‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 222 sur 301 · Ëd. et .1. de Concourt, La Femme au .r me siècle, p. 5i · texte numérisé non relu

Ëd. et .1. de Concourt, La Femme au .r me siècle, p. 5i

3. Elle occupa d’abord les anciens appartements du Régent, à l’extrémité de la galerie d’Enée, sur la rue Richelieu. Elle y trouva, dit-elle, «les mêmes décorations; tous les panneaux et l'alcôve de la chambre à coucher étoient, en glaces, avec des baguettes dorées.» On a vu plus haut que le duc d’Orléans avait fait disposer dans une partie de cel appartement, vers 1765, les tableaux de l’école flamande, transportés ensuite au Raincy.

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Le Peintre, pinx. Saint-Aubin, sciilpt.

LOUIS-PHILIPPE -JOSEPH, DUC DE CHARTRES, EN I77/1 ET MARIE - LOUISE -ADÉLAÏDE DE BOURDON, ET LEURS ENFANTS

avec son mari, qui avait l'emploi de capitaine des gardes du duc de Chartres. Ses Mémoires ne laissent ignorer aucun des succès qu’elle remporta dans celle société, comme musicienne cl bel-esprit, ni avec quelle supériorité elle exerça les fonctions de gouvernante des enfants du prince. Elle tenait tête aux hommes, aux habitués de ces réunions : le comte de Saint-Maurice, ancien gouverneur du duc de Chartres; le vicomte de Noce, le comte de Schomberg, le comte de

Valençay, le comte d’Osmond, le comte de Vanban, premier gentilhomme de la chambre1, qui, tous, demeuraient au Palais-Royal, dans le bâtiment de la cour des Fontaines, ou dans la «Cour royale».

Au milieu de cette société distinguée, où tant de femmes instruites portaient à son comble l’art si éminemment français de la conversation, où toutes choses

frivoles ou graves étaient discutées avec une verve singulière, oii les idées philosophiques de Voltaire et de d’Alemhert mettaient en l’air les cervelles, où déjà l’on sentait les frissons du souille avant-coureur de la Révolution, il ne semble pas que le duc de Chartres ait exercé le moindre prestige par l’esprit et l’intelligence. Peu parleur, mais très actif, fort entiché de toutes les nouveautés qu’il prenait volontiers pour des manifestations du progrès, s’occupant de commerce et d’industrie, de modes et de courses de chevaux, de vulgarisation scientifique et de questions économiques ou financières, n'ayant de tout qu’une teinte légère et se lançant à l’aveuglette dans une foule d’entreprises, on le voyait affecter à chaque instant un ton décidé, une allure indépendante, des airs de réformateur qui ne doute de rien, et de cassecou capable de résoudre eu un clin d’œil n’importe quel problème. Comme réformateur, il se borna à étonner la cour par son dédain de l’étiquette et l’introduction à Paris des modes anglaises. Il fit venir de Londres son linge et ses vêtements, ses voitures et des grooms qui excitaient les rires du public quand on les voyait dans les rues, hauts comme des nains, avec leur livrée bizarre. En 1771, le duc avait mis un pied dans la politique, en s’opposant, avec son père, au coup d’Etat du chancelier Maupeou, ce qui lui valut d’être un moment exilé dans ses terres. Depuis cet événement, tenu à l’écart de la

1. Chacun des huit gentilshommes de la chambre, ou « chambellans», jouissait d'un traitement de 4,000 livres. Le comte Pons de Saint-Maurice avait 12,000 livres. Dans la Liste d’attribution des logements des officiers au Palais-Royal (Archives nationales, XIa, 9181), je trouve, pour l’année 1785, l’indication de quarante-cinq logements. — Dans la «Cour royale» demeuraient le comte et la comtesse de Blot, l’abbé Chanteur, le chevalier de Durfort, M. de Morne, M. de Ménage, M. de Monsigny, M. de Monverdien, le comte de Mouy, le comte Oflanagant, le comte Pons de Saint-Maurice, Mmc de Rully, Mme du Rois, M. de Sau, le comte de Schomberg, la comtesse de Saint-Simon, le comte de Thiard, le chevalier de Tuder, le comte de Valençay, le comte de Vauban, M. de Villemagne, tous attachés comme gentilshommes à la Maison. Dans la cour des Fontaines logeaient les personnages de moindre importance : le bibliothécaire La Chau, le médecin Guétard, le chirurgien Marsolan, l’apothicaire Clapel, et aussi des «gens de qualité», comme Mmc de Longueil, le comte d’Osmont, le marquis de Saint-Marc, le baron de Saint-Eli\, le chevalier de Mornay, etc.

lis VISITE

(Croquis de Moreau le Jeune)

PHILIPPE -EGA LITE

LES ÉCURIES DU DUC D'ORLÉANS CONSTRUITES EN 1780 PAR L’ARCHITECTE POAER SUR LES RUINES DE L’ANCIEN HOTEL DE RAMBOUILLET Dessin de Sergent (Bibliothèque nationale. Estampe, Topographie')

cour, détesté de Marie-Antoinette et de l’entourage de la reine, il afficha une attitude tantôt frondeuse, tantôt humiliée, selon qu’il avait ou non besoin du roi pour quelque faveur, et cela encore marque son caractère.

Le duc de Chartres aurait voulu réaliser au Palais-Royal les grands projets qu il méditait. Mais, de 1770 à 1780, il dut ronger son frein, et se borner à des travaux d’aménagements intérieurs. On a vu qu’il chargea son architecte Piètre de la construction d’un observatoire. Il lui lit, à la même époque, décorer des appartements dans l’aile gauche du Palais- Royal, et aménager en

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salle de bal ce qui restait de l’ancienne galerie des Illustres de Richelieu. Les dessins de Piètre, conservés à la Bibliothèque Carnavalet, nous renseignent sur ces changements. C’est alors, sans doute, que furent transportés au Raincy les bustes antiques dont X Inventaire de 1786 atteste la présence. Vers cette meme date, le prince occupa ses loisirs à la construction d’une splendide et monumentale écurie dont il chargea l’architecte Poyer, et qui fut élevée rue Saint- Thomas-du-Louvre, n° i3, sur les ruines de l’ancien hôtel de Rambouillet, qu’il acheta en 1778. L’état des sommes payées pour ce bâtiment — reproduit ici d’après les dessins de Sergent, gravé par Le Campion 1 — donne un total de 45i,a6o livres 2 : la dépense alla, pour la maçonnerie, à 228,290 livres; pour la serrurerie, à 47,33o livres; pour la menuiserie, à 34 , 38 1 livres; pour la couverture, à 15,296 livres, etc. En 1786, le duc fit assurer ses écuries à une Compagnie anglaise de Londres, et le bâtiment fut alors estimé 56o,ooo livres, ce qui devait comprendre l’achat du terrain. A cette date, afin de procurer de l’argent à ses créanciers, le duc loua ses écuries et les transforma en Vauxhall, pour remplacer celui de la Foire Saint-Germain. En 1792, on y établit le théâtre du Vaudeville, incendié le 18 juillet 1 836 . L’hôtel, une fois encore transformé, servit aux écuries du roi Louis-Philippe. On l’a démoli en i85o.

Le prince, durant cette période, s’adonna aussi avec une certaine passion à l’organisation, dans les galeries du deuxième étage du Palais, d’une sorte de musée des Arts et Métiers. Déjà, par les soins de Guettard, avait été composé un intéressant cabinet d’histoire naturelle, comprenant principalement le règne minéral particulier à la France, où l’on voyait des types de terres argileuses et vitrescibles, des marbres des Flandres, du Dauphiné, de la Provence et des Pyrénées, une suite de marbres tirés des fouilles de Pompéi et d’Herculanum, des granits et des jaspes, des cristallisations de spath, des cristaux de roche, etc. Le duc de Chartres conçut l’idée d’agrandir ces collections en y ajoutant des modèles réduits, en relief, de tous les instruments et outils propres aux diverses industries. C’était, en somme, l’embryon du Conservatoire des Arts et Métiers, dont la Révolution devait, quelques années plus tard, consacrer l’existence. Les frères Périer, célèbres mécaniciens, furent chargés par le duc de constituer ce musée. Ils firent exécuter des modèles, uniformément réduits à l’échelle d’un pouce et demi par pied, avec une exactitude scrupuleuse, pour permettre de mesurer d’un seul coup d’œil les proportions des objets, et dans la matière même où ceux-ci existent dans la réalité. On ne regarda ni aux soins ni à la dépense. La collection du Palais-Royal comprenait tous les outils nécessaires à l’art du menuisier, de l’ébéniste, du carrossier,

1. Cabinet des Estampes. Bibliothèque nationale. Topographie, Va, 223.

2. Élat des différents mémoires , etc. Archives nationales, R4, 288, n" 2, passim.

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du serrurier, des machines à laminer, des fourneaux de laboratoire pour la chimie, des fourneaux pour les céramistes et pour la fonte des métaux, des forges, etc. La plupart de ces instruments en miniature se trouvent aujourd’hui au Conservatoire des Arts et Métiers, où ils furent transportés pendant la période révolutionnaire, et l’on en peut admirer la perfection souvent luxueuse.

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