MUc de Montpensier, Mémoires, t. IV, p. 2G
2. La Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans et cousine de Monsieur, mourut en i(];)3, en faisant celui-ci légataire universel de son immense fortune. « Je donne, disait-elle, ma maison de Ghoisy à Monseigneur le Dauphin, et du surplus de mes meubles et immeubles et pierreries, je fais mon légataire universel Monsieur, Philippe de France, duc d'Orléans, dont j’ay l’honneur d’eslrc cousine germaine, et qui me fait celuy de me témoigner beaucoup d’amitié. — Fait à Choisy, le 27 de février i685. — Anne-Marie-Louise d’Orléans. »
130.000 livres. Un autre, appelé la Rose d’Angleterre, valait à lui seul
100.000 livres; celui qu’on désignait sous le nom de la Reine mère était de 70,000 livres. Parmi ses nombreux pendants d’oreilles, il en avait une paire formée de dix diamants, estimée 45, 000 livres. Ses bagues étaient de toute beauté; on en comptait plus de trente. Les boucles, agrafes et boutons pour orner ses chapeaux dominaient : il y en avait de divers genres, avec des perles, des rubis, des émeraudes, etc. Dans les grandes occasions, Monsieur portait au col une croix de chevalier du Saint-Esprit, oii il y avait plus de cent diamants de grosseurs variées, qui valait
80.000 livres, et le nœud avec lequel on attachait cette croix étincelante était de 5o,ooo livres1. Comme disait le Mercure, parlant d’une cérémonie où on avait vu le frère du roi dans un de ces costumes aveuglants de pierreries, «il n’y a point de termes qui puissent en exprimer la richesse.» Quand il réalisa la succession de l’Electeur Palatin, il voulut absolument offrir à sa femme — qui 11’aimait pas les diamants — des pendants d’oreilles de 4o,ooo écus. En 1679, r°i d’Espagne envoya en présent de noces à Mademoiselle d’Orléans une «tabatière de diamants faite en lozange, soutenue d’un nœud de diamants de sept ou huit branches, avec le portrait du roi». On l’estimait 200,000 écus, près d’un million et demi de notre monnaie. Il est certain que, dans les fêtes qu’il donnait soit à Saint-Cloud, soit au Palais- Koyal, Monsieur aurait pu aisément, avec ses pierreries, éteindre les feux de la duchesse de Iving, laquelle ne paraissait jamais en public, si l’on en croit le gazeticr Métra, sans avoir deuv ou trois millions de diamants sur sa personne2. Tout le monde, à la Cour, montrait une égale frénésie pour les bijoux. Ceux-ci n’affectaient plus, d’ailleurs, les mêmes formes qu’à l’époque précédente; ils ne dénotaient pas, comme dans ceux de Woériot, des intentions d’architecture et de décoration, se combinant avec le costume. On leur demandait surtout de briller, de couvrir de leurs scintillements les habits d’étoffes claires, et c’est à quoi s’employaient de leur mieux les joailliers les plus en vogue : Légaré, Daniel Mignot ou Ph. Bourdon.
Dans Y Inventaire de Monsieur, on ne trouve pas beaucoup d’orfèvrerie, et cela ne doit point étonner, car peu de temps avant sa mort avaient paru
1. La vente des diamants el pierreries de Monsieur fut faite en juin et juillet 1702, un an après sa mort; une pièce des Archives nationales (RK, 388) nous en fournit le détail. Je donne ce document dans les Pièces justificatives, à la lin du volume. Il est intéressant. On y voit les noms des acquéreurs. Mais il est à remarquer que, tandis que l’estimation de ces pierreries monte, dans V Inventaire, à la somme de 1, 623,392 livres, la vente 11e produisit que 5oo,8oi livres. C'est que, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte en comparant la liste des pierreries mentionnées à V Inventaire, et celle des pièces mises en vente, les plus belles parures ne passèrent pas aux enchères. On n’y trouve ni le diamant de
130.000 livres, légué par Mademoiselle, ni la Pose d’Angleterre, ni la Reine mère. Que sont devenues ces belles pierres? On ne les voit pas figurer dans l'Inventaire du Régent, en 1723. C’est que Monsieur les avait léguées à ses tilles cl à sa femme ( Yrchives nationales, R4, 1066).