LA TOILETTE, PAU MOREAU LE JEUNE
après l’incendie du théâtre de l’Opéra, que le duc d’Orléans aurait chargé l’architecte Contant d’Ivry (le la réfection presque totale du Palais-Royal. Mais c’est là, évidemment, une erreur dont il est facile de fournir la preuve. On a vu ce que le marquis d’Argenson dit sur ce sujet dans ses Mémoires. Il fixe nettement la date de 1752 au développement des travaux de reconstruction. Bien plus, il indique Contant d’Ivry comme étant l’architecte choisi à la place de Cartaud, alors bien vieux, puisque celui-ci avait soixante-dix-sept ans, et il ne semble pas trop se réjouir, dans le passage suivant, de la mise à l’écart du vieil artiste :
M. le duc d’Orléans, dit-il, fait de grandes entreprises pour les batiments du Palais-Royal. 11 achève en une campagne la basse-cour qu'on avoit commencé de rétablir, voulant faire un nouvel appartement à Mmc la duchesse d'Orléans. On lui a remontré que les vieux murs et les vieux combles n’étoient plus solides et voici que toute cette aile sera rebâtie presque à neuf... Pour ces batiments, il s’est défait de Cartaud, l'ancien architecte du Palais et l’un des premiers architectes de France, un honnête homme surtout, et il lui substitue le sieur Contant, architecte de jardin, homme d'un goût à la mode, intéressé et charlatan. C'est lui qui, ayant entrepris un bâtiment pour M. le duc d'Orléans au bout du parc de Saint- Cloud, à l'endroit qu'on a nommé le Moulin de la Brosse, avoit dit que cette dépense n'iroit pas à 20,000 écus, mais elle a passé 4oo,ooo livres, de sorte qu’il a fallu l'abandonner1.
Un autre témoignage que les travaux de reconstruction du Palais étaient en pleine activité entre les années 17&2 et 1755 nous est fourni par Blondel, dont l’ouvrage sur l'Architecture française parut en 1759, et qui donne des détails sur les changements ((considérables» que «M. Contant est en train d’apporter» à l’intérieur de l’édifice. Nous avons mieux encore. C’est un document inédit, absolument précis, emprunté aux papiers du trésorier Paterne2. Nous y voyons le relevé, des sommes employées aux constructions du Palais-Royal pendant les années 1704, 1700 et 170G. Pour 1704, on y
trouve la mention suivante :
Bâtiments neufs.
A M. Germain, orphèvre 24,000 livres.
Girard, menuisier 3, 000
Tardieu, charpentier 2,000
De Laroue, miroitier 1,000
Courbin, serrurier 2,000
Lucas, plombier 2,000
Total 34,5oo livres.
1. Marquis d’Argenson, Mémoires, l. VII, p. 1G9. — Mars 1762.
2. Bibliothèque Carnavalet. Comptes des dépenses du duc d’Orléans en 1704 et 1755.
LE PETIT-FILS DU REGENT
Pour l’année 1755, le total général des recettes de la Maison fut de 6,609,874 livres, et la dépense de 3,976,709 livres. Sur ce chiffre, l’article Bâtiments est chargé comme suit :
Palais-Royal 1 65,345 livres.
Saint-Cloud 79,014
Bagnolet 6,718
Pavillon et hôtel de Versailles 2,009
Hôtel à Fontainebleau i,3oo
Villers-Cotterets 118
Château de Clichy 665
Total 255,46g livres.
Ces chiffres établissent surabondamment qu'il ne s’agissait pas de simples modifications apportées au Palais-Royal à cette date, mais de constructions importantes, de changements considérables. En définitive, on peut se rendre compte de ces changements sur le plan qui est ici reproduit et que nous avons, un peu arbitrairement, il est vrai, daté de 1764 pour marquer où en était, cette année-là, la réédification du Palais. Tous les bâtiments qu’on y voit marqués de la lettre L avaient déjà été commencés avant i75° par Cartaud, et ceux désignés par la lettre M étaient en construction sous la conduite de Contant d’Ivry, en 1762; c’étaient les nouveaux appartements de la duchesse d’Orléans, pour laquelle on aménageait en même temps, sur des plans nouveaux, l'aile droite de la seconde cour, jadis occupée par Anne d’Autriche.
L’architecte Pierre Contant, surnommé Contant d'Ivry parce qu'il naquit à Ivry- sur- Seine en 1698, n’était pas de la première jeunesse quand le duc d’Orléans l’adopta pour architecte. Mais il représentait cependant des tendances jeunes ou, du moins, trouvées telles par la clientèle aristocratique qui lui demandait des travaux décoratifs soit pour les nouveaux hôtels qui se construisaient aux faubourgs Saint-Germain ou Saint-Honoré, soit dans les galantes petites maisons que faisaient élever grands seigneurs et financiers dans les environs de Paris. Après avoir été admis à l’Académie en 1728, Contant avait quelque peu végété. Un do ses premiers ouvrages importants fut l’église do l’abbaye royale de Panthemont, faubourg Saint-Germain -des* Prés, en 1747. Puis il travailla au château de Bizy, au comte d'Eu, en 1760; à l’hôtel de Longueville que venaient d’acquérir les fermiers généraux, et auquel il ajouta une aile; à l’église de Saint -Vannon, à Coudé, en Flandre; à l’hôtel de Rohan, rue deVarenne; à l’hôtel Crozat, etc. C’est alors — en 1762 — que le duc d’Orléans, après lui avoir fait faire à Saint-Cloud divers aména* gements qui l’avaient ravi, lui confia la réfection du Palais- Royal.
Contant d’Ivry ne passe pas pour avoir fait, au Palais- Royal, la façade du côté de la rue Saint-Honoré telle qu’on la voit encore aujourd’hui. On s’accorde bien, généralement, k reconnaître qu’il est l’auteur de la façade de la deuxième cour — ce qui n’est nullement contestable d’ailleurs, — de l’avantcorps de gauche du grand escalier d’honneur et des grands aménagements