Michelet, Histoire de France, t. XIV. p
Dessins de Médailles à la sanguine, conservés au Musée de la Monnaie
LE PALAIS - U OYAL SOUS LA REGENCE
Peint par J. Palma Gravé par J. Bouillard
VENUS QUI SE PEIGNE (Tableau de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)
rien, ne soupçonna rien. Madame parle tranquillement, dans sa Correspondance, de cette affection ardente du Régent pour la duchesse de Berry, sur un ton innocent, comme s’il ne s’agissait que d’un père qui gâte trop son enfant. Les libelles orduriers qui venaient jusqu’à ses oreilles et publiquement lui
T. I. LE PALAIS- ROYAL
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dévoilaient la honte de cet inceste, ne l’éclairèrent même pas, la laissant incrédule. Une phrase, pourtant, qu’elle laisse échapper quelques jours après la mort de sa petite-fille en dit long-. Elle y déclare qu’elle est consolée de sa perte à cause de bien des choses qu’elle a apprises « et qui ne peuvent s’écrire»1. Les débauches de table du père et de la fdle, tous deux s’enivrant de champagne, étaient de notoriété. Madame elle-même en parle et raconte, par exemple, dans une lettre du 2 décembre 1714, comment on vint lui apprendre que son fils venait de s’évanouir dans son appartement et paraissait
être à la mort.
Elle accourt, pâle, anxieuse, et voit le duc son fils, les
traits nullement défaits et ayant l’air de rire. «Il n’avoit rien eu,» dit-elle, «qu’un évanouissement, qui provcnoit de ce qu’en dépit d’une toux abominable il avoit mangé comme un loup chez sa fille2, et avoit bu encore davantage, comme cela se pratique toujours là3.» L’excellente santé du duc d’Orléans ne se ressentait nullement de ces excès, et c’était un malheur, car il n’en
Signature autographe du duc d’Orléans, en 171
voyait pas le danger.
Dans les premiers temps de son pouvoir, il se mit pourtant énergiquement au travail, et avec une telle ardeur que sa mère avait peur qu’il n’en tombât malade, «car il 11e pourra soutenir,» dit -elle, «une occupation aussi prolongée4.» Mais le pli était pris; il lui fallait des plaisirs, et voici l’existence que, dès l’année 1716, il menait au Palais - Royal. C’est Saint-Simon qui nous en trace le tableau :
Toutes les matinées étoient livrées aux affaires, et les différentes sortes d’affaires avoient leur jour et leurs heures. Il les commençoit seul avant de s'habiller, voyoit du monde à son lever, qui étoil court et toujours précédé et suivi d'audiences auxquelles il perdoit beaucoup de temps; puis ceux qui étoient chargés plus directement d’affaires le tenoient successivement jusqu'à deux heures après midi. Ceux-là étoient les chefs des Conseils, La Vrillière, bientôt après Leblanc, dont il se servoil pour beaucoup d'espionnages; souvent Torcy pour les lettres de la poste; quelquefois le maréchal de \ illeroy pour piaffer; une fois la semaine, les ministres étrangers, quelquefois les Conseils, la messe dans sa chapelle en particulier, quand il étoit fête ou dimanche. Les premiers temps, il se levoil matin,