LE P A L A I S - H O Y A L
C’est au milieu de ce décor que furent données les dernières fêtes qui eurent lieu au Palais-Royal à la fin de la vie de Monsieur1. Au moment du mariage du jeune duc de Chartres avec Mlle de Blois, iille légitimée de Mmo de Montespan et du roi, le palais avait pris l’aspect des grands jours, et durant quelque temps ce ne furent (pie réceptions, bals, collations. Quand la nouvelle lut officielle, le Dauphin vint au Palais-Royal, et le duc d’Orléans — dit le Mercure 2 — le traita «avec la magnificence qui est ordinaire à ce prince. Il alla l’après-dinée voir l’opéra d 'Armide, après quoi il y eut grand jeu au Palais-lloyal, et le jeu fut sui\i de Bal où l’on receut toutes les personnes de distinction, et tous les masques, de sorte (pie plusieurs appartements s’en trouvèrent remplis aussi bien que la grande galerie. 11 y eut grande colation, cl le bal dura quelque peu avant la nuit.» Le mariage eut lieu à Versailles, au milieu de magnificences imposantes. Quelques mois après, en juillet. Monsieur tombait malade à Paris. Louis XIV vint voir son frère au Palais- Royal, puis le Dauphin, puis le roi d’Angleterre. Le souvenir de ces visites a été conservé par le Mercure. Le duc d’Orléans se rétablit. 11 ne venait en somme que de franchir le cap de la cinquantaine; mais, comme sa mère, il était gros mangeur, cl déjà l’apoplexie le guettait. Malgré tout, il gardait encore l’habitude répugnante des amitiés suspectes avec les hommes. Le chevalier de Lorraine ne lui suffisait plus. En i G 9 8 , il lui adjoignit un nouveau favori, La Carte, «gentilhomme du Poitou fort mince et fort pauvre,» dit Saint-Simon3, pour lequel Monsieur «prit un goût que sa figure des plus communes ne méritait pas de celui de ce prince, qui s’en entêta extraordinairement, cl tpii de charge en charge chez lui le lit rapidement monter à celle de premier gentilhomme de sa chambre et lui fit beaucoup de grâces pécuniaires». Monsieur finit par marier ce La Carte à une fille de la duchesse de La Ferté, qui avait quelque peu «roli le balai». A cette occasion, il y eut au Palais-Royal souper et symphonie4. Les Mémoires de Sourches disent que «la magnificence de cette lêtc alla presque aussi loin qu’auraient pu aller les noces d’un grand prince». Mais ce n’était que par exception que le Palais- Royal était témoin de pareilles réjouissances, car la plupart du temps, vers la fin de sa vie, le duc d’Orléans restait avec sa famille dans son château de Saint-Cloud, dont le séjour lui était de plus en plus agréable. D’ailleurs, le Palais- Royal n’en restait pas moins mouvementé et brillant, sans cesse rempli par les gentilshommes de Monsieur qui y logeaient avec la foule des serviteurs, quotidiennement mis en rumeur par le service des
1. Cf. la collection du Mercure galant, tic 1Ü92 à 1699. Voyez notamment janvier iGy'i, p. 012.