‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 251 sur 301 · LE ROI LOUIS XIV EN VISITE AU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

LE ROI LOUIS XIV EN VISITE AU PALAIS-ROYAL

[Extrait du Mercure galant, mars 1G92, p. 8-20. — Cetle citation n’est donnée ici, parmi ces documents inédits, que parce qu’elle n’a pu trouver place dans le texte de ce volume, et qu’elle indique la disposition des grands appartements du Palais-Royal en 1G92.]

1res, alla à l'appartement de ce jeune prince, et se rendit ensinte à celuy de Madame la Duchesse de Chartres, qui est à la droite en montant le grand escalier, et qui a pour première pièce une fort grande salle des gardes, qui estoit destinée pour le souper. On trouve ensuite une fort belle anti-chambre et la chambre de Monsieur le Duc de Chartres. Elle estoit magnifiquement meublée, et la tapisserie à personnages estoit d'après .Iules Romain. Elle représentoit l'histoire de Scipion, et estoit rehaussée d'or. L’ameublement estoit de velours couleur de feu, et la broderie qui la faisoit briller, or et argent, et par bandes. Les miroirs et les lustres de cette chambre étoient d'une très grande beauté. Le Roy passa ensuite dans un grand cabinet ipii est tout de menuiserie. Comme on avoit destiné ce lieu pour le bal, il estoit rempli de lustres. Le Roy et toute la Cour passèrent après cela dans une petite antichambre, et se rendirent de là dans la chambre de Madame la Duchesse de Chartres, dont la tapisserie par bandes de velours cramoisy plein estoit enrichie d'une broderie or et argent. Le lit, les fauteuils, et les plians estoient de broderie d'or plein

Monsieur et Monsieur le Duc de Chartres estant arrivez de fort bonne heure pour avoir l'honneur de la recevoir, le Roy partit de Versailles dans son carrosse, ayant Madame à costé de luy, et vis à vis Madame la Duchesse de Chartres, Mademoiselle et Madame la Princesse de Conty doüairière. Monseigneur le Dauphin estoit à la portière du costé du Roy. Sa Majesté estant arrivée au Palais-Royal, sur les trois heures et demie, et ayant esté receüe par Monsieur et Monsieur le Duc de Char-

Les rües par où l'on sçavoit que Sa Majesté devoit passer, estoient remplies dès neuf heures du matin, et la campagne se trouva toute couverte de carosses plus d'une lieuë au delà des portes.

LOUIS xiv (médaillon en biscuit de sèvres)

DOCUMENTS JUSTIFICATIFS

sans fond. Il y avoit un très -beau lustre dans cette chambre, et les miroirs de distance en distance. Le Roy estant ensuite entré dans un petit cabinet, passa dans une grande galerie magnifiquement meublée. La tenture de tapisserie estoit d'après le Poussin, et représentoit plusieurs de ses tableaux, comme le Veau d'or, le frappement du Rocher, etc. Les fauteüils, les plians et le grand tapis d'une table de quinze pieds de long estoient de bandes or, argent et vert. Il y avoit quatre beaux lustres, et au bout de la galerie, vis à vis de la cheminée, un miroir de soixante et douze pouces de glace sans y comprendre la bordure, avec laquelle ce miroir a dix pieds de large. Cette galerie estoit destinée pour le jeu. Le Roy y laissa Madame la Duchesse de Chartres, et elle tint cercle pendant que Sa Majesté alla visiter les nouveaux appartemens ausquels S. A. R. fait travailler dans l'endroit où estoient les Académies de Peinture, Sculpture et Architecture. Sa Majesté ayant demeuré environ demy-heure dans ces appartemens, et près d’une heure et demie à Paris, monta seule en chaise, et repassa au travers du mesme Peuple qui remplissoit les riies à son arrivée, et qui avoit résolu de l'attendre, quand Elle ne s'en seroit retournée que le soir. Les acclamations et les cris de : Vive le Roy! redoublèrent, et furent accompagnez de mille souhaits d’une prospérité éternelle, que l’on expliquoit tout haut. Monseigneur le Dauphin, Monsieur, Madame et toutes les dames allèrent à l'Opéra, et toute cette brillante Cour, après avoir pris ce divertissement, vint joüer dans la galerie de Madame la Duchesse de Chartres. Le jeu fut grand, et la perle et le gain à proportion. On dressa pendant ce temps là deux tables dans la grande Salle des Gardes. 11 y en avoit une de vingt-deux couverts, qui fut tenue par Monseigneur et servie par les officiers de Monsieur, qui tint l’autre table. Celle là estoit de vingt et un couverts, et fut servie par les officiers de Madame la Duchesse de Chartres. Monseigneur qui estoit à la première, avoit à sa gauche Madame, Madame la Princesse de Conti Doüairière, Madame la Princesse d'Épinoy, et ensuite plusieurs Duchesses et Maréchales de France, et Monsieur le Duc. Il y avoit un vuide de deux places à la droite de Monseigneur, et après cet intervalle estoient Madame la Princesse de Turenne, Madame de Chasteau-Thiers, Madame la Comtesse de Rury et Monsieur le Duc du Maine. La table estoit de forme ovalle. Il y avoit au milieu une grande machine de vermeil doré de nouvelle invention, appelée surtout de table. Outre les lumières que ces machines portent, elles sont remplies de plusieurs vases et d’ustensiles, le tout fort utile à ceux qui sont à ces repas. Je ne vous parle point de la magnificence et de la délicatesse de ces tables; il n’y a personne qui ne se l'imagine. La table de Monsieur fut aussi très-magnifiquement servie. Son A. R. avoit à sa gauche Monsieur le Duc de Chartres et plu sieurs Dames à une distance de ce Prince, et Monsieur le Prince de Conty, et à sa droite Mademoiselle, Madame la Princesse de Conty, plusieurs Dames, Monsieur le Comte de Toulouse et le reste des Dames nommées. Un surtout de table remplissoit aussi le milieu de celle là. Il estoit d'un très- beau travail et d'un très-bon goust, mais d'un plan différent de celuy dont je viens de vous parler. Les violons de Monsieur joüerent pendant tout le souper, après lequel il y eut bal dans le grand cabinet, où s’estoient rendues plusieurs Dames, dont les habits, quoy que superbes, ne laissèrent pas d’estre ornez de pierreries. Le bal dura jusques à deux heures après minuit, et Monseigneur s'en retourna à Versailles.

(Vignette de Sébastien Leclerc)

Lettres patentes par lesquelles le Roi donne à S. A. R.

Monsieur la maison et l’hôtel du Palais-Cardinal pour les posséder à titre d’apanage.

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