‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 221 sur 301 · LE DUC DE CHAHTHES L’ANNÉE DE SON M VR I VGE ( I 7O · texte numérisé non relu

LE DUC DE CHAHTHES L’ANNÉE DE SON M VR I VGE ( I 7O

en plaisanteries, amusait, déridait, emportai! le rire; M",e la marquise de Fleury, qui partageait avec la baronne de Talleyrand l’amitié intime de la duchesse de Chartres, paraissait comme une jeune Folie avec son beau visage, ses yeux admirables, son espièglerie enragée, qui lui faisait trouver parfois des

mots profonds, comme le jour où, soutenant contre Mmc de Laval les droits de la noblesse attaqués par Turgot, elle lui dit: «Vous m’étonnez, Madame, car, quelque respect que j’aie pour le roi, je n’ai jamais cru lui devoir ce que je suis. Je sais que les nobles ont fait quelquefois des souverains; je vous défie de me dire le roi qui nous a faits nobles1.» Il y avait encore le côté des femmes

mûres, ou moins jeunes, qui avaient été attachées à feu la duchesse d’Orléans. Parmi celles-là figuraient Mme de Barbantane, Mnu de Rochambeau, la marquise de Polignac, Mmc de Choisy, la comtesse de Montauban, etc.

Mmo de Barbantane, qui, au dire de son intime ennemie, ne possédait plus de ses charmes passés qu’un nez rouge, une tournure commune et une réputation assez bien établie de sagesse et d'esprit; Mmc la comtesse de Rochambeau, agréable vieille femme, qui se rajeunissait rien qu’en souriant, et dont la mémoire était toute pleine d’amusantes anecdotes; la vieille comtesse de Montauban, qui donnait à la société le spectacle comique de sa gourmandise, de ses étourderies et de son amour effréné du jeu. Mais une femme faisait surtout l'amusement et la distraction du Palais Royal : c’était la marquise de Polignac, qui devait à sa laideur, à sa figure de vieux singe, à la brusquerie de ses manières et de ses plaisanteries, à l’audace de sa langue, une réputation d'originalité qu’elle semblait prendre à tâche de justifier. Recherchée pour le plaisir qu’elle donnait, cajolée pour son esprit que l’on craignait un peu, quoiqu'il eût plus de malice que de méchanceté, elle avait habitué les salons à ses grogneries, dont elle était la première à plaisanter, à son vieil amour pour le comte de Maillebois qu’elle avouait si vaillamment et dont elle proclamait si haut le ridicule. Elle avait imposé à ses amis ses brutalités de mauvaise humeur, ses boutades, cette crudité des mots avec laquelle elle relevait ses pensées, et qui lui faisait répondre à une personne s’extasiant sur la vivacité de Mmc de Sutzelbourg, la femme de soixante huit ans la plus active de France : «Oui, elle a toute la vivacité que donnent les puces2.»

M",c de Genlis, «cette femme à talents, la fée de la pédanterie,» avait aussi son rôle dans le salon du Palais-Royal. Elle était de la maison, y était logée3

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