Cabinet des Estampes. Y P 3<i
on trouvait la salle des gardes, donnant accès sur deux enfilades de grandes pièces qui occupaient le corps central du palais; a droite, du côté du jardin, c’étaient des salons de réception, et à gauche, face â la rue Saint-Honoré, l’appartement de la vieille princesse Palatine. Les deux ailes du palais avaient reçu une destination très tranchée : à gauche, était logée l’innombrable foule des officiers de toute hiérarchie, les serviteurs, les parasites ; à droite, se trouvaient l’appartement du Régent, sa cham-
incrustations d’écaille et d’étain ont moins d’attrait que les marqueteries brillantes de son émule, lesquelles s’harmonisent k ravir avec l’éclat des étoffes soyeuses. Le Palais-Royal en est rempli. Bureaux, tables, commodes de toutes formes, consoles, bibliothèques dans la plupart des chambres d’apparat témoignent du talent ingénieux et fertile de ce célèbre ébéniste. Ces meubles sont généralement en bois d’amarante, plaqué de bois de violette, et leur décor de bronze doré, largement chantourné, s’exalte en chaude patine sur ce fond de sobre élégance. Ils ne sont pas dispersés, comme il arrive de nos jours, pour ainsi dire au hasard, dans toutes les parties des salons. Leur nombre est limité, et chacun est k sa place, jouant son rôle dans l’ensemble harmonieusement combiné, qui n’est plus symétrique et froid, mais reste encore soumis k une savante ordonnance. Pénétrons dans les appartements personnels du Régent. Après avoir traversé la salle des gardes et franchi la galerie neuve qui longe la rue Saint-Honoré, en passant au-dessus de la porte enchère, nous arrivons k sa chambre, celle qu’il occupait en dernier lieu, et qui, peu de temps avant sa mort, a été agrandie. Les ornements de sculpture et de dorure, les glaces et la disposition de l’alcôve en font une pièce toute charmante. L’alcôve qui renferme le lit est soutenue par deux colonnes dorées d’ordre composite, et fermée par une balustrade du même goût. Toute la chambre est tendue de soie cramoisie, formant panneaux encadrés de galons d’or. Le lit, k bas piliers de bois de noyer, est en forme duchesse, avec bonnes grâces, doubles pentes, dossier k l’impériale, chantourné, également de damas cramoisi avec franges, glands et houppes d’or1. Comme meubles, huit fauteuils, neuf pliants et quelques tabourets couverts de peluche cramoisie, un fauteuil de toilette, une petite table de nuit en bois de violette, deux grandes tables de bois sculpté et doré, avec dessus de marbre en vert Campan, une commode en forme de tombeau, plaquée de bois de violette et garnie de bronzes de couleurs, avec dessus de marbre Cerfontaine, enfin dix feuilles de paravent k coulisse, de damas cramoisi. La beauté de la cheminée répond k tout le reste. Elle est surmontée d’une haute glace cintrée, en deux parties; un autre trumeau de glace lui tait face, et un troisième, entre les deux fenêtres, achève de répandre dans la chambre de la grâce et de la gaîté. Au-dessus des portes sont placés des tableaux: Philippe II et sa maîtresse, du Titien; Marie de Mèdicis,
i. Le lit, avec les sièges, est prisé, clans l'Inventaire, 8,5oo livres. Mais, de même que la duchesse d’Orléans, le Régent en possédait dans son garde-meuble plusieurs autres de rechange, qui étaient plus riches encore, tous également de ton cramoisi. Le prince avait évidemment une prédilection pour cette couleur, .l’en signalerai un (n° 332), de velours incarnat, avec bandes de broderie or et argent, qui est prisé 8,ooo livres. Un autre (n° 34o), de velours cramoisi, garni de point d’Espagne, monte à aS.ooo livres. Un autre encore (n“ 34i), de damas jaune de Gènes, garni de broderies, ornements, galons, mosaïque, franges d’argent, atteint 19,500 livres. Celui-ci 11e passa pas aux enchères après la mort du Régent, car sa veuve le garda pour elle.
LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS d’aRT, MEUBLES, ETC. 3 1 7
Sneyders et Lady Sneyders, tous trois de Van Dyck. Un grand lustre, à six branches, descend du plafond, faisant scintiller ses cristaux, et pour que, la nuit venue, l’éclairage puisse être plus éclatant encore, six bras de lumière, en bronze doré, appuient chacun leurs trois branches plaquées aux murailles sur la tête grimaçante d’un bélier.
Continuons notre visite jusqu’à la partie du palais occupée de nos jours
par la galerie de Nemours et le Théâtre -Français. Sans nous arrêter dans la pièce contiguë à la chambre du Régent, réservée au premier valet de chambre, tendue aussi de damas cramoisi, dont les meubles en bois de noyer, à pied de biche, sont d’une exécution très fine, passons par la Galerie des Poussins, où le damas cramoisi règne encore aux portes, aux fenêtres, et disparaît sous les tableaux représentant les Sept Sacrements. Nous trouvons ensuite la Galerie à la Lanterne , dont le P1 a fond est vitré, ce qui est, à cette époque, une innovation jugée avec raison particulièrement favorable aux œuvres de peinture. Puis vient la Salle du Conseil, où toujours le damas cramoisi sert de fond resplendissant aux objets d’art, aux beaux meubles, aux tableaux de maîtres que l’on voit partout, jusque sur le trumeau de glace qui surmonte la cheminée. Au milieu est un magnifique bureau de six pieds de long, décoré de bronzes d’or moulu, sur lequel on admire une écritoire monumentale, plaquée de bois des Indes, garnie de cuvettes d’argent, et présentant dans son centre une précieuse coquille. Tout autour, des sièo-es, une vaste chaise longue à deux dossiers en bois sculpté et doré, trois ou quatre
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écrans, un cabaret en laque de la Chine marqué aux armes d’Orléans. C’est là que le Régent reçoit les ministres et où l’on délibère sur les affaires de l’État.
Franchissons encore deux pièces, garnies de tableaux. Nous voici au bout de la galerie de Mansart, dans le grand salon donnant sur la rue Richelieu, décoré par Oppenordt. L’architecte favori du duc d’Orléans s’est complu à lui donner des effets singuliers de richesse et de lumineuses tonalités par les sculptures dorées des boiseries jouant avec les tentures de damas cramoisi, les marbres rares, les trumeaux de glaces superposées, (pii atteignent à 1 48 pouces, c’est-à-dire à 4 mètres de hauteur'. Les tabourets et banquettes, qui sont rangés le long des murs, ont leurs pieds en forme de console, en bois sculpté et doré ; ils sont couverts de tapisserie des Gobel ins à fond d’or et à petit point (prisés 9,600 livres dans Y Inventaire).
Un lustre splendide (prisé 5,ooo livres), à douze branches, entièrement en cristal de roche, étale l’architecture de scs ornements rutilants, boules, vases, amandes, bouquets, et a pour pendants deux girandoles à seize branches, qui sont soutenues par une sorte de navire en bronze doré qu’escortent des naïades et des tritons. En face des fenêtres donnant sur la rue Richelieu, deux larges tables de marbre vert Campan, incrusté de brèche violette et de brocatelle, dont les pieds sont formés de douze gaines de bois sculpté, sont
1. Le pouce équivalait à 27 millimètres. Bien entendu, il s’agit ici de la réunion de plusieurs glaces, car ou ne savait pas alors fabriquer des glaces mesurant plus de 2 mètres d’une pièce.