‹ Le palais législatif de QuébecChapitre 10 sur 20 · DÉCORATIONS INTÉRIEURES · texte numérisé non relu

DÉCORATIONS INTÉRIEURES

En pénétrant dans le premier vestibule de l'entrée d'honneur du Palais Législatif, on aperçoit, à droite, sculpté dans le parement en grès de l'Ohio dont les murs de ce vestibule sont revêtus, l'écusson du marquis de Lorne, avec la barque normande de la maison d'Argyle et la devise : Ne ohliviscari8. Au-dessous, lés dates 1878-1883 indiquent la durcie du terme d'oflSce du marquis de Lorne comme gouverneur-général du Canada.

A gauche sont sculptées les armes du marquis de Lansdowne, ex-gouverneur-généra^, avec la devise : Virtute noîi verhia et les dates 1883-1888.

Tout auprès, à gauche de la porte conduisant au vestibule intérieur, on voit le blason de rhonorable Théodore llobîl aille, ex-lieutenant-gouverrieur de la province, dont remblême caractéristique est une colombe tenant dans son bec une branche d'olivier, et la devise : A c-iel ouvert. Au dessous sont les chiffres 1879-1884.

Comme pendant de ce dernier blason, à droite, celui de l'honorable Louis- Rodrigue Masson, ex-lieutenant-gouverneur, avec son emblème caractéristique : une tête de lion ailé et la devise : Dieu aydunty est taillé dans le parement en grès. Au-dessous se dessinent en relief les chiffres 1884-1887.

Le marquis de Lorne et le marquis de Lansdowne, M. Robitaille et M. Masson» furent, les premiers, gouverneurs-généraux du Canada, et les seconds, lieutenants-gouverneurs de la province de Québec, pendant la construction de cette partie de l'Hôtel du Gouvernement qui est appelée le Palais Législatif. Nous avons vu plus haut que, com-

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mencé en 1883, le Palais Législatif a été terminé vers la fin de Tannée 1886.

Les lambris d'appui en noyer noir des vestibules du rez-de-chaussée, du premier et du deuxième étages du Palais Législatif, sont ornés d'arabesques, d'armoiries et d'inscriptions, ciselées et dorées, d'un goût et d'une science extrêmement remarquables.

C'est l'histoire écrite en langue héraldique. On y lit, au rez-de-chaussée, les armes etjes noms de personnages appartenant à la première période des annales historiques de l'Amérique du Nord et du Canada : Vérazzanî, Sébastien Cabot, De la Roche, De Caen, Roberval, Pontgravé, Poutrincourt,

De Monts, Léry, De Chaste, Pontchar train, Châteaufort, la marquise de Guercheville,

Lauzon, Courcelles, Hocquart, Denonville,

Bégon, Duquesne, la duchesse d'Aiguillon,

Madame de la Peltrie, Marie Guyart de

l'Incarnation.

Dans un cartouche, au pied du grand escalier du vestibule, on voit, tracés en or, un soleil éclairant le monde, avec la devise :

Nec pluribus impar et Tinscription *^ Louis XIV." En face, sur un autre cartouche, sont gravés les armes et le nom de Colbert ^.

A l'étage supérieur^ et dans des situations identiques, sont les armoiries de George III d'Angleterre et de son ministre William Pitt.

Le visiteur a gravi un escalier et Thistoire a marché d'un siècle.

Avec un art consommé, les arabesques aux lignes d'or glissent sur les panneaux des rampes et des palier.^, et atteignent le premier, puis le deuxième étage, multipliant leurs dessins variés et gracieux et entourant les blasons de personnages appartenant, pour la plupart, à une époque plus récente : Saint- Vallier^, Pontbriand, Beauharnois, LaGalissonnière, La Jonquière, Longueuil, Coulon de Villiers ; Ramezay, Townshend, Amherst,

1. La devise de Colbert était : Pro Rege sœpcj pro patria semper : — "Pour le roi souvent, pour la patrie toujours."

2. La devise de La Croix- Chevrières de Saint- Valier est . Indomitum domuere cruces : — '* Les croix ont dompté l'indomptable."

Quesnel, Vallières, Sewell, Stuart, Panet, Baby, Taschereau, Bédard, De L6ry, Lotbiiiîère, Parent, Nelson, Lanaudîère, Boucherville, Viger, Cuvillier, Saint-Ours, Bourdages, Plessis, Mountain, Blanchet, Laforce, Lartigue, Bourget, Rollette, Dambourgès, Duchesnay, De Gaspé, etc.

Au fond du plus haut palier de l'escalier d'honneur, au milieu de palmes abondantes incrustées en or sur les panneaux des lambris, brillent le monogramme de la Compagnie de Jésus et les noms de quelques-uns des missionnaires jésuites qui ont arrosé de leur sang et fécondé par leur martyre la terre désormais chrétienne du Canada et de l'Amérique du Nord : Jogues, Lallpmant, Rasle, Buteux, Garnier.

A droite sont les noms des premiers historiens de la Nouvelle-France : Sagard, Lescarbot, Ducreux, Charlevoix ; à gauche sont ceux d'historiens et d!historiographes modernes : Garneau, Ferland, Christie, Bouchette.

Les panneaux des rampes des escaliers

portent aussi, gravés en or et entourés d'arabesques, le nom de " Lorne," avecles armes et les devises de la maison d'Argyle et de la maison d'Angleterre ; le nom de " Lansdowiie," avec les armes des Flahaut, les armes des Chatellerault et la devise Sola nobilitas vlrtiis, ot de plus les noms, les armes et les devises de nos premiers lieutenantsgouverneurs.

Les sculptures et les incrustations en or sur noyer noir des portes monumentales des salles de délibérations du Conseil Législatif et de l'Assemblée Législative, de même que celles des trônes occupés par les présidents des deux Chambres, font l'admiration de tous les étrangers.

Le milli'sime^^ 1792," date de la mise en force de la constitution inaugurant le régime parlementaire en Canada, et le millésime '' 1867," date de l'établissement de la Confédération, sont incrustés sur les battants des grandes portes des deux Chambres, au milieu de palmes d'une suprême élégance.

Les salles des délibérations du Conseil égislatif et de l'Assemblée Législative sont

de dimensions identiques ; soixante-sept pieds de longueur, cinquante pieds de largeur, trente-trois pieds de hauteur.

Chaque salle est éclairée par deux cents lampes électriques fixées au plafond. La lettre *^ C ** (Canada), entourée de guirlandes de feuilles de chênô moulées en plâtre, sert d'ornement et de couronnement aux petites portes d'entrée ; les plafonds et les pans de murs transversaux sont disposés de manière à recevoir des peintures à fresque ou autres peintures murales ^ Les armes de l'Angleterre et de Id vieille France, avec des anges pour supports, figurent dans les mul-

1. M. Eugène Hamel a îFait pour le gouvernement les esquisses de deux grands tableaux historiques qui seront sans dout^ exécutés plus tard et placés dans l'enceinte du Palais Législatif. Le même artiste a fait la plupart des portraits des présidents du Conseil Législatif et de l'Assemblée Législative que l'on a placés dans les Chambres mêmes ou dans les vestibules qui y conduisent : ceux des honorables messieurs de Boucherville, Ross, LeMaire, de La Brmère, Fortin, Blanchet, Taillon, Beaubien, Turcotte, Wurtele, Marchand. Le portrait de l'honorable M. LeBkinc a été fait par M. Saint-Charles,' et celui de l'honorable M. Starnes par M. Alexander.

tiples d<^corations en plâtre de cas vastes pièces.

Ça et là, dans plusieurs* autres parties de l'édifice, sont disposées :

Les armes d'Angleterre : " Ecartelées au premier et au quatrième de gueules à trois léopards d'or, l'un sur l'autre," avec la devise : Dieu et mon Droit ;

Les arm.?s de l'Ecosse : '^ D'or, chargé d'un lion de gueules entouré d'un double trescheur fleuro iné et contre-fleuron né du môme," avec la devise : Nemo me irnpune lasceasit ;

Les armes de l'Irlande : " D'azur à la harpe d'or," avec la devise : Ei-in go Bragh ;

Et les armes de l'ancien royaume de France, le pays d'origine de la plupart des habitants de la province de Québec : '* D'aztir à trois fieurs de lis tVor^^ avec le cri de guerre : Montjoye Saint- Denis ^

Un auteur canadien s'est exprimé ainsi

l. Himijoye était le nom de la bannière des Oarlovingiens ; Saint-Denis était le nom de Toriflamme des Capétiens. La bannière des Carlovingiens fut donnée par le

en parlant de Tédifice qui fait l'objet de cette étude :

" Nos monuments historiques ou architectoniques sont bien pauvres et bien petits, comparés à ceux des villes européennes. Au point de vue de Tart, ils n'ont le plus souvent qu'une valeur relative fort restreinte.

Il n'en est pas ainsi toutefois de notre Palais Législatif, — le Panthéon du Canada français, — qui serait un ornement même dans les plus belles villes de France et d'Italie.

pape Adrien 1er à Charlemagne, sur la colline de Rome appelée Mons gaudii : de là le nom de Mont-Joye donné à cette bannière.

Les armes de la vieille France n'ont, dans la décoration du Palais Législatif, aucune signification politique. LeB Canadiens d'origine française ont été séparés définitivement de leur ancienne mère-patrie par le traité de Paris de 1763. Les liens officiels et politiques qui les unissaient au pays de leurs ancêtres furent dès- lors rompus, et la première république française, le premier empire, la restauration, la deuxième république, le second empire et la troisième république n'occupent aucune place dans leur histoire. Lorsque les Français ou les Anglais d'outre-mer voient ici les armes de la vieille France, ils peuvent trouver l'explication de cette sorte d'anachronisme dans la devise de la province de Québec : " Je me souviens." Il n'en est pas d'autre.

" Il y a je ne sais quoi de fort et de gra cidux dans cet édifice, qui charme et captive le regard. Ce toit, qui faisait l'admiration de la princesse Louise et rappelle celui des Tuileries, ^ ce campanile à la fois élégant et majestueux, ces pavillons où les lis sont semés " à pleines mains,'* ne ressemblent en rien à ce qui se voit ailleurs sur notre sol d'Amérique. Toute cette architecture est vraiment française, avec, en outre, un cachet particulier où s'accuse la personnalité savante, originale, distinguée et très canadienne de l'architecte, M. Eugène Taché/'

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