Sauval, Les Antiquités de Paris, t. II. p. i
2. Ce n’est qu’après la mort de Richelieu que, pour ménager une place devant le Palais-Cardinal, on démolit l’hôtel Sillery, acheté dans ce but par le cardinal.
RA CONSTRUCTION DU PAL A 1 S - C A R I) I N AU
d ancres et de proues de navires. A gauche, se trouvaient les appartements du cardinal, au-dessus des arcades et de cette mezzanine; la suite de la galerie des Hommes illustres et la Chapelle. Le tout était couronné d’un attique ou logement dans le comble pour les officiers et des serviteurs. «Toutes ces
LE PALAIS -CARDINAL, DU COTÉ DU JARDIN, VERS lÔ/jo (D’après l’estampe de Perelle)
arcades ici, » dit Sauvai, « avec leurs entresolles, aussi bien que ces proues et ces ancres, blessent les yeux de tous ceux qui s'y connaissent, comme étant très mal proportionnées au Palais d’un homme qui a présidé longtemps aux affaires de l’Europe...»
Tel était l’extérieur du Palais dans ses éléments essentiels et en négligeant les corps de logis accessoires, comme le bâtiment situé a gauche, amorce de l'hotel Richelieu proprement dit, qui ne fut jamais achevé, et les constructions du côté droit comprenant les communs, cuisines, écuries, etc., n’ayant aucun rapport architectural avec l’édifice. L’ensemble ne comprenait pas moins de huit cours. Quant au cadre fait autour du Palais et du parc, voici comment il fut conçu. On se rappelle que Richelieu, en faisant ses acquisitions de terrains, avait eu beaucoup plus d’emplacement qu’il n’était nécessaire : pour tirer parti de ce surcroît d’espace, il fit tracer en i636 sur les trois côtés du jardin une zone indépendante constituant comme un encadrement
régulier de sept toises de largeur, qui s’étendait en bordure, k droite sur la rue des Bons-Enfants, au fond sur la rue Neuve-des-Petits-Champs, et k gauche sur la rue de Richelieu. Cette dernière rue fut ouverte alors, non pas pour conduire le ministre jusqu’à sa ferme de Grange-Batelière, comme l’ont dit certains historiens du Palais- Royal, attendu que celle-ci ne lui appartint jamais1, mais tout simplement pour servir de dégagement. Cet espace fut divisé en quarante-cinq parties égales de sept toises de façade chacune. Sur ce nombre, Richelieu en vendit quarante-deux k Louis Barbier, maître d’hôtel du roi et intendant des finances, moyennant io,5oo livres de rente foncière, par contrat du 17 mars iG362, et s’en réserva trois pour servir de portes d’entrée au jardin : une sur la rue Richelieu, parallèlement k la grande allée qui croisait le parc; une autre du côté de la rue Neuvedes-Petits-Champs, en face de la rue Vivien3, où était l 'hôtel Bautru; la troisième sur la rue des Bons-Enfants. La volonté du ministre était que, sur ces quarante-deux lots de terrain vendus k Barbier, seraient construites des maisons d’un plan uniforme, qui encadreraient le parc et contribueraient par leur symétrie k une décoration d’ensemble. Niais cette condition ne fut pas respectée, et presque toutes les habitations qui s’élevèrent furent dissemblables, ainsi qu’on peut s’en rendre compte sur le plan dressé par La Boissière en 1679. Quelques années plus tard, le 20 mai i64i, il retira k Barbier sept de ces lots pour y achever de construire l’hôtel Richelieu, et réduisit la rente que celui-ci avait k lui servir k la somme de 8,208 livres 6 sols et 8 deniers, rachetable au denier 24, au principal de 25o,ooo livres. Louis Barbier avait réuni k cette entreprise des maisons entourant le jardin celle du déplacement de l’enceinte de la ville jusqu’aux boulevards actuels, y compris la reconstruction de la porte Saint-Honoré et l’établissement de la porte Richelieu, nouvellement créée k l’extrémité de la rue de ce nom. Il avait sans doute racheté cette concession, car c’est k un certain Charles Frogcr, secrétaire de la Chambre du roi, qu’elle avait été accordée par lettres patentes du 23 novembre iG33. Celui-ci, obligé d’aller vite en besogne, devait avoir pour prix du travail k faire, outre une somme de 79,000 livres, les matériaux restant du déblaiement des remparts, les moulins de la butte Saint-Honoré, ceux qui étaient k l’endroit oii se trouve aujourd’hui la place des Victoires et divers autres avantages V Mais les propriétaires des vieilles bâtisses qui
1. La ferme de la Grange-Batelière appartenait à l’archevêque de Gondy. Les Archives nationales contiennent une liasse de documents curieux sur ce vieux bâtiment. Cf. série des Séquestres.