‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 114 sur 301 · SOI · texte numérisé non relu

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ccs quelques citations combien i! est difficile, avec l’inventaire si défectueux qu'en dressa le peintre Charles Gi rouit, d’établir leur identité et d’en apprécier

TAPISSERIE DES GOBELINS COMPOSÉE PAR Cil. LEBRUN POUR LA DÉCORATION DU PALAIS -ROYAL Série de Y Histoire de Mcléagre (six pièces), d’après la gravure de B. Picart

la valeur. Les prix d’estimation sont si bas qu’ils ne sauraient nous guider, d’autant plus qu’à cette époque, 'mène les œuvres des maîtres n’étaient pas payées cher. Ce qui semblera surprenant, c’est que parmi ces peintures on ne retrouve point celles qui avaient figure dans la collection d Henriette d’Angleterre, première femme de Monsieur. Cependant, il en es! une tout au moins qui devait en faire partie : c’est le célèbre tableau de Van Dvck

T. I. LE P ALAIS -ROYAL

LË PÀLAiS-RO YAL

représentant la Famille d Angleterre, car dans la collection du Régent nous le verrons catalogué avec cette mention : « Provient de la galerie de Monsieur. » La même remarque s’applique à quelques autres œuvres, telles que : une Femme (mi-corps, avec bonnet de toile) et une Veuve, du Titien; une Sainte Famille, par B. Garofalo; la Filcusc, de Dominique Feti; les Vendeurs chassés du temple et la Piscine, par Luca Giordano; Moyse sauvé, de D. Velasquez; le Titien et l’Aretin, par le Tintoret, etc. Notre inventaire ne nous en signale pas l’existence. L’explication de cette lacune est que la collection d’Henriette d’Angleterre fut vendue aux enchères, sa succession ayant été partagée entre ses deux fdles. Ce fait nous est attesté par un document inédit des plus importants, que j’ai déjà mentionné, véritable mine non explorée de renseignements précieux, les Comptes de la succession du Régent, conservé aux Archives nationales1, et qui comprend un résumé des registres de la Trésorerie de Monsieur, et de l’état des biens de tous les membres de la famille d’Orléans jusqu’en 1 7 R 9 .

Le grand appartement comprenait une antichambre, un salon, une salle d’audience, la chambre du lit, divers cabinets. Tout cela était meublé avec beaucoup de luxe. L’antichambre était ornée d’une tenture de cuir doré, fabrique de Flandre; la salle d’audience également avait des tentures, des girandoles de cristal, des consoles chargées d’objets de curiosité. Dans le salon, 011 admirait «deux grands cabinets d’ébène, avec ornements de cuivre bronzé, les panneaux en pierres de lapis et les pièces de bois sculpté et doré». Un troisième cabinet d’ébène, plus petit, était décoré d’ornements d’argent2. La salle d’audience, avec ses tentures, ses girandoles de cristal, ses bureaux de marqueterie, ses porcelaines de la Chine qui garnissaient les meubles, avait l’aspect le plus brillant. Les jours de fête, on y plaçait un dais de velours cramoisi rehaussé d’or, aux armes du duc d'Orléans, une douzaine de fauteuils et une vingtaine de pliants couverts de tapisserie à fond d’or doublé «le velours et ornés de galons d’or (le tout prisé i5,ooo livres). Dans la chambre du lit, il y avait deux tables de lapis, avec des ornements de bronze doré, une autre table formée de marbres de différentes couleurs, deux «cabinets de la Chine garnys de petits tableaux en mignature» (prisés i,5oo livres). Le lit, qui n’était dressé qu’en certaines occasions, était de velours bleu brodé d’or et d’argent, avec les coussins, pentes, cantonnières, soubassements,

1. Enorme volume manuscrit (le plus de 1,000 pages, d’une lecture aride, car c’est l’État des biens de la communauté existant entre le Régent et sa femme, état commencé en 1724 et terminé en 1739. Mais on y trouve des détails qu’on chercherait vainement ailleurs sur la fortune des ducs d’Orléans, les dépenses de leur Maison, etc. (Archives nationales, Ri, 1066.)

3. Ces deux cabinets, probablement exécutés par Boulle, le célèbre ébéniste, qui devaient être de la plus grande richesse et de véritables objets d’art, ne sont estimés, dans l’Inventaire, les premiers que 5oo livres, le troisième 3oo. Toutes les estimations sont tenues dans ces bas prix.

LE FRERE DE LOUIS XIV

courte -pointe et dossier ornés de pareille broderie, ainsi que les rideaux et les fauteuils (le tout prisé 12,000 livres). Venait ensuite la Galerie neuve, dont l’ameublement d’apparat était aussi somptueux. Il y avait un peu partout des glaces formant trumeaux, car ce luxe commençait à se répandre. Je trouve dans la comptabilité de Monsieur que de 1692 à 1701 il fit placer pour 11,717 livres de glaces et miroirs au Palais-Royal. Dans la grande galerie, vingt-quatre girandoles tombant du plafond, et qui étaient symétriquement espacées, suffisaient, avec le scintillement de leurs cristaux, pour y répandre de la lumière et de la gaieté. Entre les fenêtres, appuyés à la muraille, neuf magnifiques «cabinets en laque de la Chine de différentes qualités, sur leurs pieds de bois doré», portaient de grands «rouleaux de porcelaine», des «jattes» et des bouteilles de toutes dimensions. G Inventaire constate que beaucoup de ces objets, qui devaient être des raretés du plus grand prix, étaient cassés, ce qui indique beaucoup de négligence de la part des serviteurs, ou leur maladresse à manier ces fragiles merveilles. D’ailleurs, la dépréciation extraordinaire que les tapissiers Pallico et Dupré firent subir à la plupart des porcelaines chinoises montre combien ils étaient ignorants en cette matière, et qu’il leur aurait fallu l’aide d’un spécialiste tel que Dorigny ou Laitlier. Alors que la moindre girandole de cristal est prisée par eux de 4 o à Go livres (ce qui, au surplus, semble peu), les plus grands vases de la Chine ne sont estimés que 3o livres. Une vingtaine de tables en marqueterie et de consoles chargées d’objets d’art alternaient avec ces cabinets. Sur la première, en entrant dans la galerie, 011 voyait un groupe de bronze représentant « Collin- Maillard sur un pied de marqueterie» (prisé Go livres); sur la seconde, «un grand bronze du Taureau Farnaize » (prisé 4oo livres); sur la troisième, un groupe, Combat d’un lion avec un cheval, «sur un pied de marqueterie» (i5o livres); sur la quatrième, un autre groupe (prisé Go livres), etc. Tout au fond de la galerie, la cheminée était surmontée d’un grand groupe en bronze de femmes et enfants1. Enfin, l'ameublement était complété par les rideaux, portière, fauteuils, sofas el banquettes couverts de velours à fond d’or brodé de fleurs. Dans X Inventaire après décès de Monsieur, ceux des meubles qui, pour les nécessités de la succession, avaient été désignés comme devant être vendus, furent prisés 4 o 4 , 7 G 3 livres. La vente publique produisit 5o5,95/| livres 8 sols 9 deniers. Etant donnés les faibles prix d’alors, on peut se faire une idée de la valeur véritable de ces objets, d’après ce chiffre.

1. Ces divers bronzes paraissent être les mêmes que ceux de la série de Jean de lîologne que nous avons signalés dans la collection du cardinal de Richelieu (Voy. page (iS, les nus 70, ■yS, etc.), et comparez les prix d’estimation.

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