MADEMOISELLE DE BLOIS (FILLE DE LOUIS XIV
Le jour de son mariage avec le duc de Chartres (18 février 1692) (Bibliothèque nationale. Collection Hennin)
écrivait la princesse Palatine1: Durant cette période, sa grande passion fut pour Mlle de Séry, une des demoiselles d’honneur de sa mère, jeune personne d’excellente famille, qui n’était point absolument belle, mais qui avait un air vif et modeste à la fois, une extrême douceur et une tendresse infinie pour son amant : elle n’aima que lui, et l’aima ardemment2. Philippe semble avoir eu pour elle un sentiment plus profond que pour ses autres maîtresses. Il donna vraiment a celle-ci quelque chose de son cœur de vingt ans. N’y a-t-il pas dans ces vers qu’il rimait à son intention plus de naïveté qu’on en attendrait de lui, et la déclaration qui les termine ne donne-t-elle pas à penser que la jeune femme, à ce moment, lui faisait oublier ses rêves d’emplois ambitieux ii l’armée?
Tircis me disait un jour :
Je ne connaîtrais pas l’amour Sans vous, Philis, je vous le jure,
Sans vous, Philis...
Je ne demande aucun emploi,
Je ne voudrais point être roi Sans vous, Philis.
Un enfant naquit de ces relations, qui fut le chevalier d’Orléans et devint général des galères, puis grand-prieur. Son père le légitima, le fit brillamment élever, le logea au Palais-Royal, ce (pii est un trait particulier des mœurs bizarres de ce temps. Ce fils naturel, vivant sous le toit conjugal, c’était une situation qui ne choquait personne. Louis XIV n’avait-il pas donné de pareils exemples avec ses maîtresses? La Palatine, si sévère pourtant sur le point d’honneur et restée intraitable pour ce qui touchait à la dignité du foyer, n’élevait elle-même aucune objection, entourait le bâtard des mêmes soins que ses autres petits-enfants, allait le voir au collège et applaudissait à ses succès. « C’est un bon enfant, » disait-elle, (( et il ne manque pas d’esprit. » Quant à Mlle de Séry, elle faisait ouvertement la loi au Palais- Royal. Philippe lui assura, par contrat du 3o juin 170G, une pension de 25,ooo écus, obtint pour elle, cette même année, un brevet du roi la nommant comtesse d’Argenton. Il l’avait installée tout près de lui, dans un hôtel de la rue des Bons-Enfants qu’elle habita jusqu’à l’époque de sa disgrâce, lorsqu’elle quitta Paris, en 1710.
1. Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans, édit. Brunet, t. I”, p. 269.
2. La Mothe, Vie de Philippe d'Orléans, 1730, 2 vol. in- 12, t. Ier, p. 22. — M, Lescure, Les Maitresses du Réyent, p. 64 et 73.
Le palàis-royaL soüs la régencë