LE THEATRE
«Essentiellement homme de lettres3, » Richelieu, qui, on le sait, eut une véritable passion pour le théâtre, lit un réel acte de nouveauté en créant dans son Palais-Cardinal la salle qui devait devenir le Théâtre-Français sur la scène duquel mourut Molière. En cela encore il fut initiateur et donna l’exemple d’une coutume qui allait porter ses fruits, car l’art dramatique en France prit dès ce moment un rapide essor. Les poètes, ses protégés, ne lui en surent pas mauvais gré, comme on pense. Colletet, faisant allusion au goût du cardinal pour les vers et la comédie, s’écriait :
Donc, ce grand cardinal, que le Tibre désire,
Que la Seine retient, que tout le inonde admire,
Richelieu, dont l’esprit pénètre l’univers,
Est épris de la Musc et ravi de nos vers!
En 1629, Corneille avait débuté par sa pièce de Mélite, dont le "succès firt immense. Il semble qu’a cette époque la liberté d’esprit, chassée du monde réel, ainsi qu’on l’a remarqué, ait cherché k se réfugier dans le drame d’intrigue. Le ministre qui voulait tout dominer eut F ambition de conquérir aussi ce royaume de la fantaisie et de s’y fourbir des armes pour gouverner l’opinion. Il lui fallait pour cela des drames, des acteurs, un théâtre. Les drames, il en dicta les scénarios aux auteurs qu’il choisit. Les acteurs, il les forma en entretenant k Paris trois troupes de comédiens : la première k l’hôtel de Bourgogne, la deuxième au Marais, la troisième au faubourg Saint-Germain. Quant k la salle de spectacle, il l’installa chez lui.
1. Archives du ministère des Affaires étrangères. — Voyez aussi les lettres écrites à cette occasion par le Bernin à Richelieu, cl publiées par Baldinucci dans ses Notizie de’ professori del diseyno, Milan, 1812, t. XIV, p. 43.
2. Louis Couuajou, Jean Warin, ses œuvres de sculpture, etc. (Paris, brochure in-S0, 1881), pp. 25-38.