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LES BALS DE L’OPÉRA

Il arrivait souvent que les soupers du Régent se terminaient par l’irruption des convives avinés aux bals de l’Opéra, dont la grande vogue commençait. On n’avait que deux pas à faire, car c’était, comme on le sait, dans la salle construite par Richelieu qu’ils se donnaient.

Qu’était devenue cette salle depuis la mort de Molière? Ou a vu que Lulli en avait demandé la concession et que le roi Louis XIV l’avait accordée gratuitement à son favori italien. Dès lors, l’Opéra, appelé Académie royale de musique, était devenu institution d’Etat et ne payait plus de loyer. Le bâtiment avait déjà subi plusieurs modifications depuis l’origine. En 16/17, Ponr la représentation de VOrfeo, Mazarin changea légèrement la disposition de la salle. Molière fit davantage. Comme le théâtre n’avait qu’une entrée débouchant directement dans le Palais- Royal, il ferma cette communication et éleva sur la rue, ou plutôt dans le cul-de-sac qui s'ouvrait sur la rue Saint-Honoré, un escalier droit dont chaque palier donnait accès à l'un des trois étages de la salle. En outre, il divisa par des cloisons les balcons superposés occupant le pourtour des murs dans l’intérieur de la salle, de façon à former des loges. Le plafond de Lemaire, qu’admirait tant Sauvai, avait disparu et était remplacé par une modeste toile bleue, maintenue par des cordages, pour masquer la toiture de charpentes. Molière fit refaire un plafond pour la représentation de Psyché , en 1671, et éleva le niveau de la scène pour la plus simple des machineries, telle que jeux de trappes ou descente de décors.

Il augmenta aussi la scène dans le sens de la profondeur, eu abatlant les cloisons du fond; les degrés formant amphithéâtre furent couverts d'un plancher qui devint le parterre debout...; le fond de la salle, seul, resta en amphithéâtre à gradins. Sur la scène fut établi un système de charpentes destiné à servir de point d’appui aux machineries et aux trucs des pièces à grande mise en scène, comme Andromède et Psyché. Dans la salle, entièrement repeinte et mise à neuf, 011 réserva devant le par terre un endroit pour un orchestre de douze violons; car, auparavant, les musiciens, comme les chanteurs, s’étaient toujours tenus dans des loges grillées, cachées aux spectateurs ’.

Mais ces transformations durent être encore bien plus considérables quand Lulli voulut installer l’Opéra dans cette salle si peu faite pour les grands

1. Germain Bapst, Essai sur l’Histoire du Théâtre, i8g3, in-8°, p. 3G5 .

changements de décors qu’exigeait la machinerie de plus en plus compliquée des ballets . Avec son associé Yigarini, l’actif Lnlli demanda, en 1673, au contrôleur général des bâtiments, de remplacer encore une fois les poutres du plafond et l’élargissement de l’ouverture de la scène. Désormais, Yigarini put se donner libre carrière pour ses compositions de décors, et Bérain, qui lui succéda, en 1680, conjointement avec Rousseau, comme décorateur de l’Académie de musique, eut toute liberté d’inventer les somptueux palais et la figuration des Champs-Elysées qu’on admira dans l’opéra de Proserpine.

Néanmoins, en dépit de ces divers embellissements, la salle n’était ni bien commode ni bien coquette. Ce 11’est qu’en 1750 qu’elle devait subir enfin un nettoyage complet. Telle qu’elle vient d’être décrite cependant, c’està-dire assez semblable à ce que peut être aujourd’hui le plus pauvre de nos théâtres de province, elle abrita les célèbres bals masqués de la Régence, qui laissent dans l’imagination on 11e sait quelle trompeuse image de splendeur!

L’idée de ces bals appartient au chevalier de Bouillon et valut une prime de 6,000 livres à l’auteur de celte trouvaille un peu imprévue de la part d’un neveu de Turenne. Elle prit naissance dans le besoin de se distraire, dans la soif des plaisirs dont la France était déjà dévorée bien avant la mort de Louis XIV. Lemontey1 nous en donne la genèse dans les lignes suivantes :

En 1704, oji imagina de faire fabriquer des masques de cire qui ressemblaient parfaitement à plusieurs personnes de la cour. Sur ce premier masque, on en attachait un second de pure fantaisie, et ensuite, dans le cours fie la fête, on feignait de soulever ce dernier, et on montrait furtivement un visage d'emprunt qui trompait les curieux. On abusa, dans les bals de la cour, de ce stratagème pour commettre d'odieuses noirceurs.

On a trop imputé à la Régence l’initiative de la corruption des mœurs, qui, en bonne justice, remonte au régime précédent. Depuis plusieurs années, la mode entraînait l’élite de la cour et de la ville aux jouissances de la promenade nocturne du Cours-la- Reine, où se produisaient, dans le mystère de l’ombre, plus d’un scandale. Le roi moribond «fut obligé de défendre ces nuits effrontées, que la Régence n’a point surpassées»2. Les bals masqués sont venus de là.

C’est en janvier 1716 qu’ils furent inaugurés. O11 y appliqua pour la première fois le système inventé par un religieux, le frère Nicolas :

Au moyen de cette machine, dit une gazette du temps 3, on élève du parterre au niveau du théâtre un plancher fait exprès, ce qui forme une nouvelle salle si changée

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