‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 55 sur 301 · Guy Patin, Lettres choisies, 3 novembre i6io · texte numérisé non relu

Guy Patin, Lettres choisies, 3 novembre i6io

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La duchesse d’Aiguillon était la fille de la sœur aînée de Richelieu, qui avait épousé René de Wignerod, seigneur de Pontcourlay. Par la mort prématurée de sa mère, elle était restée de bonne heure orpheline et s’était habituée toute jeune à considérer son oncle comme un père et son unique guide. Quand celui-ci arriva aux affaires, en 1620, il pensa servir ses desseins de politique en mariant sa nièce, qui n’avait pas seize ans, au marquis de Combalet, lequel mourut à l’armée au bout de quelques mois. Dès lors, Richelieu ne se sépara plus de sa nièce, la faisant admettre à la Cour, la donnant comme dame d’honneur successivement k Marie de Médicis et k Anne d’Autriche, l’introduisant dans la société de l'hotel de Rambouillet, où elle se créa des amitiés solides, et où elle fut courtisée, chantée, fêtée par les poètes, depuis Voiture jusqu’à Corneille. Elle eut voulu entrer en religion et «k plusieurs reprises elle se sauva de la vie mondaine que lui imposait son oncle pour se réfugier au couvent. Chaque fois celui-ci, k force d’instantes supplications, la ramena. Celle qu’on appela longtemps Mmc de Combalet, ou familièrement la Combalelte, avait près de vingt ans de moins que le cardinal. Elle était le type de la femme aimable et distinguée de la première moitié du xvir siècle, douce, bonne, intelligente, d'un jugement sûr et droit. Elle était belle, tous les auteurs contemporains sont d’accord k ce sujet :

Sa taille, quoique élevée, était élégante cl bien proportionnée. Elle avait de plus d’admirables épaules, et ce genre d’attraits qui, avec de beaux bras et de belles mains, était alors fort admiré chez la reine Anne d’Autriche... Après la régularité des traits, ce qu’on admirait le plus dans son visage, et ce qui en faisait le charme caractéristique, c'était le contraste qu'offrait l'extrême douceur de ses yeux bleus, très clairs, avec des cils, des sourcils et des cheveux châtain foncé1.

Le portrait de Petitot, qui est au Louvre et que nous reproduisons, rend k plaisir le charme de cette créature aimante. Elle était sans défense. Richelieu mort, elle eût été incapable de résister aux coups de ses ennemis. C’est pourquoi celui-ci demanda pour elle au roi, en iG38, de créer la duché-pairie d’Aiguillon, titre exceptionnel, faveur sans exemple pour une femme, et qui la protégeait contre toute catastrophe éventuelle. Quant au reste, son oncle y avait pourvu en la comblant de biens, en lui donnant le Petit-Luxembourg, avec tomes les richesses qui s’y trouvaient et la terre de Rueil, en l’instituant enfin tutrice du fils de son frère qu’elle aimait comme son propre enfant, Armand de Wignerod de Pontcourlay, son petit -neveu k lui, par sa sœur aînée, né en 1629 et dont il fit l’héritier de son nom comme de sa fortune.

1. Comte or Bonneau-Avenant, I.a Duchesse d’Aiguillon, 1 882 , iu-18, p. 129.

RICHELIEU DANS SON PALAIS

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Le cardinal de Richelieu expira le 4 décembre 1G42, dans cette chambre que nous avons décrite et où Louis XIII, bien malade lui-même, vint le voir. La duchesse d’Aiguillon, en larmes, était là. L’assistance, qui était nombreuse, ministres, maréchaux, parents et domestiques, tout le monde pleurait'. Ce ne fut que le i3 décembre que le corps du grand homme, après avoir été exposé pendant dix jours dans la galerie du Palais-Cardinal, fut porté solennellement à la Sorbonne, sur un char couvert d’un poêle de velours noir, croisé d’argent, avec les armes de Richelieu aux angles, et traîné par six chevaux. Les maréchaux de Brezé et de La Meilleraye conduisaient le deuil en tête des parents et des amis. Puis venaient les «officiers », les serviteurs, les pages, des cierges à la main, les dignitaires, un cortège énorme à pied ou en voiture, la foule curieuse des Parisiens venue là comme au spectacle3.

En mourant, Richelieu avait renouvelé le don du Palais-Cardinal au roi, qui «eut l’indignité de s’en emparer sur-le-champ et d’y mettre des gardes»3. Celui-ci ne devait pourtant jamais s’y installer, car il ne survécut que cinq mois à son ministre. C’est Anne d’Autriche qui allait désormais habiter la demeure de l’homme qu’elle avait si profondément haï.

1. Derniers moments de Richelieu. Archives curieuses, 2e série, t. V, p. 358. Bibliothèque nationale.

2. Voyez Archives nationales, K'h-"6, n° 60-69, dossier IV, lettre n" 63, 24 janvier 1 643 : « Ce qui s’est passé en la pompe funèbre de deffunt Monsieur le cardinal de Richelieu... »

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