‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 153 sur 301 · Duclos, Mémoires, l. Ier, p · texte numérisé non relu

Duclos, Mémoires, l. Ier, p

T. I. LE PALAIS - ROYAL

jusqu’à laisser rien savoir du gouvernement et des affaires à ses roués ou à ses maîtresses. C’est encore un avantage qu’il eut sur Louis XIV.

Ses maîtresses, a dit fort justement M. de Lescure1, il ne les a prises à personne, et il se les laisse prendre volontiers; il les entretient lui-même et ne les fait pas entretenir par la nation... Si le Palais-Royal est ouvert à ces joyeux convives des deux sexes, les Tuileries leur sont à peu près fermées. Le Régent ne souffre guère autour du jeune roi que celles que leur naissance leur permet d’approcher. II installe Mmo de Parabère à Asnières, Mme de Sabran à Sèvres, Mmc d'Avernes à Saint- Cloud. Au premier grognement de Dubois, il s’empresse de renvoyer celte dernière de Versailles où elle s'est glissée.

C’est à \In" d’Avernes, qui succéda à Mme de Parabère, que Philippe d’Orléans donna une garniture de boutons de robe de plus de 100,000 livres. Ce n’est là qu’un exemple entre cent de ses largesses, car il savait donner non seulement à ses maîtresses, mais à tout le monde, et en toutes occasions. A Voltaire, il envoya, en décembre 1717, «en considération d’une tragédie sur le sujet d 'Œdipe, » une médaille d’or du prix de 700 livres, représentant d’un côté le portrait du roi, et de l’autre le sien. Le prince allait-il à quelque cérémonie, à un baptême, à un mariage, c’était pour lui encore prétexte à cadeau. Au mois de septembre 1717, ayant tenu sur les fonts baptismaux le fils de l’ambassadrice Mn,e de Ribeyra, il offrit à la mère une paire de boucles d’oreilles de 1 3,ooo livres. 11 est vrai que, dans ce cas, c’est le trésor royal qui payait, comme pour la parure de 171,630 livres offerte à sa bile, Mlle de Valois, au moment de son mariage avec le duc de Modènc. Le duc d’Orléans avait, pour les présents non officiels destinés principalement aux dames, une spécialité, celle des tabatières peintes de sujets plus ou moins scabreux, qu’exécutait pour lui le miniaturiste Klingter, qu’il s’était attaché à cet effet, et dont les scènes érotiques eurent une vogue inouïe. On l’appelait 1c Raphaël des tabatières. D’autres boîtes, ornées surtout de portraits en miniature par Bruckmann, Duvigeon, Bourdin, Chatillon, de La Boissière ou Arlaud, des bonbonnières en nacre, en burgau incrusté de jaspe ou autres pierres dures, étaient journellement distribuées aux amis et amies. Mais il y aurait trop à dire sur le chapitre des générosités de Philippe d’Orléans, et il faut savoir, quand il s’agit de cette époque, qui a fait surgir tant de chroniques scandaleuses, puiser avec discernement et prudence dans les innombrables anecdotes dont les mémorialistes se sont fait les échos plus ou moins véridiques.

1. De Lescure, Les Maîtresses du Régent, 18O0, in-18, préface, p. xvi.

LE PALAIS-ROYAL SOUS LA REGENCE

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