinium, )) dans la grande Tropicé, liç tt^jv (jLeydtXrjV Tpoicoc^v ', on avait placé une chaîne (de a cuivre ai^enté à laquelle un lustre était suspendu) venant de Téglise des Saints-Serge- )) et-Bacchus » ; et quelques lignes plus bas, on lit : (c Dans Tabside, eiç ta ^oufavtx^v, » qui conduit dehors, to é^^ov, vers le triclinium des Candidats, on avait placé une )) autre chaîne et un grand lustre.... » Et plus loin, dans le même chapitre, on Ut encore : a 11 faut savoir que dans la porte qui conduit vers Je triclinium des Gandi* » dats, en dedans et en dehors, se tenaient les chefs de TArithmos, vêtus du scara- )> mangion et portant leurs épées et leurs boucliers '. m Ainsi le ïivre des Cérémonies donne le nom de çoupvix^v à Tendroit par où Ton sortait de la Magnaure, ou, pour mieux dire, de son HéHacon, pour aller gagner le triclinium des Candidats (n® 28).. Or nous avons établi que , pour notre auteur, ^upvix^v et xatjiapa étaient synonymes *. La grande porte de THéliacon de la Magnaure qui s'ouvrait sur la cour des Courtines (n^ 29, b), au-devant du triclinium des Candidats, devait donc offrir une construction en forme d'abside. On comprend alors comment les che& de TArithmos avaient pu se taiir tant en dedans de la porte qu'au dehors. L'hémicycle voûté, le Fournicon, qui formait l'entrée, présentait un espace dans lequel plusieurs personnes pouvaient se tenir.
La déclivité du terrain avait motivé quelques marches pour monter de l'église du Seigneur (n^ 35) sur l'Héliacon de la Magnaure ; nous avons pensé qu'il en existait également quelques-unes pour monter de la cour des Courtines, qui était de niveau avec Téglise du Seigneur, dans le vaste Héliacon qui «itourait ce triclinium.
Nous avons parlé plusieurs fois^ d'un escalier de bois (n^ 13) par lequel l'empereur arrivait de son palais dans les Catéchumènes supérieurs de Sainte-Sophie, c'estrÀ-dire à l'étage qui existait au-dessus des bas côtés de l'église; il nous faut donner sur ce point quelques renseignements qui nous sont fournis par le livre des Cérémonies. Dans deux circonstances, l'empereur, sortant du Palais-sacré par la porte du Spatharicion (n^ 66) , (( passe par la Magnaure et par ses galeries supérieures, xal tûv àva^répctyv
* L'auteur donne ici au grand portique, qu'il avait d'abord appelé fySokoç^ le nom de grande Tropicé, nom nouveau par lequel on désignait un portique élevé au^evant d'une porte.
^ De cer, aid. Bjrz., lib. II« cap. xv, p. 570, 571 et 577. ' Voyez plus haut, chap. lY , S m, p. 1 16.
* Voyez chap. II, g i*', p. 30; chap. II, g vi, p. 40; chap. III, g ix, p. 84.