JUPITER ET LÉDA
(Tableau qui aisait partie de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)
minutieux sur le plafond exécuté dans l'hôtel occupé alors, dit-il, par l’abbé Dubois (c’est-à-dire en 1708, date où, cependant, la comtesse d’ Argon ton devait l’habiter encore). Il en donne la description :
On y remarque un de ces pelils dieux qui s'élève en riant sur l’aigle de Jupiter; mais celui qui ose entreprendre de se saisir de la foudre se brûle, se repent et
T. I. LE PALAIS -ROYAL
LE P A LAI S- ROYAL
s'enfuit. Un autre, plus opiniâtre, s’aperçoit avec dépit, que tous ses traits se brisent contre l’égide de Minerve, et tente inutilement de nouveaux efforts. Le Temps arrête par l'aile le téméraire qui vient d’enlever son horloge et sa faux. On voit la balustrade qui règne sur la corniche s'écrouler sous les pas de ce destructeur impitoyable...
Charles Coypel nous apprend même que son père termina ce travail en 1708 et qu’il en avertit son protecteur, le duc d’Orléans, qui se trouvait alors à l’armée, en Espagne. Le prince répondit par le billet suivant, daté du camp d’Agramont, le 8 août 1708 :
Votre compliment est bien reçu. Je vous remercie de plus du salon que vous avez achevé. O/?1 me mande qu'on en est fort content. J'espère que je ne le serai pas moins, et j'ai impatience de le voir, je vous assure.
En présence de documents aussi nets et aussi probants, on pourrait croire qu’il ne saurait exister aucune incertitude sur l’histoire cl la situation exacte de la Chancellerie d’Orléans, puisqu’il paraît démontré que cet hôtel est bien le même qu’habita la comtesse d’Argenton et que Coypel décora. Mais les pièces d’archives que j’ai maintenant a faire connaître, mises ici au jour pour la première fois, viennent prouver que la question n’est pas aussi simple qu’il semble, et qu’au sujet do cet hôtel surgit un assez intéressant problème de topographie parisienne.
En effet, le registre manuscrit que j’ai déjà plusieurs fois cité, et qui est consacré aux Comptes de la succession du Régent2, contient, au feuillet 3oq, sous la rubrique: « Chancellerie d’Orléans, » la mention d’un acte passé devant Lefèvre, notaire, le 17 avril 1720, par lequel la princesse de Montauban3 « avoit vendu à S. A. R. deffunt Monseigneur le duc d’Orléans une grande maison appelée l’hôtel de Montauban, située à Paris, rue des Bons-Enfants, pour en commencer la jouissance du jour où la princesse de Montauban décéderait, s’étant réservé l’usufruit de ladite maison, et ce sans païer de loyer ». Le prix de vente fut de 100,000 livres comptant, plus une pension viagère de 10,000 livres, et la promesse d’une autre pension de 20,000 livres que devait faire le roi, ou, à défaut du roi, le duc d’Orléans. Dans le même registre, on lit encore, au feuillet 687, que, la princesse de Montauban étant morte le
1. Cet on voulait dire : « la comtesse d’Argenton, » bien évidemment.
2. Etat de la communauté de Philippe d'Orléans avec son épouse... Archives nationales, R 4, 106G.
3. Charlotte de Bautru, princesse de Montauban. Était-ce une fille de ce favori du cardinal de Richelieu, Guillaume de Bautru, un des premiers membres de l’Académie française, dont l’hôtel, bâti rue Advienne, comme nous l’avons vu (pages 44, 79, 80 el 82), fut réuni ensuite à celui de Yanel, el forma l’hôtel Colbert, acheté par le Régent en 1719 pour y mettre ses écuries? Ce Bautru avait une femme assez légère, qui fut surprise un jour avec un de ses valets, lequel expia aux galères sa bonne fortune. C’était elle que la reine Anne d’Autriche, prononçant son nom à l’espagnole, appelait M"“ de Bautrou, ce qui faisait rire toute la Cour.
LE PALAIS-ROYAL SOUS LA REGENCE
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10 décembre 1725, le fils de celle-ci ne permit à la famille d’Orléans d’entrer en possession de l’hôtel qu’après versement de la somme de 47,000 livres, représentant les arrérages de la pension promise. Cette condition ayant été remplie, le comte d’Argenson s’établit, avec les bureaux de la Chancellerie,
Peint par Fr. Albane Gravé par CoHnet
SALMACIS ET HERMAPHRODITE (Tableau qui faisait partie de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)
dans la maison dont 1 architecte du duc d’Orléans, un certain Legrand, fit l’estimation, en 1733, lui attribuant une valeur de 124,000 livres, ce qui était mince.
La première pensée qui se présente à l’esprit, après la lecture des actes notariés que je viens de citer, c’est que, comme nous l'a expliqué Germain Brice, la princesse de Montauban avait dû acquérir l’hôtel autrefois occupé par Mme d’Argenton, remis à neuf en 1704 par Boffrand, illustré par Coypel, et qu’il était assez naturel que le Régent ait voulu racheter cette demeure remplie pour lui d anciens souvenirs. Mais, d après les auteurs contemporains, Dangeau, la marquise d’Huxelles et les autres, la maison de la comtesse d’Argenton était petite. Or, l’hôtel Montauban était très grand. En outre, on sait que celui-ci, indiqué avec ce nom sur les plans du xvne siècle, avait été construit
assez récemment sur les ruines (le l’ancien hôtel La Roche -Guyon, lequel servait encore, en 1692, aux écuries de Monsieur, comme on peut le voir sur le plan de d’Orhay, reproduit plus haut (voir page 182). 11 est vrai que sur ce plan on remarque entre les écuries de Monsieur (hôtel La Roclie-Guyon ou Montauban) et l’hôtel Mélusine, qui y touchait presque, une « maison particulière» petite et qui avait vue également sur le jardin du Palais-Royal. N’est-on pas autorisé à croire que l’habitation de Mme (l'Argent on 11e devait former qu’une partie, probablement la façade, de ce qui avait été auparavant l’hôtel La Roclie-Guyon, puis l’hôtel Montauban? En tout cas, il est étrange que l’architecte B offrant! , ayant construit en 1704 l’hôtel de Mme d’Argenton, en publie les dessins, en 17/fo, sous le titre d 'Hôtel d'Argenson, Chancellerie d'Orléans, sans rappeler pour qui il l’avait élevée. Or, il est avéré (pie ce n’est qu'en 1725 — deux ans après la mort du Régent et vingt ans après son édification — que celle demeure lut attribuée par la famille d’Orléans au comte d’Argenson pour y établir sa chancellerie. Quoi qu’il en soit, il résulte de ce qui vient d’être dit et des documents nouveaux apportés ici, (pie si cet hôtel est bien en effet, comme une certaine tradition le prétend, le même qu’occupa la maîtresse du Régent, du moins il 11e saurait y avoir confusion sur l’histoire de son emplacement qui est l’ancien hôtel La Roclie-Guyon et non l’ancien hôtel Mélusine, ainsi que l’ont cru quelques historiens. Ce qui a pu accréditer cetle erreur, c’est qu’au siècle dernier il y eut, rue des Bons-Enfants, deux hôtels d’Argenson : I un était l’ancien hôtel Montauban (ou La Roche- Guyon) transformé en chancellerie et donné par la famille d’Orléans au comte Marc- Pierre d’Argenson1, l’autre était l’ancien hôtel Mélusine, devenu l’hotcl Duplessis-Chatillon, situé tout a côté, et qui fut un moment, de 1768 à 17(11, la propriété du marquis Marc-René Noyer Pàulmy d’Argenson (qu’on appelait le marquis de Voyer), neveu du précédent. Ce dernier fut acquis le 4 novembre 17O1 par le duc d’Orléans, moyennant la somme de 180,000 livres, et réuni à l’apanage du Palais-Royal 2 en 1 7 G G , puis vendu en 1792 par l’Union des créanciers de Philippe-Egalité. C’est là que depuis fut installé le restaurant connu de tout Paris sous le nom de Bœuf à la mode. Auguste Vitu, qui a eu en main les litres de propriété de cet hôtel, a publié à ce sujet une note des plus explicites dans le Bulletin de l'histoire de Paris3.
Quant à l’hôtel de la chancellerie d’Orléans, il fut repris le 24 août 1784 aux d’Argenson par le duc d’Orléans, moyennant 10,000 livres de rentes non
1. Né ea 1G96, morl en 1764. C'étail le deuxième (ils de l’ancien lieutenant de police et garde des sceaux du Régent. Il prit la charge de chancelier du la famille d’Orléans en septembre 1728 el la garda jusqu’en 1740, époque à laquelle il devint intendant de Paris. Ce fut son frère aîné, le marquis Itené- Louis d’Argenson, l’auteur îles Mémoires, qui le remplaça.
2. Acte de vente passé dans l'étude de Mc Doyen, notaire à Paris,