Maurepas, Mémoires, 1792, in -12, l. Ier, p. 10O
L E PALAIS-ROYAL
marier avec la fille légitimée de Louis XIV cl de M"ie de Montespan. Un llatteur s’écria :
Prince merveilleux! Quel prodige à votre âge...
Après une campagne et si longue et si belle,
Revenez tout brillant d’une gloire immortelle,
Ayant satisfait Mars, satisfaire l’Amour...*.
L’Amour! ce n’était pas le cas. L’histoire de ce mariage a été racontée par Saint-Simon avec une verve et des mots si âpres qu’on dirait des morsures d’eau-forte; la peinture est saisissante. Sa hautesse ducale ne marchande pas les termes pour dire que cette union fut une mésalliance. Mais il n’en rend pas responsable son ami, qu’il savait incapable do bas calcul et dont il n’accuse que la faiblesse. C’est à Monsieur seul qu’il impute la bassesse du marché de ce mariage qui comblait les vœux du roi. Quel tableau que celui oii l’écrivain nous montre Louis XIV en présence de Monsieur et de Madame, faisant valoir les avantages qu’aurait pour eux une (elle alliance! La réponse de la duchesse, se croyant sûre du refus de son fils: «Il décidera! » puis la fureur de la 1 1ère Palatine après le « oui » timide du duc de Chartres déconcerté; son silence atterré, le soir, à Marly, pendant le souper du roi, alors que, recevant les félicitations de la cour, elle ne parvient pas à dévorer ses larmes; enfin l’exaspération de cette mère se traduisant, le lendemain, en pleine galerie de Versailles, par un retentissant soufflet sur la joue de son fils; tout cela est peint de main de maître, avec une force de coloris qui ne laisse rien dans l’ombre. Quant à la fiancée, Mllc de Blois, blonde fluette aux yeux noirs, à l’âme glacée1 2, elle n’entrevoyait dans l’aventure, en dépit de son extrême jeunesse, que le rang qui, par ce mariage, allait lui être assuré à la cour. Vainement on lui représentait l’indifférence qu’éprouvait pour elle son futur mari : «Je ne me soucie pas qu’il m’aime, » répliquait -elle, «je me soucie qu’il m’épouse. » A partir de cette année 1G92 jusqu’en 1701, le duc de Chartres, forcé k l’inaction par les ombrageuses appréhensions de Louis XIV qui, comme il l’avait fait pour le père, refusa au fils le droit d’aller k l’armée, se lança k corps perdu dans les plaisirs. Sa femme, froide et hautaine, ne tenta rien pour le retenir. Il eut successivement des enfants de la Florence, danseuse à l’Opéra (1G98), et de la comédienne Desmares (1702). De tous les fils qui lui naquirent ainsi hors du mariage, il fit des abbés. « Mon fils ne veut pas que de ses bâtards provienne une race, »