BATAILLE DE CONSTANTIN CONTRE MANENCE
# (Tableau de la Galerie du Palais- Royal)
à tous les usages, et qu'il appartenait d'abord à Son Altesse Royale de fixer un prix et de formuler une demande. Mais tous mes efforts sur ce point furent vains, car les négociations ne pouvaient être entamées si je n'accédais pas à ces conditions. C'est pourquoi je me mis en devoir de faire cette évaluation et de la présenter au duc. Quand il la vit, il entra en fureur, disant qu'il était trahi et. que je devais me liguer sans doute avec M. Lebrun, le directeur de la galerie de Son Altesse Royale, car il n'y avait que 20,000 francs d'écart entre l'évaluation de celui-ci et la mienne. J’assurai au duc que ce n'était pas le cas, que je n'avais eu aucune accointance avec M. Lebrun, que je ne lui avais jamais parlé de ma vie, et que je le connaissais seulement de réputation.
Cet incident, néanmoins, fit échouer ces premières négociations. M. Sladc dut s’en retourner en Angleterre, 1res mortifié de 11’avoir pu venir à bout de
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son entreprise. Ce fut seulement quelque temps après qu’il fut informé par lord Kinnaird que le duc d’Orléans, «après avoir perdu une somme considérable aux billards avec M. Laborde, » s’était défait de la partie italienne de sa collection. Il ajouta qu’il n’y avait pas une minute à perdre si l’on voulait conquérir le reste pour l’Angleterre, et qu’il fallait que M. Slade risquât une seconde tentative. Celui-ci revint à Paris et fit au duc d’Orléans de nouvelles offi 'es qui, cette fois, furent agréées. Tout semblait terminé; le mémorandum d’acceptation était signé, quand une difficulté imprévue se présenta :
Les nombreux créanciers auxquels le duc d'Orléans avait donné pour gage différentes parties du Palais-Royal se levèrent en masse et réclamèrent les tableaux comme faisant partie de l'ameublement. Ils refusèrent de les laisser déplacer. Je consultai un savant avocat qui me donna le conseil, comme je parlais très facilement le français, de plaider moi-même ma propre cause. J'assistai à la première réunion des créanciers dans le grand bail du Palais-Royal. Trente à quarante étaient présents. J'exposai le bien fondé de ma réclamation, mais ils ne semblaient pas disposés à y faire droit. Alors, je déclarai hardiment que s'ils ne me laissaient pas enlever ces tableaux, j’userais du pouvoir que j'avais de protester contre la vente à aucune autre personne, et que, par conséquent, le duc se trouverait liors d'état de satisfaire à leurs réclamations. Celte menace eut tous les effets désirés, et, le jour suivant, je fus informé que je pouvais enlever les tableaux à mes propres risques... Je ne perdis pas de temps, et, profitant de celte permission, je les fis transporter dans un grand magasin, tout près du Palais-Royal.
M. Slade n’était pas encore au bout de ses peines, car, le bruit s’étant vite répandu dans Paris du marché que venait de conclure le prince, quelques personnes, indignées, songèrent à empêcher que les tableaux ne sortissent de France. Le négociateur anglais termine ainsi sa narration :
Pendant que j’étais en train de classer mes toiles, survint une affluence de gens parmi lesquels se trouvaient beaucoup d’artistes qui déclaraient que c’était une honte de laisser sortir du royaume une aussi importante collection, et ils semblaient par leur langage déterminés à l’empêcher. Quelques-uns d'entre eux s'informèrent par quelle voie les tableaux devaient partir. Mais j'avais dit aux hommes employés à faire l'emballage que les toiles seraient expédiées par Calais. Aussitôt que les caisses furent terminées, je les fis, dans la nuit, porter à bord d'un bateau, sur la Seine, qui était en partance pour le Ilàvre-de-Grâce ; de là elles furent aussitôt dirigées sur l’Angleterre où elles atterrirent en bon étal à la Vielualling Office, à Chatham.
La collection des tableaux des écoles du Nord, emportée par M. Slade, fut vendue .à Londres, au mois de mai de l’année 1790, après une exposition, dans les salles de la vieille Académie, à Pall Mail, qui eut un tel succès que, durant la dernière semaine, les entrées s’élevèrent à plus de 100 guinées par jour.
PHILIPPE-ÉGALITÉ
Cette vente précéda donc de cinq ans celle des œuvres italiennes et françaises, faite en 1799. Toutes deux offrent matière à de nombreuses observations qui ne sauraient trouver place dans cet ouvrage. Je me bornerai à une simple constatation. Il a été publié à Londres, à cette époque, trois catalogues de la collection du duc d’Orléans. Le premier1, relatif aux œuvres des écoles du Nord (1793, petit in-8° carré de 2G pages, imprimé par J. Smeeton), comprend 25q tableaux. Le second2, contenant la première partie des œuvres italiennes et françaises, exposées en novembre 1798 à la galerie Bryan (in-8° de i4 pages), énumère i38 tableaux. Le troisième3, paru en même temps avec un nombre de pages identique, donne la nomenclature de la suite de la collection italienne, exposée au Lycéum dans ce même mois de novembre 1798, et va du numéro 1 89 à 295. Or, si l'on fait le compte de ces tableaux indiqués dans ces trois catalogues, on arrive au chiffre de 554, qui dépasse de i38 le nombre des œuvres que comprenait réellement la collection du duc d'Orléans4. La conclusion P Elle s’impose avec trop de rigueur pour qu’il soit nécessaire d’insister. Mais, d’après cela, ce qu’il serait intéressant d’établir, c’est la liste des œuvres qui usurpèrent alors le prestige de leur provenance, et passent encore aujourd’hui faussement pour avoir fait partie de la galerie du Palais-Royal ! La publication des Inventaires des ducs d’Orléans y aiderait singulièrement.
Il est à remarquer, au surplus, que le duc d’Orléans ne vendit pas absolument sans exception tous les tableaux et objets d’art qu’il possédait tant au Palais-Royal que dans ses autres résidences. 11 en garda une petite quantité. Lorsque la Convention, après avoir envoyé le prince à l’échafaud, mit scs biens sous séquestre, Lenoir, directeur du Musée des monuments français, fit réserver quelques tableaux et statues trouvés chez «Orléans condamné» pour son cher Muséum. Dans le Registre de réception des objets d'art et antiquités trouvés chez les émigrés et condamnés, qui est aux Archives nationales5, on relève les œuvres suivantes, qui furent prises au Palais- Royal :
— Frileuse, en bronze, par IIoudon. [La dite « Frileuse » a été apportée au dépôt par le citoyen IIoudon.]
— La Vierge, Jésus et saint Jean, de grandeur naturelle et mi -corps, sur toile très i'agrandie, du GuideO.