‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 163 sur 301 · JUPITER ET DAN AE · texte numérisé non relu

JUPITER ET DAN AE

(Tableau de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)

irrégulière était le moindre défaut, en s’agglomérant peu à peu sur l’espace occupé jadis par les Quinze-Vingts, prolongeaient, à droite, de la façon la plus disgracieuse, la rue Saint-Thomas-du-Louvre, et s’avançaient sur la rue Saint-Honoré, en la rétrécissant à tel point que celle-ci n’avait plus de ce coté assez de largeur pour que deux carrosses y pussent aisément passer de front. A l’autre extrémité de la place, depuis la rue Froidmanteau, qui prenait naissance sur la rue Saint-IIonoré, presque vis-à-vis la rue des Bons-Enfants, et se dirigeait vers le Louvre, ce n’étaient que bâtisses lépreuses, faisant face à l’Opéra. Enfin, dans l’axe même de la porte d’entrée du Palais- Royal, et à une distance de quatre-vingts mètres environ, trois ou quatre maisons particulières, plantées là comme au hasard, sans symétrie, masquaient la vue. Le coup d’œil, assurément, était sans agrément, el la place semblait à tons

T. I. LE PALAIS-ROYAL

si pou en harmonie avec la demeure du prince cpii occupait la grande situation de Régent de France que plusieurs artistes prirent à cette époque l’initiative de proposer d’eux-mêmes des projets pour modifier cette partie du quartier. J’ai trouvé aux Archives nationales un de ces projets, et j’en donne ici (page 287) la reproduction. Le dessin est intéressant. 11 porte la date de 1719. L’auteur, l’architecte Lcnoir, suppose que la place du Palais- Royal, débarrassée des maisons qui l’obstruaient, se trouve former un quadrilatère régulier, et au milieu il imagine une haute pyramide disposée comme une fontaine. Le plan est bien combiné; mais sans doute on lui trouva un grave défaut, celui de pousser un peu trop à la dépense en un temps où l’argent était rare. Le duc d’Orléans se contenta du Chàteau-d’Eau de Robert de Cotte, qui, tout élégante qu’en fût l’architecture, 11c répondait pas tout k fait k ce qu’il eut fallu, car il laissait subsister l’irrégularité de la place; en outre, il était k moitié caché par une des maisons de la rue Saint-Honoré faisant face k l’Opéra.

Dans les papiers nombreux que la Bibliothèque nationale (Cabinet des Estampes) possède de Robert de Cotte, il y a le dessin original de l’artiste pour ce Chàteau-d’Eau. Voici la description que donna du monument Piganiol de La Force1:

Ce bâtiment, dont l’architecture est en bossages rustiques vermiculés, est flanqué par deux pavillons de même symétrie, le tout ayant vingt toises de face. Au milieu est un avant-corps formé par quatre colonnes d'ordre toscan, qui portent un fronton dans le tympan duquel sont les Armes de France. Au-dessus sont deux excellentes statues, à demi couchées, qui sont de Coustou le jeune, et représentent un fleuve qui est la Seine, et une nymphe qui est celle de la fontaine d'Arcucil. Au bas de cet avant-corps est une niche surbaissée en coquille où est un robinet, ou la fontaine, au-dessus de laquelle est un marbre noir, où l’on lit : Qucintus effandit in usus! Cette inscription non seulement n’a rien d’heureux, mais encore conviendrait infiniment mieux k un fleuve qu'a une fontaine : aussi fut-elle plaisamment critiquée lorsqu'elle parut.

L’intérieur de l’édifice était aux trois quarts occupé par les réservoirs qui recevaient les eaux d’Arcucil et de la Seine. Le mécanisme de distribution nous a été conservé dans une série de plans descriptifs, qui donnent avec la plus grande précision les trajectoires des gros et petits tuyaux desservant d’eau de Seine ou d’eau d’Arcueil soit les appartements et le jardin du Palais- Royal, soit l’Opéra et les hôtels de la rue des Bons-Enfants, soit encore l’hôtel de la Monnaie, avec indication des regards et des robinets de retenue qui servaient k régler l’eau a.

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