‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 113 sur 301 · L E F H E R E DE LOUIS · texte numérisé non relu

L E F H E R E DE LOUIS

cependant tout

ce qu’il avait

pu conserver

de sa belle vaisselle

d’or

et d’argent, en

sa qualité de

prince du sang

, tant au Palais- Royal

que

TAPISSERIE DES GOBELINS COMPOSEE PAR CH. LEBRUN POUR LA DÉCORATION DU PALAIS -ROYAL « LA HURE PRÉSENTÉE PAR MÉLEAGRE A ATALANTE »

Série de l 'Histoire de Meléagre (six pièces), d’après la gravure de B. Picart

clans ses autres résidences; elle fut estimée, au poids du métal, à environ 100,000 livres. On en verra le détail à la lin du volume, dans nos Pièces justificatives.

Grâce toujours à ce précieux Inventaire, on peut aisément reconstituer la physionomie des appartements du Palais-Royal, tels que Monsieur les avait disposés, avec le mobilier fastueux qui les décorait, les admirables

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tapisseries réunies dans le garde-meuble du palais et qu’on tendait, suivant les raisons, dans les diverses ch a m brcs^en fin les tableaux1.

Les tentures de tapisseries étaient au nombre de cinquante groupes environ, comprenant chacun six, sept ou huit* pièces, ce qui faisait, en réalité, trois à quatre cents sujets. Il y en avait à peu près -autant à Saint-Cloud. Voici quelles étaient les principales à Paris :

Une tenture de tapisserie, fabriquevle Flandre, représentant 1 Histoire de Tobie, en neuf pièces de deux aulnes ‘3/4 et demy de cours sur 2b aulnes de large, prisée 1,200 livres.

Une autre tenture dc fâpisserie, fabrique de Bruxelles, rehaussée d'or et d'argent, représentant Y Histoire d’Amadis des Gaules, en cinq pièces, formant une seule pièce de 3o aulnes i/4 de cours sur 3o aulnes 2 pieds de haut, prisée 6,000 livres.

Une autre tenture de tapisserie, représentant la Gloire de Scipion2, fabrique de Bruxelles, en sept pièces, et une coupée en deux, qui sont neuf, rehaussée d'or et d'argent, prisée 5, 000 livres.

Une autre tenture de tapisserie rehaussée d'or, représentant YHistoire de Diane, en huit pièces contenant 34 aulnes 2/3 de cours ou environ sur 4 aulnes de haut, avec les armes de feu Monsieur dans les écussons, prisée la somme de 3,5oo livres.

Item, quatre petites pièces de tapisserie faisant partie d'une tenture de tapisserie, fabrique d'Oudenarde, rehaussée d'or, représentant aussy YHistoire de Diane, contenant six pièces entières cl une coupée en deux, faisant 22 aulnes 3/4 de cours; le surplus de laquelle tenture, on nous a déclaré estre présentement au chasteau de Montargis, la totalité de ladite tenture prisée 3,4oo livres.

Item, une tenture de tapisserie de haute lice, rehaussée d'or, représentant YHistoire de Méléagre, en six pièces de trois aulnes i/3 ou environ de haut sur 19 aulnes ou environ de cours, prisée 2,000 livres.

Une autre tenture de tapisserie, fabrique de Bruxelles, représentant aussy YHistoire de Méléagre, rehaussée de soye, en sept pièces, compris une qui a esté

1. L'Inventaire après décès de Monsieur est un document inédit du plus haut intérêt. Il n’est pas aux Archives nationales. Je l’ai trouvé dans l’étude d’un des anciens notaires de la famille d’Orléans. 11 forme un registre de plus de deux cents pages, admirablement conservé, et l'examen de ce manuscrit permet de croire qu’il n’en a été jamais fait d 'expédition, car il n’est pas revêtu du signe qu’y marquaient les notaires quand ils dressaient copies de leurs minutes. Dans son Histoire du Palais-Royal ( 1 838, 1 vol. in- 12, p. 102 et 877), Vatout. qui avait trouvé dans les papiers de la famille d’Orléans un résumé sommaire de cet Inventaire, l'a publié, croyant que c’était l'acte entier; ce 11’est qu’une note tout à fait écourtée cl sans aucune précision. Le manuscrit original porte à la première page le titre suivant :

" Inventaire des meubles de Philippe d'Orléans, frère unique du Roy, mort le 9 juin 1701 .

' Ensuyvent les meubles estant dans le Palais-Royal représentez par G. Boutricourt (premier huissier du cabinet de feu Monseigneur), concierge, garde- meubles et garde -lits du Palais-Royal, y demeurant, et par François Millet, tapissier et garde-meubles de Son Altesse Royale, demeurant aussy au Palais-Royal, pour ce comparant, prisez par led. Arnould, huissier, assisté de Paul Yivaux de Varenne, marchand joaillier, bourgeois de Paris; de Barthelemy-Charles Giroult, peintre ordinaire du Roy en son Académie Royallc de peinture, demeurant à la pointe de Piste du Palais; Pierre Pallico et Jean-Baptiste Dupré, marchands tapissiers, demeurant, le premier rue des Prouvaires, paroisse Saint -Eustache, le second rue (?), paroisse de Saint- Jean -en -Grève. »

2. Elle était placée dans la chambre du duc de Chartres (Mercure, février 1692).

coupée, de .1 aulnes 1/ 3,ooo li\ ces.

LE FRERE DE LOUIS XIV Ip/

sur 33 aulnes i/4 environ de cours, prisée

Item, une autre tenture de lapiss^rie, ^présentant Y Histoire de T'émise [Artémise],

Peint par Rembrandt

Gravé par Ingouf et Vover

PORTRAIT DUNE FLAMANDE (Tableau de la Galerie du Palais- Royal)

rehaussée d'or et d'argent, en sept pièces de 3 2 aulnes 1/2 de cours sur l\ aulnes de liant, prisée G, 000 Ii\rcs.

Une autre tenture de tapisserie, fabrique de Bruxelles, représentant Y Histoire de Salomon , en six pièces et une coupée en trois, prisée 3, 000 livres.

Une autre tenture de tapisserie, fabrique de Bruxelles, représentant Y Histoire de Jules César, prisée 5, 000 li\res.

Une autre tenture de tapisserie, figurant Y Histoire de Gombault, prisée 4, 000 livres.

Une autre tenture de tapisserie, lubrique de Paris, représentant les Hommes illustres de France, en huit pièces, prisée 1,000 livres.

I 11e autre tenture de tapisserie, représentant Y Enlèvement d'Hélène, en six pièces, prisée 1,100 livres.

Nous ne comprenons pas dans cette liste sommaire la tenture de Y Histoire d'Alexandre (onze pièces de tapisserie des Gobelins, dessin de Le Brun), ni la tenture de Y Histoire de Moyse (fabrique des Gobelins, dessin de Poussin), données toutes deux par Louis XIV à son frère, comme l’indiquent les registres du Mobilier de la Couronne1. La première n’était pas au Palais- Royal, mais à Saint-Cloud, et fut estimée 6,000 livres. 11 convient de remarquer que dans Y Inventaire de Monsieur ne figure pas une tenture, de la série des Maisons royales, représentant, pour le mois de février, un Ballet donné par le Boy au Palais- Boy al, et qui semble aujourd’hui perdue 2 .

Voyons maintenant d’un coup d’œil rapide comment était meublé le palais. Après avoir gravi le grand escalier qui se trouvait dans la seconde cour, à droite, 011 pénétrait dans la salle des gardes, où n’était rien de remarquable; on passait par une série de chambres, — qui, plusieurs années auparavant, avaient fait partie du logement d’Henriette d’Angleterre, et où l’on admirait encore un plafond peint par Noël Coypel; — puis, ayant traversé l’ancienne galerie qui occupait la façade du corps de logis central, on arrivait aux grands et petits appartements et a la galerie construite par Mansart.

Le petit appartement occupait, dans l’aile gauche, toute la longueur des galeries qui, commençant à la rue Saint-Honoré, aboutissaient au jardin. Là étaient les chambres du duc et de la duchesse d’Orléans, avec la série de cabinets qui en étaient le complément et qu’on avait aménagés en empiétant un peu sur la Galerie des Hommes illustres, sensiblement diminuée, et en contournant la chapelle. La chambre de la duchesse, à laquelle on parvenait après avoir traversé deux antichambres, une petite galerie et un grand cabinet donnant sur la rue Saint-Honoré, était meublée d’un bureau de marqueterie à fond noir, de deux guéridons en bois de noyer, d’une pendule « sonnante par œures dans sa boètte de marqueterie, sur sa console de bois doré », et divers objets de porcelaine de Chine. Le lit était à « hauts pilliers » et « dôme

1. Cf. Guiffrey, Inventaire du Mobilier de la Couronne, t. 1er, p. 3n et p. 317.

2. Il m’a été impossible de retrouver cette tapisserie au Garde-Meuble, où l’on en a perdu la trace. L’administration m’a déclaré que, depuis le commencement de ce siècle, elle ne figure plus dans les Inventaires. On ne sait ce qu’elle est devenue. Il est inouï qu’on ne puisse pas dire au moins où elle fut envoyée quand elle quitta la dernière fois le Garde-Meuble. Un exemplaire de ces douze tentures représentant les Maisons royales avec les douze mois de l’année fut donné par Louis XIV au roi de Danemark en 1G82. (Voyez Guiffrey, t. Ier, p. 3 10.) Ces tentures exécutées au xvne siècle, deux fois en haute lisse et cinq fois en basse lisse, étaient de la composition de Le Brun. Les douze modèles peints d’après lui sont conservés au Musée de Versailles (nos 4585 à 45 96 du catalogue de Soulié). Dans la bordure, en haut, était un cartouche représentant les armes de France, avec un ovale en dessous, couleur de bronze doré, où était le signe de chaque mois de l’année. Les sujets étaient les suivants: pour janvier, l 'Opéra dans le Louvre; pour février, Balle dans le Palais- Royal ; pour mars, le Château de Madrid; pour avril, le Château de Versailles; pour mai, Saint- Germain- en- Laye ; pour juin, Fontainebleau ; pour juillet, Vincennes ; pour août, Marimont; pour septembre, Chambord; pour novembre, le Château de Blois; pour décembre, Monceaux.

LE FRERE DE LOUIS XIV

impérial », couvert de satin blanc, avec scs rideaux, pentes et cantonnières en velours cramoisi chamarré de galons d’or, franges en molettes et crépines d’or, aussi bien, d’ailleurs, que les rideaux des fenêtres, les fauteuils et divers pliants pour s’asseoir.

La chambre de Monsieur, au milieu de laquelle pendait un lustre de cristal, était tendue d’une grande tapisserie à verdure, de seize aunes de long; les sièges étaient de damas violet et blanc, garnis de dentelles d’argent; les rideaux des fenêtres, de damas blanc, garnis, dit notre Inventaire, « de franges et mole t s faux. » Le lit « de coutil » fort simple, disparaissait sous une couverture de laine blanche. Comme meubles, rien qu'un confessionnal «de bois rouge à filets d’or, couvert de velours rouge, avec sou carreau », deux tables, l'une de noyer, l’autre de bois peint, et deux miroirs « de trente- six pouces de haut », avec cadre d’ébène et cuivre doré. Point de tableaux, point d’objets d’art.

En revanche, attenants à cette chambre, deux cabinets en étaient littéralement remplis. Dans le premier, on voyait un bureau « avec son gradin garny de tiroirs », une pendule « sonnante d’Angleterre avec sa boète en bois de Grenoble, ornée d’un petit Amour d’argent»; une grande quantité de tableaux et miniatures dont Y Inventaire ne nomme malheureusement pas les auteurs et qu’il ne décrit que trop sommairement pour qu’on puisse les identifier; enfin, une quantité de porcelaines de la Chine. Dans le second cabinet, Monsieur avait donné pleine carrière à son goût du « laehinage ». La corniche était composée de quarante-deux pièces de porcelaine toutes de différentes couleurs, et les divers meubles qui s’y trouvaient étaient remplis de coupes, de tasses, de

ETUDE d'aNT. CÔYPËL

POUIt LA DÉCORATION DE LA «GALERIE d’ÉNEE » AU PALAIS- ROYAL (Dessin inédit du Musée du Louvre)

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pagodes, etc. Puis venait une longue galerie, dans laquelle, outre de nombreux cabarets de la Chine, il y avait encore beaucoup de tableaux presque exclusivement des maîtres hollandais D. Teniers, Gérard Dow, Metsu, Mieris, etc., ce qui prouve que Monsieur ne partageait pas l’antipathie de Louis XIY pour ce que celui-ci appelait des « magots ». Parmi ces toiles étaient aussi diverses œuvres du peintre Colelle1, Vénus et Adonis, Flore, Vénus, etc., des copies de Mignard d’après Raphaël, etc. L’estimation en fut des plus modestes, de 3o à 5o livres par œuvre; elle dépasse rarement ioo livres. Ce n’est qu’exceptionnellement que le nom de l’auteur est cité, et le plus souvent c’est, par des désignations en bloc que procède X Inventaire, dans le genre de celles-ci :

Deux petits tableaux de forme longue, peints sur cuivre, représentant l'un Notre Seigneur au prétoire et l'autre Jésus Notre Seigneur allant au Calvaire, garnys de leur bordure dorée, prisés la somme de 5o livres. — Cinq aultres tableaux dont trois peints sur loille et deux peints sur cuivre, l'un représentant l’Enlèvement des Sabines2, deux des Paysages, un autre une Sainte Famille avec deux anges et le cinquième Nostre Seigneur en croix, garnys de leur bordure de bois doré, prisés ensemble i5o livres. — Dix-sept tableaux de mignature de différentes grandeurs, garnys de leur bordure dorée, prisés ensemble la somme de 5oo livres. — -Deux autres tableaux aussy en mignature, représentant l'un l'Enlèvement (?) de saint Paul, l'aultre de Magdelaine, prisés 80 livres. — Un autre moyen tableau manière de Gérard Don, représentant une boutique d'épicier, prisé Go livres. — Un autre petit tableau représentant une Sainte Famille, fait par Stella, prisé 20 livres. - — Un autre tableau de forme longue, représentant la Fuite de Notre Seigneur en Egypte, prisé 20 livres. — Quarente petits tableaux sans signature, tant mignatures qu’autres, garnys de leurs bordures de différentes façons, prisés ensemble 200 livres. — Item, treize tableaux de paysages tant ronds que carrés, garnys de leur bordure de marqueterie (sic), prisés 65 livres. — Six petits tableaux ovalles, représentant des dames de la Cour, prisés 18 livres. — Un grand tableau représentant Moyse au buisson ardent, prisé 100 livres. — Edi autre tableau représentant la Vierge qui tient l'Enfant Jésus, avec saint Sébastien, prisé y5 livres. — Deux moyens tableaux représentant un cabinet de tableaux, prisés i3o livres. Un grand tableau peint sur toile, représentant la Guérison du paralytique, prisé i5o livres. — Un autre grand tableau peint sur toile, représentant Notre Seigneur chassant les marchands du temple, prisé 200 livres. — Un autre tableau représentant Promélhée sur le mont Caucase, prisé 100 livres. — Un autre grand tableau peint sur toile, représentant la défaite des Philistins par Samson, prisé 100 livres. — - Un autre grand tableau représentant la Sainte Vierge avec les apôtres, prisé 100 livres.

E11 réalité. Monsieur possédait, tant au Palais -Royal qu’a Saint-Cloud, a Montargis et à N illers-Cotterets, quatre cents tableaux. Mais on comprend par

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