CONSTRUCTION DES GALERIES AUTOUR DU PALAIS
Le duc d'Orléans connaissait bien son fils, et s’il avait résisté pendant dix ans à sa demande de lui céder le Palais-Royal, c’est qu’il ne doutait guère des grandes entreprises que celui-ci songeait à réaliser. Il se résolut pourtant à ce sacrifice, après avoir oblcnu l’agrément du roi. Mais il suffit de parcourir
l’acte de donation1 signé le 3o décembre 1780 pour voir de quelles prudentes stipulations elle était accompagnée. La cession était absolue pour tous les bâtiments du Palais, y compris l’hôtel de Châtillon, « dénommé le petit hôtel d’Orléans, » et tout ce qu’ils contenaient, sauf les collections de tableaux, pierres gravées, statues, sculptures, bronzes, livres et certains meubles dont le duc d’Orléans se réservait l’entière propriété. Les conditions de la donation
étaient formulées dans les articles suivants :
i" Obligation pour le duc de Chartres de payer les redevances, rentes foncières et autres, s’il en était dû, à partir du jour de son entrée en jouissance;— 2" Permission au prince de faire les démolitions et augmentations qu’il lui plairait sans pouvoir déloger aucune des personnes habitant alors au Palais- Royal qu’en leur rendant un logement équivalent; de même, de ne pouvoir démolir les salles servant aux archives, k la collection de tableaux, sans en établir d’autres pour le même usage; — 3° Obligation pour le duc de Chartres de réserver au duc d’Orléans son père, sa vie durant, l’appartement que celui-ci avait au Palais; faculté laissée au donateur d’accorder les logements k qui il lui conviendrait, sauf cinq, destinés aux dames de la duchesse de Chartres; — 4° Obligation pour le duc de Chartres de conserver « pour l’agrément du public la jouissance des cours et du jardin du Palais - Royal », et de pourvoir k leur entretien; — 5° En cas de mort du duc de Chartres avant le duc d’Orléans, celui-ci rentrerait dans la faculté de donner seul des ordres au Palais-Royal, s’engageant k tenir les arrangements faits par le duc de Chartres.
L’acte de donation fut signé au château du Raincy le matin du 3o décembre 1780. Dès le surlendemain, c’est-à-dire le rr janvier 1781, comme s'avisant brusquement qu’il n’avait point pris assez de gages contre quelque jonglerie possible de son fils, le duc d’Orléans faisait de nouveau venir les notaires et ajoutait une clause k sa cession, insistant encore sur la réserve qu’il faisait des tableaux et collections d’objets d’art, déclarant encore une fois qu'il était bien entendu que le duc de Chartres ne pourrait nullement disposer pas plus de ceux qui se trouvaient dans les salles spéciales où ils étaient ordinairement exposés, que des autres placés dans les appartements; enfin, que ces tableaux ne devaient point être confondus avec les meubles du Palais- Royal qu’il avait 1. Archives nationales, R 4, 282.