CHAISE COUVERTE EN TAPISSERIE DES GOREI.INS
LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS d'aBT, MEUBLES, ETC.
FAUTEUIL RECOUVERT DE TAPISSERIE PES GQBEpjNS (XVII0 SIÈCLE)
chargées d’objets d’art. C’est dans ce salon qu’on remarque les fameux bronzes, le Taureau Farnese et le Lion terrassant un cheval , que Monsieur avait recueillis des collections de Richelieu et dont il a déjà été question1.
i. Voyez plus haut, p. 68 et 2o3. La prisée de ces bronzes ne cesse de monter. Le Taureau Farnèse, estimé 4oo livres dans l'Inventaire de 1701, va à 1,100 livres en 1723, et le Lion terrassant un cheval, coté i5o livres à la mort de Monsieur, va à 65o livres.
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Point d’autres sculptures, car il est remarquable que, durant près d’un siècle et demi, les ducs d’Orléans n’en mirent pour ainsi dire point au Palais-Royal, bien différents en cela de leur illustre prédécesseur. En revanche, des tableaux à foison. Il n’y en a pas moins de vingt- sept dans ce salon d’Oppenordt, véritable choix de chefs-d’œuvre : d’abord, à peu près tous les Véronèses de la collection de Christine de Suède, dont les quatre toiles plafonnantes, placées au-dessus des portes (le Respect, l'Amour heureux, le Dégoût et V Infidélité) ; puis des Titicns, Vénus et Adonis, V Enlèvement d'Europe, l'Esclavonc, Vénus qui se mire, Persée et Andromède, V Education de l'Amour ; deux merveilleux Rubens, Thomyris et la Continence de Scipion, etc. Un enchantement !
La Galerie d'Enée communique à cet éblouissant salon. L’ameublement en est pareil et tout aussi somptueux. Il comprend trente- six tabourets, six banquettes et quatre canapés, couverts de tapisserie des Gobelins «à fond d’or et à petit point de différente représentation»1, trente-six girandoles de cristal, à six branches, et douze grandes torchères en forme de guéridons de bois sculpté et doré. Au milieu, trois belles tables, avec dessus en marbre sarancolin, sont chargées de bibelots. La décoration architecturale de cette galerie est composée de pilastres composites qui supportent une corniche dont la frise est ornée de consoles couplées, de trophées du plus grand effet. Au milieu, une cheminée monumentale, en marbre vert des plus précieux, avec ornements et groupes d’enfants en bronze doré portant des girandoles, se dressait, imposante. Les glaces, dont la dimension extraordinaire pour l’époque est un sujet d’étonnement, réfléchissent la clarté donnée par douze hautes fenêtres. Mais ce qui est surtout remarquable dans cette galerie, ce sont les peintures exécutées par Antoine Coypcl sur la voûte et les lambris, dans lesquelles l’artiste a développé en quatorze tableaux les aventures d’Enée.
Voici les sujets figurés dans ces quatorze compositions :
i° Après la prise de Troie, Énée quitte cette ville, portant sur ses épaules son père Anchise et menant son fils Ascagne par la main; — 2° Junon, voulant éloigner Enée de Tltalie, où elle savait que les destins lui promettaient un établissement, va trouver Éole dans les grottes où celui-ci tient les vents enfermés, et lui commande de déchaîner une tempête qui éloigne des côtes de Tltalie les vaisseaux d'Énée; — 3° Neptune, irrité contre Eole, ordonne à|ce dieu d'arrêter la tempête et de calmer les flots; — 4° L’Assemblée des dieux. C’est la plus grande des compositions de Coypel. Elle occupe le centre de la voûte. Jupiter, au milieu de l'Olympe, entouré de toutes les divinités, est assis sur son trône, ayant Junon à ses côtés, tandis que Vénus vient le supplier en faveur d'Énée; — 5° Didon, dans le Temple, aperçoit Énée; — 6° Enée, qui avait résolu de s'établir à Carthage, est détourné de ce dessein
i. La prisée de ce meuble est de 3a,ooo livres dans l’Inventaire de 1723.
J nnon commande à léole de déchaîner les venls
LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS d’aRT, MEUBLES, ETC. .32 1
par Mercure, qui lui apporte les ordres de Jupiter; — 70 Didon monte sur le bûcher et se poignarde pour ne pas survivre à la douleur que lui cause le départ d’Énée; — 8° Énée descend aux Enfers, conduit par la sibylle Cumée, qui lui fait voir son père
Peint pqr Véronèse Gravé par J. -A. Pierron
l’infidélité
(Peinture plafonnante qui décorait le salon octogone, ou salon d’Oppenordt, du Palais - Royal)
Ancbise et loutc sa postérité; — 90 Embrasement, par ordre de Turnus, des vaisseaux d’Énée, que Cybèle métamorphose en nymphes de la mer;- — io° Au dessus de la cheminée de la galerie, sur la voûte, est l’épisode de Junon excitant Turnus a faire la guerre à Enée; — 1 i° Jupiter donne ses ordres à Enée; — 120 Vulcain montre à Vénus les armes qu’il a forgées pour Énée; — i3° Mort de Pallas, fils de Nestor; — i4° Turnus, vaincu, est mis à mort par Énée.
Les peintures de Coypel furent délruiles quand on abattit, à la fin du xvine siècle, le bâtiment où elles se trouvaient. Mais on connaît ces composi-
T. I. LE PALAIS -ROYAL
lions par les gravures qu’en ont faites Nicolas Tardieu, Bernard Picard, Du change, Surugue, Desplaces et Thomassin '. On peut aussi en avoir une idée par les très remarquables dessins et études que l’artiste exécuta en vue de ce travail et qui sont conservés au Musée du Louvre, dans des cartons non mis à la disposition du public et que, par une permission spéciale, j’ai pu consulter. Le présent volume contient des reproductions de quelques-uns de ces dessins jusqu’à présent restés inédits et, pour ainsi dire, à peu près inconnus. (Voyez p. 188, etc.) Ils sont extrêmement intéressants, et suggèrent sur le talent de Coypel un jugement plus favorable, à coup sûr, que sa peinture même, car l’artiste se montre là, en ces croquis pris surnature et empreints d’un puissant souci de vérité, avec un sentiment de force, de grandeur simple et émouvante ou de charme délicat, qui disparaît dans ses compositions peintes, trop conventionnelles. Pour donner plus de piquant à sa traduction de X Enéide, peut-être aussi pour plaire au duc d’Orléans, il imagina de figurer les dieux et les déesses sous les traits des personnages de la cour. En rapprochant et en comparant d’anciennes gravures, on en reconnaîtrait plusieurs, en effet. Mais si les grandes dames d’alors prirent plaisir à se laisser voir dans les costumes légers des divinités, en hères Junons, en blondes Gérés, en Vénus attendries, en nymphes languissantes, le résultat au point de vue de l’Art fut loin d’être heureux. Coypel fut ainsi entraîné à substituer l’accent individuel au caractère héroïque de la fable. Il prêta à l’Olympe d’Homère et de Virgile les manières de la cour déjà bien vieillie de Louis XIV, des gestes de théâtre, une afféterie ridicule. Quelques juges sévères osèrent dire qu’il avait fait, comme Scarron, une Enéide travestie'2.
Ce fut l’exception. Lorsqu’à la fin de l’automne 1703, Antoine Coypel découvrit V Assemblée des Dieux, l’artiste recueillit un concert de louanges. Ravi du succès de son peintre, le duc d’Orléans lui fil présent d’un superbe carrosse à deux chevaux. Il y ajouta la pension de 3, 000 livres dont il a été question plus haut.