‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 111 sur 301 · Métra, Correspondance secrète, t. V, p. a · texte numérisé non relu

Métra, Correspondance secrète, t. V, p. a

LE FRÈRE DE LOUIS XIV I q3

les désastreux édits par lesquels Louis XIV envoya fondre k la Monnaie non seulement les beaux meubles d’argent massif qui décoraient le château

TAPISSERIE DES GOBE LINS EN BASSE LISSE COMPOSEE PAR Cil. LEBRUN POUR LA DÉCORATION DU PALAIS -ROYAL Série de Y Histoire de Mèlcagrc (six pièces), d’après la gravure de B. Picart

de Versailles, mais aussi les chefs-d’œuvre du même genre que possédaient la plupart des grandes familles d’alors et dont la magnificence inouïe nous est attestée surtout, hélas! par les procès-verbaux de leur destruction. On sait avec quelle implacable sévérité furent appliqués les funestes ordres du roi. Les magasins des orfèvres furent méthodiquement fouillés; des commissaires spéciaux parcoururent le pays, pénétrèrent chez les particuliers,

T. I. LE PALAIS -RO VAL

saisirent dans les hôtels, dans les châteaux, tout ce qu’ils purent trouver d'argenterie, et le firent jeter à la tonte. Le frère du roi, on le comprend, loin de songer à se soustraire aux exigences d’une telle hécatombe, dut le premier, au contraire, quoiqu’il lui en coûtât, se résigner et donner l’exemple. 11 possédait des merveilles d’orfèvrerie. Au Palais- Royal, il avait des services de table de toute beauté, des meubles d’argent massif en grand nombre que durent faire pour Monsieur les illustres orfèvres qui travaillèrent au merveilleux mobilier d’argent de Versailles, les Ballin, Gravct, Thomas Merlin, Viaucourt, Gérard Débonnaire, Claude de Ailiers, Guillaume Loir, etc. Lors du mariage de Mademoiselle d’Orléans avec le roi d’Espagne, en 1O79, on voyait dans la salle d’audience du Palais-Royal (c’est le Mercure qui le dit) «un miroir orné de figures d’argent d’un prix extraordinaire. 11, y avoit douze grands bras en forme de plaques, un grand lustre à double rang, quatre miroirs moins grands que celui dont on vient de parler, plusieurs guéridons avec girandoles, tout cela d’argent... Ainsi on peut dire qu’on ne voyoit qu’or et argent dans ce cabinet1.» Le roi lui-même, à plusieurs reprises, donna en cadeau à son frère des chefs-d’œuvre d’argenterie, ainsi que le prouvent les registres d’inventaire du Mobilier de la Couronne, oii on lit souvent, en regard de certains articles, cette annotation: « Deschargé ; donné par le roy à Monsieur.» C’est ainsi que Louis XIV lui fit présent de gondoles d’argent, de coupes de vermeil, de calebasses d’or, de tasses d’agate, etc.2. A l’occasion du mariage de Mlle de Blois, sa fille, avec le duc de Chartres, il fil exécuter par le fameux Delaunay une garniture de toilette qui fut saluée par un cri général d’admiration. La décoration de ces jolis ustensiles, composés par les premiers artistes du temps, représentait la Fécondité , la Fidélité, Vénus servie par les Grâces , etc. Philippe de France aimait trop le luxe pour que sur sa table ne parfit point la plus somptueuse vaisselle plate. C’est lui qui commença à mettre à la mode les surtouts d’argent, comme le constate le Mercure galant3, en célébrant la commodité de ces nouveaux objets. «Il sont,» dit-il, «souvent envahis de figures et portent quantité de choses pour l’usage de la table. En sorte que l’on ne peut rien souhaiter de nécessaire à un repas que l’on n’y trouve.» G’esl au festin offert en 1(198 par le duc d’Orléans à milord Portland, ambassadeur de Guillaume III, que parut le premier surtout : il avait été exécuté aussi par Delaunay. Aucune de ces merveilles n’est mentionnée dans Y Inventaire de Monsieur; mais on y trouve

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