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CHAPITRE VIII

LE MOINE DE SAINTE-GENEVIÈVE : LOUIS D'ORLÉANS

Portrait de Louis d’Orléans, fils du Régent. Son éducation, sa jeunesse, son mariage. — Les familiers du Palais- Royal en 1730. Dissensions intérieures. — Sur quel pied le nouveau duc d’Orléans règle sa maison. Ses livres de comptes et le registre de ses charités : curieux placets qui lui sont adressés. — Ses fournisseurs : l'orfèvre Germain, le gainier Galluchat, etc. — Il fait refaire le jardin du Palais- Royal en 1730. — Ce prince va demeurer à l'abbaye de Sainte -Geneviève en 17/11 : véritables motifs de sa retraite. — A-t-il réellement brûlé par piété certains tableaux de la galerie du Régent? Erreur répandue à ce sujet. — Son installation à l'abbaye. — Tableaux qu’il se plaisait à copier. — Sa chambre à coucher. — Son laboratoire. — Sa bibliothèque. — Son testament. — Son Inventaire.

e Régent n’eut qu'un fils, Louis d’Orléans, connu surtout pour sa dévotion, ses goûts d’érudition scientifique et, enfin, par sa retraite au couvent de Sainte -Geneviève, où il mena pendant les dix dernières années de sa vie une véritable existence monastique. C’est, une figure complexe, maladive, bizarre, insuffisamment étudiée jusqu’ici par les historiens auxquels les documents ont fait défaut, qui mériterait cependant d'ètre remise a son point et sous ses vraies couleurs par un analyste rigoureux. Je n’ai, dans ce livre, qu’à m’occuper des actes de ce prince qui concernent le Palais-Royal. Cela se réduit à peu de chose. Toutefois, les pièces d’archives inédites que je vais avoir à citer redresseront quelques erreurs commises à son sujet et fourniront des indications nouvelles, assez curieuses, sur cette singulière physionomie.

Quand la mort de son père le mit en possession du titre et des liions du duc d’Orléans, le jeune prince avait exactement vingt ans. C’était un frêle garçon, de figure pâle, à la tournure élégante, de traits réguliers, mais taciturne, un peu ombrageux, n’ayant ni énergie ni forces physiques. Son enfance s’était écoulée au Palais-Royal sans que sa mère essayât de corriger par une éducation virile la débilité de ce tempérament, ce qui irritait intérieurement sa grand’mère, Elisabeth- Charlotte, laquelle écrivait :

Selon moi Madame d’Orléans élève son fds d'une façon trop délicate, mais je ne veux donner là-dessus aucun conseil, car s'il tomboit malade, on en rejetteroit la faute sur moi1.

Ce pauvre petit duc de Chartres ne cultivait qu’un seul exercice : la danse.

11 lui arriva une fois de vouloir jouer à la paume; il en éprouva une telle

fatigue que tous scs membres en furent agités et qu’il fallut le mettre au lit. Cela n’empêcha pas qu’à seize ans il courait déjà aux bals de l’Opéra et s’y laissait enjôler, ainsi que nous l’apprend Madame, dont l'anxiété était grande à l’endroit de son petit-fils :

Il est, dit-elle, dans ce maudit liai de l'Opéra, tombé dans les mains des fdles de l’Opéra: vous pouvez facilement vous imaginer ce qu'elles lui ont appris; il est maintenant comme un animal échappé. Lorsque sa mère s’en plaint à son père, il rit à s’en rendre malade. La chose cependant n'est pas du tout risible, car, avec

ce genre de vie, ce garçon, qui est délicat, se tuera le corps et l'âme; ce n’est

que trop certain.

Et la vieille grand’mère, pleine de tendresse et d’espérance, ajoutait un détail intime sur ce que rapporta sou petit-fils de ses belles équipées :

Il y a d'autres choses qui ne valent pas mieux, mais qui ne peuvent s écrire... Le sous -gouverneur de mon petit-fils, qui est un homme fort vertueux, est tellement affecté que je crains qu'il n'en perde la vie3.

Ailleurs, elle écrit encore : « Cette grande p de Polignac a voulu séduire

le duc de Chartres3... » Tout ceci et d’autres faits encore prouvent assez que si Louis d’Orléans termina sa vie dans la dévotion extrême, il ne débuta pas précisément dans l’abstinence, comme on s’est plu à le répéter. Il avait dans les veines du sang de la Montespan et ces mêmes germes de folie qui détraquèrent la cervelle de ses sœurs.

Son père, quoi qu’on en ait dit, ne négligea pas son éducation. Il lui avait

1. Correspondance de la duchesse d'Orléans, i4 septembre 1718, édit. Brunet, t. Ier, p. 466. Le prince avait alors quinze ans.

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